SCÈNE III
BRUTUS, PORCIA sa femme.
PORGIÀ.
BacTUs! mtford!
BRUTUS
Pourquoi paraître si matin ?
Que voulez-vous? songez que rien n'est plus malsain , Pour une santé faible ainsi que vous Pavez , D'affronter , le matin , la crudité de l'air.
PORGIA.
Si l'air est si malsain , il doit l'être pour vous. Ah , Brutus ! ah ! pourquoi vous 'dérober du lit ? Hier , quand nous soumons , vous quittâtes la table , • Et vous vous promeniez, pensif et soupirant ; Je vous dis : Qu'a vez-voua ? mais , en croisant les mains, Vous filâtes sur moi des veux sombres et tristes. J'insistai , je pressai , mais ce fut vainement. Vous frapuâtes du pied en vous grattant la tête. Je redoublai d'instance , et vous , sans dire un mot^ D'un revers de la main , signe cPimpatience , Vous fîtes retirer votre femme interdite.
Je craignis de choquer les ennuis d'un époux , . Et je pris ce moment pour Un moment allumeur, Que souvent les maris font sentir à leurs femmes **. Non , je ne puis, Bnrtus , ni vous laisser parler , Ni vous laisser manger , ni vous laisser dormir, Sans savoir le sujet qui tourmente votfë âme. Brutus , mon cher Brutus , ah l ne me cachez rien.
* On traduit exactement.
** C'est encore un des endroits qu'on admire , et qni sont maraués avec des guillemet».
,in4 THÉÂTRE.
BRUTUS
Je me porte assez mal j c'est là tout mon Secret.
PORCIA
Brutus est Jaomme sage , et , s'il se portait mal , Il prendrait les moyens d'avoir de la santé'.
BRUTUS
Aussi fais-je, ma femme; allez vous mettre an lit.
r PORCIA.
Quoi! vous êtes malade, et, pour vous restaurer, A l'air humide et froid vous marchez presque nul Et vous sortez du lit pour amasser un rhume!
Pensez-vous vous guérir en ëtaot plus malade ? Non, Brutus, votre esprit roule de grands projets; . Et moi, par ma vertu , par les droits d'une épouse , Je dois en être instruite , et je vous en conjure. Je tombe à vos cenoux. — Si jadis ma beauté Vous fit sentir 1 amour , et si notre hyménée M'incorpore avec vous , fait un être de deux , Dites-moi ce secret , à moi votre moitié , A moi qui vis pour vous , à moi qui suis vous-même. Eh bien ! vous soupirez! parlez: quels inconnus Sont venus vous chercher en voilant leurs visages ? Se cacher dans la nuit! pourquoi ? quelles raisons? Que voulaient-ils ?
BRUTUS
Hélas ! Porcia , levez-vous.
PORCIA
Si vous étiez encor le bon," l'humain Brutus , Je n'aurais pas besoin de me mettre à vos pieds. Parlez ; dans mon contrat est-il donc stipulé Que je ne saurai rien des secrets d'un mari?
N'êtes-vous donc à moi, Brutus , qu'avec reserve ? Et moi ne suis-je à vous que comme une compagne , Soit au lit , soit à table , ou dans vos entretiens, vivant dans les, faubourgs de votre volonté ? S'il est ainsi , Porcie est votre concubine *, Et non pas votre femme.
BRUTUS
„ Ah ! vous êtes ma femme ;
femme tendre , honorable , et plus chère à mon cœur Que les gouttes de sang dont il est animé.
PORCIA
S'il est ainsi , pourquoi me cacher vos secrets ? Je suis femme , il est vrai , mais femme de Brutus , Mais fille de Caton ; pourriez-vous bien douter Uue je sois élevée au-dessus de mon sexe, Voyant qui m'a fait naître, et qui j'ai pour époux **? Confiez-vous à moi , soyez sûr du secret.
J ai déjà sur moi-même essayé ma constance :
J ai percé d'un poignard ma cuisse en cet endroit : J ai souffert sans me plaindre , et ne saurai me taure! ***[? * a *f»] ,ori S»nal , whore , putain.
Corneille dit la même chose dan* Pompée. Céwr parle ainsi à Cornéiie : Certes , vos sentiment font assez reconnaître ,' Vhii von» donna la main et qui vous donna l'être • fct Ton jupe aisément, an coeur que vous portez, * Ou vous êtes entrée , et de qui vous sortez , etc .
JULES CÉSAR. 1Il5
BRUTUS
Pieux, qu'entends-je? grands dieux, rendez-moi digne d'elle, écoute , écoute f on frappe , on frappe ; écarte-toi. Bientôt tous mes secrets , dans mon cœur enfermés Passeront dans le tien. Tu sauras tout , Porcie : Va , mes sourcils froncés prennent un air plus doux.