‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 415 sur 466 · SCÈNE IL Les Précedens; GRÉGOIRE, suivi des Mutistres de Bacchus · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Les Précedens; GRÉGOIRE, suivi des Mutistres de Bacchus

(Les deux amans mettent la main sur le buffet qoi sert d'autel. ) GREGOIRE, au milieu , vêtn en grand sacrificateur.

Futur, et vous future»

Qui venez allumer à l'autel de Bacchus La flamme la plus belle et l'ardeur la plus pure , Soyez ici très-bien venus.

D'abord , avant que chacun jure D'observer les rites reçus , Avant que de former l'union conjugale , Je vais vous présenter la coupe, nuptiale.

• GLYCÈRE

Ces rites sont d'aimer : quel besoin d'un serment Pour remplir un devoir si cher et si durable ? Ce serment dans mon cœur constant , inaltérable,

Est écrit par le sentiment <

En caractère ineffaçable.

Hélas! si vous voulez, ma bouche en fera cent. Je les répéterai tous les jours de ma vie ; Et n'allez pas penser que le nombre m'ennuie ; , Us seront tous pour mon amant.

GRÉGOIRE «part.

Que ces deux gens heureux redoublent ma colère 1 Dieux , qu'ils seront punis ! Buvez, belle Glycère , • Et buvez l'amour à longs traits.

Buvez , tendres époux , vous jurerez après : Vous recevrez des dieux des faveurs infinies, (il va prendre les deux coupes préparées au fond du buffet.)

LE PÈRE DE DAPHNIS

Oui, nos pères buvaient dans leurs cérémonies; Aussi valaient-ils mieux qu'on ne vaut aujourd'hui. Depuis qu'on ne boit plus , l'esprit avec l'ennui Font bâiller noblement les bonnes compagnies. Les chansons en refrain des soupers sont bannies : «

Je riais autrefois , j'étais toujours joyeux ; Et je ne ris plus tant depuis crue suis vieux : J'en cherche la raison ; d'où vient cela , compère ?

LE PÈRE DE GLYGÈRE

Mais.... cela vient.... du temps. Je suis tout sérieux Bien souvent malgré moi , sans en savoir la cause. Il s'est fait parmi nous quelque métamorphose. Mais il reste , après tout , quelques plaisirs touchans : Dans le bonheur d'autrui Pâme à Taise respire ; Et quand nous marions nos aimables enfans, Je vois qu'on est heureux sans rire.

(Grégoire présente une petite coupe à Daphnis et une autre a Glycère. )

GRÉGOIRE, après qu'ils ont bu.

Rendez-moi cette coupe. Eh quoi ! vous frémissez !

(àDapbnis.) Çà , jurez à présent : vous , Daphnis , commencez.

DAPHNIS chante en récitatif mesuré , noble et tendre- Je jure par les dieux , et surtout par Glycère , De l'aimer à jamais comme j'aime en ce jour.

Toutes les flammes de l'amour Ont coulé dans ce -vin quand j'ai vidé mon verre. O toi qui d'Ariane as mérité le cœur,

Divin Bacchus, charmant vainqueur, Tu règnes aux festins , aux amours , à la guerre. Divin Bacchus, charmant vainqueur , .

Je t'invoque après ma Glycère.

( symphonie. ) ( Daphni s continu e. )

Descends , Bacchus , en ces beaux lieux , Des Amours amène la mère $ Amène avec toi tous les dieux ; Ils pourront bràler pour Glycère.

Je ne serai point jaloux d'eux :

Son cœur me préfère^ Me préfère, me préfère aux dieux.

GREGOIRE

Cest à vous de jurer , Glycère , à votrelour , Devant Bacchus lui-même , au grand dieti de l'amour.

GLYCERE chante, h Je jure une haine implacable

A ce vilain magot , A ce fat, à ce sot $ U m'est insupportable.

Je jure une haine implacable A ce fat , à ce sot.

Oui", mon père , oui , mon père , J'aimerais mieux en enfer

Épouser Lucifer.

Qu'on n'irrite point ma colère :

Oui , je verrais plutôt le peu que j'ai d'appas Dans la gueulé du chien Cerbère,

Qu'entre le* bras Du vilain qui croit me plaire.

DAPHNIS

Qu'ai-Je entendu , grands dieui !

LES DEUX PERES, ensemble.

Ah, ma fil)é!

PRESTINE. .

* Ah , ma sœur !

DAPHNIS

Est-ce vous qui parlez, ma Glycère?

GLYCÈRE reculant.

Ah , l'horreur !

Ote-toi de mes yeux : ton seul aspect m'afflige.

DAPHNIS

Quoi ! c'est donc tout de bon?

GLYCÈRE

Retire-toi , te dis- je ; Tu me donnerais des vapeurs.

DAPHfrls; Eh! qu'est-il arrive! Dieux puisstfns, dieux vengeurs , En étiez-vous jaloux? m'ôtez-voûs ce que j'aime? Ma charmante maîtresse , idole de mes sens , Reprends les tiens , rentre en toi-même 5 Vois Daphnis à tes pieds , les yeux chargés de pleurs.

GLYCÈRE Je ne puis te souffrir : je te l'ai dit, je pense, Assez net , assez clairement. .

Va-t'en, ou je m'en vais.

LE PÈRE DE DAPHNIS

Ciel! quelle extravagance!

bAPÛNIS.

Prétends-tu m'éprouver par ces affreux enduis ? As-tu voulu jouir de ma douleur profonde ?

GLYCÈRE

Tu ne t'en vas point ; je m'enfuis.

Pour être loin de toi , j'irais au bout du monde.

(elle sort.) QUATUOR.

LES DEUX PÈBES. PRESTINE. DAPHNIS.

Je suis tout confondu... Je frémis.... Je me meurs!

( tous ensemble. )

Quel changement! quelles alarmes!

Est-ce là cet hymen si doux, si plein de charmes?

PRESTINE.

Non , je ne rirai plus : coulez , coulez , mes pleurs.

(tons ensemble.)

Dieu puissant , rends-nous tes faveurs*

GRÉGOIRE chante seul,

Quand je vois quatre personnes Ainsi pleurer en chantant ,

Mon cœur se fend.

Bacchus , tu les abandonnes ; H faut en faire autant, (il s'en va.)

Page 1