‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 17 sur 112 · L'INTRODUCTION A L'HISTOIRE DU RÈGNE DE CHARLES-QUINF · texte numérisé non relu

L'INTRODUCTION A L'HISTOIRE DU RÈGNE DE CHARLES-QUINF

NOTE 1, Secr. 1, p. 2.

La consternation générale qui se répandit parmi les Bretons, lorsque après le rappel des légions romaines, les Pictes et les Calédoniens vinrent les attaquer, peut faire juger combien ce peuple avait été avili par une longue servitude sous les Romains. Dans la lettre qu'ils adressèrent à Ælius et qu'ils intitulèrent : Zes gémissemens de la Bretagne, ils s'expriment ainsi : «Nous ne Savons plus de quel côté nous tourner. Les Barbares nous chassent vers la mer et Ja mer nous repousse vers les Barbares. 11 ne nous reste que le choix entre ces deux genres de mort, ou d'être engloutis dans les flots, ou d’étre égorgés par le fer. » (Hist. Gildæ, ap. Gal., Hist, Brit. script. , p.6.) On a de la peire à croire que cette lâche nation descendit de ces peunles helliguenx. qui re. poussèrent César, et qui défendirent si long-temps leur liberté contre les armes romaines.

NOTE 2, Secr. r, p. 2.

Les nations barbares étaient non-seulement ignorantes : elles regardaient la littérature avec dédain. Elles voyaient les habitans de toutes les Provinces de l'empire plongés dans la mollesse et redoutant la guerre; la lâcheté ne pouvait manquer d’inspirer du mépris à une race d’hommes si fiers et si belliqueux. « Lorsque nous voulons in- Sulter un ennemi, dit Luitprand, et lui donner des noms odieux , nous l’appelons Romain. Ce nom seul renferme tout ce qu'on peut imaginer de bassesse, de lâcheté, d’avarice, de débauche, de mensonge, enfin l'assemblage de tous les vices. » Æoc solo » ideest quicquid luxuriæ, quicquid mendacii, immo quicquid vitiorum est comprehendentes. (Luitprand. Legat. apud Murat. Script. Ital., vol. 11, part. r, p. 481.)

Des barbares ignorans attribuaient cette corruption des mœurs à l'amour des lettres, et lorsqu'ils se furent établis dans les provinces qu'ils venaient de Conquérir, ils nè voulurent permettre qu’on donnât à leurs enfans aucune espèce d'instruction. «Car les sciences, disaient-ils, tendent à Ccorrompre, à énerver et à avilir les âmes. Celui qui s’est accoutumé à trembler sous la férule d’un pédagogue osera-t-il jamais regarder de sang-froid une lance ou une épée?» (Procop., De bell. Gothor.,

lv. 1, p. 4, ap. Script, byzant. vol. 1) 11 s'écoula un &rand nombre d'années avant que ces nations grossières et ennemies de tout savoir produisissent aucun historien en état d'écrire leurs annales , de rendre compte de leurs institutions et de leurs mœurs. Dans le cours de ce période, la tradition de leur état ancien se perdit, et il ne resta aucun monument qui pôût en donner dans la suite une Connaissance certaine à leurs écrivains. Jornan-

dès, Paul Warnéfride, Grégoire de Tours même, quoique les plus anciens et les plus accrédités des auteurs qui ont écrit l’histoire de ces peuples, n'apprennent rien de satisfaisant sur les lois et les mœurs des Goths, des Lombards et des Français, Ce n’est point à ces auteurs, mais aux historiens Grecs et Romains que nous devons le peu de connaissances, méme imparfaites, que nous avons de l'état primitif de ces nations barbares,

NOTE 3, Secr. 1, p. 2.

Un trait que rapporte Priscus, dans son histoire de l'ambassade envoyée à Attila, roi des Huns, peint forte. ment cette passion pour la guerre qui régnait parmi les nations barbares, A la fin d’un repas que ce féroce conquérant donna aux ambassadeurs romains, deux Scythes s'afattérént véts iut, ec vnantèrent un poème dans lequel ils célébraient ses victoires et ses talens militaires. Tous les Huns attentifs avaient les yeux fixés sur les Bardes; quelques-uns paraissaient charmés des vers et du chant ; d’autres étaient transportés de joie en se ra lant leurs propres exploits, les vicillards fondaient en larmes, déplorant leur faiblesse et l’état d'inaction où l'âge les avait réduits. (Excerpta ex hist. Prisci rhet. ap. By ant. script.; edit. Venet., vol. 1, p. 45.)

NOTE 4, Secr. 1, p. 5.

L'Histoire d'Angleterre nous offre des détails qui confirment d'une manière remarquable les deux parties de ce raisonnement. Les Saxons firent la conquête de la Grande-Bretagne, avec le même esprit destructeur qui distinguait toutes les autres nations barbares ; ainsi tous les anciens Bretons furent exterminés ou forcés de chercher un asile dans les montagnes du pays de Galles, ou réduits sous le joug de l'esclavage. Les Saxons introduisirent dans toute la Bretagne leurs lois, leurs mœurs, leur gouvernement et leur langage, et bientôt il ne resta aucun vestige des institutions antérieures à leur conquête. Le contraire arriva dans une révolution postérieure. Lorsqu'une seule bataille eut placé Guillaume de Normandie sur le trône de l’Angleterre, les habitans Saxons furent opprimés, mais non détruits, et le conquérant employa en vain tous les ressorts de son autorité et de sa politique pour assujettir ses nouveaux sujets aux institutions normandes. Quoique vaincus, les Saxons étaient encore beaucoup plus nombreux que leurs vainqueurs ; el lorsqu'ils commencèrent à se méler avec les Normands, leurs mœurs et leurs lois s'établirent par degrés. Les lois normandes étaient tyranniques et odieuses au peuple;

elles sont tombées, la plupart, en désuétude , tt l'on remarque aujourd'hui dans Ja constitution politique, ainsi que dans le langage des Anglais, plusieurs points essen-

tiels, qui sont évidemment d'origine Saxonne et non Normande.

NOTE 5, SEGT. 1, p. 5.

