‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 77 sur 466 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

Vous n'êtes pas, ma bru, si bienfesante; 11 s'en faut bien.

LA BARONNE

Que tout m'impatiente!

Qu'il a l'air sombre, embarrassé, rêveur!

Quel sentiment étrange est dans son cœur?

Voyez, monsieur, ce que vous voulez faire.

LA MARQUISE

Oui , pour Nanine.

LA BARONNE

On peut la satisfaire Par des présens.

LA MARQUISE

C'est le moindre devoir.

LA BARONNE

Mais moi jamais je ne veux la revoir; Que du château jamais elle n'approche :

Entendez-vous ?

LE COMTE

J'entends.

Quel cœur de roche!

LA BARONNE

De mes soupçons évitez les éclats.

Vous hésitez /

LE COMTE après un tilence.

Non, je n'hésite pas.

LA BARONNE

Je dois m'attendre à cette déférence; Vous la devez à tous les deux , je pense.

LA MARQUISE

Seriez-vous bien assez cruel , mon fils?

LA BARONNE

Quel parti prendrez-vous ?

LE COMTE

Il est tout pris.

Vous connaissez mon âme et sa franchise :

11 faut parler. Ma main vous. fut promise; Mais nous n'avions voulu former ces nœuds Que pour finir un procès dangereux :

. Je le termine, et des l'instant je donne, Sans nul regret, sans détour j'abandonne Mes droits entiers et les prétentions Dont il naquit tant de divisions.

Que l'intérêt encor vous en revienne :

Tout est à vous, jouissez-en sans peine.

Que la raison fasse du moins de nous Deux bons parens , ne pouvant être époux.

Oublions tout , que rien ne nous aigrisse :

Pour n'aimer pas , faut- il qu'on se haïsse?

LA BARONNE

Je m'attendais à ton manque de foi.

Va, je renonce à tes présens, à toi.

Traître, je vois avec qui tu vas vivre, A quel mépris ta passion te livre.

Sers noblement sous les plus viles lois; Je t'abandonne à ton indigne choix.

(die sort.)

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