‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 354 sur 466 · LE CHOEUR DES NYMPHES · texte numérisé non relu

LE CHOEUR DES NYMPHES

Fille du ciel , âme du monde , Passez dans tous les cœurs ; L'air, la terre et Tonde Attendent vos faveurs.

PROMÉTHÉE approchant de l'estrade ou est Pandere.

Que ce feu précieux , l'astre de la nature > Que cette flamme pure Te mette au nombre des vivans.

Terre , sois attentive à ces heureux instans : Lève-toi , cher objet , c'est l'Amour qui l'ordonne : A sa voix obéis toujours ; Lève-toi , l'Amour te donne La vie , un cœur et de beaux jours.

( Pandore te 1ère »ur son estrade et marche sur 1a «cène. ) CHOEUR.

Ciel ! 6 ciel ! elle respire !

Dieu d'amour , quel est ton empire !

PANDORE

Ou suis-je? et qu'est-ce que je voi?

Je n'ai jamais été ; quel pouvoir m'a fait naître ?

J'ai passé du néant k l'être ; Quels objets ravissans semblent nés avec moi !

(on entend une symphonie.)

Ces sons harmonieux enchantent mes oreilles; Mes jeux sont éblouis de l'amas des merveilles Que l'auteur de mes jours prodigue sur mes pas.

Ah ! d'où vient qu'il ne paraît pas ?

De moment en moment je pense et je m'éclaire. Terre , qui me portez , vous n'êtes point ma mère }

Un dieu sans doute est mon auteur :

Je le sens , il me parle , il respire en mon cœur.

(elle s'assied au bord d'une fontaine.)

Ciel ! est-ce moi que j'envisage ?

Le cristal de cette onde est le miroir des cieux. La nature s'y peint : plus j'y vois mon image ,

Plus je dois rendre grâce aux dieux.

NYMPHES et TITANS.

(on danse autour d'elle. )

Pandore , fille de l'Amour , Charmes naissans , beauté nouvelle , Inspirez à jamais , sentez à votre tour Cette flamme immortelle , Dont vous tenez le jour.

( on dansé. )

PANDORE. ,037

PANDORE apercevant Pronté'tké'e an milieu des Nymphes.

Quel objet attire mes yeux ?

De tout ce que je vois dans ces aimables lieux , C'est vous , c'est vous , sans doute , à qui je dois la vie. Du feu de vos regards que mon âme est remplie !

Vous semblez encor m'animér.

PROMÉTHÉE

Vos beaux yeux ont su m'enflaminer Lorsqu'ils ne s'ouvraient pas encore ; Vous ne pouviez répondre, et j'osais vous aimer : Vous parlez , et je vous adore.

PANDORE

Vous m'aimez ! cher auteur de mes jours commencés ,

Vous m'aimez ! et je vous dois l'être !

La terre m'enchantait : que vous l'embellissez ! Mon cœur vole vers vous , il se rend à son maître ;

Et je ne puis connaître '

Si ma bouche en ait trop , ou n'en dit pas assez.

PROMÉTHÉE

Vous n'en sauriez trop dire , et la simple natura Parle sans feinte et sans détour.

Que toujours la race future Prononce ainsi le nom d'Amour.

(ensemble.)

Charmant Amour, éternelle puissance , Premier dieu de mon cœur, Amour, ton empire commence t C'est l'empire du bonheur.

PROMÉTHÉE

Ciel ! quelle épaisse nuit , quels éclats de tonnerre

Détruisent les premiers instans Des innoceos plaisirs que possédait la terre !

Quelle horreur a troublé mes sens !

( ensemble. )

La terre frémit , le ciel gronde ;

Des éclairs menaçans Ont percé la voûte profonde

De ces astres naissans.

Quel pouvoir ébranle le monde

Jusqu'en ses fondemens ?

( on toit descendre un char sur Ifgnel sont Mercure , la Discorde , Némésis , etc.

MERCURE

On héros téméraire a pris le feu céleste;

Pour eipier ce vol audacieux >

Montes , Pandore , au sein des dieux.

PROMÉTHÉE

Tyrans cruels !

10 3fr THÉÂTRE.

PANDORE

Ordre funeste !

Larmes que j'ignorais , vous coulez de mes yeux î

MERCURE

Obéissez , montez aux cieux.

PANDORE

Ah ! j'étais dans le ciel en voyant ce que j'aime.

PROMÉTHÉE

Cruels, ayez pitié de ma douleur extrême.

PANDORE el PROMÉTHÉE.

Barbares , arrêtez.

MERCURE

Venez , montez aux cieux , partez , Jupiter comma nde ; Il faut qu'on se rende A ses volontés.

Venez , montez aux cieux , partez.

Vents , obéissez-nous , et déployez vos ailes $ Vents , conduisez Pandore aux voûtes éternelles.

( le char disparaît. ) PROMÉTHÉE.

1 On l'enlève j tyrans jaloux ,

Dieux , vous m'arrachez mon partage :

Il était plus divin que vous ; Vous étiez malheureux , vous étiez en courroux

Du bonheur qui fat mon ouvrage ; Je ne devais qu'à moi ce bonheur précieux.

J'ai fait plus que Jupiter même :

Je me suis fait aimer. J'animais ces beaux yeux ; Us m'ont dit en s'ouvrant ; Vous m'aimez , je vous aime. Elle vivait par moi, je vivais dans son coeur. Dieux jaloux , respectez nos chaînes.

Jupiter ! 6 fureurs inhumaines !

Éternel persécuteur De l'infortuné créateur Tu sentiras toutes mes peines.

Je braverai ton pouvoir :

Ta foudre épouvantable Sera moins redoutable Que mon amour au désespoir.

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