‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 37 sur 466 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

BLANFORD, M—. BURLET passant sur le théâtre.

BLANFORD, l'arrêtant.

Ah! madame!

Daignez calmer l'orage de mon âme ; Un mot) de grâce, un moment de loisir.

Ou courez-vous?

M m «. BURLET.

Souper, me réjouir; Je suis pressée.

LA PRUDE. 6o5

BLANFORD.

Ah ! j'ai dû vous déplaire; Mais oubliez votre juste colère.

Pardonnez.

M m «. BURLET en riant.

Bon ! loin de me courroucer, J'ai pardonné déjà sans y penser.

BLANFORD.

Elle est trop bonne. Eh bien ! qu'à ma tristesse Votre humeur gaie un moment s'intéresse.

M me . BURLET.

Va , j'ai gaîrnent pour toi de l'amitié , Beaucoup d'estime et beaucoup de pitié.

BLANFORD.

Vous plaindriez le destin qui m'outrage ?

M**. BURLET.

Ton destin, oui; ton humeur davantage.

Vous êtes .vraie, au moins ; la bonne foi/ Vous le savez , a des charmes pour moi.

Parlez : Darmiu n'aurait-il qu'un faux zèle ? Me trompe-t-il? est-il ami fidèle ?

M me . BURLET.

Tiens , Darmin t'aime , àt Darmin dans ton cœur A tes vertus avec plus de douceur.

BLANFORD.

EtBartolin?

M m « t BURLET.

Tu veux que je réponde De Bartolin , du cœur de tout le monde ?

Il est , je pense , un honnête caissier :

Pourquoi de lui veux-tu te défier?

C'est ton ami, c'est l'ami de Dorfise.

BLANFORD.

Dorfise ! mais parlez' avec franchise ; Se pourrait-il que Dorfise en un jour Pour un enfant eût trahi tant d'amour ?

Et que veut dire encore en cette affaire Ce chevalier qui parle de notaire ?

Le bruit public est qu'il va l'épouser.

i M m *. BURLET.

Des bruits publics doivent se mépriser.

BLANFORD, Je sors encore à l'instant de chez elle ,) Elle m'a fait serment d'être fidèle.

Elle a pleuré.... l'amour et la douleur Sont dans ses yeux : démentent-ils son cœur ?

Est-elle fausse? et notre jeune Adine

Quoi ! vous riez?

M»*. IJDRLEiT.

Oui, j« ri? dç ta mine; Rassure-toi. Va , pour cet enfant-là Crois que jamais on ne te quittera ; Sois-en très-sûr , la chose est impossible.

BLANFORD.

Ah ! vous calmez mon âme trop sensible ; Le chevalier n'en trouble point la paix.

Dorfise m'aime , et je l'aime à jamais.

M m# . BURLET.

A jamais ! c'est beaucoup.

BLANFORD. /

Mais , si l'on m'aimç , Adine est donc d'une impudence extrême?

Il calomnie, et le petit fripon A donc le cœur le plus gâte.

M m *. BURLET.

Lui ? non.

II a le cœur charmanf , et la nature A mis dans lui la candeur la plus pure :

Compte sur lui. i

BLANFORD.

Quels discours sont-ce là ?

Vous vous moquez.

M—. BURLET.

Je dis vrai.

BLANFORD.

Me voilà Plus enfoncé dans mon incertitude j Vous vous jouez de mon inquiétude, Vous vous plaisez à déchirer mon cœur.

Dorfise ou lui m'outrage avec noirceur; Convenez-en : l'un des deux est un traître; Répondez donc.

M œe . BURLET en riant.

Cela pourrait bien être.

BLANFORD.

S'il est ainsi , vous voyez quels éclats....

M m «. BURLET.

Oh ! mais aussi cela peut n'être pas ; Je n'accuse personne.

BLANFORD.

Hom, que j'enrage!

M» e '. BU BLET.

N'enrage point, sois moins triste et plus sage. Tiens , veux-tu prendre un parti qui soit sûr ?

BLANFORD.

Oui.

M»«* BURLET.

Laisse là tout ce complot obscur ;

tAPEUDB. 6 ^

Point d'examen , point de tracasserie;

Tourne avec moi tout en plaisanterie ; '

Prends ton argent chez monsieur Bartolin ;

Vis avec nous uniment , sans chagrin.

N'approfondis jamais rien dans la vie ,

Et glisse-moi sur la superficie ;

Connais le monde , et sa» le to^rer ;

Pour en jouir il le faut effleurer.

Tu me traitais de cervelle légère :

Mais souviens-toi que la solide affaire ,

La seule ici qu'on doive approfondir ,

C'est d'être heureux, et 4 avoir du plaisir.

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