PE
| fief de l'empire, le duché de Milan, dont Fran-
çois s'était emparé, et qu'il continuait de retenir sans en avoir reçu l'investiture. Charles regardait le duché de Bourgogne, comme un patrimoine de ses ancêtres, injustement usurpé par la politique de Louis XI ; et il voyait avec la plus grande jalousie les étroites liaisons que François avaient formées avec le duc de Gueldres, ennemi héréditaire de sa famille.
Avec tant de sujets de division et de guerre, la paix n'eût pu durer long-temps entre deux princes sans rivalité et sans ambition. Mais comme la première rupture entre deux adversaires si puissans ne pouvait manquer d'être fatale et sans espoir de conciliation, tous deux marquèrent la plus grande inquiétude sur les suites importantes et dangereuses qu’elle devait entrainer, et prirent tout le temps qui leur était nécessaire, tant pour réunir leurs forces respectives , et en faire à loisir la comparaison et l’examen, que pour s'assurer l'amitié et les secours des autres puissances de l’Europe.
Le pape sentait qu'il devait redouter également les deux rivaux ; il voyait dans le vainqueur le maître absolu de l'Italie. Il aurait bien voulu pouvoir les mettre aux prises sans exposer la Lombardie à devenir le théâtre de la guerre; ileût joui, sans danger, du plaisir de les voir consumer leurs forces mutuelles dans des querelles sans fin: mais il n’y avait pas lieu de l'espérer, Léon prévoyait qu'à la première rupture
RE ESP ER AU AU | La Prusse a Sn EE Er
En
entre les deux monarques, les armées de France et d'Espagne viendraient s'établir dans le Milanais, et que se trouvant si près du théâtre d'une guerre, où le prix de la victoire était pour lui un objet si intéressant, it ne pourrait long-temps se maintenir dans la neutralité, Il fut donc forcé de conformer son plan de conduite à la situation où il se trouvait; il fit également Sa cour à l’empereur et au roi de F rance, et mit en usage la même habileté à les flatter tous deux. Quoique vivement sollicité par les deux rois, il garda toutes les apparences d’une entière impartialité, et il s’efforça de cacher ses vrais sentimens sous cette dissimulation profonde qui semble avoir fait le caractère de la plupart des politiques italiens de son siècle.
Les intérèts et les vues des Vénitiens étaient
les mêmes que ceux du pape: ils cherchaient aussi les moyens d'empêcher que l'Italie ne devint le théâtre de la guerre, et que leur république ne fût enveloppée dans cette querelle. Mais malgré les artifices de Léon, et cette neutralité absolue qu'il affectait, il était aisé de voir qu'il penchait pour l'empereur, dont il avait plus à craindre ou à espérer que de François: il était manifeste que lesVénitiens, par des motifs de la même nature, se déclareraient pour le roi de France, dès qu'ils ne pourraient plus se défendre de prendre un parti, On ne devait cependant pas attendre de gran@s secours des princes italiens. Jaloux à l'excès des puissances ultramontaines, la maxime favorite de leur politique était d'entretenir l'équilibre entre elles, et l'on ne pouvait réussir à les détacher de cette maxime qu'en leur présentant de grands avantages.
