‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 112 · ET P · texte numérisé non relu

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2 RE Fe -S

férer ces bénéfices, si ceux qui les recevaient n’eussent été soumis à quelque nouvelle obligation. Pourquoi un roi se serait-il dépouillé lui-même de ses domaines si, en les divisant et en les partageant, il n’eût acquis par-là un droit à des services qu’il ne pouvait exiger auparavant ? Nous sommes done autorisés à conclure que, comme la propriété allodiale assujettissait les possesseurs à servir la communauté, de même les bénéfices devaient obliger ceux qui en recevaient au service personnel et à la fidélité envers celui de quiils les tenaient. Ces bénéfices, dans leur institution, ne s’accordaient. qu'à volonté, c'està-dire pour autant de temps qu’il plaisait au donateur. Il ù'y a point de circonstance relative aux coutumes du moyen âge qui soit mieux établie que celle-ci; et l'on en pourrait ajouter une foule innombrable de preuves à

Îles qui se trouvent dans l'Esprit des Lois, liv. XXX, chap. xvi, et dans Du Cange, aux mots Beneficium et Feudum.

4° Mais la possession des bénéfices ne resta pas longtemps dans cet état. Une possession précaire el à volonté ne fut pas suffisante pour attacher à leur seigneur ceux qui en jouissaient ; et ils obtinrent bientôt que ces bénéfices leur fussent assurés pour la vie. (Feudor., lib. 1, tit, 1.) Du Cange rapporte plusieurs passages tirés des anciennes chartes et des chroniques qui prouvent cette assertion. (Du Cange, Gloss., voc. Beneficium.) Après ce premier pas, il fut aisé d'obtenir ou d’extorquer des chartes qui rendissent les bénéfices héréditaires , d’abord en ligne directe, ensuite en ligne collatérale, et enfin dans la ligne féminine. (Leg. Longob., t. VI, lib. nr; Du Cange, voc. Beneficium.)

11 n'est pas aisé de fixer le temps précis auquel chacun de ces changemens eut lieu. M. l'abbé de Mably conjecture, avec quelque vraisemblance, que Charles-Martel introduisit le premier la coutume d'accorder les bénéfices à vie. (Observat., t. 1, p. 103 et 160.) Et il est évident, d’après les autorités sur lesquelles il se fonde, que Louisle-Débonnaire fut un des premiers qui les rendirent héréditaires. (Zbid. , p. 429.) Mabillon néanmoins a publié un placite de Louis-le-Débonnaire, de l’an 860, par lequel il paraît que ce prince continua de n’accorder les bénéfices qu'à vie. (De Re Diplom., lib. vi, p. 353.) L'am 889, Eudes de Paris, roi de France, concéda des terres à Ricabodus, son vassal, jure beneficiario et fructuario, pour sa vie, avec cette condition que s'il mourait et qu'il eût un fils, ce fils jouirait des mêmes terres également pendant sa vie. (Mabill. ut sup., p. 556.) C'était un pas intermédiaire entre les fiefs purement à vie et les fiefs héréditaires à perpétuité. Tant que les bénéfices retinrent leur première forme et ne furent accordés qu’à volonté, le collateur exerçait non-seulement le domaine ou la prérogative du seigneur supérieur, mais il jouissait encore de la propriété , et ne laissait à son vassal que l'usufruit. Lorsqu'ils eurent reçu leur dernière forme, et qu’ils devinrent héréditaires, les jurisconsultes, en traitant des fiefs, continuèrent de définir les bénéfices, conformément à leur première institution; mais la propriété n'appartenait plus au seigneur supérieur , et elle avait en effet passé dans les mains du vassal. Aussitôt que les seigneurs, ainsi que leurs vassaux , eurent senti les avantages réciproques de cette manière de posséder les fiefs, elle parut si commode pour les uns et pour les autres, que non-seulement les terres, mais leurs rentes casuelles,

comme les droits d'excise et de péage, les salaires ou émolumens des offices, et les pensions mêmes, furent accordés et tenus à titre de fiefs; et, en conséquence, on promettait et l’on exigeait respectivement le service militaire. (Morice, Mém. pour servir de preuves à l'hist. de Bretagne, t. 1, p. 78 et 690; Brussel, t. 1, p. 41.)

Quelque absurdité qu’on puisse trouver à accorder et à tenir comme fiefs de semblables possessions, précaires et casuelles, il y avait cependant des tenures féodales encore plus singulières. Le produit des messes dites Aun autel n’était proprement qu'un revenu ecclésiastique, appartenant au clergé de l’église ou du monastère qui les faisait célébrer, Mais des barons puissans s’en emparèrent quelquefois; et afin d'affermir leur droit sur ce revepu, ils le tinrent de l'église à titre de fief, et le partagèrent comme les autres propriétés, entre leurs vassaux. (Recueil des Hist., vol. X , p. 238 et 480.)

Le même esprit d’usurpation qui rendit les fiefs héréditaires, encouragea les nobles à extorquer de leurs souverains des concessions d’offices également héréditaires. Plusieurs des grandes charges de la couronne devinrent héréditaires dans la plupart des royaumes de l'Europe; les monarques connaissaient si bien cet esprit d'usurpation de la noblesse , et étaient en méme temps si fort en garde contre ses progrès, que dans quelques occasions ils obligeaient ceux à qui ils conféraient quelque charge ou quelque dignité , à reconnaitre par un acte formel que ni eux, ni leurs héritiers, ne pourraient prétendre la posséder de droit héréditaire. 11 y a un exemple remarquable de ceci dans les Mém. de l’'Acad. des Insc.,t. XXX, in-89, p. 595 ; et l'on en trouve un autre dans le Thesaur!, Anecd. publié par Mertenne et Durand, vol. I, p.873. Cette révolution dans la propriété des biens occasiona un changement analogue dans le gouvernement politique : les grands vassaux de la couronne, à mesure qu'ils étendaient leurs possessions, usurpèrent un degré proportionnel de puissance, abaissèrent la juridiction de la couronne, etfoulèrent aux pieds les priviléges du peuple, C’est surtout par le rapport qui s'établit entre la propriété et le pouvoir, que la recherche des progrès de la propriété féodale devient un objet digne d’attention dans l'histoire ; car dès qu’on a découvert quel était l’état de la propriété à une certaine époque, on peut déterminer avec précision quel était en même temps le degré de pouvoir dont jouissait alors le roi ou la noblesse.

Une autre circonstance, relative aux révolutions qu’éprouva la propriété, mérite aussi d’être remarquée. J'ai fait voir que chez les différentes tribus barbares, lorsqu'elles se furent partagé leurs conquêtes dans le v£ et le vi siècle, la propriété des terres était allodiale, Cependant, dès les commencemens du x° siècle, la propriété en plusieurs endroits de l'Europe était déjà devenue pres: que entièrement féodale, Comme la première espèce da propriété paraît être beaucoup plus avantageuse et plus désirable, un tel changement a de quoi surprendre, surtout si l'on considère que, suivant l'histoire , la propriété allodiale se convertissait fréquemment en féodale par nn acte volontaire du possesseur, M. de Montesquieu arecherché les motifs qui déterminèrent à prendre un parti si opposé aux idées des temps modernes concernant la propriété, et il les a exposés avec son exactitude et son discernement ordinaires (liv. xxxr, chap. vin), Le motif le plus puissant est celui qui nous est indiqué par Lam-

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Durand, vol. I, p.873.