L'historien Procope dit que c'est par un sentiment d'humanité qu'il n'entre dans aucun détail sur les cruautés exercées par les Goths: «Je ne veux pas, dit-il, transmettre à la postérité des monumens et des exemples de barbarie. » (Procop., De bell. Goth., liv. 1x, cap. x, ap. Byzant. script., vol. À, p.126.) Mais comme la révolution dont j'ai parlé, et que je regarde comme une suite de l'établissement des nations barbares dans les provinces anciennement soumises à l'empire romain, n'aurait pu avoir lieu sile plus grand nombre des anciens habitans n’eût été totalement détruit, j'ai cru qu'un événement si important et qui a produit de si grands effets méritait d'être examiné avec une attention particulière, C’est ce motif qui m'engage à offrir aux regards de mes lecteurs une partie de ce déplorable spectacle, sur lequel Procope a cru devoir jeter un voile. J'éviterai cependant d'entrer dans un long détail, et je me contenterai de recueillir quelques exemples des dévastations et des excès commis par deux des nations diverses qui s'élablirent daps l’empire romain,

Les Vandales furent les premiers de ces peuples qui envahirent l'Espagne. C'était une des provinces les plus riches et les plus peuplées de l'empire ; ses habitans s'étaient distingués par leur courage , et avaient défendu leur liberté contre les armées romaines avec plus d'opiniâtreté et pendant un plus grand nombre d'années qu'aucune autre nation de l'Europe. Mais la domination des Romains les avait tellement amollis, que les Vandales, qui entrérent en Espagne en 406, en achevèrent la conquête en moins de deux ans, et firent par la voie du sort le partage de ce royaume dès l’année 411. Idace, témoin occulaire de la désolation qui suivit l’irruption des Vandales, s'exprime ainsi : « Les Barbares ravagèrent tout avec la plus grande férocité; la peste vint ajouter ses horreurs à cette calamité; la famine fut si générale, que les vivans furent obligés de se nourrir de cadavres. Ces terribles fléaux désolèrent à la fois ces malheureux royaumes. » (Idatii, Chron. ap. Bibl. patr., vol. VII, p. 1233 ; edit. Lugd. 1677.) Les Goths ayant attaqué les Vandales dans leurs nouvelles possessions, ces peuples se livrèrent une guerre sanglante : le pays fut ravagé par les deux partis; les villes qui avaient échappé à la fureur des premiers furent réduites en cendres, et les habitans se virent exposés à

toutes les horreurs que pouvait accumuler sur eux la |

cruauté gratuite de ces peuples barbares. ( Voyez la description qu’en donne Idace, Zbid., p..1235,b., 1236, c. f.) Isidore de Séville et les autres auteurs contemporains racontent de même ces dévastations. (Isidor., Caron. ap. Grot. Hist. Goth. 732.)

Après avoir ravagé l'Espagne, les Vandales passèrent en Afrique, l’an 428. L'Afrique était, après l'Égypte, la plus fertile des provinces romaines ; c'était un des greniers de l'empire, et un ancien écrivain l'appelle l’dme de la république. Les Vandales, quoique avec une armée qui n'avait pas plus de trente mille combattans, se rendirent, en moins de deux ans, les maîtres absolus de cetle province. Un auteur contemporain nous a laissé un récit effrayant des désastres causés par ces peuples. « Ils trouvèrent, dit-il, un pays bien cultivé, l’ornement de la

terre, et qui jouissait d'une heureuse abondance. Ils y’ portèrent le fer et la flamme ; aucun endroit de cette Lelleprovinee n'échappa à leur rage destructive ; tout fut dépeuplé, ravagé ; Us arrachèrent les vignes et détruisirent les arbres, afin que ceux qui s’étaient sauvés dans les cavernes et dans des montagnes inaccessibles ne pussent plus trouver de nourriture. Îls exercèrent sur es prisonniers des cruautés inouïes et recherchées, pour les obliger à découvrir leurs trésurs ; plus ils en découvraient, plus ils voulaient en découvrir, et ils n’en devenaient que plus implacables. Ni la faiblesse de l'âge ou du sexe, ni le rang, ni la noblesse, ni la sainteté du sacerdoce, ne pouvaient adoucir leur fureur ; plus, au contraire, les prisonniers étaient distingués, plus ils les accablaient d'outrages. lis rasèrent tous les édifices publics qui avaient échappé à la violence des flammes, et ils laissèrent plusieurs villes sans un seul habitant. Lorsqu'il s'approchaient d'une place fortifiée, que leurs troupes indisciplinées ne pouvaient réduire, ils rassemblaient un grand nombre de prisonniers, les passaient au fil de l’épée, et les laissaient sans sépulture, afin que l'infection des cadavres forcât la garnison d'abandonner la place. » (Victor Vitens, De persec. Afr. ap. Bibl. palr., vol. VII, p. 666.) Saint Augustin, auteur contemporain, né en Afrique, fait une semblable description des cruautés des Vandales. (Oper., vol. X, p. 372. Edit. 1616.) Bélisaire vint attaquer les Vandales, environ cent ans après leur établissement en Afrique, et les en chassa. Procope, historien du même âge, décrit ainsi les ravages occasionés par cette guerre : « L'Afrique, dit-il, était tellement dépeuplée, qu'on pouvait y voyager plusieurs jours de suite, sans y rencontrer un seul homme ; et l’on peut dire sans exagération, que dans le cours de cette guerre, il périt au moins cinq millions de personnes.» (Procop., Hisi. Are., cap. xvix., ap. Bysant. script., vol. 1, p.315.) Si je me suis arrêté un peu trop long-temps sur les calamités de cette province, c’est qu’elles ont été décrites non-seulement par des auteurs contemporains, mais encore par des témoins oculaires. L'état actuel de l'Afrique est une preuve de tout ce qu'ils ont avancé; et plusieurs villes, des plus florissantes et des plus peuplées qu'il y eût dans cette province, ont été tellement ruinées qu'il ne reste pas même de vestiges du lieu où elles étaient construites. Cette terre féconde qui nourrissait l'empire romain est aujourd'hui presque entièrement inculte; et | cette province que Victor, dans son latin barbare, ap- | pelle speciositas totius terræ florentis, est devenue la retraite des pirates et des brigands.

