SCÈNE IIL LE BARON, IRÈNE
LE BARON chante.
Bille Irène, belle cousine , Ma langueur chagrine S'en va quand je te vois j L'amour vole à ta voix.
Tes yeux m'inspirent l'allégresse ,
Ton cœur fait mon destin ; Tout m'ennuyait , tout m'intéresse :
Je commence à goûter du plaisir ce matin.
Mais répondez-moi donc en chansons , belle Irène ; Cest dans ces lieux chéris une loi souveraine Dont ni berger ni roi ne se peut écarter.
Si l'on y parle un peu , ce n'est que pour chanter : Vous avez une voix si tendre et si touchante !
IRÈNE
Il n'est point à propos , mon cousin , que Je chante ; r Je n'en ai nulle envie : on pleure dans Otrante. Vos conseillers privés prennent tout notre argent : Vous ne songez à rien , et l'on vous fait accroire Que tout le monde est fort content.
LE BARON D'OTRÀNTE. 1071
LE BARON
Je le sois avec vous : j'y mets toute ma gloire.
IRÈNE
Sachet que pour me plaire il tous faudra changer. Dferae mollesse indigne il faut tous corriger;
Sans cela point de mariage.
Vous avez des vertus , vous avez du courage :
La nonchalance a tout gâté.
On ne vous a donné que des leçons stériles ; On s'est moqué de vous , et votre oisiveté Rendra vos vertus inutiles.
LE BARON
Mes conseillers privés....
IRÈNE
n Seigneur , sont des fripons
Qui vous avaient donné de méchantes leçons , Et qui vous nourrissaient d\>reueil et de fadaise , Pour mieux pouvoir piller la naronnie à Taise.
LE BARON
■Oui , Ton m'elevait mal : oui , je m'en aperçois , Et je me sens tout autre alors que je vous vois. On ne m'a rien appris ; le vic|e est dans ma tête : Mais mon coeur plein de vous , et plein de ma conquête , f Me rendra digne enfin de plaire à vos beaux yeux : Étant aimé de vous , f en vaudrai beaucoup mieux.
IRÈNE
Alors , seianeur , alors à vos vertus rendue , Je reprendrai pour vous la voix que j'ai perdue.
(elle chante.) Pour jamais je vous chérirai; De tout mon cœur «je chanterai :
Amant charmant , aimez toujours Irène.
Régnez sur tous les cœurs , et préférez le mien. Que ie temps affermisse un si tendre lien ; Qae le temps redouble ma chaîne !
TOI} S DEUX enstniblr.
Non , je ne m'en nuirai jamais ; J'aimerai toute ma vie.
Amour» Amour, -lance tes traits, Lance tes traits Dans mon âme ravie.
Non, je ne m'ennuirai jamais • J'aimerai toute ma vie.
(on entend une grande rameur et de# crif. )
IRÈNE
O ciel! quels cris affreux!
LE BAR.ON
Quel tumulte ! quel bruit !
Quel étrange gala! chacun court, chacun luit.
LE BARON, IRÈNE, uir CONSEILLER privé. LE CONSEILLER.
Ah \ seigneur, c'en est fait, les Turcs sont dans la ville.
IRÈNE
Les Turcs!
LE BARON- Est-il bien, vrai? ^
107 a THEATRE.
LE CONSEILLER
Vous n'avez plus d'asile.
LE BARON. ' Comment cela ? Far où sont-ils donc arrivés ?
IRÈNE. -
Voilà ce qu'ont produit vos conseillers prive's.
LE BARON
Allez dire à mes gens qu'on fasse résistance , Je cours les seconder.
LE CONSEILLER
Seigneur , votre grandeur De son rang glorieux doit garder la décence.
IRÈNE
Hélas ! ma gouvernante et mes Biles d'honneur Viennent de tous côtés, et sont toutes tremblantes.