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bert d’Ardres, ancien écrivain cité par Du Cange, au mot Ælodis, Au milieu de la confusion et de l'anarchie où toute l’Europe se trouva plongée après la mort de Charlemagne, dans un temps où presque tous les liens d'uuion entre les différens membres du corps politique étaient brisés, et où les citoyens étaient exposés à l'oppression et à la rapine, sans Pouvoir attendre aucun seçours du gouvernement, chaque individu sentit la nécessité de chercher un protecteur puissant, sous le drapeau duquel il pût se ranger et trouver une défense contre des ennemis, auxquels il ne pouvait résister avec ses propres forces. Ce fut par ce motif qu'un propriétaire de terres renonca à son indépendance allodiale, et se soumit aux services féodaux : c'éjait afin de trouver de la sûreté sous le patronage de quelque sei- &neur respectable, Ce changement de la propriété allodiale en propriété féodale devint gi général, dans quelques pays de l'Europe, qu'on ne laissa plus au possesseur des terres la liberté du choix : on l'abligea de reconnaitre quelque seigneur-lige et de relever de lui. Beaumanoir nous apprend que dans les comtés de Beauvais et de Clermont, si le seigneur ou le comte venait à découvrir quelques terres de sa juridiction, pour la possession desquelles on ne fit aucun service et l'on ne paydt aucune taxe ni redevance, il pouvait s'en emparer sur-le-champ ; car, dit-il, suivant notre contume, personne ne peut posséder €n propriété allodiale. (Coutumes , Chap. xx1y, p. 123.) C’est sur le méme principe qu'est fondée cette maxime qui, dans la loi de France, est devenue générale : Nulle terre sans seigneur, En d'autres provinces de France il parait qu'on atachait plus de prix à la propriété allodiale, etqu’elle s’y conserva plus long-temps sans étre dénaturée,

Les auteurs de lise. gén. du Languedoc , t. 11, rapportent un très grand nombre de chartes qui renferment ou des concessions, ou des ventes, ou des échanges de terres allodiales, situées dans cette province. Pendant le xe et le x° siècle, et la plus grande partie du xi°, la propriélé y semble avoir été absolument allodiale; et à peine trouve-L-on dans les actes de cette province quelques vestiges de tenures féodales. 11 semble qu'en Catalogne et dans le Roussillon l'état de la propriété, pendant ces mêmes siècles, était entièrement semblable , ainsi qu’on a lieu de le croire par les chartes originales publiées dans l'appendice du traité de Pierre de Marca : De Marcé, sive limite Hispanico. La propriété allodiale semble avoir existé dans les Pays-Bas encore plus long-temps, (7oyez Aubert le Mire, Oper, Dipl., vol. [A 84,74, 75, 83, 296, 578, 817,842, 847.) On trouve même jusqu'au x1v° siècle des traces de possessions allodiales, (Zbid., 218.)

Les idées que les hommes ont de la propriété varient selon l'étendue de leurs lumières et les caprices de leurs passions ; car en même lemps que les uns s'empressaient de renoncer à leur propriété allodiale pour relever d’un supérieur par une tenure féodale » les autres paraissent avoir été jaloux de convertir leurs fiefs en propriété allodiale, Nous en avons un exemple dans une charte de Louis-le-Débonnaive, publiée par Échard, (Comment. de Reb, Franciæ oricnt., vol. I, p. 865.) On en trouve un autre en l'année 1299 : (Religuire MS. Omnis ævi, par Ludwig, vol. 1, p. 209. ) On en tr uve encore une dans l’année 1337. (Zbid., vol. VE, bp ” * Laméme chose eut lieu dans les Pays-Bas, (Mira Oper. :, 6%.)

En exposant ces différentes révolutions dans Ja nature des propriétés, je me suis presque borné jusqu'ici À ce qui est arrivé en F rance, parce que les anciens monumens de cette nation ont été conservés avec plus de soin, ou bien ont été éclaircis d’une manière plus satisfaisante que ceux des autres peuples de l'Europe.

En ltalie, la propriété subit les mêmes révolutions, et elles se succédérent l'une à l’autre dans le même or. dre. Cependant il ÿ a quelque raison de conjecturer que la propriété allodiale fut plus long-temps estimée chez les Italiens que chez les Francais. Il parait que plusieurs des chartes accordées par les empereurs dans le 1x° siè cle conféraient un droit allodial sur les terres. ( Murat, Anliq. red. ævi, vol, 1, p. 575, elc.) Mais nous trouvons dans le x1° siècle quelques exemples de personnes qui se désistèrent de leur propriété allodiale pour la convertir en tenure féodale. (/bid., p.610, etc.) Muratori observe que le terme feudum, qui fut substitué à celui de beneficium, ne se trouve dans aucune charte authentique, antérieure au x1° siècle, ({bid., 594.) Le monument le plus ancien dans lequel j'aie trouvé le mot feudum , est une charte de Robert, roi de France, de l’année 1008. (Bouquet, Aecueil des Hist. des Gaules et de la France, 1. X, p.593, B.) Il est vrai que ce mot se trouve dans un édit de l'an 790, rapporté par Brussel, vol. 1, p. 77. Mais l’authenticité de cet édit a élé contestée; et peut-être même que le fréquent usage qu’on y fait du mot feudum est une raison de plus pour avoir des doutes à cet égard, L'explication que j'ai donnée de la nature des possessions, soit allodiales, soit féodales ; est confirmée par l’étymologie même de ces deux mots : alode ou allodium est composé des mpts allemands an et lot, qui signifient terre obtenue par le sort. (Wachteri, Gloss. German., voce Ailodium, p. 35.) Il paraît, suivant les autorités alléguées par cet auteur et par Du Cange, au mot Sors, que ce fut par le sort que les peuples du Nord Partagèrent entre eux les terres qu’ils avaient conquises, Zeodum est composé de od, possession ou bien, et de fe0, gage, paye ; ce qui désigne que le fief était une espèce de salaire accordé en récompense de quelque service. (Wachter,, Zbid., au mot Feodum.)

Le système féodal chez les Allemands fit absolument les mêmes progrès que nous lui avons vu faire en France; mais comme les empereurs d'Allemagne, surtout depuis que la couronne impériale eut passé des des-

cendans de Charlemagne dâns la maison de Saxe, furent bien supérieurs en talens aux rois de France, leurs Contemporains, les vassaux de l'empire n’aspirèrent pas de si bonne heure à l'indépendance, et n'obtinrent pas si tôt le privilége de posséder leurs bénéfices par droit héréditaire, Conrad I fut le premier empereur , suivant les compilateurs de la collection des livres des fiefs, qui rendit les fiefs héréditaires. (Zibri feudor,, À, tit. x.) Conrad monta sur le trône impérial en 1024, Louis-le- Débonnaire, sous le règne duquel les concessions de fiefs héréditaires devinrent communes en France, succéda à son père l'an 814, Cette innovation ne s'introduisit nonseulement'que beaucoup plus tard parmi les vassaux des empereurs d'Allemagne, mais après que Conrad même l'eut élablie, la loi ne cessa pas de favoriser l’ancien usage ; et À moins que la charte du vassal ne portât expressément que le fief passerait à ser héritiers, on pré-

sumait toujours qu’il n’était donné qu’à vie. (Zib. feu- ! dor., ibid.) Après même l'innovation introduite par | Conrad , il n’était point extraordinaire en Allemagne d'accorder des fiefs seulement pour la vie. Il existe une | charte de ce genre, qui est de l’année 1376. (Charta ap. Boehmer, princip. juris feud., p. 361.) La transmission des fiefs aux lignes collatérales et féminines ne s’introduisit que très lentement en Allemagne. Il y a une charte, de lan 1201, qui donne aux femmes le droit de succession ; mais elle fut accordée comme une marque extraordinaire de faveur et en récompense de services importans. (Boehmer, Zbid. p. 365.) Une partie considérable des terres, en Allemagne aussi bien qu’en France et en Italie, continua d’être possédée en franc-aleu long-temps après qu’on y eut introduit l'usage des tenures féndales. IL paraît par le code diplomatique du monastère de Buch ( Codex Dipl. monast. Buch. ) qu'une grande partie des terres du marquisat de Misnie étaient encore possédées en propriété allodiale, jusqu’au xt siècle. (Nes 31, 36, 37, 46, etc. 4pud. script. Hist. Germ. cur4 Schoetgenii et Kreysigis. Altenb. 1755, vol. 11, 183, etc.) La propriété allodiale semble avoir été commune dans un autre district de la même province, pendant le même période de temps. (Reliq. Diplom. sanctim. Beutiz, n°5 17,36, 58. Zbid. 374, etc.)

NOTE 9, SEcT. 1, p. 7.

