‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 35 sur 466 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

BLANFORD, ADINE, le chevalier MONDOR.

I* chevalier MONDOR.

Allons donc ; penx-tu faire languir Nos conviés , et l'heure du plaisir ?

Tu n'eus jamais, dans ta mélancolie, Plus de besoin de bonne compagnie.

Console-toi ; tes affaires vont ma) ; Tu n'es pas fait pour être mon rival.

Je t'ai bien dit que j'aurais la victoire ; Je l'ai, mon cher, et sans beaucoup de gloire. BLANFORD.

Que penses~tu m'apprendre?

Le chevalier MONDOR.

Oh ! presque rien :

Nous épousons ta maîtresse.

BLANFORD.

Ah ! fort bien !

Nous le savions.

Le chevalier MONDOR.

Quoi! tu sais qu'un notaire...

BLANFORD.

Oui, je le sais. Il ne m'importe guère.

Je connais tout le complot. Se peut-il Qu'on en ait pu si mal ourdir le fil?

(au petit Adine. )

Ce rendez* vous , quand il serait possible , Avec le vôtre est tout incompatible.

LA PRUDE. 6o3

Ài-je raison? parle, en és-tu frappé?

Tu me trompais, ou l'on t'avait trompé.

Je te crois boa ; ton cœur sans artifice Est apprenti dans rëcole du vice.

BLfNFORD.

P^meure encore,, Àdine; Tu m'as ému , ta douleur me chagrine.

Je sais que j'ai souvent un peu d'humeur; Mais tu connais tout le fond de mon cœur.

Il est né juste ! il n'est que trop sensible. Tu vois quel est mon embarras horrible.

Aurais-tu bien le plaisir jmalfesant . ,

De t'égayer à croître mon tourment?

Parle-moi vrai, mon fils, je t'en conjure.

ADINE

Vous êtes bon , mon âme est aussi pure.

Je n'ai jamais connu jusqu'à présent , Je l'avoûrai, qu'un seul déguisement; Mais si mon cœur en un point se déguisé, Je ne mens pas sur vous et sur Dôrfise ; Je plains l'amour qui sur vos yeux distraits Mit dès long-temps, un bandeau trop épais , Et je sens bien que l'ambur peut séduire.

Sur tout ceci tâchez de vous instruire; C'est l'amour seul qui doit tout réparer j Il vous aveugU. il doit vous éclairer.

* (elUïort.)

6o4 THÉÂTRE.

BLANFORD seul.

Que veut-il dire? et quel est ce mystère ?

Il faut, dit-il, que l'amour seul m'éclaire;

Il se déguise, il ne ment point ; ma foi ,

C'est un complot pour se moquer de moi.

Le chevalier , Darmin , et la cousine ,

Et Bartolin , et le petit Adine ,

Dorfise enfin, et Colette, et mon cœur ,

Le monde entier, redoublent mon humeur.

Monde maudit , qu'à bon droit je méprise ,

Ramas confus de fourbe et de sottise ,

S'il faut opter , si dans ce tourbillon

Il faut choisir d'être dupe ou fripon ,

Mon choix est fait , je bénis mon partage ;

Ciel , rends-moi dupe , et rends-moi juste et sage.

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