| Tandis qu’une partie de l’empire romain était en proie | aux fureurs des Vandales, l'autre partie était ravagée par les Huns; de toutes ces hordes de Barbares, celle-ci était la plus formidable et la plus féroce. Ammien: Marcellin, auteur de ce temps-là et l’un des meilleurs historiens du | Bas-Empire, donne une description de leurs mœurs et de | leur gouvernement, Ces peuples ressemblaient beaucoup | aux anciens Scythes et aux Tartares modernes. On trouve | aussi dans une partie de leur caractère et de leurs usages : quelques conformités avec les sauvages du nord de l’Amérique. Leur passion pour la guerre et pour l'action était extrême. « Les peuples policés, dit Ammien, aiment le | repos et la tranquillité ; les Huns se plaisent dans les | combats et les dangers ; c'est pour eux un bonheur de | périr les armes à la main, et une infamie, de mourir de

toutes des Ba d’ancie par les bord d

nestes oper.., ter sur sans h( se baig mes. L.

bien qu c'est j'

use abondance. Ils y:

endroit de cette belle ructive ; tout fut dévignes et détruisirent ient sauvés dans les \ccessibles ne pussent ercèrent sur es priecherchées, pour les ; plus ils en découvrir, et ils n’en deveblesse de l’âge ou du | la sainteté du sacerureur ; plus, au contingués, plus ils les t tous les édifices puice des flammes, et ils eul habitant. Lorsqu'il e, que leurs troupes ils rassemblaient un passaient au fil de l'é- >, afin que l'infection bandonner la place. »

Bibl. patr., vol. VII, ‘ontemporain, né en tion des cruautés des Edit. 1616.) Bélisaire n cent ans après leur chassa. Procope, hisles ravages occasionés it-il, était tellement er plusieurs jours de homme ; et l’on peut cours de cette guerre, personnes. » (Procop., script., vol. 4, p.315.) p long-temps sur les r'elles ont été décrites itemporains, mais entat actuel de l'Afrique t avancé; et plusieurs plus peuplées qu'il y lellement ruinées qu'il 1 lieu où elles étaient ai nourrissait l'empire ntièrement inculte; et on latin barbare, aprenlis, est devenue la

e romain était en proie artie était ravagée par Barbares, celle-ci était e. Ammien: Marcellin, meilleurs historiens du a de leurs mœurs et de essemblaient beaucoup s modernes. On trouve tère et de leurs usages ages du nord de l’Amé- > et pour l’action était lit Ammien, aiment le s se plaisent dans les r eux un bonheur de infamie , de mourir de

vieillesse ou de maladie. ls se glorifient du nombre des lusi ennemis qu'ils ont tués ; et le plus brillant ornement de Dès par prompt trè uplé î la victoire c’est d’attacher aux harnais de leurs chevaux bres et les buissons croître A ps t ne la chevelure de ceux qui ont péri sous leurs coups. » former insensiblement de grandes Mde incultes et (Am. Marcel., iv. xxx, p. 477. Edit. Gronov. Lugd. débordemens des rivières et les eaux cro Ah 1698. ) Leurs incursions dans l'empire commencèrent au vertissent en lacs et en marais le reste d am iv® siècle, Les Romains, quoique déjà accoutumés aux ltalie, le centre du luxe et de l’élé ds . vpn Era de des nations barbares, étaient étonnés des horri- était cultivée avec un soin satrèue poil e em RS TA les Huns. La Thrace, la l'ont tellement dévastée et en ont pére aphagéodes pére nu. urent ravagées les premières. tous les ouvrages de l'industrie et de Ja culture, que pis ecrit dal je sup age aucun établisse- | le vi siècle, l'Italie paraît n'avoir été couverte que de Procse rot xd incursions étaient fréquentes : | forèts et de vastes marais. Muratori entre dans un lon 200.000 to se A us chaque invasion | détail sur la situation et les limites de cette contrée pe (Proc. p\ qu he pe sh . en esclavage. prouve, par les témoignages les plus authentiques qu’une Thrace qui était la sr tu jé : Vol. We 516.) La |: grande partie du terrain, dans toutes les différentes prosed & Après pro ; oasis cultivée de cette | vinces de l'Italie, était ou couverte de bois ou ensevelie + rh rent A y d changée en un désert set sous les eaux ; et il ne faut pas croire que ce fussent seuvoyäit à Attila, il pagna les ambassadeurs qu'on en- | lement des endroits naturellement stériles ou peu i . ju t la, 11 ÿ trouva plusieurs villes entièrement | tans:; c’étaient des cantons que les écrivai ch dira pr le ra die de quelques misérables fugitifs | représentent comme extrêmement fertiles + UE hot dei Ps Des Le Lu ruines des églises ; et la | aujourd'hui très bien cultivés. {Murat. Antiquit. “Jtal. avaient été moissonnés par jet ne ne | PE rt Il, p. 149- 1 ete ) On D sal e de pe Barbares. ( Proc. | trouve une forte preuve de tout ceci dans une descrij tion Pa +4 va à FA sud LA se ttila fut reconnu roi de la ville de Modène, que nous a laissée un pas du hardis conquérans dont l'histoire rt spa baie ten ie de stati os is it son empire sur toutes ces vastes contrées, comprises sous mêmes dans les au: Yestetlons des Barbares ont été les les noms généraux de Scythie et de Germanie, dans l’an- nos autres pays de l'Europe. Dans plusieurs Set M a La la terre. Tandis qu'il faisait la guerre ua on no AOOur gant, Log naiss parus re il tenait l'empire romain dans des | liers sont distingués en terrains cultivés et ne es D D , è Là ne à des subsides considé- terrains déserts, eremi. On voit des exemples ue Me lens PA nés qui régnaient accordées à des particuliers, parce qu'ils les avaient prises pos paie pra for es Gaules à la tête d’une dans le désert, ab eremo, et qu'ils les avaient Pie quises : c'était ls es L ste nations qu'il avait con- | peuplées et cultivées. C’est ce qui est prouvé dans une Reed ea Asia : nombreuse de toutes les armées charte de Charlemagne, publiée par Eckart. ( D Darbar ncore entrées dans le territoire de | Franciæ orient., vol. 11, p. 864.) et dans pl ae oe Hu fit un dégât horrible ; non -seulement il | chartes accordées par les successeurs De ie su les Sp “on Si , mais il pilla et saccagea les villes | tées par Du Cange, au mot £remus. Muratori ajoute : D 2 Rise ces horreurs sont décrites pendant le vin£ et le 1x° siècle, l'Italie était (nds de 1669, p sn à. re FA Edit. Baluz. Paris, ; loups et de bêtes sauvages. C’est une autre preuve que le A Lie Li F2 e us us p. 1235. La fa- pays était absolument dépourvu d'habitans. (Murat. 4nd’Attila : s'il en faut si à re ons, arréla les progrès | diquit., vol. Il, p. 163.) Ainsi l'Italie qui avait fait la gloire elle ne coûta pas moins de trois cout Die ne à a par sa fertilité et sa culture, se trouvait ag de Reb. Getic. ap. Grot. Hist. golh., | ee 7. POS l or li ae Ag Hivante Attila forma Je ne doute pas qu'il n’y ait de l’exagération dans quelmatolé ét Jill La entre même de l'empire. Il | ques-unes des descriptions qué j'ai rapportées. Je sais è d Ë ites de la même manière en fl RU dans 1 invasion des Huns surpasse établissemens; les unes D ne des hr, Co de bé prions précédentes | truire entièrement les anciens habitans ; d’autres étaient d'anciens historiens us sh emblé plusieurs passages plus disposées à s'incorporer avec eux. ]l n'est pas de mon par les Huns et | cs, “a vent que les ravages causés | sujet de rechercher les causes de cette différence dans 1 es Vandales dans les contrées situées au | conduite des conquérans, ni de décrire l’état de coitiées