Comme j'aurai occasion dans une autre note d’examiner la condition de cette partie du peuple qui habitait dans les villes, je me bornerai ici à considérer l’état des habitans de la campagne. Les personnes employées à la culture des terres, pendant les siècles qui font l’objet de nos recherches, peuvent se partager en trois classes : 1° les serfs ou esclaves; cette classe parait avoir été la plus nombreuse. Elle était composée ou de prisonniers faits à la guerre, ou de personnes sur lesquelles on avait acquis le droit de propriété par quelques-uns des différens moyens rapportés par Du Cange, au mot Servus , vol. VI, p. 447. On peut juger par diverses circonstances combien était misérable la condition de cette nombreuse classe d'hommes : 1° un maître exerçait une autorité absolue sur la personne de ses esclaves, et avait le pouvoir de les punir de mort sans qu'aucun juge eût besoin d'y intervenir. Les maîtres restèrent en posscssion de ce droit dangereux, non-seulement dès les temps les plus reculés, et lorsqu'ils n'avaient encore que des mœurs féroces, ils continuèrent même à en jouir jusqu’au xu° siècle, (Joach. Potgiesserus, De Stat. servor. Lemgov., 1736, 4°, lib. u, cap. 1, S iv, x, xur, xx1v.) Après même que cette juridiction des maîtres eut été restreinte, la vie d’un esclave était réputée de si peu de valeur, qu'une fort modique amende expiait le crime de la lui avoir ôtée, (Zbid., lib, mi, cap. vi.) Siles maitres avaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves, il est évident qu'on ne saurait mettre presque aucune borns à la rigueur des punitions qu’ils pouvaient leur faire subir. Les codes des lois anciennes prescrivaient, pour les crimes commis par les esclaves, des peines différentes de celles qu'on imposait aux hommes libres. Ceux-ci payaient seulement une amende ou composition; mais les autres subissaient des peines corporelles, qui étaient quelquefois excessivement rigoureuses ; car pour les fautes les

plus légères on pouvait, par exemple, appliquer les es-

| claves à la torture. Les lois relatives à cet objet se trou-

vent dans Potgiesser , liv. 1117, chap. var; 2° puisque le pouvoir des maitres sur la vie et la personne de leurs esclaves était si étendu, il ne devait pas l’être moins sur leurs actions et sur leurs possessions. Dans les commencemens , il n’était pas permis aux esclaves de se marier ; les deux sexes pouvaient se mêler ensemble, et même on les y invitait; mais cette union n’était point réputée mariage , et était appelée contubernium , et non nuptiæ ou matrimonium. (Potgiess., liv. 1x, chap, 1x, Gr.) Ces idées étaient si généralement reçues, que pendant plusieurs siècles après que les nations barbares eurent embrassé le christianisme , les esclaves qui vivaient comme mari et femme n'étaient unis par aucune cérémonie religieuse, et ne recevaient la bénédiction nuptiale d'aucun prêtre. (Zbid., $$ x, x1.) Lorsque dans la suite on vint à considérer cette union entre les esclaves comme un mariage légal , il ne leur fut pas permis de se marier sans un consentement exprès de leur maître ; et tous ceux qui étaient assez hardis pour négliger cette formalité étaient punis très sévèrement, et quelquefois même étaient condamnés à la mort. (Potgiess., Zbid., $ xx, etc. Gregor. Turon., Æist., lib. v, cap. ur.) Lorsque les nations de l’Europe eurent pris des mœurs plus douces et des idées plus justes, les esclaves qui se mariaient sans la permission de leur maître n'étaient condamnés qu’à une amende; (Potgiess., Zbid. xx. Du Cange, Gloss., voc. Foris maritagium.)3° tous les enfans des esclaves restaient dans la condition de leurs pères, et appartenaient en propriété à leurs maîtres. (Du Cange, Gloss., voc. Servus, vol. VI, 450. Muratori, Æntiquit. Ital., vol. 1, 766.) 4° un maitre avait une propriété si entière sur ses esclaves, qu’il pouvait les vendre comme il lui plaisait. Tant que la servitude domestique dura, la propriété d’un esclave se vendit comme celle d'un autre meuble, Les serfs devinrent ensuite attachés à la glèbe, adscripli glebæ, et se vendaient avec la ferme ou la terre à laquelle ils appartenaient. Potgiesser a recueilli toutes les lois et les chartes qui peuvent éclaircir cette circonstance très connue de la condition des esclaves (liv. 11, chap. 1v); 5° les esclaves ne pouvaient exiger de leur maître que la subsistance et le vêtement ; tous les profits de leur travail lui appartenaient, Si un maitre, par une faveur particulière, donnait à ses esclaves un pécule, ou leur assignait une somme fixe pour leur subsistance, ilsn’avaient pas même la propriété de ce qu’ils avaient épargné sur cet objet; tout ce qu’ils amassaient appartenait au maitre. (Potgiess., liv. 1, chap. x. Muratori, 4ntiquit. Jtal., vol... p. 768. Du Cange, voc. Servus, vol. VI, p. 451.) Selon le même principe, tous les effets des esclaves appartenaient au maitre après leur mort, et ils ne pouvaient en disposer par testament; (Potgiesser, liv. 1x, chap. xr. 69 les serfs étaient distingués des hommes libres par un habillement particulier, Comme chez toutes les nations barbares , la longue chevelure était une marque de dignité et de liberté, les esclaves étaient obligés de se raser la tête; et cette distinction, quelque indifférente qu'elle pôt être en elle-même, leur rappelait à chaque instant le sentiment de leur servitude, (Potgiesser, liv, x, chap. iv.) C'est par la même raison qu’il fut statué par les lois de presque toutes les nations de l’Europe, qu'un esclave ne serait point admis dans les cours

duirai cernatr différe nière ( priétai avaien territo étaient noncèt volont en vin!

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nple, appliquer les es- 28 à cet objet se trouhap. vir; 2° puisque le la personne de leurs it pas l’être moins sur ns. Dans les commenesclaves de se marier ; ensemble, et même on n'était point réputée rnium , et non nupliæ 1, Chap, 1, S1.) Ces es, que pendant plubarbares eurent emes qui vivaient comme ucune cérémonie relition nuptiale d’aucun dans la suite on vint à s esclaves comme un rmis de se marier sans aître ; et tous ceux qui cette formalité étaient fois méme étaient con- L., $ xix, etc. Gregor.

orsque les nations de lus douces et des idées riaient sans la permismnés qu’à une amende; loss., voc. Foris maesclaves restaient dans ppartenaient en pro- Gloss., voc. Servus , it. Ital., vol. 1, 766.) si entière sur ses escomme il lui plaisait.

lura, la propriété d’un un autre meuble, Les à la glèbe, adscripli rme ou la terre à la.

r a recueilli toutes les ircir cette circonstance laves (liv. 11, Chap. 1v) ; r de leur maître que la les profits de leur trae, par une faveur parn pécule, ou leur assibsistance, ilsn’avaient 8 avaient épargné sur appartenait au maitre.

tori, 4#ntiquit. Ital,, rous, vol. VI, p. 451.) ffets des esclaves apmort, et ils ne pou- ; (Potgiesser, liv. 1x, stingués des hommes er, Comme chez toutes evelure était une marsclaves étaient obligés tion, quelque indiffééme, leur rappelait à r servitude. (Potgies- | même raison qu'il fut es les nations de l’Eutadmis dans les cours

