‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 416 sur 466 · LE PÈRE DE DAPHNIS, LE PÈRE DE GLYCÈRE, » DAPHNIS, PRESTINE · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE DAPHNIS, LE PÈRE DE GLYCÈRE, » DAPHNIS, PRESTINE

LE PÈRE DE GLYCÈRE a celui dé Daphnis.

Écoutez; j'ai du sens,. car j'ai vu bien des choses, Des esprits , des sorciers et des métempsycoses. Le dieu que je révère , et qui règne en ces lieux , ■ Me semble , après l'Amour , le plus malin des dieux. J'ai l'ai vu dans mon temps troubler bien des cervelles $ H produisait souvent amassez vives querelles : Mais cela s'éteignait après une heure ou deux. Peut-être que la coupe était d'un vin fumeux , Ou dur, ou pétillant et qni porte à la tète.

Ma fille en a trop bu : de là vient la tempête Qui de nos jours heureux a noirci le plus beau. La coupé nuptiale a troublé son cerveau :

Elle est folle ,«1 est vrai ; mais , Dieu merci , tout passe : Je n'ai vu ni d'amour ni de haine sans fin.... Elle te raimera : tu rentreras en grâce

Dès qu'elle aura cuvé son vin.

PRESTINE.

Mon père, vous avez beaucoup d'expérience j

Vous raisonnez on ne peut mieux :

Je n'ai ni raison ni science ,

Mais j'ai des oreilles, des yeux.

De ce temple sacré j'ai vu la balayeuse ,

Qui , d'une voix mystérieuse , A dit à ma grand'sflèur , avec un ton fort doux : Quand on vous martfa , prenez bien garde a vous t /avais fait peu de cas d'une lette parole ;

io88 THÉÂTRE.

Je ne pouvais me défier Que cela pût signifier Que ma grand'sœur deviendrait folle.

Et puis je me suis dit ( toujours en raisonnant ) :

Ma sœur est folle cependant. Gre'goire est bien malin j il pourchassa Glycère : Il n'en eut qu'un refus ; il doit être en colère.

11 est devenu grand seigneur :

On aime quelquefois à venger son injure.

Moi > je me vengerais si Ton m 'ô tait un cœur. Voyez s'il esr quelque valeur Dans ma petite conjecture.

DAPHNIS

Oui , Prestine a raison.

LE PÈRE DE GLYCÈRE

Cette fille ira loin.

LE PÈRE DE DAPHNIS

Ce sera quelque jour une maîtresse femme.

DAPHNIS

Allez tous , laissez-moi le soin De punir ici cet infâme :

A ce monstre ennemi je veux arracher Pâme.

Laissez-moi.

LE PÈRE DE GLYCÈRE

Qui l'eî?t cru qu'un jour si fortuné A tant de maux fût destiné !

LE PÈRE DE DAPHNIS

Hélas ! j'en ai tant vu dans le cours de ma vie ! De tous les temps passés l'histoire en est remplie.

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