‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 421 sur 466 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Lis P»écéoe«s, PRESTINE arrivant arec précipitation. PRESTINE.

Réjouissez-vous tons.

GLYCÈRE,qmi s'est laissé tomber sur un lit de gazon, se retournant Ah ! ma sœur , je suis morte !

Je n'en pois rerenir.

PRESTINE.

N'importe," Je veux qoe tous dansiez arec mon père et moi. LE PÈRE DE DAPHNIS.

Cest bien prendre son temps , ma foi!

Serais-tu folle aussi , Prestine? A ta manière....

PRESTINE. Je suis gaie et sensée , et je sais votre affaire $ Soyez tous bien contens.

LE PÈRE DE DAPHNIS

Ah ! méchant petit cœur , Lorsqu'à tant de chagrins fti nous vois tous en proie f

reux-tu bien , dans notre douleur , Avoir la cruauté de montrer de la joie ?

PRESTINE chante.

Avant de parler je veux chanter»

Car j'ai bien des choses à dire.

Ma soeur i je viens vous apporter De quoi soulager votre martyre.

Avant de parler je veux chanter,

Avant de parler je veux rire.

Et, quand j'aurai pu tout vous conter, Tout comme moi vous voudrez chanter ,

Comme moi je vous verrai rire.

LE PÈRE DE DAPHNIS , pendant qoe Glycère est languissante sur le lit de gazon ,^bîmée dans la douleur

Conte-nous donc, Prestine, et puis nous chanterons, Si de nous consoler tu donnes des raisons.

PRESTINE.

D'abord , ma pauvre sœur, il faut vous faire entendre

Sue vous avez fait fort mal )e ne nous pas apprendre Que de ce beau Daphnis Grégoire e'tait rival.

GLYCÈRE

Hélas ! quel intérêt mon cœur peut-il y prendre ? L'ai-je pu remarquer? je ne voyais plus rien.

PRESTINE.

Je vous l'avais bien dit , Grégoire est Un vaurien ,

Bien plus dangereux qu il n'est tendre.

Sachez que dans ce temple on a mis deux tonneaux

Pour tous les gens que l'on marie.

L'un est vaste et profond ^ la tonne de Cîteaux N'est qu'une pinte auprès; mais il est plein de lie. U produit la discorde et les soupçons jaloux ,

Les lourds ennuis, les froids" dégoûts,

Et la secrète antipathie.

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Cest celui que Ton donne , hélas 1 à tant d'époux : Et ce tonneau fatal empoisonne la rie.

L'autre tonneau, ma sœur» est celui de l'amour : U est petit.... petit.... on eu est fort a rare; De tous les vins qu'on boit, c'est, dit-on, le plus rare. Je veux en tater quelque jour.

Sachez que le traître Grégoire Du mauvais tonneau tour à tour Malignement vous a fait boire.

GLYCÈRE

Ah ! de celui d'amour je n'avais pas besoin ; J'idolâtrais sans lui mon amant et mon maître. Temple affreux ! coupe horrible ! Ah , Grégoire ! ah , le traître ! Qu'il a pris un funeste soin!

LE PÈRE DE GLYCÈRE

D'où sais-tu tout cela?

PRESTINE.

La servante du temple Est une bâbillarde ; elle m'a tout conté.

LE PÈRE DE DAPHNIS

Ouï , de ces deux tonneaux j'ai vu plus d'un exemple ; La servante a dit vrai. La docte antiquité A parlé fort au long de cette belle histoire. Jupiter autrefois , comme <ra me l'a fait croire , Avait ces deux bondons toujours a ses côtés : De là venaient nos biens et nos calamités.

J'ai lu dans un vieux litre....

PRESTINE.

Eh ! lisez moins , mon père , Et laissez-moi parler.... Dès que j'ai su le fait, Au bon vin de l'amour j'ai bien vite, en secret,

Couru tourner le robinet.

J'en ai fait boire un coup à l'amant de Glycère. D'amour pour toi, ma sœur, il est tout enivré , Repentant, honteux, tendre : il va venir. 11 rosse Le méchant Grégoire à son gré.

Et moi , qui suis un peu précoce , J'ai pris un bon flacon de ce vin si sucré; Et je le garde pour ma noce.

GLYCÈRE se relevant.

Ma sœur, ma chère sœur, mon cœur désespéré Se ranime par toi, reprend un nouvel être.

Cest Daphnis que je vois paraître j , C'est Daphnis qui me rend au jour.

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