de justice à donner témoignage contre un homme libre. (Du Cange, voc. Servus, vol. VI, 451. Potgiess., liv. ur, chap. nr.) 2° Les vilains (villani) formaient la troisième classe des habitans de la campagne: ils étaient également attachés à la glèbe ou à une métairie, dont le nom (villa) leur avait donné le leur ; et les passaient avec la métairie à celui qui en devenait le propriétaire, (Du Cange, voc. Villanus.) Les vilains différaient des esclaves en ce qu’ils payaient à leur maître une rente fixe pour la terre qu'ils cultivaient ; et dès qu'ils avaient payé ce tribut, tous les fruits de leur travail et de leur industrie leur appartenaient en toute propriété. Cette distinction est établie par Pierre Fontaine, Vie de saint Louis, par Joinville, P. 119, édit. de Du Cange, Muratori rapporte plusieurs cas qui furent décidés conformément à ce principe. (bid., p. 773. Antiquit., etc.) 3° La dernière classe des personnes employées à l’agriculture, était celle des hommes libres. Ceux-ci sont distingués par différens noms que leur donnent les écrivains du moyen âge, tels que arimanni, conditionales ,originarii, tributales, etc, 1 y a lieu de croire que c’étaient des personnes qui possédaient quelque petit bien en franc-alleu, et qui en outre cultivaient quelque ferme appartenant à des voisins plus riches, et pour laquelle ils payaient un revenu fixe, en s’obligeant en méme temps à faire plusieurs petits services, in prato vel in messe, in aratur4 vel in vined; comme de labourer une certaine étendue de la terre du seigneur, et de l'aider pendant les moissons, les vendanges, etc. On en trouve une preuve très claire dans Muratori, vol. 1, p. 812, et dans Du Cange, sous chacun des mots que nous avons rapportés plus haut. Je n’ai pas pu découvrir si ces arimanni, elc., étaient amovibles à volonté, ou s’ils tenaient leurs fermes à bail pour un certain nombre d’années, La première hypothèse, si l’on en juge par le génie et les principes de ces siècles, paraît plus probable ; cependant ces mêmes hommes étaient réputés hommes libres dans le sens le plus honorable de ce mot. Îls jouissaient de tous les privilépes attachés à cette condition, et même on les appelait pour servir en &uerre, honneur auquel un esclave ne pouvait prétendre, (Murat. Anliqg., vol, 1 p. 743; vol. Il, p. 446.) L'exposé que je viens de tracer de la condition de ces trois différentes classes d'hommes mettra le lecteur en état de sentir toute la force d'un argument que je produirai, pour confirmer ce que j'ai dit dans le texte concernant l’état malheureux du peuple, Malgré l'énorme différence qui se trouvait entre la première et la dernière de ces classes, l'esprit de tyrannie des grands propriétaires des terres était si ardent, et les occasions qu'ils avaient d'opprimer ceux qui s'étaient établis dans leur territoire et de rendre leur condition insupportable, étaient si fréquentes, que plusieurs hommes libres renoncèrent par désespoir à leur liberté, et se soumirent volontairement, en qualité d'esclaves, à leurs tyrans. Ils en vinrent à cette extrémité dans le dessein de donner à leurs maîtres un intérét plus immédiat de les protéger et de leur fournir leur subsistance et celle de leurs familles. Les formes de cette soumission, connue alors sous le nom d'obnoxiatio, ont été conservées par Marculfe, liv.ur, chap, XXVIN, et par l'auteur anonyme de la collection d'anciennes formules, publiée par Biguon.

On voit dans ces deux auteurs que l'obnoxiation est l'état de misère et d'oppression de la Personne qui renonce à sa liberté. 11 était même plus ordinaire aux hommes libres de céder à des évêques ou à des abbés leur liberté, afin d’avoir part à la sûreté particulière dont jouissaient les vassaux et les esclaves des églises et des monastères, et qu’ils devaient à la vénération superstitieuse qu’on avait pour le saint sous la protection immédiate duquel on était censé se mettre. ( Du Cange, voc. Oblatus, vol, IV, p. 1280.) Il fallait que cette condition fût en effet bien misérable, puisqu’elle portait un homme libre à renoncer volontairement à sa liberté, et à se mettre lui-même, comme esclave, à la disposition d’un autre, Le nombre des serfs, chez toutes les nations de l'Europe, était prodigieux. En France, au commencement de la troisième race, la Plus grande partie de la classe inférieure du peuple était réduite à cette condition. (Esprit des Lois, liv. XXX, Chap. 11.) En Angleterre, c’était la méme chose, (Brady, Preface to gener. hist.) On trouve Plusieurs faits curieux relativement à la condition des Vilains ou esclaves en Angleterre, dans les Observations sur les Statuts, et principalement sur les plus anciens. (Observat. on the Statutes, 2 éait., p. 244.)

NOTE 10, Secr. I, p. 8.

On pourrait produire sur cet objet des preuves sans nombre. 11 s’est conservé plusieurs chartes, accordées par des personnes du plus haut rang; et par lesquelles il paralt que ces personnes ne savaient pas signer leur nom. Ceux qui ne savaient pas écrire étaient dans l'usage de faire une croix, pour confirmer un acte. Îl est resté plusieurs actes dans lesquels des rois et des personnes très distinguées formaient, dit-on, de leur propre main le signe de la croix, ne sachant pas écrire : signum crucis manu Proprià, pro ignoratione litterarum. (Du Cange, voc. Crüx, v. 1, p.1191. ) C’est de 1à qu’est venu le mot de signer, pour souscrire son nom, Dans le neuvième siècle, Herbaud, comte du palais, quoique juge suprême de l'empire en vertu de sa charge, ne savait pas écrire son nom. (Nouv. traité de Diplom., par deux Bénédict., in-4°, tomell, p. 422.) Même dans un temps aussi voisin de nous que le quatorzième siècle, du Gvesclin, connétable de France, le plus grand homme de l’état et l’un des plus grands personnages de son siècle, ne savait ni lire ni écrire. (Sainte-Palaye, Mém. sur l'anc. chevalerie, tom. 11, p. 82.) Cette ignorance n'était pas seulement le partage des laïques ; la plus grande partie des ecclésiastiques n'étaient guère plus savans. Plusieurs ecclésiastiques en dignité ne purent pas signer les canons des conciles où ils siégeaient comme membres. (Nouv, traité de Diplom., tom Il, p. 424.) Parmi les questions que les canons ordonnaient de faire aux candidats qui se présentaient pour recevoir les ordres, on leur demandait : «s'ils savaieni lire l'Evangile et les épitres, et s'ils en pouvaient expliquer le sens, au moins littéralement, » (Regino Prumiens. ap. Brucker. Zist. philos., vol. II, P. 631.) Alfred-le-Grand se plaignait de ce que depuis la rivière de Humber jusqu’à la Tamise il n'y avait pas un prêtre qui entendit la liturgie dans sa langue naturelle, Où qui fût en état de traduire du latin le morceau le plus aisé; et de ce que, depuis la Tamise jusqu'à la mor, les ecclésiastiques étaient encore plus ignorans. (Asser, de Reb, gest. Alfred. ap. Cambden. Anglic., etc., p. 25 )

Un écrivain de ces siècles de ténèbres attaque d'une manière plaisante l'ignorance du clergé; mais on ne peut pas traduire ses paroles : Potiüs dedili gulæ quèm glossæ; potiàs colligunt libras quàm libros; libentius intuentur Martham quèm Marcum; malunt legere in Salmone quâm in Salomone. (Alan, de re prædic. ap. Le Bœuf, Dissertat., tom. Il, p. 21. ) Indépendamment des causes les plus sensibles de cette ignorance universelle, cause que l’on trouve dans l'état du gouvernement et des mœurs depuis le septième siècle jusqu’au neuvième, on peut l’att ribuer en partie à la rareté des livres et à la difficulté de les rendre olus communs pendant cet espace de temps.

Les Romains écrivaient leurs livres ou sur du parchemin ou sur du papier fait avec de l'écorce du papyrus d'Égypte. Ce dernier étant moins cher, était par conséquent celui dont on se servait plus communément. Mais après que les Sarrasins eurent fait la conquête de l'Égypte, dans le septième siècle, toute communication entre ce pays et les nations établies en Italie et dans les autres pays de l’Europe, fut presque entièrement interrompue, et le papier d'Égypte cessa dès lors d’être en usage en Europe. On fut donc obligé d'écrire tous les livres sur du parchemin; et comme il était d’un grand prix, les livres devinrent très rares et très chers. On peut juger, par une seule circonstance, de la difficulté de trouver des matériaux pour écrire. lreste encore plusieurs manuscrits du huitième, du neuvième siècle et des suivans, écrits sur du parchemin, d'où lon avait fait disparaitre l’ancienne écriture pour en substituer une n""velle. Il est probable que c’est de cette manière que plusieurs ouvrages des anciens se sont perdus. On raturait un livre de Tite-Live ou de Tacite, pour le remplacer par la légende d’un saint ou par les prières d’un missel. (Muratori, Antiq. Ital., vol. 111, p. 833.) Le P. Montfaucon affirme que la plus grande partie des monumens sur parchemin qui lui sont tombés entre les mains, sont tous, excepté ceux d’une date antérieure au douzième siècle, écrits sur du parchemin où l'on avait effacé quelque ancienne écriture. (Mém. de l'Acad, des Inscript., t. IX, in-8°, p. 325.) Puisque la disette de matériaux pour écrire est une des raisons qui firent perdre un si grand nombre d'ouvrages des anciens, il est à croire aussi que c’est par la même raison qu’il reste un si petit nombre de manuscrits en (out genre, antérieurs au onzième siècle, temps auquel ils commencèrent à devenir moins rares par une raison que DOUs r'apporterons. (ist. liltér, de France, t.V], p.6.) Plusieurs circonstances prouvent combien, pendant les siècles dont nous parlons, les livres étaient peu communs. lly avait peu de particuliers qui possédassent quelques livres; des monastères même assez considérables n'avaient qu’un missel, (Murat., Aatiq., vol. IX, p.789.) Loup, abbé de Ferrières, dans une lettre qu’il écrit au pape en 855, le conjure de lui prêter une copie de l’Orateur de Cicéron et des Znstitutions de Quintilien : « Car, dit-il, quoique nous en ayons quelques fragmeus, cependant on n’en trouverait pas un seul exemplaire complet dans toute la France. » (Murat., 4ntig., vol. Il, p. 835.)