Mais le principal soin de Charies fut d'attirer dans son parti le roi d'Angleterre, dont l'alliance lui promettait des secours plus efficaces, plus prompts, et qui seraient fournis sans toutes ces précautions politiques. Henri VIII était monté sur le trône en 1509, dans des circonstances avantageuses, qui faisaient espérer le règne le Plus heureux ct le plus florissant. Il réunissait dans sa personne les droits opposés des deux familles d’Yorck et de Lancastre. L'émulation et la joie avec iesquelles les deux partis s’empres- | saïent de lui obéir, le mettaient en état de déployer dans le gouvernement de son royaume une vigueur d'autorité qu'aucun de ses prédécesseurs n'aurait pu hasarder sans péril, etmème
de prendre part aux affaires du continent , dont
, l'attention de l'Angleterre avait été long-temps | détournée par les malheurs de ses divisions do- | mestiques. Les immenses trésors amassés par | son père le rendaient un des plus riches monarques de l'Europe. La paix, que le feu roi avait su maintenir par la prudence de son ad. Ministration, avait assez duré Pour rétablir l’épuisement causé par les guerres civiles, et elle n'avait pas été assez longue pour énerver le | Courage de la nation. Les Anglais lassés de leurs divisions, et honteux d'avoir fait si long-temps de leur patrie un champ de carnage, étaient impatiens de montrer leur valeur dans une guerre étrangère, et de faire revivre le souvenir des victoires remportées par leurs ancêtres. Henri, de son côté, avait un caractère parfaitement assorti à l’état de son royaume et aux dispositions de ses sujets. Ambitieux, actif, entreprenant, il se distinguait par son adresse dans tous les exercices militaires, qui, dans ce siècle,
faisaient la principale partie de l'éducation de Ja :
noblesse, et qui lui avaient inspiré de bonne heure l'amour des combats. 11 brûlait de tentez une entreprise de guerre et de signaler le commencement de son règne par quelque exploit remarquable. L'occasion qu'il cherchait vint bientôt s'offrir d'elle-même, La victoire de Guinégale et le succès des sièges de Térouane et de Tournai, quoique peu utiles à l'Angleterre, cou. vrirent de gloire son heureux monarque, et confirmèrent la haute idée que les princes étrangers avaient conçue de sa puissance et de l'utilité dont pouvait être son alliance. Toutes ces causes réunies, l’heureuse situation de ses états qui les mettait à l'abri de toute invasion étrangère, l'a- Vantage de posséder encore la ville de Calais qui lui donnait l'entrée de la France et lui ouvrait un passage facile dans les Pays-Bas, rendaient Henri le protecteur naturel de la liberté de l’Europe, et l'établissaient arbitre entre le roi de France et l'empereur, Henri sentait tous ces avantages, et il était convaincu que pour main tenir l'équilibre, il devait empêcher que l'un des deux rivaux n'acquit sur l'autre une supériorité de forces, fatale au vaincu : et redoutable au reste de l'Europe, Mais il n'avait ni le degré de pénétration, ni la modération de caractère qu'exigeait une entreprise si importante, Cédant trop au caprice, à la vanité, aux ressentimens ,
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à ses penchans, il était également incapable et de former un plan de politique étendu et régulier, et de le suivre avec persévérance. Dans les mesures qu'il prenait, rarement il consultait le bien général, ou même son propre avantage; elles étaient ordinairement dictées par ses passions, qui l’aveuglaient sur son véritable intérêt; ce qui l’empècha de prendre de l’ascendant dans les affaires de l’Europe, ou de recueillir pour lui-même les avantages qu’aurait pu aisément s'assurer un prince qui, avec moins de génie que lui, eût eu plus d'art et d’habileté.
Il ne faut pas cependant imputer aux défauts personnels de Henri toutes les fausses démarches de son administration. La plupart furent l'effet des passions violentes et de l'ambition insatiable du cardinal Wolsey, son premier ministre et son favori. Cet homme, de la lie du peuple , était parvenu à un degré de puissance et d’élévation auquel jamais sujet n’était arrivé. Il gouvernait en maître impérieux le plus fier et le plus intraitable des rois. De grands talens de différentes espèces le rendaient propre à soutenir les deux rôles opposés de ministre et de favori, Un jugement profond, une application infatigable, une parfaite connaissance de l’état du royaume, jointe à celle des intérêts et des vues des cours étrangères, le rendaient capable d'exercer l'autorité absolue qui lui était confiée : la politesse deses manières, la gaîté de sa conversation, son esprit insinuant, son amour pour la magnificence, et les progrès qu'il avait faits dans le genre de littérature qui était du goût de Henri, lui gagnèrent l'affection et la confiance de ce jeune monarque. Wolsey était bien éloigné de faire servir au bien de la nation ou à la vraie grandeur de son maître l'autorité étendue et presque royale dont il jouissait. Avide et prodigue à la fois, il ne se rassasiait point de richesses. Dévoré d’une ambition démesurée, il aspirait sans cesse à de nouveaux honneurs, avec une avidité qui n'était jamais amortie par les succès passés. Fier de son élévation extraordipaire, et de l'ascendant qu'il avait su prendre sur l'esprit d'un prince, qui n'aurait qu'avec peine reçu un conseil de tout autre, il mit dans sa conduite un orgueil extrême et la hauteur la plus révoltante, Ce fut à ces passions que Wolsey sacrifia lui-même toute autre considération; et quiconque voulut obtenir sa faveur ou celle
de son maître, fut obligé de les flatter et de les satisfaire.
