Tome II
fiyo THÉÂTRE.
Le marquis d'Outremont, l'un de nos bons amis , Est un homme....
M. GRIPOV.
Ah! c'est là cet ami du logis.
On s'e$t moqué d* hqus ; je m'en doutais , compère.
M. DUBU.
Allons, faites venir vite le commissaire , Vingt huissiers.
DAMIS
Et qui donc êtes- vous , s'il vous plaît, Qui daignez prendre à nous nn si grand intérêt ? Cher ami de mon père , apprenez que peut-être , Sans mon respect pour lui, cette large fenêtre Serait votre chemin pour vicier k maison :
Dénichez de chez moi.
M. OBfHU.
Comment, maître fripon !
Toi me chasser d'ici! Toi , scélérat, faussaire, Aigrefin , déhanché , l'opprobre de ton père ! Qui n'es point «vocal!'
SCÊKE V.
M mt . DURU sortant d'un côté avec MARTHE , LE MARQUIS sortant de l'autre avec ERISE ; M. DURU , M. GRIPON , DAMIS.
M»«. DURU dans le fond.
Mon carrosse est-il prêt?
D'où vient donc tout ce bruit ?
LE liÀItQUIS.
$h ! je vois ce que c'est.
MARTHE
1 C'est mon questionneur.
Oui , c'est ce vieux visage Qui semblait si surpris de notre mariage.
M»5. prjRU.
Qui donc?
LE MARQUIS
De votre époux il dit qu'il est agent.
M. DÇRU, m\ colèpe, se retQupvwt.
Oui , c'est moi.
MARTHE
Cet agent paraît peu patient.
H"M. DURU avançant.
Ah ! que vois-je ! quels trajts. ! c'est lui r ca4me , et mon âme. ..
M. DURU
Voilà donc à la fin ma coquine dé femme !
Oh ! comme elle est changée ! elle n'a plus , ma foi ? De quoi wwcommo^er $e$ fentes près 4e moi*
LA FEMME QUI A RAISON. 6gi
*»•. DURU
Quoi ! c'est von» , mon mari , mon cher époux !...
DAMIS, ÉRISE, LE MARQUIS enjemMe.
m-.ddru. • * on & rel
Daignez jeter, monsieur, un regard moins sévère Sur moi, sur mes enfans, qui sont à vos genoux.
LE MARQUIS
Oh ! pardon; j'ignorais que vous fussiez chez fous.
M. DURU
Ce matin....
LE MARQUIS
Excusez, fan suis hoateux dans l'âme.
MARTHE. .'
Eh , qui vous aurait cru le mari de madame ?
DAMI8.
A vos pieds....
M. DURU
Fils indigne , apostat du barreau , Malheureux marié, qui fais ici le beau, Fripon , c'est donc ainsi que ton père lui-même S'est vu reçu de toi? c'est ainsi que l'on m'aime ! M. GRIFON,
Cest la force du sang.
DAMIS
Je ne suis pas devin.
**•. DURU
Pourquoi tant de courroux dans notre heureux destin ?
Vous retrouvez ici toute votre famille ;
Un gendre, un fils bien né, votre épouse , une fille.
Que voulez-vous de plus ? Faut-il , après douze an* ,
Voir d'un «il de travers sa femme et $es enfaus?
Vous n'êtes point ma femme : elle était ménagère; Elle cousait , filait , fesait très-maigre chère ; Et n'eût point à mon bien porté le coup mortel Par la main d'un' filou , nommé raattre-d'hdtel ; N'eût point joué, n'eût point ruiné ma famille, Ni d'un maudit marquis ensorcelé ma fille; N'aurait pas h mon fils fait perdre son latin, Et fait d'un avocat un pimpant aigrefin.
Perfide, voilà donc la oelle récompense D'un travail de douze ans et de ma confiance! Des soupers dans la nuit, k midi petit jour ! Auprès de votre lit un oisif de la cour!
Et portant en public le honteux étalage Du ronge enluminé qui peint votre visage !
69a THÉÂTRE.
C'est ainsi qu'à profit vous placiez mon argent? Allons , de cet hôtel qu'on déniche à l'instant, Et qu'on aille m'attend re à son second étage.
DAMIS
Quel père!
LE MARQUIS
Quel beau-père 1
ÉRISE.
Eh ! bon Dieu , quel langage !
M—- DURU
Je puis avoir des tgrts , vous quelques préjugés.
Modérez-vous, de grâce , écoutez et jugez.
Alors que la misère à tous deux fut commune ,
Je me fis des vertus propres à ma fortune ;
D'élever vos enfans je pris sur moi les soins ;
Je mè refusai tout pour leur laisser, du moins ,
Une éducation qui tint lieu d'héritage.
Quand vous eûtes acquis , dans votre heureux voyage ,
Un peu de bien, commis à ma fidélité,
J'en sus placer le fonds 3 il est en sûreté.