Le prix des livres devint si excessif, que les personnes d’une fortune médiocre ne se trouvaient pas assez riches pour les acheter. La comtesse d'Anjou, pour un exemplaire des homélies d'Haïimon, évêque d’Halberstadt, donna deux cents moutons,cinq quartiers de froment et

PE

la même quantité de seigle et de millet. (Æist. littér. de France, par des relig. bénédict., tom. VII, p. 3.) Enfin, même dans le quinzième siècle, lorsque Louis X1, en 1471,emprunta de la Faculté de médecine de Paris les ouvrages de Rasès, médecin arabe, non seulement il déposa, comme un gage, une quantité considérable de vaisselle, mais encore il fut obligé de nommer un seigneur pour lui servir de caution dans l'acte par lequel il s'engageait à rendre ce livre à la Faculté. (Gabr. Naudé, Addit, à l'hisl. de Louis XI, par Commines, édit. de Dufresnoi, tom. IV, p. 281.) On trouvera plusieurs circonstances curieuses sur ce prix excessif qu'on mettait aux livres dans le moyen âge, dans la collection de cet habile compilateur auquel je renvoie ceux de mes lecteurs qui regarderaient cette petite branche de l’histoire littéraire comme un objet digne de leur curiosité. Quand quelqu'un faisait présent d’un livre à une église ou à un monastère, les seuls endroits où il y eût des bibliothèques pendant ces siècles de barbarie, on attachait à ce présent une si grande valeur, que le donateur venait l’offrir lui-même à l'autel pro remedio animæ suæ, afin d'obtenir le pardon de ses péchés. (Murat., vol. Ill, p. 836. Aist. liltér. de France, tom. VI, p. 6. Nouv. traité de Diplom., par deux bénéd., in-4°, tom. I, p. 481.)

Dansle onzième siècle, on inventa l’art de faire le papier dont tout le monde se sert aujourd’hui, et cette nouvelle invention, en augmentant le nombre des manuscrits, facilita singulièrement l'étude des sciences. (Murat., /bid. 871.) L'invention de l’art de faire le papier et celle de l'imprimerie sont deux événemens importans dans l’histoire littéraire, On doit remarquer que le premier précéda la renaissance des lettres et les premiers pas de la philosophie, vers la fin du onzième siècle, et que l’autre amena le grand jour qui se répandit sur toute l’Europe à l'époque de la réformation.

NOTE 11, Sec. 1, p. &

Toutes les pratiques et maximes religieuses des siècles d'ignorance sont une preuve de ce que j'avance. J'en vais produire un témoignage remarquable, tiré d’un auteur canonisé par l’église de Rome. C’est saint Éloi, évéque de Noyon, qui vivait au septième siècle, « Celui-là est un bon chrétien, dit-il, qui fréquente souvent les églises; qui présente le sacrifice offert à Dieu sur l'autel; qui ne goûte point des fruits de sa propre industrie, avant que d’en avoir consacré une partie à Dieu; qui, à l'approche des saintes fêtes, vit chastement, même avec sa femme, pendant plusieurs jours, afin de pouvoir s'approcher avec une conscience pure de l'autel de Dieu; et qui enfin peut répéter le Credo et la prière du Seigneur, Rachetez donc vos âmes de la destruction, tandis que vous en avez les moyens en votre pouvoir ; offrez des dons et des dimes au clergé; venez plus souvent visiter les églises; implorez humblement la protection des saints; car si vous observez ces choses, vous pourrez paraître en assurance au tribunal du Juge éternel, le jour qu’il vous appellera à lui, et vous direz : Donne-nous, Ô Seigneur, car nous t'avons donné,» (Dacher., Spicileg. veter. Script,, vol, Il, p. 94.)

Le savant et judicieux traducteur de l'Histoire ecclésiastique du docteur Mosheim, qui dans une des notes

plus & à exp fréné

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tance effort exhor tancié paraît teurs.

Les tent p comm à voir

nillet. (ist. littér.

1, tom. VII, p. 3.) >, lorsque Louis XI, \édecine de Paris les non seulement il détité considérable de de nommer un seins l’acte par lequel il culté. (Gabr. Naudé, Commines, édit. de uvera plusieurs cireessif qu’on mettait la collection de cet ie ceux de mes lecbranche de l’histoire eur curiosité. Quand à une église ou à un y eût des bibliothèie, on attachait à ce donateur venait l’ofio animæ sue , afin 8, (Murat., vol. Il], m. VI, p. 6. Nouv.

néd,, in-4°, tom. I,

l’art de faire le papier hui, et cette nouvelle bre des manuscrits, iences. (Murat, /bid.

le papier et celle de importans dans l’hisque le premier préss premiers pas de la siècle, et que l’autre lit sur toute l’Europe

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religieuses des siècles e que j'avance. J'en rquable, tiré d’un au- C’est saint Éloi, évé- 1e siècle, « Celui-là est te souvent les églises ; eu sur l’autel; qui ne industrie, avant que ieu; qui, à l'approche nême avec sa femme,

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le jour qu’il vous apnous, Ô Seigneur, car jcileg. veter. Script,

r de l'Histoire ecclédans une des notes

PREUVES ET ECLAIRCISSEMENS. 91

udig il l'a.errichie m’a fourni ce Passage, y ajoute une réflexion fort juste : « Nous voyons ici, dit-il, une description fort détaillée d'un bon chrétien, dans laquelle on ne fait aucune mention ni de l'amour de Dieu, ni de Ja résignation à sa volonté, ni de la soumission à ges His, ni de la justice, de la bienveillance et de la charité envers les homunes.» (Mosheim, Aist. ecclés., vol. 1, p. 324.)

NOTE 12, Srcr. 1, p. 8.

C'est un malheur pour l'Église de Rome que sa doctrine sur l'infaillibilité rende immuables et perpétuelles les cérémonies et les institntions religieuses qui ont été une fois généralement reçues. Elle est obligée, dans des siècles plus éclairés, de continuer d'observer des usages qui n’ont pu s’introduire que dans des siècles de ténèbres et de crédutité. Plusieurs de ces cérémonies religieuses ont été empruntées, avec quelques légers chan- &emens, des cérémonies du paganisme. Il y en avait quelques-unes de si ridicules, que si chaque siècle ne produisait pas des exemples de cette influence eniyrante de la superstition, on n’oserait, jamais croire qu’on eût pu les adopter ni les tolérer. On célébrait dans plusieurs églises de France, en mémoire de la fuite de la vierge Marie en Égypte, une fête qu’on appelait /a fête de l'âne. Une jeune fille richement parée, tenant un enfant dans ses bras, était montée sur un âne superbement caparaçonné, qu'on conduisait en procession à l'autel. On célébrait la grand’messe avec pompe; l’animal était dressé à s’agenouiller dans les momens convenables. On chantait en son honneur une hymne aussi impie que puérile ; et lorsque la cérémonie était finie, le prêtre, à la place des paroles ordinaires par lesquelles on renvoie le peuple, se mettait à braire trois fois; et les assistans, au lieu de répondre comme de coutume, Deo gratias, devaient braire aussi trois fois de la même manière. (Du Cange, voce Festum, vol. I, p. 424.)