Comme, à cette époque, tous les princes de l’Europe recherchaient l'amitié de Henri, on les vit tous faire la cour à son ministre avec une attention et une bassesse incroyables, Ils n’épargnérent ni présens, ni promesses, ni flatteries pour intéresser son avidité, son ambition ou son orgueil !: François avait, en 1518, chargé Bonnivet, amiral de France, l’un des plus accomplis et des plus adroits de ses courtisans, d'employer tous ses soins pour gagner cet impérieux prélat. Il lui prodigua lui-même toutes sortes de marques de respect et de confiance. Il le consultait dans toutes ses affaires les plus importantes , et recevait ses avis avec une déférence aveugle. Ces égards, joints à une pension considérable, gagnèrent à François l'amitié du cardinal, qui lui en donna des preuves, en persuadant à son maitre de rendre Tournai à la France, de conclure un traité de mariage entre le dauphin et la princesse Marie sa fille, et de consentir à une entrevue avec le roi de France 2. Depuis ce temps il s'établit entre ces deux cours le commerce le plus intime. François, qui sentait tout le prix de l'amitié de Wolsey, tâchait de s’en assurer la continuation par tous les égards possibles, en lui donnant dans toutes ses lettres le titre honorable de père, de tuteur et de gouverneur.
Charles observait les progrès de cette union avec le plus vif intérêt et la plus grande jalousie. Proche parent du roi d'Angleterre, il avait quelques titres à son amitié; et aussitôt après son avénement au trône de Castille, il avait essayé de gagner Wolsey, en lui faisant une pension de trois mille livres. Son premier soin fut alors de prévenir l’entrevue projetée; ilen redoutait extrêmement les suites entre deux jeunes princes dont le cœur était aussi susceptible d'amitié que leurs caractères étaient propres à l'inspirer; mais après bien des délais occasionés par la difficulté du cérémonial, et par toutes les précautions prises par les deux cours, pour la sûreté respective de leur souverain, le temps et le lieu de l'entrevue furent enfin fixés. Des
1 Fiddes, Life of Wolsey, p. 166. Rimer, Fœdera, vol. XII, p. 718.
? Herbert, Æist. of Henri VIII, p. 30. Rymer, vol XII, p. 624.
