‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 395 sur 466 · Scène i · texte numérisé non relu

Scène i

Le théâtre représente on salon magnifique.

LE BARON seul , en robe de cïamb e , couché sur an lit Je repoe. ( il Chante- ) Ah! que je m'ennuie ?

Je n'ai point encore eu de plaisir ce matin.

( il se 1ère et se regarde au miroir. )

On m'assure pourtant que les jours de ma Tie >

Doivent couler , couler sans ombre de chagrin.

Je prétends qu'on me réjouisse ' "

Dés que jlai le moindre désir.'

Holà , mes gens, qu'on m'avertisse

Si je puis avoir du plaisir.

SCÈftE IL

LE BARON, vv CONSEILLER privé en grande perruque, en habit feuille morte, et en manteau noirci entre une loule de Hou ère a ci et de Filles d'Ofrante. ^

LE CONSEILLER. Éf

Monseigneur , notre unique envie Est de vous voir heureux dans voire baron nie : D'un seigneur tel que vous c'est l'unique destin, LE BARON.

Ah ! que je m'ennuie !

Je n'ai point encore eu de plaisir ce matin.

(on habille monseigneur.)

LE CONSEILLER. '

Cest aujourd'hui le jour où le ciel a fait nattre ' Dans ce fameux château notre adorable maître. Nous célébrons ce jour par des jeux bien brillans...

LE BARON

Et quel Age ai-je donc ?

LE CONSEILLER

Vous avez dix-huit ans.

LE BARON

Ah! me voilà majeur!

LE CONSEILLER

Les barons à cet âge De leur majorité font le plus noble usage ; Ils ont tous de l'esprit , ils sont pleins de bon sens : Ils font , quand il leur plaît , la guerre aux Musulmans ,' Rançonnent leurs vassaux à leurs ordres tremblans, Vident leurs coffres-forts , ou coupent leurs oreilles. Ils n'entreprennent rien dont on ne vienne à bout- Hs font tout d'un seul mot , bien souvent rien du tout j Et quand ils sont oisifs ils font toujours merveilles.

LE BARON

On me l'a toujours dit : je fus bien élevé.

Or cà , répondez-moi , mon conseiller prive, Ai-je beaucoup d'argent?

LE CONSEILLER

Fort peoi mais on peut prendre . Celui de vos fermiers , et même sans le rendre. -

LE BARON

Et des soldats?

iojo

LE CONSEILLEE.

Pas un $ mais , en disant deux mots, Tous les manans d'ici deviendront des héros.

LE BARON

Ai-je quelque galère ? «

LE CONSEILLER

Oui , seigneur : votre altesse À des bois , une rade $ et , quand elle voudra , On fera des vaisseaux; fHellespont tremblera j EÙe sera des mers souveraine maîtresse.

LE BARON

Je me vois bien puissant.

LE CONSEILLER

Nul ne Test plus que vous.

Seigneur, goûtez en paix ce destin noble et doux: Ne vous mêlez de rien : chacun pour vous travaille.

LE BARON

Étant si fortuné , d'où vient donc que je bâille ? * LE CONSEILLER.

tigneur, ces baillemens sont l'effet d'un grand coeur, u se sent au-dessus de toute sa grandeur.

Ce beau jour de gala , ce beau jour de naissance Célèbre son bonheur ainsi que son pouvoir ; Et monseigneur sans doute aura la complaisance De prendre du plaisir , puisqu'il en veut avoir. Vous serez harangué ; c'est le premier devoir : Les spectacles suivront } c'est notre antique usage.

LE BARON. 1

Tout cela bien souvent fait bâiller davantage :. Les harangues surtout ont ce don merveilleux. O ciel ! je vois Irène arriver en ces lieux ! Irène , si matin , vient me rendre visite !

Mes conseillers privés , qu'on s'en aille au plus vite. Les harangues pour moi sont des soins superflus ; Ma cousine parait , je ne bâillerai plus.

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