Cette cérémonie extravagante n'était pas, ainsi que /a fête des fous, et quelques autres spectacles des mêmes siècles, une simple farce qu'on jouait dans l'église et à laquelle on avait coutume de joindre quelques rits religieux ; c'était un acte de dévotion représenté par les ministres mêmes de Ja religion, et autorisé par l'Église, Cependant, comme l'église catholique n’adopta pas universellement cette institution, l'extrême absurdité en fit enfin abolir l’usage, :

NOTE 13, Secr. 1, p. 10.

Comme l’histoire du monde n’offre point d'événement plus singulier que les croisades, tout ce qui peut servir à expliquer ou à faire mieux connaitre cette étonnante frénésie de l'esprit humain ne peut qu'être très intéressant. J’ai avancé dans le texte que différentes circonslances avaient insensiblement préparé les esprits aux efforts extraordinaires qu'ils firent, échauffés par les exhortations de Pierre l'Ermite, Un détail plus circonstancié de cette partie curieuse mais obscure de l’histoire, paraîtra peut-être important à quelques-uns de mes lecteurs.

Les témoignages des auteurs que j'ai cités ne permettent pas de douter que sur la fin du dixième siècle, et au commencement du onzième, les hommes ne s'attendissent à voir arriver bientôt la fin du monde, et que cette opi-

nion n’eût répandu une alarme générale, Cette croyance était si universelle et si forte, qu’elle influa jusques sur les actes civils. Plusieurs chartes écrites vers la fin du dixième siècle commencent ainsi : ApPPropinquante mundi lermino, etc.« Puisque la fin du monde approche, et que différentes calamités et jugemens de Dieu annoncent manifestement cette catastrophe comme très prochaine, etc.» (His. du Languedoc, par D. Vaissette, t, [LR Preuv., p.86, 89, 90, 117, 158, etc.) Par un effet de cette frayeur, un grand nombre de pêlerins se rendirent à Jérusalem , daus le dessein d'y mourir ou d'y attendre la venue du Seigneur. Rois, comtes, marquis, évêques, et même un grand nombre de femmes, sans compter les personnes d'un rang inférieur, tous couraient en foule à la Terre-Sainte, (Glaber. Rodulph., Æist. ap., Bouquet, Recueil, tom.X, p. 50, 52.) Un autre historien fait mention d’une nombreuse cavalcade de pèlerins qui accompagnèrent le comte d'Angouléme à Jérusalem en 1026. (Chronic. 4demari, ibid , P. 162.) Ces pèlerins remplirent l'Europe de récits lamentables du malheur des chrétiens dans la Terre-Sainte. (Willerm., Tyriens. Hist. ap. gesla Dei per Franc., vol.N, p.636. Guibert, «bb, Hist., ibid, vol. 1, p. 476. ) D'ailleurs il était ordinaire de voir plusieurs des chrétiens qui habitaient à Jérusalem et dans les autres villes de l'Orient, voyager en mendiant par toute l'Europe, et exagérer dans leurs relations la misère de ceux qui professaient la foi chrétienne sous la domination des infidèles, afin d’extorquer des charités et d’exciter les personnes zélées à tenter quelque entreprise pour délivrer les chrétiens de l'oppression. ( Baldrici, archiep. Hist. ap. Gesta Dei per Franc., voi. 1, p. 86.) |

L'an 986, Gerbert, archevêque de Ravenne, qui fut depuis pape sous le nom de Sylvestre Il, adressa une lettre à tous les chrétiens au nom de l'église de Jérusa, lem. C’est une pièce éloquente, pathétique, et qui renferme une exhortation expresse à prendre les armes contre les oppresseurs, afin de délivrer de leur joug la ville sainte, ( Gerberti, ÆEpist. ap. Bouquet, Recueil, tom. X, p. 426.) Cette vive exhortation échauffa le zèle de quelques sujets de la république de Pise, qui équipèrent une flotte et entrèrent sur le territoire des Mahométau” en Syrie. (Murat., Script. rer. Ital,, vol, I, p. 400.) Cette expédition mit l'alarme en Orient, et en 1010 il se répandit une opinion que toutes les forces de la chrétienté devaient s'unir pour chasser les infidèles de la Palestine. (Chronic. adern. ap. Bouquet, Recueil, tome X, p. 152.) Il est démontré par toutes ces particularités que les idées qui portérent les croisés à soutenir leur bizarre entreprise, se formèrent successivement et par degrés ; de sorte qu'on duit être moins étonné de voir dans la suite l’empressement universel de tous les peuvles pour se réunir sous l’étendard de la croix, lorsqu’il fut arboré par Urbain Il,

Si les différentes circonstances que j'ai rapportées dans celte nole el dans le texte, sont suffisantes pour expliquer l’ardeur avec laquelle on vit une multitude innombrable s'engager dans une entreprise si périlleuse, les immunités et les grands priviléges accordés à ceux qui prenaient la croix , serviront à expliquer la longue durée de ce fanatisme en Europe, 1° Ils étaient à l'abri de toute poursuite Pour dette, pendant le temps qu'ils restaient enrôlés dans la guerre sainte. ( Du Cange, voc. Crucis privilegium,

vol. IL.) 2° Ils étaient exempts de payer l'intérêt de l’argent qu'ils avaient emprunté. ( Zbid.) 3° Ils étaient dispensés, ou pour toujours , ou du moins pour un certain temps, de payer aucune taxe. (Zbid. Ordon. des Rois de France, tom. 1, p. 34.) 4° lis pouvaient aliéner leurs terres sans le consentement du seigneur supérieur de qui ils relevaient. (Zbid.) 5° Leur personne et leurs effets étaient sous la protection de saint Pierre, et l’église lançait ses anathèmes contre tous ceux qui voudraient les molester ou leur chercher querelle, pendant tout le temps qu'ils seraient occupés à la guerre sainte. (Du Cange, Zbid. Guibert, 4bb. ap. Bongars, vol. 1, p. 480, 482.) 6° Ils jouissaient de tous les priviléges des ecclésiastiques ; ils n'étaient point obligés de comparaltre dans les tribunaux civils, et n'étaient soumis qu’à la jurisdiction spirituelle. (Du Cange, Zbid. Ordonn. des Rois de France, tom. I, p. 34, 174.) 7° lis obtenaient des indulgences plénières , ou une entière rémission de tous leurs péchés, et les portes du ciel leur étaient ouvertes sans qu'on pût exiger d'eux d’autre preuve de leur pénitence que leur enrôlement dans cette expédition, qui satisfaisait en même temps leur passion favorite, l'amour de la guerre. ( Guibert, Abb., p. 480.)

Quand nous voyons les puissances civile et ecclésiastique s’efforcer à l'envi de trouver des expédiens pour encourager et fortifier l'esprit de superstition, devonsnous être surpris qu’il ait eu une influence assez générale pour rendre infâmes et faire regarder comme des lâches ceux qui refusaient de s'engager dans la guerre sainte ? ( Willerm., 7yr. ap. Bongars, vol. Il, p. 641. ) Les histoires des croisades, écrites par des auteurs modernes, toujours prêts à substituer les idées et les maximes de leur siècle à celles qui guidaient les personnes dont ils essaient de faire connaître les actions, ne peuvent donner qu’une notion fort imparfaite de l'esprit qui dominait alors en Europe. Les historiens originaux, entraînés euxmêmes par les passions qui animaient leurs contemporains, nous offrentune peinture plus frappante du temps et des mœurs dont ils font la description. Leur ravisse-

ment et leur enthousiasme en racontant les effets que |

produisit le discours du pape au concile de Clermont; leur ton de satisfaction en faisant le dénombrement de ceux qui se dévouèrent à cette sainte expédition; la confiance avec laquelle ils se reposent sur la protection du ciel; l’extase de joie dont ils paraissent saisis en décrivant la prise de possession de la sainte cité, tout cela nous met à portée de concevoir en partie l’extravagance de ce zèle qui agita avec tant de violence les esprits du peuple, et peut faire naltre dans l'âme d’un philosophe autant de réflexions singulières qu'aucun autre incident connu de l'histoire. 11 est inutile de chercher dans les différens historiens les passages qui peuvent confirmer cette observation ; mais de crainte qu’on n’accuse ces auteurs d’orner leur narration par une description exagérée, je m’en rapporterai à l’autorité d'un des chefs mêmes. Il existe une lettre d’Étienne, comte de Chartres et de Blois, à sa femme Adèle, où il lui rend compte des progrès que faisaient les croisés. 11 les représente comme l’armée choisie de Jésus-Christ, comme les serviteurs et les soldats de Dieu, comme des hommes qui marchaient sous la protection immédiate du Tout-Puissant, dont la main les conduisait à la victoire et à la conquête. IL parle des Turcs comme d’un peuple maudit, sacrilége, dévoué par le ciel à la

destruction ; et quand il fait mention des soldats de l’armée chrétienne, qui étaient morts ou qui avaient été tués il assure que leurs âmes ont été immédiatement. admises aux joies du paradis. (Dacher. Spicileg., vol. IV, p. 257.)

