SCÈNE V
Le théâtre représepte le palais de César, La foudre gronde, les éclajrs étincelleot.
CÉSAR, CALPHURNIA ; un Domestique.
CÉSAR
La terre avec le ciel est cette nuit en guerre ; Calphurnie a crié trois fois dans cette nuit ; * L'exorciste, dans la bouche drs Romains, est singulier. Toute cette pièce pourrait être chargée de pareilles notes ; mais il faut laisser faire les réflexion» an lecteur.
Ul 6 THÉÂTRE.
« Au secours: César meurt 5 venez; on l'assassine. » Holà ! quelqu'un.
LE DOMESTIQUE
Milord.
CÉSAR
Va-t'en dire à nos prêtres De faire un sacrifice , et tu viendras soudain M'avertir du succès.
LE DOMESTIQUE
Je n'y manquerai pas.
CALPHtJRNIA.
Où voulez-vous aller ? vous ne sortirez point # César , vous resterez ce jour à ht maison.
CÉSAR
Non , non , je sortirai ; tout ce qui me menace Ne s'est jamais montré que derrière mon do». * Tout s'évanouira quand u verra ma face.
CALPHURNIA
Je n'assistai jamais à ces cérémonies; Mais je tremble à présent. Les gens de la Éiaison Disent que I'ob a vu des choses effroyables* Une lionne a fait ses petits dans la rue ; Des tombeaux qui s'ouvraient des morts sont échappes $ Des bataillons armés , combattant dans les nues , Ont fait pleuvoir du sang sur le mont Tarpéien ; Les airs ont retenti des cris des combattans ; Les chevaux hennissaient , les mourans soupiraient ; Des fantômes criaient et hurlaient dans les places. On n'avait jamais vu de pareils accidens :
Je les crains.
CESAR
Pourquoi craindre ? on ne peut éviter Ce que l'arrêt des dieux a prononcé sur nous. César prétend sortir. Sachez que ces augures Sont pour le monde entier autant que pour César.
CALPHURNIA
Suand les gueux vont mourir, il n'est point de comètes j ais le ciel enflammé prédit la mort des princes. CÉSAR.
IJn poltron meurt cent fois avant de mourir une; """; le brav<
Et le brave ne meurt qu'au moment du trépas.
gnent.
Rien n'est plus étonnant , rien ne me surprend pins , Que lorsque l'on me dit qu'il est des gens qui craign One craignent-ils ? la, mort est un but nécessaire. Mourons quand il faudra.
(le domestique rerient )
Que disent les augures ?
LE DOMESTIQUE
Gardez- vous , disent-ils , de sortir de ce jour. En sondant l'avenir dans le sein des victimes, Vainement de leur béte ils *nt cherché le cœur.
(il s'en va) CESAR.
Le ciel prétend ainsi se moquer xles poltrons. • César serait lui-même une béte sans cœur, S'il était au logis arrêté par la crainte.
* Encore une foia la traduction est fidèle.
JULES CÉSAR, ni 7
H sortira , vous-dis-je , et le danger * sait bien
Sue César est encor plus dangereux que lui.
ous sommes deux lions de la même portée ; Je suis faîne*, je suis le plus Taillant des deux | Je ne sortirais point!
CALPHURNJA.
Helas ! mon cher milord , Votre témérité détruit votre prudence .
Ne sortez pointée jour. Songez que c'est ma crainte, Et non la vôtre enfin qui doit vous retenir.
Nous enverrons Antoine au sénat assemblé ; U dira que César est aujourd'hui malade.
J'embrasse vos genoux ; faites-moi cette grâce.
CÉSAR
Antoine dira donc que je me trouve mal ; Et pour l'amour de vous je reste à la maison.