ANITUS, SOCRATE
ÀNITUS.
Vertueux Socrate , le cœur me saigne de vous voir en cet état.
* On prétend que ta servante de La Fontaine en disait autant de son maître : ce n'est pas la faute de M. Thompson si Xantippe l'a dit avant cette servante. M. Thompson a peint Xantippe telle quelle était j il ne devait pas en faire une Cornélie.
9 î6 THÉÂTRE.
60CRATE.
Vou6 ave* donc un coeur?
ANITUS
Oui, et je suis prêt à tout faire pour vous.
SOCRATE
Vraiment, je suis .persuadé que vous avez déjà beaucoup fait*
ANITUS
Écoutez; votre situation est plus dangereuse que vous ne pensez : il y va de votre vie.
SOCRATE
Il s'agit donc de peu de chose.
ANITUS
C'est peu pour votre âme intrépide et sublime ; c'est tout aux yeux de ceux qui chérissent comme moi votre vertu. Croyez-moi ; de quelque philosophie que votre âme soit armée , il est dur de périr par le dernier supplice. Ce n'est pas tout; votre réputation, qui doit vous être chère, sera flétrie dans tous les siècles. Non-seulement tous les dévots et toutes les dévotes riront de votre mort , vous insulteront, allumeront le bûcher si on vous brûle , serreront la corde si on vous étrangle, broieront la ciguë si on vous empoisonne ; mais ils rendront votre mémoire exécrable à tout l'avenir. Vous pouvez aisément détourner de vous une fin si funeste; je vous réponds de vous sauver la vie, et même de vous faire déclarer par les juges le plus sage des hommes , ainsi que vous l'avez été par l'oracle d'Apollon ; il ne s'agit que de me céder votre jeune pupille Àglaé, avecla dot que vous lui donnez , s'entend ; nous ferons aisément casser son mariage avec Sophronime. Vous jouirez d'une vieillesse paisible et honorée, et les dieux et les déesses vous béniront.
SOCRATE
Huissiers, conduisez-moi en prison sans tarder davantage.
(on l'emmène.) ANITUS.
Cet homme est incorrigible , ce n'est pas ma faute; j'ai fait mon devoir, je n'ai rien à me reprocher; il faut l'abandonner à son sens réprouvé , et le laisser mourir impénitent.