JUPITER , MERCURE
JUPITER
Je l'ai vu cet objet sur la terre animé , Je l'ai vu , j'ai senti des transports qui m'étonnent ; Le ciel est dans ses yeux , les grâces l'environnent ; Je sens que l'Amour l'a formé.
PANDORE. !a 3 9
MERCURE
Vous régnez, vous plairez , vous la rendrez sensible. Vous allez éblouir ses yeux à peine ouverts.
JUPITER
Non , je ne fus jamais que puissant et terrible. Je commande à l'Olympe , à la terre , aux enfers ; Les cœurs sont à l'Amour. Ah! que le sort m'outrage ! Quand il donna les cieux , quand il donna les mers,
Quand il divisa l'univers,
L'Amour eut le plus beau partage.
MERCURE
Que craignez-vous ? Pandore à peine a vu le jour , Et d'elle-même encore à peine a connaissance :
Aurait-elle senti l'amour
Dès le moment de sa naissance?
JUPITER
L'Amour instruit trop aisément.
Que ne peut point Pandore? elle est femme, elle est belle. ' La voilà ; jouissons de son étonnement.
Retirons-nous pour un moment Sous les arcs lumineux de la voûte éternelle. Cieux, enchantez ses yeux et parlez à son cœur; Vous déploîrez en vain ma gloire et ma splendeur :
Vous n'avez rien de si beau qu'elle.
( il sa retire. ) PANDORE seule.
A peine j'ai goûté l'aurore de la vie; Mes yeux s'ouvraient au jour, mon cœur à mon amant :
Je n'ai respiré qu'un moment. .
Douce félicité , pourquoi m'es-tu ravie ?
On m'avait fait craindre la mort ; Je l'ai connue, hélasl cette mort menaçante :
N'est-ce pas mourir , quand le sort
Nous ravit ce qui nous enchante ?
Dieux , rendez-moi la terre et mon obscurité , Ce bocage oit j'ai vu l'amant qui m'a fait naître;
Il m'avait deux fois donné l'être; Je respirais, j'aimais, quelle félicité!
A peine j'ai goûté l'aurore de la vie, etc.
( tous le» dieux avec tous leurs attributs entrent iur U scène. ) CHOEUR DES DIEUX.
Que ]es astres se réjouissent , Que tous l*s dieux applaudissent
Au Dieu de l'univers.
Devant lui lés soleils pâlissent.