bord du Rhi i moi i moi mA PR le a fu- | où les anciens habitans furent traités avec plus de dou- È . ae Urbib. Germ, | ceur. Les faits j'ai pt des . (Exercita , | É € que j'ai rapportés suffisent pour Hs je de + tie Il nt craint de s'arré- | que les invasions et les établissemens des daGon duNord Anh . : e désolation ; on ne peut | dans l'empire romain ont occasioné une destruction de re de L oi br RTS ne humaine beaucoup plus grande que la plupart | es hom- es écrivains Ï bre La preuve la plus convaincante de la cruauté, aussi no .. len que de l'étendue des ravages causés par les Barbares,

c'est La dans lequel paratt avoir été l'Italie pendant

peuples s’y furent établis.

NOTE 6, Sgcr.r, p. 5.

J'ai observé à la note 2, que c'est aux seuls écrivains

grecs et romains que nous devons le peu de connaissances certaines que nous avons sur l'état primitif des

nations barbares. Heureusement, deux de ces anciens auteurs, de tous les hommes qui ont écrit, les plus capables neut-être d'observer avec un discernement profond et de peindre avec fidélité, avec énergie les mœurs et les institutions de ces peuples, nous en ont laissé un détail auquel se rapporte assez tout ce que les autres au- ‘*urs en ont dit, Le lecteur devinera aisément que je veux sarler de César et de Tacite, Le premier fait en peu de mots le portrait des anciens Germains, dans quelques chapitres du sixième livre de ses commentaires ; l'autre a écrit un ouvrage exprès sur ce sujet. Ce sont là les monumens de l'antiquité les plus précieux et les plus instructifs pour les habitans actuels de l'Europe. Voici ce que nous y apprenons :

1° L'ét:1 de la société chez les anciens Germains était très grossier et très simple. Ils ne subsistaient que par la chasse ou le pâturage. (Cæs., lib, vi, cap. xx1.) Îls négligeaient l'agriculture, et vivaient en général de lait, de fromage et de viande. ( Zbid., cap xx11.) Tacite rapporte à peu près la même chose, (De Morib. Germ., cap. 14, 15, 23. ) Les Goths négligeaient également l'agriculture. (Prisc., Rhet. ap. Byzant. script, vol. 1, p. xxx1. B.) L'état de la snciété n’était pas plus avancé chez les Huns: ils dédaignaient de cultiver la terre et de toucher nne charrue. (Am. Marcel., lib, xxxt, p. 475.) Les Alains avaient les mêmes mœurs. (Zbid., p. 477.) Tant que la société resta dans ce premier état, les hommes, en s’unissant ensemble, ne sacrifièrent qu'une très petite portion de leur indépendance naturelle.

2° Chez les anciens Germains, l'autorité du gouvernement civil était très limitée. Pendant la paix ils n’avaient sdcun magistrat commun et fixe; c’étaient les chefs ou principaux de chaque district qui rendaient la justice et jugeaient les différends. (Cæs., ibid., Cap. xxun,) Leurs rois n'avaient pas un pouvoir absolu et illimité; leur autorité consistait plutôt dans le privilége de conseiller, que dans le droit de commander. Les affaires de peu de con séquence étaient décidées par les chefs; mais les objets d'un intérét plus général et plus important étaient soumis au jugement du corps entier de la nation. (Tacit., ce. vu et x1.) Les Huns délibéraient aussi en commun sur toutes les affaires essentielles, et n'étaient point soumis à l’autorité d'un roi, ( Am. Marcel., lib, xxxx, p. 473.)

3° Chaque individu chez les anciens Germains avait la liberté de s'engager dans une expédition militaire proposée; et il ne paraît pas que l'autorité publique lui impost aucune obligation à cet égard, « Lorsqu'un chef proposait quelque expédition, dit César, ceux qui approuvaieni le projet et consentaient de suivre le chef se levaient et déclaraient leur résolution ; s'ils manquaient ensuite à cet engagement, ils passaient pour des lâches, des traitres à la patrie, et étaient réputés infâmes, (Cæs., ibid,, cap. xx.) Tacite indiqu.. {a même coutume, mais d’une manière plus obscure. (Tacit., cap. rx et rv.) Comme Chaque individu était indépendant et maître absolu de ses actions, celui qui voulait devenir chef avait donc un grand intérêt à se faire des partisans, à les attacher à sa personne et à ses projets. César les appelle ambacti et clientes ,

c’est-à-dire, suivans ou cliens. Tacite leur donne le nom de comiles (compagnons.) La principale distinenon et le pouvoir d'un chef consistaient à être accompagné d’une troupe nombreuse de jeunes gens choisis. Cette jeunesse faisait pendant la paix la gloire et l'ornement de la nation, et sa sûreté pendant la guerre, Un chef se conservait l'affection de ses compagnons par des présens d'armes ou de chevaux, ou par les repas, plus abondans que recherchés, qu’il leur donnait, (Tacit., cap. 14 et 16:) Par une suite de cet esprit de liberté et d'indépendance personnelle, que les Germains conservèrent même après qu'ils furent unis en société, ils resserrèrent la juridietion personnelle de leurs magistrats dans des limites très étroites ; ils se réservèrent ot exercérent tous les droits de la vengeance personnelle ; le magistrat n'avait le pouvoir ni d'emprisonner un homme libre , ni de lui infliger aucune peine corporelle. (Tacit., cap. vi.) Chaque individu était même obligé de tirer vengeance des affronts ou des torts qu'on avait faits à ses parens où à ses amis, Les inimitiés devenaient héréditaires, mais elles n'étaient pas implacables. Le meurtre même s’expiait en donnant un certain nombre de bestiaux, (Tacit., cap. xx.) Une partie de l'amende était pour le roi ou l'état ; le reste pour la personne offensée ou ses parens, (Zbid., Cap, XI.)

