SCÈNE VI
SANCHETTE ctHERNAND sont sur le devant, LA PRINCESSE DE NAVARRE arrive par an des càte's du fond sur le th&tre, entre DON MORILLO et LE DUC DE FOIX, Suite.
LÉONOR à MonHo.
Ow , monsieur , nous allons partir.
LE DUC DE FOIX * part. "~"
Amour, daigne éloigner un départ qui me tue.
SANCHETTE a part.
On ne commence, point. Je ne puis me tenir.
Quand aurai-j e une fête aux yeux de l'inconnue ? Je la verrai jalouse , et c'est un grand plaisir.
CONSTANCE roulant passer par une porte, elle s'ouvre et parait rempli* de guerriers*
Que vois-je! ô ciel! suis-je trahie?
Ce passage est rempli de guerriers menaçans!
Quoi! don Pèdre en ces lieux étend sa tyrannie !
LA PRINCESSE DE NAVARRE. 9?l
LÉONOR
La frayeur trouble tous mes sens.
(les guerriers entrent sur la scène précédés de trompettes, et tous les acteurs de la comédie se rangent d'an côté du théâtre. )
UN GUERRIER chantant.
Jeune beauté , (fessez de vous plaindre > Bannissez vos terreurs , C'est vous qu'il faut craindre :
Bannissez vos terreurs , C'est vous qu'il faut craindre ; Régnez sur nos cœurs.
LE CHOEUR répète.
Jeune beauté , cessez de vous plaindre , etc.
( marche de guerriers dansans. ) UN GUERRIER.
Lorsque Vénus vient embellir la terre , C'est dans nos champs qu'elle établit sa cour. Le terrible dieu de la guerre , Désarmé dans ses bras, sourit au tendre Amour. Toujours la beauté dispose Des invincibles guerriers , Et le charmant Amour est sur un lit de rose A l'ombre dés lauriers.
LE CBOEUfc.
Jeune beauté , cessez de vous plaindre , etc.
( on danse. ) UN GUERRIER.
Si quelque tyran vous opprime ,
Il va tomber la victime De l'amour et de la valeur ; Il va tomber sous le glaive vengeur.
UN GUERRIER. A votre présence Tout doit s'enflammer; Pour votre défense Tout doit s'armer; L'amour > la vengeance, Doit nous animer.
LE CHOEUR répète.
A votre présente
Tout doit s'enflammer , etc.
(on danse. ) CONSTANCE à Lftmftrè.
Je Pavourai , ce divertissement Me platt , m'abîme davantage; On dirait qu'ils ont su l'objet de mon voyage* Ciel ! avec mon eut quel rapport étonnant :
LÉON OR
Bon ! c'est pure galanterie,
y 7 2 THÉÂTRE.
C'est un air de chevalerie Que prend le vieux baron pour faire l'important.
( la princesse veut s'en aller, le chœur l'arrête en chantant. ) LE CHOEUR.
Demeurez, présidez à nos fêtes; Que nos cœurs soient ici vos conquêtes* DEUX GUERRIERS. ; Tout l'univers, doit vous rendre L'hommage qu'on rend aux dieux :
Mais en quels lieux Pouvez-vous attendre Un hommage plus tenôjre , Plus digne de vos yeux ?
Demeurez , présidez à nos fêtes ,
Et que nos cœurs soient vos conquêtes*
( Les acteurs du divertissement rentrent par le même portique. — Pendant que Constance parle a Léonor , don Morillo qui est devant elles leur fait des mines , et Sancheite, qui est alors auprès du duc de Fois., le tire à part sur le devant du théâtre. )
SANCHETTE au duc defoix.
Écoutez donc , mon cher amant ; L'aubade qu'on me donne est étrangement faite : Je n'ai pas pu danser. Pourquoi cette trompette? Qu'est-ce qu'un Mars, Vénus , des tyrans, des combats,
Et pas un seul mot de Sanchette ?
A cette dame-ci tout s'adresse en ces lieux :
Cette préférence me touche.
LE DUC DE FOIX
Croyez-moi, taisons-nous; l'amour respectueux Doit avoir quelquefois son bandeau sur la bouche , Bien plus encor que sur les yeux.
SANCHETTE
Quel bandeau? quels respects? ils sont bien ennuyeux!
MORILLO «'avançant vers la princesse.
Eh bien ! que dites-vous de notre sérénade?
La tante est-ellç un peu contente de 1 aubade?
LÉONOR
Et la tante et la nièce y trouvent .mille appas.
CONSTANCE à Léonor.
Qu'est-ce que tout ceci ? Non , je ne comprends pas Les contrariétés qui s'offrent à ma vue; Cette rusticité du seigneur du château ,
Et ce goût si noble, si beau, D'une fête si prompte et si bien entendue.
MORILLO
Eh bien donc! notre tante approuve mon cadeau?
LÉONORE
Il me parait brillant, fort heureux et nouveau.
MORILLO
La porte était gardée avec de beaux gendarmes : Hé! hé ! Ton est pas neuf dans le métier des armes.
CONSTANCE
C'est magnifiquement recevoir nos adieux ; Toujours le souvenir m'en sera précieux.
MORILLO
Je le crois. Vous pourriez voyager par le monde
Sans être fétoyée ainsi qu'on l'est ici :
Soyez sage , demeurez-y ;
Cette fête , ma foi, n'aura pas sa seconde :
Vous chômerez ailleurs. Quand je vous parle ainsi , C'est pour votre seul bien; car, pour moi, je vous jure Que, si vous décampez, de bon cœur je l'endure; Et, quand il vous plaira, vous pourrez nous quitter.
CONSTANCE. f De cette offre polie il nous faut profiter; Par cet autre côté permettez que je sorte.
LÉONOR
On nous arrête encore à la seconde porte.
CONSTANCE
Que vois-je ! quels objets î quels spectacles charmans!
LÉONOR
Ma nièce, c'est ici le pays des romans.
(11 sort de cette seconde porte une troupe de danseurs et de danseuses avec des tambours de basque et des tambourins. — Après cette entrée , Léonor se trouve à côte' de Morilio , et lui dit :
Qui sont donc ces gens-ci?
MORILLO au duc de Foix.
C'est à toi de leur dire Ce que je ne sais point.
LE DUC DE FOIX à la princesse de Navarre.
Ce sont des gens savans , Qui dans le ciel tout courant savent lire , Des Mages d'autrefois illustres descendans, A qui fut réservé le grand art de prédire.
(Les astrologues arabes* qui étaient restés sous le portique pendant la danse, t'avancent sur le théâtre, et tous les acteurs de fa comédie se rangent pour les écouter. ) .
UNE DEVINERESSE chante.
Nous enchainons le temps; le plaisir suit nos pas; Nous portons dan* les cœurs la flatteuse espérance ; Nous leur donnons la jouissance
Des biens même qu'ils n'ont pas ; Le présent fuit, il nous entraîne; Le passé n'est plus rien.
Charme de l'avenir , vous êtes le seul bien
Qui reste à la faiblesse humaine.
Nous enchainons le temps , etc.
(on danse.)