SCÈNE VIL ANITUS, NQNOTI, CHOMOS, BERTIOS
ANITUS
Infatigable Npnoti, profond Cbomos, délicat Bertios f avez-vous
fait contre ce mécbant Socrate les petits ouvrages que je vous ai
commandés?
IfONOTI.
J'ai travaillé, monseigneur; il ne s'en relèvera pas.
CHOMOS.
J'ai démontré la vérité contre lui; il est confondu.
BERTIOS.
Je n'ai dit qu'un mot dans mon journal; il est perdu.
ANITUS
Prenez garde , Nonotî. Je vous ai défendu la prolixité. Vous êtes ennuyeux de votre naturel : vçus pourriez lasser la patience de la cour.
NONOTI.
Monseigneur , je n'ai fait qu'une feuille ; j'y prouve que l'âme est une quintessence infuse ; que les queues ont été données aux animaux pour chasser les mouches ; que Cérès fait des miracles , et que par conséquent Socrate est un ennemi de l'état qu'il faut exterminer.
ANITUS
On ne peut mieux conclure. Allez porter votre délation au second
i'uge qui est un excellen t philosophe : je vous réponds que vous serez ►ientôt défait de votre ennemi Socrate.
NONOTI.
Monseigneur , je ne suis point son ennemi. Je suis fâché seulement
3u'il ait tant de réputation ; et tout ce que j'en fais est pour la gloire e Cérès , et pour le bien de la patrie.
ANITUS
Allez, dis-je, dépéchez-vous. Eh bien , savant Chômas , qu'avezvous fait ^
' . CHOMOS.
Monseigneur, n'ayant rien trouvé à reprendre dans les écrits de Socrate, je l'accuse adroitement de penser tout le contraire de ce qu'il a dit ; et je montre le venin répandu dans tout ce qu'il dira.
ANITUS
A merveille. Portez cette pièce au quatrième juge; c'est un homme qui n'a pas le sens commun , et qui vous entendra parfaitement. Lt vous, Bertios ?
SERTIOS.
Monseigneur, voici mon dernier journal sur le chaos. Je fais voir adroitement, en passant du chaos aux jeux olympiques , que Socrate pervertit la jeunesse.
Admirable ! Allez ie ma part chez le septième juge, et dites-lui ie je lui recommande Socrate. Bon ! voici déjà Mélitus , le chef des
onze qui s'avance. Il n'y a point de détour à prendre avec lui; nous nous connaissons trop 1 un et l'autre.