Quoique ces particularités sur les mœurs et les usages des Germains soient connues de tous ceux qui sont versés dans la littératur ancienne, j'ai cru cependant devoir les rapporter dans l’ordre que je leur ai donné, et les mettre sous les yeux des lecteurs moins instruits, parce qu'elles confirment ce que j'ai dit de l’état des nations barbares, ut qu’elles peuvent servir à éclaircir toutes les observations que j'aurai occasion de faire sur les changemens arrivés dans leur gouvernement et leurs mœurs. Les lois et les coutumes que ces peuples introduisirent dans les pays où ‘!s s’établirent, forment le meilleur commentaire des écrits de César et de Tacite; et réciproquement les observations de ces deux écrivains font la meilleure clef pour bien entrer dans l’esprit de ces lois et de ces coutumes.

11 ÿ a dans le témoignage de César et de Tacite sur les Germains une circonstance qui mérite attention. Le mor ceau que Céser nous a laissé sur les mœurs des Germains, a été écrit plus de deux cents ans avant que Tacite composdt son traité sur le même sujet. Un siècle est un espace de temps très considérable pour les progrès des mœurs d’une nation, surtout si pendant cet intervalle cette na. tion grossière et non civilisée a eu beaucoup de commerce avec des états plus policés. Les Germains étaient dans ce cas-là ; ils commencèrent à connaître les Romains lorsque César passa le Rhin; et leur communication avec ce peuple s'étendit tous les jours depuis cet événement jusqu'au temps où Tacite écrivit, On remarque d'ailleurs qu'il ÿ avait une différence considérable dans l'état social de chacune des différentes tribus de la Germanie. Les Suétones, par exemple (Suiones), avaient déjà fait tant de progrès dans la civilisation, qu'ils commençaient à se corrompre, (Tacit., cap. xziv.) Les Fennes, au contraire (Fenni), étaient si barbares, qu'on s'étonne qu'ils aient pu subsister. ( Zbid., cap. xrvi.) Ces deux circonstances ne doivent pas être négligées par ceux qui veulent décrire les mœurs des Germains, ou établir quelque théorie poliique sur l’état de la société chez ces peuples,

Avant que de terminer cette discussion, il ne sera pas

turell natior dans | plaît :

comm lien n leurs « châtie:

un âge leurs a person memen ou che conseil peut de ne forn rité; ca dent, el taire, ( 3° Ce s’engag:

guerre :

duire la (car on l’autre, | cette cé suivre le visque de infâme di

, Tacite leur donne le La principale distincnon ent à être accompagné nes gens choisis. Cette la gloire et l’ornement L la guerre, Un chef se pagnons par des présens ?s repas, plus abondans t. (Tacit., cap, 14et 15:) jerté et d'indépendance nservèrent même après sserrèrent la juridietion dans des limites très ercèrent tous les droits le magistrat n'avait le nme libre , ni de lui inl'acit., cap. vi.) Chaque r vengeance des affronts 8 parens où à ses amis, res, mais elles n'étaient ne s’expiait en donnant . (Tacit., cap. xxx.) Une ï ou l'état ; le reste pour 8, (Zbid., cap, xu.) les mœurs et les usages Dus CEUX qui sont versés ru cependant devoir les ai donné, et les mettre nstruits, parce qu'elles L des nations barbares, cir toutes les observare sur les changemens tleurs mœurs. Les lois introduisirent dans les e meilleur commentaire et réciproquement les s font la meilleure clef ces lois et de ces cou-

sar et de Tacite sur les rite attention, Le mor

s mœurs des Germains, avant que Tacite com- Un siècle est un espace es progrès des mœurs cet intervalle cette na beaucoup de commerce "mains étaient dans ce re les Romains lorsque minunication avec ce uis cet événement jusn remarque d’ailleurs rable dans l'état social de la Germanie, Les , avaient déjà fait tant ‘ils commençaient à se s Fennes, au contraire ü s'étonne qu'ils aient es deux circonstances ux qui veulent décrire r quelque théorie poces peuples,

cussion , il ne sera pas

César et de Tacite.

1° Les Américains ne subsistent guère que par la pêche ou la chasse. Il y a des tribus qui négligent absolument l’agriculture. Parmi celles qui cultivent quelques portions de terrain près de leurs cabanes, ce sont les femmes qui sont chargées de ce soin, ainsi que de tous les autres travaux, (Charlevoix, Journal Historique d'un voyage en Amérique, in-4°, Paris, 1744, p. 334.) Dans un tel état de société, les hommes ayant peu de besoins ordinaires et lcur dépendance mutuelle étant très bornée, leur union est extrémement foible et imparfaite ; et ils doivent continuer de jouir de leur liberté naturelle presque sans altération, Le premier sentiment d’un sauvage de l’Amérique, c'est que tout homme est né libre et indépendant , et qu’il n'y a aucune puissance sur la terre

qui ait le droit de restreindre et de limiter sa liberté naturelle, On trouve à peine quelque apparence de subordination entre eux, soit dans le Gouvernement civil, soit dans le gouvernement domestique, Chacun fait ce qu'il lui plaît : un père, une mère et leurs enfans vivent ensemble comme des êtres que le hasard a rassemblés, et qu'aucun lien n’attache les uns aux autres, Leur manière d'élever leurs enfans est très conforme à ce principe : ils ne les châtient jamais, même dans la première enfance, et dans un âge plus avancé on les laisse entièrement maîtres de leurs actions, et ils ne sont obligés d'en rendre compte à personne, (/dem, p. 272 et 273.) 2° Leurs magistrats civils n'ont qu'une autorité extrémement bornée, Dans la plupart des tribus, le sachem où chef est choisi par la tribu même ; on lui donne un Conseil composé de vieillards et sans l'avis duquel il ne peut décider ancune affaire d'importance. Les sachem ne forment aucune prétention à jouir d'une grande autorité; car ils proposent et prient plutôt qu'ils ne commandent, et l’obéissance de la nation est entièrement volontaire. (Zdem, p. 266, 268.) 3° Ce n’est point par force, mais volontairement, qu’ils s'engagent dans une expédition militaire, et quand Ja guerre a été résolue, un chef se lève et s’ofire pour conduire la troupe, Alors ceux qui sont de bonne volonté (car on ne force Personne) se lèvent tous l’un après l’autre, et chantent la chanson de guerre. Mais si après cette cérémonie, quelqu'un des guerriers refusait de suivre le chef avec iequel il s'est engagé, il Courrait tisque de perdre la vie et serait regardé comme le plus infâme de tous les hommes, ( Zdem, P. 217, 218.)

