‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 322 sur 466 · II. méritait d'autres appas · texte numérisé non relu

II. méritait d'autres appas

CONSTANCE

Si j'étais son égale , hélas !

Que mon âme serait jalouse !

Oublions Alamir, ses vertus, ses attraits ,

Ce qu'il est , ce qu'il devrait être , Tout ce qui de mon cœur s'est presque rendu maître...

Non , je ne l'oublîrai jamais.

LÉONOR

Vous ne l'oublirez point ! vous le cédez !

CONSTANCE

Sans doute.

LÉONOR

Hélas ! que cet effort vous coûte !

Mais ne serait-il point un effort généreux ,

Non moins grand J beaucoup plus heureux , Celui d'être au-dessus de la grandeur suprême ? Vous pouvez aujourd'hui disposer de vous-même. Élever un héros , est-ce vous avilir 7

Est-ce donc par orgueil qu'on aime?

N'a-t-on que des rois à choisir ?

Alamir ne l'est pas , mais il est brave et tendre.

CONSTANCE

Non , le devoir l'emporte , et tel est son pouvoir.

LÉONOR

• Hélas! gardez-vous bien de prendre La vanité pour le devoir. Que résolvez-vous donc ?

CONSTANCE

Moi ! d'être au désespoir , D'obéir en pleurant à ma gloire importune , ' ' D'éloigner le héros dotiUje me sens charmer*, De goutçr le bonheur de faire sa fortune , Ne pouvant me livrer au bonheur de l'aimer.

(on entend derrière le théâtre un bruit de trompettes.) CHOEUR.

Triomphe ! victoire !

L'équité marche devant nous ;

Le ciel y joint la gloire , L'ennemi tombe sous nos coups i

Triomphe î victoire !

LÉONOR." Est-ce le duc de Foix qui prétend par des fêtes* * Vous mettre encor , madame, au rang de ses conquêtes ?

CONSTANCE

Ah ! je déteste le parti Dont la victoire a secondé les armes j

Quel qu'il soit , Léonor , il est mon ennemi. Puisse le duc de Foi* , auteur de mes alarmes , Puissent don Pèdre et lui l'un par l'autre périr ! Mais , 6 ciel ! conservez mon vengeur Alamtr, Dut-il ne point m'aimer , dût-il causer mes larmes !

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