‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 396 sur 466 · SCÈNE IIL LE BARON, IRÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL LE BARON, IRÈNE

LE BARON chante.

Bille Irène, belle cousine , Ma langueur chagrine S'en va quand je te vois j L'amour vole à ta voix.

Tes yeux m'inspirent l'allégresse ,

Ton cœur fait mon destin ; Tout m'ennuyait , tout m'intéresse :

Je commence à goûter du plaisir ce matin.

Mais répondez-moi donc en chansons , belle Irène ; Cest dans ces lieux chéris une loi souveraine Dont ni berger ni roi ne se peut écarter.

Si l'on y parle un peu , ce n'est que pour chanter : Vous avez une voix si tendre et si touchante !

IRÈNE

Il n'est point à propos , mon cousin , que Je chante ; r Je n'en ai nulle envie : on pleure dans Otrante. Vos conseillers privés prennent tout notre argent : Vous ne songez à rien , et l'on vous fait accroire Que tout le monde est fort content.

LE BARON D'OTRÀNTE. 1071

LE BARON

Je le sois avec vous : j'y mets toute ma gloire.

IRÈNE

Sachet que pour me plaire il tous faudra changer. Dferae mollesse indigne il faut tous corriger;

Sans cela point de mariage.

Vous avez des vertus , vous avez du courage :

La nonchalance a tout gâté.

On ne vous a donné que des leçons stériles ; On s'est moqué de vous , et votre oisiveté Rendra vos vertus inutiles.

LE BARON

Mes conseillers privés....

IRÈNE

n Seigneur , sont des fripons

Qui vous avaient donné de méchantes leçons , Et qui vous nourrissaient d\>reueil et de fadaise , Pour mieux pouvoir piller la naronnie à Taise.

LE BARON

■Oui , Ton m'elevait mal : oui , je m'en aperçois , Et je me sens tout autre alors que je vous vois. On ne m'a rien appris ; le vic|e est dans ma tête : Mais mon coeur plein de vous , et plein de ma conquête , f Me rendra digne enfin de plaire à vos beaux yeux : Étant aimé de vous , f en vaudrai beaucoup mieux.

IRÈNE

Alors , seianeur , alors à vos vertus rendue , Je reprendrai pour vous la voix que j'ai perdue.

(elle chante.) Pour jamais je vous chérirai; De tout mon cœur «je chanterai :

Amant charmant , aimez toujours Irène.

Régnez sur tous les cœurs , et préférez le mien. Que ie temps affermisse un si tendre lien ; Qae le temps redouble ma chaîne !

TOI} S DEUX enstniblr.

Non , je ne m'en nuirai jamais ; J'aimerai toute ma vie.

Amour» Amour, -lance tes traits, Lance tes traits Dans mon âme ravie.

Non, je ne m'ennuirai jamais • J'aimerai toute ma vie.

(on entend une grande rameur et de# crif. )

IRÈNE

O ciel! quels cris affreux!

LE BAR.ON

Quel tumulte ! quel bruit !

Quel étrange gala! chacun court, chacun luit.

LE BARON, IRÈNE, uir CONSEILLER privé. LE CONSEILLER.

Ah \ seigneur, c'en est fait, les Turcs sont dans la ville.

IRÈNE

Les Turcs!

LE BARON- Est-il bien, vrai? ^

107 a THEATRE.

LE CONSEILLER

Vous n'avez plus d'asile.

LE BARON. ' Comment cela ? Far où sont-ils donc arrivés ?

IRÈNE. -

Voilà ce qu'ont produit vos conseillers prive's.

LE BARON

Allez dire à mes gens qu'on fasse résistance , Je cours les seconder.

LE CONSEILLER

Seigneur , votre grandeur De son rang glorieux doit garder la décence.

IRÈNE

Hélas ! ma gouvernante et mes Biles d'honneur Viennent de tous côtés, et sont toutes tremblantes.

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