‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 335 sur 466 · SECOND DIVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

SECOND DIVERTISSEMENT

Suivais de la Gloire , cinq hommes et quatre femmes. ACTE IV.

Le théâtre représente la ville d'Artaxate à demi ruinée , au milieu de laquelle est une place publique ornée d'arcs de triomphe chargés de trophées.

PLAUTINE, JUNIE, FANIE.

PLAUTINE.

Reviens, divin Trajan, vainqueur doux et terrible : Le monde est mon rival , tous les cœurs sont à toi ;

Mais est-il un cœur plus sensible

Et qui t'adore plus que moi?

Les Parthes sont tombés sous ta main foudroyante ;

Tu punis , tu venges les rois;

Rome est heureuse et triomphante ;

Tes bienfaits passent tes exploits.

Reviens, divin Trajan, vainqueur doux et terrible; Le monde est mon rival , tous les cœurs sont à toi 5/

Mais est-il un cœur plus sensible

Et qui t'adore plus que moi ?

FANIE,

-Dans ce climat barbare , au sein de l'Arménie, Osez-vous affronter les horreurs des combats?

PLAUTINE.

Nous étions protégés par son puissant génie, Et l'Amour conduisait mes pas.

JUNIE

L'Europe rç verra son vengeur et^son maître; Sous ces arcs triomphaux on dit qu'il va paraître. PLAUTINE.

Ils sont élevés par mes mains.

Quel doux plaisir succède à ma douleur profonde ! Nous allons contempler dans le maître du monde

Le plus aimable dés humains.

JUNIE

Nos soldats triomphans , enrichis , pleins de gloire , Font voler son nom jusqu'aux cieux.

FANIE.

H se dérobe à leurs chants de victoire; Seul , sans pompe et sans suite , il vient orner ces Keux.

PLAUTINE

Il faut à des héros vulgaires- *

La pompe et l'éclat des honneurs ;

Ces vtins appui» sent n^ceiiairej Pour les vaines grandeur?* Trajan seul est suivi de sa gloire immortelle ; On croit voir près de lui l'univers à genoux ; Et c'est pour moi qu'H vient ! ce héros m'est -fidèle l Grands dieux, vous habitée dans cette ame si belle, fit je kt partage avec vous !

TKAJAN, PLAUTI^f:, Suite.

PLAUTINE couraot au-devant de Trajan.

Enfin , je vous revois , le charma <le m'a y\* M'est rendu pour jamais.

ÏKAJAN.

Le ciel me vend cher ses bienfaits ,

Ma félicité m'est ravie.

Je reviens un moment pour m'arracher h vous , Pour m'animer d'une vertu nouvelle ;

Pour mériter, quand Mars m'appelle, D'être empereur de Rome et d'être votre époux.

PLAUTINE

Que dites-vous ! quel mot funeste' Un moment! vous, peiel! un seul mpmentœe re*$e, Quand mes jours dépendaient de voua revoir toujours

TRAJAN

Le ciel en tous les temps m'accorda son secours ; Il me rendra bientôt aux charmes que j'adore. C'est pour vous qu'il a fait mon cœur.

Je vous ai vue , et je serai vainqueur.

PLAUTINE.

Quoi! nel'êtes-vous pas? quoi! serait-il encore Un roi que votre main n'aurait pas désarmé?

Tout n'est-il pas soumis du couchante l'aurore? L'univers n'est-il pas calmé?

TRAJAïf.

On ose me trahir.

PT.AUTIWE; Non , je j tke puis vous croire?

On ne peut vous manquer de fol.

TRAJAN

Des Parthes terrassés l'inexorable roi • - ( ' : *

S'irrite de sa chute , et brave ma victoire.

Cinq rois qu'il a séduits sont armés contre nrti ; Ils ont joint l'artifice aux excès de la rage ;

Ils sont au pied de ces remparts j Mais j'ai pour moi les dieux, les Romains , mon courage r

Et mon amour et vos regards* #LÀUTINfc.

Mes regards vous suivront ; je venxque sur mal tête

Le ciel épuise son courroux.

LE TEMPip DE LA GLOIRE. ^3

Je ne vous quitte pas , je braverai lents «Mpa; . J'écarterai la. mort qu'en vous apprpto, Je mourrai du moins près de vous.

TRiJfAN.

Ah! ne m'accablez point; mon coeur est trop sensible;

Ah! laissez-jcacwi vous mériter. ...

Vous m'aimez , il suffit j .rien ne m/es^ knpo£*pb)e» < Rien ne pourra me résister.

PLAUTINfi.

Cruel, pouvestvous m?arr£ter? . ! i

J'entends déjà les cria d'un ennemi penfidè. t

TRAJAN

J'entends la voix du devoir qui nie gàto*. ■ ■'••• Je vole; demeurez ; la victoire me suit.

Je vole ; attendez toçt dç mo,n peuple «Upéptf** r Et de l'amour qui me cofttjujit.

(ensemble.) . > ' ; ' .' '< -» »' i .

Je vais i , ,, . , ''"

*,. J punir un barbare ,

Terrasser eous | mes 1 coups

L'ennemi qui nous sépare , Qui m'arrache un moment à vous.

PLAUTINE.

Il m'abandonne à nia douleur mortelle ; Cher amant, arrêtez : ah! détournez les yeux, Voyez encor les miens.

TRAJÀ» a»fo*4d|itli&lre.

dieux ! 6 justes Hém !

Veillez sur l'empire et sur elle.

PLAUTINE.

* Il est déjà loin de ces lieux.

Devoir, es-tu content? Je meurs, et je l'admire.

Ministres du dieu des combats , Prêtresses de Vénus , qui veillez sur l'empire. Percez le ciel de cris, accompagnez mes pas, Secondez l'amour qui m'inspire.

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