11 dut en coûter des sommes immenses pour faire passer ainsi des armées nombreuses d'Europe en Asie, et l'on dut trouver de prodigieuses difficultés à lever les sommes nécessaires pour les frais de ces expéditions, dans ces temps où les revenus publics, chez toutes les nations de l'Europe, étaient extrémement bornés. On a conservé quelques particularités sur les expédiens auxquels Humbert Il, dauphin de Vienne, eut recours pour se proctürer l'argent nécessaire à son armement pour la croisade, en 1346. Je rapporterai ces particularités, parce qu'elles servent à faire connaître la grande influence que les croisades eurent sur l’état de la propriété et sur les progrès du gouvernement civil. 1° Ce prince mit en vente une partie de ses domaines; et comme l'argent en devait être destiné à un service sacré, il obtint le consentement du roi de France de qui il relevait, et qui permit l’aliénation de ces biens. ( Æist. du Dauphiné, t. 1, p. 332, 835.) 2° Il fit publier une ordonnance par laquelle il promettait de nouveaux priviléges à la noblesse, et de nouvelles immunitésaux villesetaux bourgs de ses domaines, en considération de certaines sommes qu'on lui paierait sur-le-champ pour son expédition. (Zbid., p. 512.) C’est de cette manière que plusieurs des chartes de communauté, dont je parlerai dans une autre note, furent obtenues. 3° Il exigea, pour être défrayé des dépenses de cette expédition, une contribution de tous ceux de ses sujets, ecclésiastiques ou laïques, qui ne l’accompagneraient pas en personne dans l'Orient. ( Zbid., tom. 1, p. 335.) 4° 11 destina une grande partie des es revenus ordinaires à l'entretien des troupes qui seraient employées à ce service. (Zbid., tom Il, p. 518.) 5° Enfin, il tira des sommes considérables, non-seulement des Juifs établis dans ses états, mais encore des Lombards et des autres banquiers qui y avaient fixé leur résidence. ( Zbid., tom. 1, p. 338, tom. Il, p. 528.) Malgré ces ressources différentes, le dauphin s’engagea dans de si grandes dépenses pour cette expédition , qu’il fut obligé à son retour de faire à ses sujets de nouvelles demandes, et de fouler jes Juifs par de nouvelles exactions. (Zbid., tom. 1, p. 344, 347.)

Lorsque le comte de Foix partit pour la première croisade, il ne put trouver l’argent nécessaire pour subvenir aux frais de cette expédition qu’en aliénant une partie de ses domaines. (Æist. du Langued., etc., tom. 11, p. 287.) Baudouin, comte de Hainaut, hypothéqua ou vendit une partie de ses terres à l’évêque de Liége, en 1096. ( Dumont, Corp. Diplom., tom. 1, p.59.) Long-temps après, c’est-à-dire en 1239, Baudouin, comte de Namur, voulant prendre la croix , vendit à un monastère une partie de ses états. (Miræi, Oper., tom. 1, p. 313.)

NOTE 14, SEcr. 1, p. 12.

La manière dont on cherche ordinairement à se former une idée des mœurs des deux nations différentes, c’est d'examiner les faits que les historiens en rapportent, On trouve dans l’histoire byzantine différens passages où l’on décrit l'éclat et la magnificence de l'empire grec. Le P. de Montfaucon a tiré des écrits de saint Chrysostème un récit fort circonstancié de l’élégance et du

palais factu mais chose pèces ,Seaux

mn des soldats de l’ar- | qui avaient été tués nédiatement. admises ileg., vol. IV, p.257.) \enses pour faire pas- Lurope en Asie, et l’on és à lever les sommes »xpéditions, dans ces toutes les nations de rnés. On a conservé diens auxquels Hum- 2cours pour se procusent pour la croisade, larités, parce qu’elles de influence que les )priété et sur les proprince mit en vente me l'argent en devait btint le consentement et qui permit l’aliéuphiné, t. 1, p. 332, ce par laquelle il pronoblesse, et de noue urgs de ses domaines, es qu'on lui paierait (/bid., p. 512.) C'est chartes de commutre note, furent obteayé des dépenses de de tous ceux de ses qui ne l’accompagneient. ( Zbid., tom. 1, rtie des es revenus orai seraient employées ) 5° Enfin, il tira des ent des Juifs établis mbards et des autres lence.( Zbid., tom. 1, essourcés différentes, andes dépenses pour son retour de faire à et de fouler les Juifs tom. 1, p. 344, 347.) our la première croiessaire pour subvenir liénant une partie de etc., tom. Il, p. 287.) Lhéqua ou vendit une ége, en 1096. (Du- .) Long-temps après, mte de Namur, vounonastère une partie p. 313.)

inairement à se fornations différentes, storiens en rapporntine différens pasnificence de l’empire écrits de saint Chry-

de l'élégance et du

des mœurs de chacune des nations dont ils parlent.

Quand les Grecs parlent des Francs, ils les représentent comme des hommes barbares, féroces, ignorans, impétueux et sauvages. Îls prennent le ton de supériorité qui appartient à un peuple plus poli, versé dans les arts

‘ du gouvernement et du goût, inconnus à ces peuples du

nord.

C’est ainsi qu'Anne Comnène décrit les mœurs des Latins. (Alexias, p. 224, 231, 237, ap. Byzant. scrip., vol. XI.) Elle n’en parle jamais qu'avec mépris, et comme d’un peuple grossier dont le nom seul suffirait pour souiller la beauté et lélégance de l'histoire. ( Zbid., p. 229. ) Nicétas Choniate s’emporte contre ce peuple avec encore

plus de violence, et décrit leurs déprédations et leur férocité dans des termes peu différens de ceux qu’avaient employés les historiens précédens pour décrire les incursions des Goths et des Vandales. ( Nicet. Chon. ap. Byzant. Script., vol. NL, p. 302, etc.)

D'un autre côté, les historiens latins sont frappés d’étonnement à la vue de la magnificence, des richesses et de l'élégance dont l'empire d'Orient leur offrait le spectacle, « O que Constantinople est une belle cité ! » s’écrie Foulque de Chartres, en Ja Voyant pour la première fois. «Combien de couvens elle renferme, et combien de Palais bâtis avec un art admirable! Combien de manufactures merveilleuses à y observer!

