‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 404 sur 466 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le théâtre représente on coin d'écurie.

IRÈNE, LE BARON en souqueniUe, une étrille à la main.

IRENE chante.

Oui , oui, je dois tout espérer ; Tout est prêt pour vous délivrer.

Oui.... oui.... je peux tout espérer; L'amour vous protège et m'inspire.

Votre malheur m'a fait pleurer; Mais en trompant ce Tyrc que je fais soupirer, . Je suis prête à mourir de rire.

LE BARON

Lorsque vous me voyez une étrille à la main ,

Si vous riez , c'est de moi-même.»

Je l'ai bien mérité : dans ma grandeur suprême J'étais indigne , hélas ! du pouvoir souverain ,

Et du charmant objet que j'aime.

IRÈNB* N«n , le destin volage Ne peut rien sur mon cœur.

Je vous aimai dans la grandeur ; Je vous aime dans l'esclavage. ,

Rien ne peut nous humilier ; Et quand mon tendre amant devient un muletier» Je l'en aime encor davantage ;

(elle répète.).

Et quand mon tendre amant devient un muletier, Je l'en aime encor davantage.

LEBARON.

Il faut donc mériter un si parfait amour; Ainsi que mon destin , je change en un setd jour ; Irène et mes malheurs éveillent mon courage.

^ ^ (à ses vassaux qtù paraissent en armes.)

Amis , le fer en main ,' Frayons-nous un passage Dans nos propres foyers ravis par ces brigands. Enchaînons, à leur tour, ces vainqueurs msolens Plongés dans leur ivresse , et se livrant en proie A la sécurité de leur brutale joie.

Vous , gardez cette porte ; et vous , vous m'attendrez Près de ma chambre -même , au haut de ces degrés » Qui donnent au palais une secrète issue.

' J en ouvrirai la porte au public inconnue.

Je veux que de ma main le eprsaire soit pris. Dans le même moment appelez à grands cris Tous les bons citoyens au secours de leur maître :

LE BARON D'OTRÀNTE. 1077

Frappez, percez, tuez, jetez par la fenêtre Quiconque à ma valeur osera résister.

(à Irène.) Déesse de mon cœur, c'est trop vous arrêter j Allez à ce festin que le vainqueur prépare.

Je lui destine un plat qu'il pourra trouver rare ; Et j'espère ce soir, plus heureux qu'au matin , De manger le- rôti qu'on cuit pour le vilain.

IRÈNE, J'y cours , vous m'y verrez : mais que votre tendresse Ne s'effarouche pas si de quelque caresse Je daigne encourager ses désirs effrontés :

Ce ne sont point, seigneur, des infidélités.

Je ne pense qu'à vous quand je lui dis que j'aime : En buvant avec lui je bois avec vous-même , En acceptant son cœur je vous donne le mien : H faut un petit mal souvent pour un grand bien.

(elle sort.)

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