PREUVES ET ECLAIRCISSEMENS.

hors depropos d'observer que, quoique les altérations qui se firent successivement dans les institutions des différens peuples qui avaient conquis l'empire romain, et quoique les progrès qu'ils avaient faits dans la civilisation eussent entièrement changé leurs mœurs, On pourrait cependant en retrouver l'image dans celles d’une race d'hommes qui est encore à peu près dans le même état de société où se trouvaient les Barbares du Nord lorsqu'ils s’établirent dans leuré nouvelles conquêtes. Je veux païler des sauvages de l'Amérique septentrionale. Ce n'est donc pas une digression superflue, ou une simple recherche de curiosité, que d'examiner si celte similitude dans l'état politique a produit quelque ressemblance entre les mœurs et le caractère de ces peuples divers. S'il se trouve que cette ressemblance soit frappante, elle fournira une plus forte preuve de la vérité du portrait qu’on a fait des anciens habitans de ?’Enrope, que le témoignage méme de

4° Ceux qui s’engagent à suivre un chef s’attendent À être traités avec beaucoup d'attention et d'égards, et il est obligé de leur faire des présens d’une valeur considérable, ( Zdem, p. 218.)

5° Le magistrat parmi eux n’a presque aucune juridiction criminelle. (Zdem, p. 272.) La Personne ou Ja famille qui a recu une injure peut en tirer la vengeance qu'elle veut. (Zdem, p. 274.) lis sont implacables dans leur résseatiment, et Je temps ne peut éteindre ni méme affaiblir le désir d'une jnste vengeance. C'est le principal héritage que les pères en mourant laissent à leurs enfans ; el le soin de venger un affront se transmet de génération en génération, jusqu’à ce que l’occasion arrive de satisfaire ce sentiment, (Zdem, p. 309.) Quelquefois cependant, la partie offensée s’apaise; on fixe une compensation pour un meurtre qui aura été commis. Les parens du mort recoivent le présent dont on est vonvenu ; et il consiste ordinairement en un prisonnier de guerre qui prend la place et le nom de celui qui a été tué, et qui est adopté dans la famille. (Idem, p. 274.)

On trouve la méme ressemblance dans plusieurs autres

points. Il suffit pour mon objet d’avoir indiqué les rap Ports qui se trouvent dans les grands traits qui distin- Guent et caractérisent ces nations diverses. Bochard et d'autres philologues du dernier siècle, qui ont employé plus d’érudition que de science à suivre les émigrations des différens peuples, et qui sur le trait le plus léger de ressemblance, croyaient voir une affinité parfaite entre des nations fort éloignées les unes des autres et concluaient hardiment qu'elles avaient eu la même origine, n'auraient pas manqué d'affirmer avec confiance, en Yoyant une ressemblance si parfaite entre les barbares conquérans de l'empire romain et les sauvages de l’Amérique, que c’était le même peuple. Mais un philosophe se Contentera seulement d'observer, que le caractere des nations dépend de l'état de société sous lequel elles vivent, et des institutions politiques établies parmi elles; et que dans tous les temps et dans tous les lieux, les hommes placés dans les mêmes circonstances, auront les mêmes mœurs el se inontreront sous la même forme.

Je n'ai étendu cette comparaison entre les anciens Germains et les sauvages de l'Amérique, que jusqu'où elle était nécessaire pour éclaircir mon sujet. Je ne prétends pas que l'état social chez ces deux peuples, fut parfaitement égal. Plusieurs des tribus germaines étaient plus civilisées que les Américains. 11 ÿ en avait à qui l'agriculture n’était pas étrangère, et presque toutes avaient des troupeaux qui faisaient leur principale subsistance, tandis que le plus grand nombre des hordes américaines ne vivent que de leur chasse, et sont plus grossières et plus simples encore que les anciens Germains. Cependant il ÿ a entre leur état social une ressembiance plus frappante qu'on n’en a jamais observé parmi deux races d'hommes,

et il en est résulté une conformité de mœurs surprenante,

NOTE 7, Secr, 1, p. 5.

Le butin qu'avait fait une armée appartenait à toute l’armée ; et le roi lui-même n'y avait d'autre part que Celle qui lui était échue par le sort, L'histoire des Francs nous offre à cet égard un exemple remarquable L'armée de Clovis, le fondateur de la monarchie française, en Pillantune église, avait enlevé Parmi d’autres effets sacré,

—- ee D -

un vase d’une grandeur et d’une beauté extraordinaires, L'évêque envoya sur-le-champ des députés à Clovis, pour le supplier de rendre ce vase, afin de l’employer aux usages saints auxquels il avait été destiné. Clovis dit aux députés de le suivre à Soissons , où devait se faire le partage du butin, et il leur promit que si ce vase lui tombait en partage, il le rendrait à l'évêque. Lorsqu'on fut arrivé à Soissons, tout le butin fut réuni en un monceau au centre de l’armée. Alors Clovis demanda qu'avant de faire aucun »artage on lui accordât ce vase par-dessus sa part. Chacun parut disposé à favoriser le roi et à acquiescer à sa demande; mais un soldat audacieux et féroce lève sa hache d'arme, en frappe le vase avec violence, et dit au roi d’une voix ferme : « Vous n'aurez rien ici que ce que le sort vous donnera. » (Greg. Turon., Æist. Franc., lib x, cap. xxvur, p. 70, pens. 1610.)

NOTE 8, SET. 1, p. 7.

