UN ASTROLOGUE
« L'astre éclatant et doux de la fille de Tonde , Qui devance ou qui suit le jour, Pour vous recommençait son tour.
Mars a voulu s'unir pour le bonheur du inonda A la planète de l'Amour.
Mais • quand les faveurs célestes Sur nos jours précieux allaient se rassembler. Des dieux inhumains et funestes Se plaisent à les troubler.
UH ASTROLOGUE aèttToatWttntnta*«c k«h«ar.
Dieux ennemis, dieux impitoyables.
Soyez confondus :
Dieux secourantes,
Tendre Vénus , Soyez à jamais favorables.
CONSTANCE
Ces astrologues me paraissent Plus instruits du passé que du sombre avenir ;
Dans mon ignorance ils me laissent; Gomme moi, sur mes maux ils semblent s'attendrir ; Us forment, comme moi, des souhaits inutiles.
Et des espçrances stériles , Sans rien prévoir et sans rien prévenir.
LE DUC DE FOIX
Peut-être ils prédiront ce que vous devez faire; Des secrets de nos coeurs ils percent le mystère.
UNE DEVINERES SE «'approche de la princesse, et chante.
Vous excitez la plus sincère ardeur,
Et vous ne sentez que la haine ;
Pour punir votre âme inhumaine Un ennemi doit toucher votre cœur :
> ( ensuite a'avançant vers Sanchette.)
Et vous , jeune beauté que l'amour veut conduire, L'amour doit vous instruire; Suivez ses douces lois.
Votre cœur est né tendre ; Aimez; mais , en fesant un choix, Gardez de vous méprendre.
SANCHETTE
Ah ! Ton s'adresse à moi ; la fête était pour nous. J'attendais, j'éprouvais des transports si jaloux!
UN DEVIN ET UNE DEVINERESSE ^adressant à Seacneil*,
En mariage
Un sort heureux Est un rare avantage ,
Ses plus doux feux Sont un long esclavage.
LA PRINCESSE t)E NAVARRE. ' 97 £
Du mariage
Formez les nœuds $ Hais ils sont dangereux.
L'amour heureux
Est trop volage.
Du mariage
Craignez les nœuds , '
II» sont trop dangereux.
SANCHETTE au du* de Foix.
Bon ! quels dangers seraient à craindre en mariage? Moi % je n'en vois aucun ; de bon cœur je m'engage :
Nous nous aimons , tout ira bien.
Puisque nous nous aimons , nous serons fort fidèle»; Donnez-moi bien souvent des fêtes aussi belles ,
Et je ne me plaindrai de rien.
LE DUC DE FOIX
Hélas ! j'en donnerais tous les jours de ma vie ,
Et les fêtes sont ma folie ; Hais je n'espère peint faire votre bonheur.
SANCHETTE
Il est déjà tout fait î voua enchantez mon cœur.
(On danse Les acteur* de la comédie sont rangés sur les ailes. Sanchette
veut danser arec le duc de Foix , qui t'en défend ; Morillo prend la princesse de Navarre , et danse avec elle. )
GUILLOT, avec un garçon jardinier, vient interrompre la danse, dérange tout, prend le dnc de Foix et Morillo par la main , fait des signes en leur parlant tout bas j et, ayant fait cesser h musique, il dit au duc de Foix :
Oh! vous allez bientôt avoir une autre danse : Tout est perdu ; comptez sur moi
LE DUC PS FOIX à Morillo.
Quelle étrange aventure! Un alcade! Eh! pourquoi?
MORILLO
Il vient la demander par ordre exprès du roi. LE DUC DE FOIX.
De quel roi ?
MORILLO
De don Pèdre.
LE DUC DE FOIX
Allez ; le roi de France Vous défendra bientôt de cette violence.
L ÉO NO R à la princesse.
Il paratt que sur vous roule la conférence.
MORILLO
Bon! mais en attendant qu'allons-nous devenir? Quand un alcade parle , il faut bien obéir.
LE DUC DE FOIX
Obéir! moi?
Sans doute , et que peux~ta prétendre?
LE DUC DE FOIX
Nous battre contre tous , contre tous la défendre.
MOR1LLO.
Qui! toi? te révolter contre un ordre précis, Emané du roi même ? es-tu de sang rassis ?
LE DUC DE FOIX
Le premier des devoirs est de servir les belles ; Et les rois ne vont qu'après elles.
MORILLO
Ce petit parent-là m'a l'air d'un franc vaurien : Tu seras.... Mais, ma foi, je ne m'en mêle en rien. Rebelle à la justice!... Allons, rentrez, Sanchette; Plus de fête.
(Morillo pousse Sancbette dans la maison, renvoie la musique , et sort avec son monde.)
SANCHETTE
Eh quoi donc?
LÉONOR
D'où vient cette retraite, Ce trouble , cet effroi , ce changement soudain ?
Je crains de nouveaux coups de mon triste destin.
LE DUC DE FOIX
Madame, il est affreux de causer vos alarmes. Nos divertissemens vont finir par des larmes. Un cruel....
CONSTANCE
Ciel! qu'entends- je ? Eh quoi! jusqu'en ces lieux Gaston poursuivrait-il ses projets odieux ?
LÉONOR
Qu'avez-vous dit ?
LE DUC DE FOIX
Quel nom prononce votre bouche?
Gaston de Foix, madame, a-t-il un cteur farouche? Sur la foi de son nom j'ose vous protester Qu'ainsi que moi , pour vous, il donnerait sa vie; Mais d'ui autre ennemi craignez la barbarie; . De la part de don Pèdre on vient vous arrêter.
CONSTANCE
M'arrêter?
LE DUC DE FOIX
Un alcade avec impatience .
Jusqu'en ces lieux suivit vos pas :
Il doit venir vous prendre.
CONSTANCE,
Eh ! sur quelle apparence ?
Sous quel nom? quel prétexte?
EE DUC DE FÔIX
* U ne vous nomme pas,
Mais il a désigné vos gens , votre équipage.
Tout envoyé qu'il est d'un ennemi sauvage ,
Il a surtout désigné voà appas. , ., * , .
léonor, f ' ' :
Ah ! cachons-nous , madame.
CONSTANCE
Oil?
LÉONOR
Chez la jardinière f ChezGuillot.
LE DUC DE FOIX
Chec Guillot on viendra vous chercher :
La beauté ne peut se capter.
CONSTANCE
F ayons. ■ ,/.d
i , LE DUC DE FOIX.
Ne fuyez point.
LÉONOR
Restons donc.
CONSTANCE
Ciel ! que faire? .
LE DUC DE FOIX
Si vous restez , si vous' ftiyea , ■ Je mourrai partout à, vos pieds.
Madame ,' je n'ai point la coupable imprudence D'oser vous demander quelle est votre naissance : Soyez reine ou bergère , il n'importe à mon cœur;
Et le secret que vous tn*en faites . /
Du soin de vous servir n'affaiblit point l'ardeur; Le trône est partout oii vous êtes.
Caehez , s'il se peut , vos appas ; Je vais voir- en ces lieux si l'pn peut voui surprendre , Et je ne me cacherai pas , Quand il faudra vous défendre.