LE PÈRE DE DAPHNIS, LE PÈRE DE GLYCÈRE, » DAPHNIS, PRESTINE
LE PÈRE DE GLYCÈRE a celui dé Daphnis.
Écoutez; j'ai du sens,. car j'ai vu bien des choses, Des esprits , des sorciers et des métempsycoses. Le dieu que je révère , et qui règne en ces lieux , ■ Me semble , après l'Amour , le plus malin des dieux. J'ai l'ai vu dans mon temps troubler bien des cervelles $ H produisait souvent amassez vives querelles : Mais cela s'éteignait après une heure ou deux. Peut-être que la coupe était d'un vin fumeux , Ou dur, ou pétillant et qni porte à la tète.
Ma fille en a trop bu : de là vient la tempête Qui de nos jours heureux a noirci le plus beau. La coupé nuptiale a troublé son cerveau :
Elle est folle ,«1 est vrai ; mais , Dieu merci , tout passe : Je n'ai vu ni d'amour ni de haine sans fin.... Elle te raimera : tu rentreras en grâce
Dès qu'elle aura cuvé son vin.
PRESTINE.
Mon père, vous avez beaucoup d'expérience j
Vous raisonnez on ne peut mieux :
Je n'ai ni raison ni science ,
Mais j'ai des oreilles, des yeux.
De ce temple sacré j'ai vu la balayeuse ,
Qui , d'une voix mystérieuse , A dit à ma grand'sflèur , avec un ton fort doux : Quand on vous martfa , prenez bien garde a vous t /avais fait peu de cas d'une lette parole ;
io88 THÉÂTRE.
Je ne pouvais me défier Que cela pût signifier Que ma grand'sœur deviendrait folle.
Et puis je me suis dit ( toujours en raisonnant ) :
Ma sœur est folle cependant. Gre'goire est bien malin j il pourchassa Glycère : Il n'en eut qu'un refus ; il doit être en colère.
11 est devenu grand seigneur :
On aime quelquefois à venger son injure.
Moi > je me vengerais si Ton m 'ô tait un cœur. Voyez s'il esr quelque valeur Dans ma petite conjecture.
DAPHNIS
Oui , Prestine a raison.
LE PÈRE DE GLYCÈRE
Cette fille ira loin.
LE PÈRE DE DAPHNIS
Ce sera quelque jour une maîtresse femme.
DAPHNIS
Allez tous , laissez-moi le soin De punir ici cet infâme :
A ce monstre ennemi je veux arracher Pâme.
Laissez-moi.
LE PÈRE DE GLYCÈRE
Qui l'eî?t cru qu'un jour si fortuné A tant de maux fût destiné !
LE PÈRE DE DAPHNIS
Hélas ! j'en ai tant vu dans le cours de ma vie ! De tous les temps passés l'histoire en est remplie.