‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 321 sur 466 · scène m · texte numérisé non relu

scène m

CONSTANCE, LÈONOR> SANCHETTE.

SANCHETTE

Madame, k vos genoux souffrez que je me jette ;

Madame , protégez Sanchette.

Je vous ai mal connue , et pourtant malgré moi Je sentais du respect sans savoir bien pourquoi. Vous voilà, je crois , reine:; il faut à tout le monde

Faire du bien à tout moment , A commencer par moi.

CONSTANCE

Si le sort me seconde , C'est mon projet du moins.

LÉONOU.

Eh bien ! ma belle enfant , Madame a des bontés ; quel bien faut-il vous faire ?

SANCHETTE

On dit le duc de Foix vainqueur; Mais je prends peu de part au destin de la guerre ; Tout cela m'épouvante et ne m'importe guère ; J'aime, et c'est tout pour moi. *

CONSTANCE

Votre aimable candeur M'intéresse pour vous ; parlez , soyez sincère.

SANCHETTE

Ah ! je suis de très-bonne foi. • J'aime Alamir,. madame, et j'avais su lui plaire;

Il devait parler à mon père * Il est de mes parens ; il vint ici poux moi.

CONSTANCE se retournant vers Lëonor.

Son parent , Léonor !

SANCHETTE

En écoutant ma plainte , D'un profond déplaisir votre âme semble atteinte ?

CON.ST % ANCE

H l'aimait!

byGo'ogk

SANCHETTE

Votre cœur paraît bien agiter ,

CONSTANCE

3e vous ai donc perdue , illusion flatteuse! t

SANCHETTE

Peut-on se voir prinéesse et n'être pas heureuse !

CONSTANCE

Hélas ! votre simplicité . . ,

Croit que dans la grandeur est la félicité ; "Vous vous trompez beaucoup ! ce jour doit vous apprendre Que dans tous les états il est des malheureux. Vous ne connaissez pas .mes destins rigoureux. Au bonheur, croyez-moi , c'est à vous de prétendre. Mon cœur de ce grand jour est encore effrayé j Le ciel me conduisit de disgrâce en disgrâce;

Mon sort peut-il être envié ?

SANCHETTE

Votre altesse me ftit pitié ;

Mais je voudrait être à sa place. Il ne tiendrait qu'à vous de finir mon tourment. Alamir est tout fait pour être mon amant.

Je bénis bien le ciel que vous soyez princesse,

Il faut un prince à votre altesse ; Un simple gentilhomme est peu pour vos appas.

Seriez-vous assez rigoureuse Pour m'ôter mon amant en ne le prenant pas ,

Vous qui seinblez si généreuse ?

CONSTANCE ayaut un peu vkré.

Allez... ne craignez rien— Quoi ! le sang vous unit ?

SANCHETTR

Oui, madame.

CONSTANCE

Il vous aime ?

SANCHETTE

Oui : d'abord il Ta dit , Et d'abord je l'ai crtf ; souffrez que je le croie : Madame , tout mon cœur avec vous se fléptoîe. Chez messieurs mes parens je me mourrais d'ennui ; Il faut qu'en l'épousant , pour comble de aia joie, J'aille dans votre cour vous servir avec lui.

CONSTANCE

Vous ! avec Alamir -!

SANCHETTE

Vous connaissez son zèle; Madame , qu'avec lui votre- cour sera belle !

Quel plaisir de vous y servir !

Ah ! quel charme de voir et sa reine et son prince ! Un chagrin à la cour donne plus de plaisir

Que mille fêtes en province.

Mariez-nous, madame, et faites-nous partir.

CONSTANCE

Étouffe tes soupirs, malheureuse Constance; Soyons en tous les temps digqe de ma naissanceu. ' Oui , vous l'épouserez.... comptez sur mon appui. Au vaillant Alamir je dois ma délivrante; Il a tout fait pour moi... je vous^unis à lui } Et tous serez sa récompense., SANCHETTjE.

Parlez 4onc à mon père. . > .

CONSTANCE. ' •< '; , -

• Oui.

SANQHETTE. : 4 .

Parlez aujourd'hui , Tout à l'heure.

effort extrême !

Le . 1

De nte.

Ce

C'en est trop.

SANCU'ETÎTE.

De nous deux - voua serez ai contenté !

(à Léonor.) »,''"'

Avertissez-moi, vous, lorsque vous partirez. ; ' i « ' '

( en s'en alUnÇ.,)

Que je so.is une heureuse fille !

Qu'on va me respecter ce s,pir dans ma famille !

•■ SCÊNJEMV. ;

CONSTANCE, LÉONOR

;CPWSTANCP, A quels maux différent tous mes jours sont livrés ! Léonor, connais-tu ma peine et tmon outrage ?<

MiÉOKORw . > :j ,,', !

Je supportais, madame,, avec tranquillité'. v, > : Les persécutions , le couvent, le- voyage y < !

J'essuyais même avec gaîté -i » «

Ces infortunes de ipassagei Vous me faites enfin connaître la douleur ^ •,' Tout le reste n'est rien près. des peines du cœur,, Le vrai malheur est son ouvrage.

CONSTANCE

Je.suis accoutumée .4 dompter Je malh.eur. t :

lo0 o THÉÂTRE.

LÉONOR

Ainsi par vos bontés sa parente l'épouse ?

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