‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 39 sur 466 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

BLANFOJRB, ADINE.

ADINE en habit de fille.

Eh bien ! monsieur, je suis tout ajusté, Et vous saurez bientôt la vérité.

BLANFORD.

Je ne veux plus rien savoir de ma vie ; * C'en est assez. Laissez-moi , je vous prie.

6o8 THÉÂTRE.

J'ai depuis peu changé de sentiment ; Je n'aime point tout ce déguisement.

Ne vous mêlez jamais de cette affaire , Et reprenez yotre habit ordinaire.

ADINE

Qu entends-je , hélas ! je m'aperçois enfin

Que je ne puis changer votre destin ,

Ni votre cœur ; votre âme inaltérable

Ne connaît point la douleur qui m'accable ;

Vous en saurez les funestes effets;

Je me retire. Adieu donc pour jamais.

BLANFORD.

Mais quels accens ! d'où viennent ses alarmes ? Il est outré : je vois couler ses larmes.

Que prétend-il ?... Parlez: quel intérêt Ayez-vous donc à ce qui me déplaît ?

ADINE

Mon intérêt, nionsieur , était le votre; Jusqu'à présent je nfen connus point d'autre : Je vois quel est tout l'excès de mon tort.

Pour vous servir je faisais un effort; Mais ce n'est pas le premier.

BLANFORD.

L'innocence De son maintien , sa modeste assurance, Son ton, sa voix, son ingénuité.

Me font pencher presque de son côté.

Mais cependant, tu vois, l'heure se passe, Ou ce projet plein de fourbe et d'audace Devait, dis- tu, sous mes yeux s'accomplir.

ADINE

Aussi j'entends une porte s'ouvrir.

Voici l'endroit, voici le moment même, Oit vous auriez pu savoir qui vous aime.

BLANFORD.

Est-il possibl^? est-il vrai ? juste Dieu !

ADINE finement.

Il me parait très-possible.

BLANFORD.

En ce lieu Demeurez donc. Quoi ! tant de fourberie !

Dorfise!non.... ,

Taisez-vous , je vous prie.

Paix ! attendez ; j'entends un peu de bruit; On vient vers nous; j'ai peur , car il fait nuit.

BLANFOBD.

N'ayez point peur.

ADINE

»,..., Gardez donc le silence;

Voici quelqu an , sûrement ; qui s'avance.

Page 1