SCÈNE VIII
BLANFORD, ADINE, le chevalier MONDOR.
I* chevalier MONDOR.
Allons donc ; penx-tu faire languir Nos conviés , et l'heure du plaisir ?
Tu n'eus jamais, dans ta mélancolie, Plus de besoin de bonne compagnie.
Console-toi ; tes affaires vont ma) ; Tu n'es pas fait pour être mon rival.
Je t'ai bien dit que j'aurais la victoire ; Je l'ai, mon cher, et sans beaucoup de gloire. BLANFORD.
Que penses~tu m'apprendre?
Le chevalier MONDOR.
Oh ! presque rien :
Nous épousons ta maîtresse.
BLANFORD.
Ah ! fort bien !
Nous le savions.
Le chevalier MONDOR.
Quoi! tu sais qu'un notaire...
BLANFORD.
Oui, je le sais. Il ne m'importe guère.
Je connais tout le complot. Se peut-il Qu'on en ait pu si mal ourdir le fil?
(au petit Adine. )
Ce rendez* vous , quand il serait possible , Avec le vôtre est tout incompatible.
LA PRUDE. 6o3
Ài-je raison? parle, en és-tu frappé?
Tu me trompais, ou l'on t'avait trompé.
Je te crois boa ; ton cœur sans artifice Est apprenti dans rëcole du vice.
BLfNFORD.
P^meure encore,, Àdine; Tu m'as ému , ta douleur me chagrine.
Je sais que j'ai souvent un peu d'humeur; Mais tu connais tout le fond de mon cœur.
Il est né juste ! il n'est que trop sensible. Tu vois quel est mon embarras horrible.
Aurais-tu bien le plaisir jmalfesant . ,
De t'égayer à croître mon tourment?
Parle-moi vrai, mon fils, je t'en conjure.
ADINE
Vous êtes bon , mon âme est aussi pure.
Je n'ai jamais connu jusqu'à présent , Je l'avoûrai, qu'un seul déguisement; Mais si mon cœur en un point se déguisé, Je ne mens pas sur vous et sur Dôrfise ; Je plains l'amour qui sur vos yeux distraits Mit dès long-temps, un bandeau trop épais , Et je sens bien que l'ambur peut séduire.
Sur tout ceci tâchez de vous instruire; C'est l'amour seul qui doit tout réparer j Il vous aveugU. il doit vous éclairer.
* (elUïort.)
6o4 THÉÂTRE.
BLANFORD seul.
Que veut-il dire? et quel est ce mystère ?
Il faut, dit-il, que l'amour seul m'éclaire;
Il se déguise, il ne ment point ; ma foi ,
C'est un complot pour se moquer de moi.
Le chevalier , Darmin , et la cousine ,
Et Bartolin , et le petit Adine ,
Dorfise enfin, et Colette, et mon cœur ,
Le monde entier, redoublent mon humeur.
Monde maudit , qu'à bon droit je méprise ,
Ramas confus de fourbe et de sottise ,
S'il faut opter , si dans ce tourbillon
Il faut choisir d'être dupe ou fripon ,
Mon choix est fait , je bénis mon partage ;
Ciel , rends-moi dupe , et rends-moi juste et sage.