‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 446 sur 466 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les P*£céde» DÉCIUS entre.

CÉSAR k Décios.

Ah l voila Décius ; il fera le message.

DÉCIUS

Serviteur et bonjour, noble et vaillant César : Je viens pour vous chercher $ le sénat vous attend.

CÉSAR

Vous venez à propos , cher Décius Brutus.

A tous les sénateurs faites mes complimens $ Dites-leur qu'au sénat je ne saurais aller.

(à pari.)

Je ne peux ( c'est très-faux ) , je n'ose ( encor plus faux ). Dites-leur, Décius, que je ne le veux pas.

CALÊHURNIA.

Dites qu'il est malade.

CÉSAR

Eh quoi ! César mentir !

Ai-je au nord de FBurope étendu mes conquêtes , Pour n'oser dire vrai devant ces vieilles barbes ? Vous direz seulement que je ne le veux pas.

DÉCIUS

Grand César , dites-moi du moins quelque raison ; Si je n'en disais pas, on me rirait au nez*

CÉSAR

La raison, Décius, est dans ma volonté :

Je ne veux pas, ce mot suffit pour le sénat; Mais César vous chérit j mais je vous aime , vous ; Et pour vous satisfaire il faut vous avouer Qu au logis aujourd'hui je suis, malgré moi-même, Retenu par ma femme : — elle a rêvé , la nuit , Qu'elle a vu ma statue, en fontaine changée, Jeter par cent canaux des ruisseaux de pur sang. De vigoureux Romains accouraient en riant ; Et dans ce sang, dit-elle, ils ont lavé leurs mains.

Elle croit que ee songe est nn avis des dieux. Elle m'a conjuré de de!

ojuré de demeurer chez moi

DÉCIUS

Elle interprète mal ce songe favorable :

Cest une vision très-belle et très-heureuse.

• Traduit mot 4 mot.

ni? THÉÂTRE*

Tous ces ruisseaux de sang sortant de la statue j Ces Romains se baignant dans ce sang précieux^' Figurent que par tous Rome vivifiée Reçoit un nouveau sang et de nouveaux destins.

CÉSAR

C'est très-bien expliquer le songe de ma femme.

DÉCIUS

Vous en serez certain lorsque j'aurai parle'. Sachez que le sénat va vous couronner roi j Et , s'il apprend par moi que vous ne venez pas , 11 est à présumer qu'il changera d'avis.' C'est se moquer de lui, César , que de lui dire : « Sénat , séparez-vous j vous vous rassemblerez » Lorsque sa femme aura des rêves plus heureux. » Ds diront tous : César est devenu timide.

Pardonnez-moi, César , excusez ma tendresse; Vos refus m'ont forcé de vous parler ainsi.

L'amitié , la raison vous font ces, remontrances.

CÉSAR

Ma femme , je rougis de vos sottes terreurs , Et je suis trop honteux de tous avoir cédé.

Qu on me donne ma robe, et je vais au sénat.

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