SCÈNE X
Les Peêcédew», XANTIPPE, SOPHRONIME, ÀGLAÉ, SOCRATE enchaîné , Valets de ville.
XANTIPPE
Eh miséricorde ! on traîne mon mari en prison : n'avez-vous pas honte, messieurs les juges, de traiter ainsi un homme de son âge? quel mal a-t-il pu faire? il en est incapable ; hélas ! il est plus bête que méchant *. Messieurs , ayez pitié de lui. Je vous l'avais bien dit , mon mari , que vous vous attireriez quelque méchante affaire. Voilà ce que c'est que de doter des filles. Que je suis malheureuse !
SOPHRONIME.
Ah! messieurs, respectez sa vieillesse et sa vertu; chargez-moi de fers : je suis prêt à donner ma liberté, ma vie pour la sienne.
AGLAÉ
Oui , nous irons en prison au lieu de lui; nous mourrons pour lui, s'il le faut. N'attentez rien sur le plus juste et le plus grand des hommes. Prenez-nous pour vos victimes.
MÉLITUS
Vous voyez comme il corrompt la jeunesse.
SOCRATE
Cessez, ma femme, cessez, mes enfans, de vous opposer à la volonté du ciel : elle se manifeste par l'organe des lois. Quiconque résiste à la loi est indigne d'être citoyen* Dieu veut que je sois chargé de fers, je me soumets à ses décrets sans murmure. Dans ma maison , dans Athènes , dans les cachots , je suis également libre : et, puisque je vois en vous tant de reconnaissance et tant d'amitié , je suis toujours heureux. Qu'importe que Socrate dorme dans sa chambre ou dans la prison d'Athènes? Tout est dans l'ordre éternel, et ma volonté doit y être.
MÉLITUS
Qu'on entraine ce raisonneur. Voilà comme ils sont tous; ils vous poussent des argumens jusque sous la potence.
ANITUS
Messieurs , ce qu'il vient' de dire m'a touché. Cet homme montre de bonnes dispositions. Je pourrais me flatter de le convertir. LaiV sez-moi lui parler un moment en particulier , et ordonnez que sa femme et ces jeunes gens se retirent.
UN JUGE
Nous le voulons bien , vénérable An i tus; vous pouvez lui parler avant qu'il comparaisse devant notre tribunal.