‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 260 sur 466 · UN AUTRE · texte numérisé non relu

UN AUTRE

On dit qu'il est hérétique el athée ; à la mort! à la mort!

MÉLITUS

Qu'on appelle Socrate. (on ramène. ) Les dieux soient bénis! la pluralité est pour la mort. Socrate, les dieux vous condamnent par notre bouche à boire*de la ciguë , tant que mort s'ensuive.

SOCRATE

Nous sommes tous mortels; la nature vous condamne à mourir tous dans peu de temps, et probablement vous aurez tous une fin plus triste que la mienne. Les maladies qui amènent le trépas sont plus douloureuses qu'un gobelet de ciguë. Au reste , je dois des éloges aux juges qui ont opiné en faveur de l'innocence; jç ne dois aux autres que* ma pitié.

UN JUGE sortant.

Certainement cet homme-là méritait une pension de Téta t, au lieu d'un gobelet de ciguë.

UN AUTRE JUGE

Cela est vrai; mais aussi de quoi s'avisait-il de se brouiller avec uu prêtre de Cérès?

UN JUGE

Je suis bien aise après tout de faire mourir un philosophe; ces gens-là ont une certaine fierté dans l'esprit, qu'il est bon de mater un peu.

UN AUTRE JUGE

Messieurs, un petit mot; ne ferions-nous pas bien, tandis que nous avons la main à la pâte, de faire mourir tous les géomètres , qui prétendent que les trois angles d un triangle sont égaux à deux droits? Ils scandalisent étrangement la populace , occupée à lire leurs livres.

UN AUTRE JUGE

Oui , oui , noua les pendrons à la première session. Allons dîner. *

* Au seizième siècle il se passa une scène à peu près semblable, et un d«s •juges dit ces propre* parole* : A la mort ! et allons dîner.

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