‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 34 sur 466 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

BLANFORD, ADUVE.'

BLANFORD.

Ouais ! les voilà fortement acharnés ;

A me vouloir conduire par 4e *naz.

Oh ! que Dorfise est bien d'une autre espèce !

Elle se tait, en proie à sa tristesse,

Sans affecter un air trop ejnpf essé ,

Trop confiant et trop enaharr.a$sé ; : •

Elle me fuit ; elle est danç sa retraite ;

Et c'est ainsi que l'innocence est faite.

Or çà , jeune homme., avec* sincérité ,

De point en point > dites la vérité ;

Vous m'êtes cher, et la belle nature

Parait en vous incorruptible, -et pure.

Me» vœux ne vont iqu'à vous *eqdreï<pasfaifc$

N'abusez point de ce penchant secret.

Si vous m'aimez , soogez bien, je ^vous crie ,

Qu'il s'agit làdu bonheur de ma vie.

ADINE

Oui, je vous aime ; oui, oui , je vous promets Que je ne veux vous abuser jamais.

6oo THÉÂTRE.

BLANFORD.

J'en suis charmé. Mais dites-moi , de grâce , Ce qui s'est fait et tout ce qui se passe.

ADINE

D'abord, Dorfise....

BLANFORD.

Alte-là , mon mignon ; C'est sa cousine ; àvouez-le-moi.

A DINE

Non.

BLANFORD.

Eh bien , voyons.

ADINE

Dorfise à sa toilette M'a fait venir par la porte secrète.

BLANFORD.

Mais ce n'est pas pour Dorfise.

ADINE

Si fait.

BLANFORD.

C'est de la part de madame BurleL

ADINE

Eh non, monsieur ; je vous dis que Dorfise

S'était pour moi de bienveillance éprise.

BLANFORD.

Petit fripon !

ADINE

L'excès de ses bontés Etait tout neuf à mes sens agités.

Un tel amour n'est pas fait pour me plaire.

Je ne sentais qu'une juste colère ; Je m'indignais, monsieur , avec raison Et de sa flamme et de sa trahison ; Et je disais que , si j'étais comme elle , Assurément je serais plus fidèle.

BLANFORD.

Ah! le pendard ! comme on a préparé De ses discours le poison trop sucré !

Eh bien ! après ?

ADINE

Eh bien ! son éloquence Déjà prenait un peu de véhémence.

Soudain, monsieur, elle jette un grand cri:

On heurte , on entre ; et c'était son mari.

BLANFORD.

Son mari ? bon! quels sots conte» j'écoute !

C'était ce fou de chevalier sans doute ?

ADINE

Oh ! non : c'était un véritable époux ; Car il était bien brutal, bien jaloux ;

Il menaçait d'assassiner sa femme ;

11 la nommait fausse , perfide , infâme.

Il prétendait me tuer aussi , moi ,

Sans que je susse , hélas ! trop bien pourquoi.

Il m'a fallu conjurer sa furie,

A deux genoux , de me sauver la vie :

J'en tremble encor de peur.

BLANFORD.

Eh! ^poltron!

Et ce mari , voyons quel est son nom?

ADINE

Oh ! je l'ignore. f

9 BLANFORD.. .

Oh ! la bonne imposture !

Çà, peignez-moi , s'il se peut , sa figure.

ADINE

Mais il me semble , autant que l'a permis L'horrible effroi qui troublait mes esprits , Que c'est un homme à fort méchante mine , Gros, court, basset, nez camard, large échine, Le dos en voûte , un teint jaune et tanné , Un sourcil gris, un œil de vrai damné.

BLANFORD.

Le beau portrait! qui puis- je y reconnaître? Jaune, tanné, gris, gros, court, qui peuUce être? En vérité, vous vous moquez de moi.

Éprouvez donc , monsieur , ma bonne foi.

Je vous apprends que la même personne Ce soir, chez elle , un rendez-vous me donne.

BLANFORD.' Un rendez-vous chez madame Burlet?

ADINE

Eh ! non ; jamais ne serez-vous au fait?

BLANFORD.

Quoi, chez madame?

ADINE

Oui.

BLANFORD.

Chez eîîe>

ADINE

Oui, vous dis-je.

fiLANFORD.

Que cette intrigue et m'étonne et m'afflige ! Un rendez-vous ! Dorfise ! vous ! ce soir?

ADINE

Si vous voulez, vous y pourrez me voir, Ce même soir sous un habit de fille

6o2 THÉÂTRE.

Qu'elle m'envoie , et duquel je m'habille.

Par l'huis secret je dois être introduit Chez cet objet dont l'amour vous séduit , Chez cet objet si fidèle et si sage. ,

Ceci commence à me remplir de rage,; Et j'aperçois d'un ou d'autre côté Toute l'horreur de la déloyauté, a Me meûs~tu point?

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