SCÈNE PREMIÈRE
Le théâtre représente on coin d'écurie.
IRÈNE, LE BARON en souqueniUe, une étrille à la main.
IRENE chante.
Oui , oui, je dois tout espérer ; Tout est prêt pour vous délivrer.
Oui.... oui.... je peux tout espérer; L'amour vous protège et m'inspire.
Votre malheur m'a fait pleurer; Mais en trompant ce Tyrc que je fais soupirer, . Je suis prête à mourir de rire.
LE BARON
Lorsque vous me voyez une étrille à la main ,
Si vous riez , c'est de moi-même.»
Je l'ai bien mérité : dans ma grandeur suprême J'étais indigne , hélas ! du pouvoir souverain ,
Et du charmant objet que j'aime.
IRÈNB* N«n , le destin volage Ne peut rien sur mon cœur.
Je vous aimai dans la grandeur ; Je vous aime dans l'esclavage. ,
Rien ne peut nous humilier ; Et quand mon tendre amant devient un muletier» Je l'en aime encor davantage ;
(elle répète.).
Et quand mon tendre amant devient un muletier, Je l'en aime encor davantage.
LEBARON.
Il faut donc mériter un si parfait amour; Ainsi que mon destin , je change en un setd jour ; Irène et mes malheurs éveillent mon courage.
^ ^ (à ses vassaux qtù paraissent en armes.)
Amis , le fer en main ,' Frayons-nous un passage Dans nos propres foyers ravis par ces brigands. Enchaînons, à leur tour, ces vainqueurs msolens Plongés dans leur ivresse , et se livrant en proie A la sécurité de leur brutale joie.
Vous , gardez cette porte ; et vous , vous m'attendrez Près de ma chambre -même , au haut de ces degrés » Qui donnent au palais une secrète issue.
' J en ouvrirai la porte au public inconnue.
Je veux que de ma main le eprsaire soit pris. Dans le même moment appelez à grands cris Tous les bons citoyens au secours de leur maître :
LE BARON D'OTRÀNTE. 1077
Frappez, percez, tuez, jetez par la fenêtre Quiconque à ma valeur osera résister.
(à Irène.) Déesse de mon cœur, c'est trop vous arrêter j Allez à ce festin que le vainqueur prépare.
Je lui destine un plat qu'il pourra trouver rare ; Et j'espère ce soir, plus heureux qu'au matin , De manger le- rôti qu'on cuit pour le vilain.
IRÈNE, J'y cours , vous m'y verrez : mais que votre tendresse Ne s'effarouche pas si de quelque caresse Je daigne encourager ses désirs effrontés :
Ce ne sont point, seigneur, des infidélités.
Je ne pense qu'à vous quand je lui dis que j'aime : En buvant avec lui je bois avec vous-même , En acceptant son cœur je vous donne le mien : H faut un petit mal souvent pour un grand bien.
(elle sort.)