‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 31 sur 466 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BLANFORD, DORFISE.

BLÀNFOR0.

moeurs! 6 temps ! corruption maudite !

Elle s'est fait rendre déjà visite

Par cet enfant simple , ingénu , charmant;

Elle voulait en faire son amant;

Elle employait l'art des subtiles trames ,

De ces filets ou l'amour prend les âmes.

Hom! la coquette!

DORFISE.

Écoutez ; après tout,

Je ne crois pas qu'elle ait jusques au bout

Osé pousser cette tendre aventure ;

Je ne veux point lui faire cette injure ;

Il ne faut pas mal penser du prochain.

Mais on était, me semble , en fort bon train.

Vous connaissez nos coquettes de France ?

BLÀffFORD.

Tant l

DOftfrl&E.

Un jeune homme , avec l'air d'innocence , Parait à peine ; on vous le court partout.

3LANFORD.

Oui > la vertu plaît au vice surtout.

Mais dites-moi comment vous pouvez faire Pour supporter gens d'un tel caractère?

DOHFISE.

Je prends la chose assez patiemment Ce n'est pas tout.

BLANFORD.

Comment donc ?" *

DORFISE.

' Qh! vraiment,

Vous allez bien apprendre une autre histoire ; Ces e'tourdis prétendent faire accroire Qu'en tapinois j'ai , moi , de mon côté , De cet enfant convoité la Beauté.

BLANFORD.

Vous?

DORFISE.

Moi : l'on dit que je veux le séduire.

BLANFORD.

Je suis charmé ; voilà bien de quoi rire.

Qui ? vous !

DORFISE.

Moi-même, et que ce beau garçon....

BLANFORD.

Bien inventé , le tour me semble bon.

DORFISE.

Plus qu'on ne pense; on m'en donne bien d'autres!

Si vous saviez quels malheurs sont les nôtres !

On dit encor que je dois me lier •*-••.

En mariage au fou de chevalier,

Cette nuit même. v (

BLANFORD. X

v Ah ! ma chère Dorfise I

Plus contre vous la calomnie épuise L'acier tranchant de ses traits empestés, Et plus mon cœur , épris de vos beautés , Saura défendre une vertu si pure.

DORFJSE.

Vous vous trompez bien fort, je vous le jure.

BLANFORD.

Non : croyez-moi > je 'm'y connais un peu ; Et j'aurais mis ces quatre doigts au feu , J'aurais juré qu'aujourd'hui la cousine Aurait lorgné notre petit Adine.

Pour être honnête, il faut de la raison; Quand on est fou , le cœur n'est jamais bon ; Et la vertu n'est que le bon sens même.

Je plains Darmin , je l'estime , je l'aime; Mais il est fait pour être un peu moqué ; C'est malgré moi qu'il s'était embarqué Sur un vaisseau si frêle et si fragile.

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