L'histoire de l'établissement et des progrès du système féodal est un objet intéressant pour toutes les nations de l'Europe. Les lois et la jurisprudence de quelques pays sont encore presque entièrement féodales. Dans d’autres, on voit que plusieurs pratiques établies par la coutume, ou fondées sur des règlemens, ont pris naissauce dans le système féodal, et qu'elles ne peuvent étre bien entendues sans la connaissance des principes particuliers à ce systême. Plusieurs auteurs, très célèbres par leur génie et

- leur érudition, ont fait tous leurs efforts pour éclaircir ce sujet ; mais ils y ont laissé encore beaucoup d'obscurité, Je vais tâcher de suivre avec précision les progrès ou les variations des idées que les nations barbares s'étaient faites sur la propriété des terres, et d'exposer les causes qui ont occasioné ces variations, ainsi que les eftets qui en sont résultés,

Il paraît que la propriété des terres a subi successivement quatre sortes de révolutions chez les peuples qui s'établirent dans ies différentes provinces de l'empire romain,

1° Tant que les nations barbares restèrent dans leur pays natal, elles ne connurent point la propriété des terres, et n’eurent aucune limite fixe à leurs possessions, Après avoir laissé quelque temps pattre un troupeau dans un canton, toute la famille quittait bientôt ce canton pour aller s'établir dans un autre, qu'elle abandonnait de même peu de temps après. Une espèce de propriété si imparfaite n’imposait aux individus aucune obligation positive de servir la communauté ; et tout ce qu'ils faisaient pour elle était purement volontaire, Il était donc libre à chacun de prendre la part qu'il voulait à une expédition militaire. Ainsi l’on ne suivait un chef à la guerre que par attachement et sans aucune idée de devoir, Nous en avons rapporté des preuves sensibles dans la note 6. Tant qu'il n’y eut pas d'autre propriété, il n’est pas possible de rien découvrir dans leurs usages qui ait la moindre ressembla:ce avec la tenure féodale, ou avec la subordination et le service militaire introduits par le système féodal.

2° Quand ces peuples s’établirent dans les pays subjugués, l'armée victorieuse partagea les terres conquises ; chaque soldat regardait la portion qui lui était échue en partage, comine une récompense due à sa valeur, et comme un établissement conquis par son épée; et il en

prenait possession comme homme libre en toute pro: priété. Il en jouissait pendant sa vie ; il pouvait en dis. poser à son gré, et la laisser en héritage à ses enfans. La propriété des terres reçut alors une forme constante et stable. Elle fut en même temps allodiale , c'est-à-dire que le possesseur avait le droit absolu de propriété et de domaine, et qu’il ne relevait d'aucun souverain ou sei. gneur auquel il fût obligé de rendre hommage et de consacrer ses services. Cependant comme ces nouveaux propriétaires (ainsi qu’on l’a observé dans l'introduction) se voyaient exposés à être troublés dans leurs possessions par le reste des'anciens habitans, et qu’ils couraient le danger, plus redoutable encore, d’être attagués par des barhares aussi avides et aussi féroces qu’eux-ménies, ils sentirent la nécessité de s'imposer volontairement des obligations de défendre la communauté, plus étroites et plus expresses que celles auxquelles ils avaient été sou: mis dans leurs habitations natales. En conséquence, dès que ces peuples se fixèrent dans leurs nouveaux établissemens, chaque homme libre s’obligea à prendre les armes pour la défense de sa nation ; et quand il refusait ou négligeait de remplir ce devoir, il encourait une peine considérable. Je ne prétends pas qu'il y ait eu à cet égard aucun contrat revêtu de formalités et ratifié par des cérémonies légales. Cette obligation, ainsi que les autres conventions qui lient ensemble les membres de toute société, n’était fondée que sur un consentement tacite. La sécurité et la conservation mutuelle des individus les engageaient à en reconnaitre l'autorité, et à en maintenir l'exécution. Nous pouvons remonter à l’origine de cette nouvelie obligation des propriétaires des terres, et l’observer à un période très reculé de l’histoire des Frances. Chilpéric, qui commença son règne l’an 562, condamna à une amende (bannos jussit exigi) certaines personnes qui avaient refusé de l'accompagner dans une expédition. ( Greg. Turon., lib. v, cap. xxvr, p. 211.) Childebert, qui monta sur le trône en 576, imposa la même peine à quelques-uns de ses sujets coupables du même crime, (Zbid., lib. vu, cap. xzu, p. 342.) Cbarlemagne ordonna que chaque homme libre qui possédait en propriété cinq mansi, c’est-à-dire soixante acres de terrain, marcherait en personne contre l'ennemi. (Capit., an. 807.) Louis-le-Débonnaire, en 815, accorda des terres à quelques Espagnols qui s'étaient enfuis à l'approche des Sarrasins, et leur permit de s'établir dans ses états, à condition qu’ils serviraient à l’armée comme les autres hommes libres, (Capit., vers. 1, p. 500.) Par ce mot de terre possédée en propriété, dont la loi de Charlemagne fait mention, il faut entendre, conformé. ment au style de ce temps-là, une terre allodiale; car allodes et proprietas, allodum et proprium , étaient des mots parfaitement synonymes. (Du Conge, vor. Alodis.)

Muratori a publié deux chartes qui contiennent la preuve la plus claire de la distinction établie entre la possession allodiale et la possession bénéficiaire ; et it parait par ces deux monumens qu'une personne pouvai! avoir une partie de son bien en propriété allodiale, dont elle avait le droit de disposer à son gré, et l’autre partie à titre de bénéfice, n’en ayant que l'usufruit, et la propriété retournant après sa mort au seigneur supérieur, (Murat., dnliq. Ital, medii ævi, vol. À, p. 559-665.) Li même distinction se trouve indiquée dans un capitulaire

campa étaient condat

résulta lentem chefs d pagnon entrepr méme c établis.

leurs ch mines i regarda pagnon.

juger di moyen ; établie: } meurtre de celle libre. (Z4 Tant « pays, ils

ne libre en toute pro.

| ie ; il pouvait en dis- | héritage à ses enfans.

rs une forme constante s allodiale , c'est-à-dire bsolu de propriété et de ucun souverain ou sei.