On ne croirait jamais combien elle abonde en toutes sortes de bonnes

choses, en or, en argent, en étoffes de différentes espèces ; à chaque heure il arrive dans son port des vais- \seaux chargés de toutes les choses nécessaires à l’usage de l’homme, » ( Fulcher. ap. Bongars., vol. 1 P. 386.) Guillaume, archevêque de Tyr, l'historien 1 plus éclairé de tous ceux prend souvent occasion & deur de la cour de Const les occidentaux ÿ voyaie idées qu’ils auraient pu

’ qui ont écrit sur les croisades ,

e peindre l'élégance et la Splenantinople ; et il ajoute que ce que nt, était au-dessus de toutes les s’en former : Nostrarum enim

luxe des Grecs de son siècle. Ce Père de l’église décrit, dans ses sermons, les mœurs et les usages de ses contemporains, avec des détails qui paraissent étranges dans les discours destinés pour la chaire. Le P. de Montfaucon a recueilli ces descriptions, et les a rangées sous différens titres. La cour des premiers empereurs grecs paraît avoir eu beaucoup de rapport avec celle des monarques de l'Orient, soit pour la magnificence, soit pour la corruption des mœurs ; et les empereurs du onzième siècle, quoique inférieurs en puissance, ne leur cédaient en rien pour le faste et la richesse. ( Ménu de l’Acad. des Ænscript., 1. XX, in-8, p. 197.) Mais nous pouvons nous décider sur la comparaison des mœæyrs de l'empire d'Orient avec celles des nations occidentales de l’Europe, en prenant une autre méthode qui, si elle n’est pas plus sûre, est du moins plus sensible. Comme Constantinople était le lieu du rendez-vous de toutes les armées des croisés, il s’y fit, pour ainsi dire, une entrevue des peuples de lorient avec ceux de l'occident. 11 existe ‘encore plusier' «8 auteurs Contemporains grecs et latins, qui furent cémoins de ce concours singulier de peuples, aupara”.ant inconnus en grande partie les uns des autres. Ces ? ateurs racontent avec beaucoup de candeur et de simplicité l'impression que ce nouveau spectacle fit sur leurs esprits ; et l'on peut regarder leurs descriptions comme la peinture la plus fidèle et la plus vive du caractère et

rerum modum et dignitatem excedunt. (Willerm., Tyrr. ap. Bongars., vol. Il, p. 657, 664.) Gonthier, moine français, qui a écrit une histoire de la conquête de Con tantinople par les croisés, dans le treizième siècle, parle de la magnificence de cette ville avec la même admiration : Structuram autem ædificiorum in corpore civitatis, in ecclesiis videlicet, et turribus, et in domibus Magnatorum, vix ullus vel describere potest vel credere describenti, nisi qui ea oculatà fide cognoverit, (Hist. Const, ap. Canisii lect. antiq. f. Ant verp. 1725, vol. IV, p. 14.) Geoffroi de Willehardouin, gentilhomme d’un rang distingué, et accoutumé à toute la magnificence que l’on connaissait en occident , peint avec les mêmes couleurs l'étonnement et l'admiration dont furent frappés ceux de ses soldats qui voyaient Pour la première fois Constantinople : «ils avaient peine

à croire, dit-il, qu'il y eût une ville si belle et si riche dans le monde entier. Quand ils virent ses ‘grandes mu-

railles, ses hautes tours, ses riches palais e; ses superbes

églises, tont cela leur parut si grand, qu’ils n'auraient jamais pu se former une idée de cette ville impériale s'ils ne l’eussent vue de leurs propres yeux. » ( Hist. de la

Congq. de Constant. p. 49.) -

D’après des expressions si naïves des sentimens qu'éprouvaient les Latins, il est évident que les Grecs durent les regarder comme une race de Barbares grossiers et peu civilisés; et que les Latins, quelque mépris d’ailleurs qu'ils pussent avoir pour les inclinations peu guerrières des Grecs, ne pouvaient se dissimuler que ces peuples leur étaient de beaucoup supérieurs dans les arts de goût et d'agrément.

On ne peut douter que le gouvernement et les mœurs n’eussent acquis plus de perfection en Italie que dans les autres contrées de l’Europe; cela est non-seulement démontré par les faits rapportés dans l'histoire , il parait même que les chefs les plus éclairés de l’armée des croisés furent frappés de cette différence. Jacques de Vitri F auteur français, qui a écrit une histoire de la guerre sainte, fait un éloge très recherché du caractère et des mœurs des Italiens. 11 les regarde comme un peuple plus poli, et les loue surtout de leur amour pour la liberté, et de leur habileté dans le Gouvernement : Zn consiliis ciroumspecti, in re sud Publie4 procuranda diligenles et studiosi; sibi in Poslerum providentes: aliis subjici renuentes, anté omnia libertatem sibi defendentes; sub uno quem eligunt capitaneo, communitatis suæ jura et instituta dictantes, et similiter

observantes.(Hist, Hierosol. ap. Gesta Dei per Franc, vol. 11, p. 1085.)

NOTE 15, Secr. r. P. 14.

H est à propos de remarquer les différens moyens qu’employèrent les villes d’ltalie pour étendre leur domination et leur puissance. Dés qu’elles eurent assuré leur liberté, et qu’elles commencèrent à sentir leur propre importance, elles s’occupèrent à se mettre en possession du territoire qui environnait leurs murs, Sous les Romains, lorsque les villes jouissaient de la juridiction et des priviléges municipaux, les terres adjacentes appartenaient à chaque cité, et formaient la propriété de la communauté, Mais l'esprit de la politique féodale ne

tendait pas à favoriser les villes et à respecter leurs im-

Dern nane t ene mn mnerenemenee

munités et leurs possessions ; ces terres avaient été dans la suite saisies et partagées entre les conquérans. Les barons, à qui on les avait accordées, firent construire

leurs châteaux presque aux portes des villes, dans les- |

quelles ils exercèrent leur juridiction. Plusieurs villes d’ltalie, sous prétexte de recouvrer leur ancienne propriété, attaquèrent ces voisins importuns, les chassèrent de leurs possessions, dont elles firent des biens communaux, et par-là augmentérent considérablement leur puissance, Ont ouve dansle onzième et au commencement du douzième siècle, plusieurs exemples de cette usurpation des villes, (Murat., Æntiq. Ztat., v. IV, p.159, etc.) Leur ambition prenant de nouvelles forces avec leur puissance, les villes attaquèrent ensuite des barons établis à une plus grande distance, et les obligèrent à donner parole qu'ils deviendraient membres de leur communauté; qu'ils préteraient serment de fidélité à leurs magistrats ; qu’ils assujettiraient leurs terres à toutes les taxes et impositions établies par la communauté ; qu'ils la défendraient contre tous ses ennemis ; et qu'ils résideraient chaque année dans la ville pendant un certain temps déterminé, (Murat., Zbid., p. 163.)

Cet assujettissement des nobles au gouvernement municipal des cités devint presque universel, et ne pouvait manquer d’être souvent très incommode à des hommes accoutumés à se regarder comme indépendans. Othon de Freisingen représente ainsi l’état de l'Italie sous Frédéric I** : « Les villes ont tant d'amour pour la liberté, et sont si jalouses de se dérober à l’insolence du pouvoir, qu’elles ont secoué toute autre autorité que celle des magistrats par qui elles sont gouvernées ; de sorte que toute l'Italie est actuellement remplie de villes libres qui ont chacune obligé leur évêque à résider dans l'enceinte de leurs murs; à peine y a-t-il un noble, quelque étendu que puisse être son pouvoir, qui ne soit pas soumis aux lois et au gouvernement d'une cité.» (De gest. Frider. Z, imp., liv. Il, chap. xur, p. 453.) Dans un autre endroit, il dit que le marquis de Montferrat était le seul baron de l'Italie qui eût su conserver son indépendance, et qui ne se fût pas laissé assujettir aux lois de quelque cité, ( Voyez aussi Murat., #ntichità Estensi, vol. 1 p. 411, 412.)

Quelques nobles embrassèrent par choix cet état de dépendance : en considérant le haut degré de sûreté, de crédit et de considération que les richesses et la domination naissante de ces grandes communautés procuraient à tous les membres dont elles étaient composées , ils eurent envie de participer à ces avantages, et résolurent de se mettre sous la protection de ces corps puissans. C’est pour cet objet qu'ils se firent volontairement citoyens des villes les plus voisines de leurs possessions , qu’ils renoncèrent à leurs anciens châteaux, et fixérent leur résidence dans les villes, du moins pendant une partie de l’année. 11 existe plusieurs actes par lesquels certaines maisons des plus illustres de l'Italie forment une association comme citoyens de différentes villes. Murat., Ibid., p. 165, etc.) On a encore la charte par laquelle on reçoit Atto de Macerata comme citoyen d’Osimo, dans la Marche d’Ancône, 1 y stipule qu'il se reconnattra bourgeois de cette communauté; qu'il fera tout ce qui dépendra de lui pour en accrottre la gloire et ia prospérité ; qu'il obéira à ses magistrats ; qu’il ne se liguera avec aucun de ses ennemis ; et qu’il résidera dans la ville

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