M. DURU
Oui.
M m «. DURU.
Votre bien s'accrut; il servit, en partie, A nous donner k tous une plus douce vie.
Je voulus dans la robe élever votre fils; Il n'y parut pas propre, et je changeai d'avis" : De mon premier état je soutins l'indigence , Avec le même esprit j'use de l'abondance.
On doit compte au public dé l'usage du bien , Et qui l'ensevelit est mauvais citoyen ; Il fait tort à l'état, il s'en fait â soi-même. Faut-il , sur son comptoir , l'œil trouble et le teint Même, Manquer du nécessaire auprès d'un coffre-fort, Pour avoir de quoi vivre un jour après sa mort? Ah! vivez avec nous dans une honnête aisance. Le prix de nos travaux est dans la jouissance. Faites votre bonheur en remplissant nos vœux. Être riche n'est rien , le tout est d'être heureux.
M. DURU
Le beau sermon du luxe et de l'intempérance ! Gripon, je souffrirais que , pendant mon absence, On dispose de tout, de mes biens , de mon fils, De ma fille !
Monsieur, je vous en écrivis.
Cette union est sage et doit vous le paraître. Vos enfans sont heureux , leur pbre devrait l'être.
JiÀ FEMME QUI A RAISON. 693
M. DÛRU. l0r r
Non ; je serais outré d'être heureux mjigre moi. C'est être heureux en sot de souffrir que chez soi, Femme, fils , gendre, fille, ainsi se réjouissent.
M**. DURU
Ah ! qu'à cette union tous vos vœux applaudissent !
M. DURU
Non , non , non , non , il faut être maître chez soi.
M"". DURU
Vous le serez toujours.
érise. •
Ah ! disposez de moi.
M me . DURU,!
Nous sommes à vos pieds. ■•>
DAMIS
Tout ici doit vous plaire; Serez-vous inflexible? ,
M me . DURU.
Ah! mon époux!
DAMIS, ÉRISE ensemble.
Mon père !
M. duru.
Gripon, m'attendrirai-je?
M. GRIPON.
Écoutez, entre nous, Ça demande du temps.
MARTHE
Vite attendrissez- vo^ : , Tous ces gens-là , monsieur , s'aiment à la folie j Croyez-moi , mettez-vous aussi de la partie.
Personne n'attendait que vous vinssiez ici ; La maison va fort bien , vous voilà , restez-y. Soyez gai comme nous , ou que Dieu vous renvoie. Nous vous promettons tous de vous tenir en joie. t Rien n'est plus douloureux , comme plus inhumain , Que de gronder tout seul des plaisirs du prochain.
M. DURU
L'impertinente ! Eh bien , qu'en penses-tu , compère ?
M. GRIPON. /
J'ai le cœur un peu dur ; mais , après tout , que faire? La chose est sans remède, et ma Phlipotte aura Cent avocats pour un sitôt qu'elle voudra.
M m «. DURU.
Eh bien , vous rendez-vous ?
M. DURU
Çà , mes en fans , ma femme, Je n'ai pas, dans le fond , une si vilaine âme.
Mes en&ns sont pourvus; et puisque de son bien , Alors que l'on es* «ort , on ne peut garder rien , Il faut en dépenser un peu pendant sa vie ; Hais ne mangez pas tout , madame, je vous prie.- H**. DUfctf.
Ne craignez rien, vivez, possédez, jouissez....
M. DURU
Dix fois cent mille francs par vous sont-ils placés?
M m# . DURU.
En contrats , en effets de la meilleure sorte.
M. DURU
En voici donc autant qu'avec mot je rapporte.
(il veut lai donner son portefeuille, et le remet déni et ftehf .) W*\ DURU.
Rapportez-nous un cœur doux , tendre , généreux : Voilà les millions qui sont chers à nos vœux.
M. DURU
Allons donc ; je vois bien qu'il faut avec constance Prendre enfin mon bonheur du moins en patience.
MM«IM«IM«iMM«
VARIANTES de la Fenpne qui a raison,
« Dahs les éditions précédentes on Usait ces vers , que l'auteur se proposait de supprimer dans l'édition corrigée qu'il préparait.
Il fallait cultiver, non forcer la nature ;
Il ertSé valeureux , vif, mais plein de droiture :
J'ai £ût, à ses talens habile à me plier/
jynn mauvais avocat un très- bon officier ;
Avantageusement j'ai marié ma fille :
La paix et les plaisirs régnent dans ma famille.
Nous avons des amis; de» seigneurs «ans fracas*
Sans Tanité , sans airs , et qui. n'empruntent pas»,
Soupent chez nous gaîment et passent la soirée ;
La chère est délicate et toujours modérée :
Le jeu n'est pas trop fort, et jamais nos plaisirs
Ne nous ont , grâce au ciel, causé de repentira.
Dans mon premier état, etc.
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COMÉDIE