‘endre hommage et de 1t comme ces nouveaux rvé dans l'introduction) blés dans leurs possesitans , et qu’ils couraient re, d’être attagués par | féroces qu’eux-ménies, oser volontairement des unauté, plus étroites et Iles ils avaient été sous. En conséquence, dès leurs nouveaux établis- ’obligea à prendre les on ; et quand il refusait r, il encourait une peine as qu'il y ait eu à cet ormalités et ratifié par bligation , ainsi que les emble les membres de > sur un consentement tion mutuelle des indinaître l’autorité, et à en vons remonter à l’orin des propriétaires des très reculé de l’histoire nça son règne l’an 562, s jussit exigi) certaines accompagner dans une V, Cap. XXVI, p. 211.) ône en 576, imposa la ses sujets coupables du p. xLU, p. 342.) Cbarmme libre qui possédait -dire soixante acres de ontre l’ennemi. (Capit., , en 815, accorda des s'étaient enfuis à l’apmit de s’établir dans ses nt à l’armée comme Îes vers. 1, p. 600.) Par ce Jriélé, dont la loi de t entendre, conforméine terre allodiale; car ) et proprium , étaient es. (Du Conge, vor,

les qui contiennent Ja nction établie entre la sion bénéficiaire ; et it l'une personne pouvait ropriété allodiale, dont n gré, et l'autre partie e l'usufruit, et la proau seigneur supérieur.

vol. 1, p. 659-565.) Li 1ée dans un capitulaire

de Charlemagne, de l'an 812 (édit. Baluz., v. 1, p. 491

ce qu'il possédait par droit de propriété, proprietaie

d'avec ce qu’il ne tenait qu’à titre de bénéfice, beneficio ; et il parait que la plus grande partie de son bien était allodiale. (Aub. Mir., Oper. Diplom. Lovan., 1733,

vol. 1, p. 19.)

Ainsi le terme d'homme libre se prend communément dans un sens cpposé à celui de vassal, vassus ou vassalus; le premier désigne un propriétaire allodial, et l’autre celui qui relève d’un seigneur, Ces hommes libres étaient obligés de servir l'état ; et cette obligation était si sacrée, qu’il leur était défendu d’entrer dans les ordres ecclésiastiques, à muins qu'ils n’en eussent obtenu le consentement du prince. La raison qu’on donne de ce règlement est remarquable: « Car nous savons que quelqués-uns en agissent ainsi, non par esprit de dévotion, Mais afin de se dispenser du service militaire, auquel ils sont tenus. » ( Capitul., lib.x, $ civ.)« Lorsqu'un homme

libre, sommé de se mettre en Campagne, refusait d’obéir, il était condamné, suivant la loi des Francs, à payer le hereban, qui était une amende de soixante couronnes. » (Cap. Carol, Mag. ap. leg. ZLongob., tom. XIV, lib. x, $ xx, p. 539. ) Cette expression, suivant La Loi des Francs, semble supposer que l’oblisation de servir et la peine imposée à ceux qui manquaient a :e devoir, étaient d’une date aussi ancienne que les lois faites par les Francs, lorsqu'ils s’établirent pour la première fois dans les Gaules, On exigeait cette amende avec tant de rigueur, « que si la personne condamnée se trouvait insolvable, elle était réduite en servitude, et y restait jusqu’à ce que le prix de son travail fût monté à la valeur de l'Aereban. » (Ibid.) L'empereur Lothaire rendit la peine en-

part. 11, p. 153.)

3° La propriété des terres ayant été ainsi fixée par une forme Constante, et obligeant au service milite. e, il en résulta un autre changement, mais qui ne se fit que lentement et par degrés. Tacite nous apprend que les chefs des Germains cherchaient à s'attacher des com- Pagnons (comites) qui les suivaient dans toutes leurs entreprises et combattaient sous leurs drapeaux. La même coutume subsista Parmi eux dans leurs nouveaux établissemens et ces Compagnons, attachés et dévoués à leurs chefs, furent appelés fideles , antrustiones , homines in truste dominicé , leudes. Tacite ajoute qu’ regardait comme honorable |

moyen âge, par la Composition ou établie: pour chaque délit :

de celle qui était fixée Pour le meurtre d'un homme libre. (Leg. salic., tit, xrav, Sretu.)

Tant que les Germains restèrent dans leur propre Pays, ils cherchèrent à s'attacher ces compagnons par

PREUVES ET ECLAIRCISSEMENS.

D) Le comte Éverard, qui avait épousé une fille de Louis-

le-Débonnaire, a-laissé un testament curieux. En parta- Beant ses vastes domaines entre ses enfans, il distingue

des présens d'armes et de chevaux, et par les services de l'hospitalité (voyez la note 6). Tant qu'ils n'eurent aucun droit fixe de propriété sur les terres, c’étaie dons que les chefs pussent faire , et la seule r que leurs suivans pussent attendre ples se furent établis d

qu’ils eurent connu l'importance de la propriété, les rois

de terre. Ces concessions s'appelèrent bénéfices (beneficia), parce qu’elles étaient gratuites,

’hommage qu'ils rendaient au supérieur dont ils voulaient re-

lever, s'appelait hommage plein (homagium plenum), et ne les engageait qu’à la fidélité, sans les obliger ni à servir à la guerre, ni à assister aux justices seigneuriales. On peut encore reconnaître aujourd'hui quelques traces, quoique obscures , de cet hommage plein. (Brussel, t. 1, P. 97:

Parmi les anciens actes publiés par dom de Vic et dom Vaissette, dans leur Æistoire du Languedoc, on en trouve plusieurs auxquels ils donnent le nom d'hommage, et qui semblent tenir le milieu entre l’Aommage plein, dont parle Brussel » et l’obligation de remplir dans son entier l'engagement du service féodal. L’un des deux partis promet protection et accorde des chà-

(eaux ou des terres; l’autre s'engage à défendre la personne du donateur et à

défendre aussi ses possessi Mais ces engagemens ne Sont accompagnés d'aucune for-

accoutumé à ces services, d’autres services féodaux s’introduisirent successivement. M. de Montesquieu regarde ces bénéfices comme des fiefs qui, dans l'origine, obli- Seaient les possesseurs au service militaire. (Esprit des Lois, liv. xxx, Chap. ur et xvi.) M, l'abbé de Mably prétend que ceux qui tenaient ces bénéfices ne furent d'abord soumis à d'autre service qu’à celui auquel chaque homme libre était engagé. (Observ. sur l'histoire de France, t.1, p. 356.) Mais en comparant leurs preuves, leurs raisonnemens et leurs conjectures, il paraît évident que puisque chaque homme libre, en conséquence de sa Propriété allodiale , était obligé de servir, sous des peines , très graves, on n'aurait eu aucune bonne raison de con-

ee DRE TENES | Da

Page 1