tourriers furent envoyés dans les différentes cours pour invite: «ous les gentilshommes à se présenter aux joutes et auxtournois quidevaient * Se donner entre les deux monarques et leurs chevaliers. François et Henri aimaient trop l'appareil de ces spectacles, et savaient trop avec quelle grâce ils ÿ paraissaient, pour renoncer au plaisir ou à la gloire qui les attendait dans une assemblée si singulière et si brillante. Lecardinal, de son côté n'était pas moins jaloux de déployer sa magnificence en présence des deux cours, et de montrer aux deux nations l'étendue du crédit qu'il avait sur l'esprit des deux rois. Charles, voyant qu'il était impossible d'empêcher cette entrevue, ne chercha plus qu'à la rendre inutile, Il se hâta de prendre les devans, et pour gagner le monarque et le ministre, il fit un acte de complaisance encore plus flatteur et plus extraordinaire. Étant parti, comme je l'ai déjà dit, du port de la Corogne, il fit voile directement vers l'Angleterre, et vint débarquer à Douvres, se reposant entièrement de la sûreté de sa personne sur la générosité de Henri, Cette visite inattendue surprit la nation; mais Wolsey était bien instruit des intentions de l'empereur. Dans une négociation qui s'était passée entre lui et la cour d'Espagne, et que les historiens de ce temps n'ont pas connue, cette visite avait été concertée, et Charles, pour récompenser le cardinal qu'il appelait son très cher ami, avait augmenté sa pension de sept mille ducats !, Henri était alors à Cantorbéry, et venait en France. Il dépécha sur-le-champ Wolsey à Douvres, et ravi d'un événement si flatteur pour sa vanité, il se hâta de recevoir , d'une manière distinguée , un hôte qui ne mettait aucune borne à sa confiance. Charles, Pour qui le temps était précieux, ne demeura que quatre jours en Angleterre; mais pendant ce Court espace, il eut l'adresse non-seulement de donner à Henri une opinion favorable de ses intentions, mais même de détacher entièrement Wolsey des intérêts du roi de France. Tous les honneurs, toutes les richesses, tout lecrédit dont le cardinal était en possession, ne pou- ; Yaient assouvir son ambition, tant qu'il restait au-dessus de lui un degré d’élévation où un ecclésiastique pt monter. La tiare dvait été
1RKymer, Fæd., vol. XI, p. 714.
long-temps l'objet de ses désirs, et François qui savait que c'était le plus sûr moyen de s’assurer son amitié, lui avait promis d'appuyer de tout son crédit ses prétentions, à la première Vacance; mais comme l'autorité de l'empereur, dans le collége des cardinaux, avait une influence bien supérieure à celle du roi de France, Wolsey saisit avidement l'offre que lui faisait ce prince habile de le servir avec chaleur. Séduit par cette perspective qui était pourtant très éloignée, Léon X étant encore à la fleur de son âge, il épousa vivement tous les intérêts de l’empereur ; il n’y eut cependant alors aucun traité de conclu entre les deux monarques ; mais Henri, en retour de l’honneur que Charles lui avait fait, lui promit de le visiter dans les Pays-Bas, immédiatement après son entrevue avec François.
Cette entrevue célèbre se fit dans une grande plaine entre Guines et Ardres, où les deux rois et leur suite déployérent toute leur magnificence , avec une émulation et une profusion qui fit appeler cette plaine £e camp du drap d'or. Des jeux de chevalerie, des fêtes galantes, tous les exercices et les amusemens qui distinguaient l'élégance et le goût de ce temps-là, occupèrent les deux cours pendant les dix-huit jours que les princes restèrent ensemble 1. L'impression favorable que firent sur l'esprit de Henri les manières engageantes de François et son air de franchise et de confiance, fut bientôt effacée par les artifices de Wolsey, et par l'entrevue que Henri eut avec l'empereur à Gravelines. Charles s’y conduisit avec moins d'éclat et de pompe
? Les historiens anglais et français ont décrit, avec beaucoup de détails, cette entrevue et les différentes fêtes qu'elle occasiona, tandis que presque tous ont oublié une circonstance rapportée par le maréchal de Fléuran ges, témoin oculaire, et qui paraîtra singulière aujourd’hui. Après les tournois, dit-il, les lutteurs anglais et français se présentèrent, et luttèrent en présence des rois et des dames : le courage et la force de plusieurs de ces lutteurs divertirent beaucoup; mais le roi de: France avait négligé d'en faire venir de Bretagne, et les Anglais &agnèrent le prix, Après cela les rois de France et d’Angleterre se retirèrent sous une tente, où ils burent ensemble, Là, le roi d'Angleterre saisissant le roi de France au Collet : Mon frére, lui dit-il, il faut que je lutte avec vous, et s’efforça une ou deux fois de lui donner le croc en jambe ; mais le roi de France, qui était un adroit lutteur, le prit par le milieu du corps et le jeta à terre avec une prodigieuse violence. Le roi d'Angleterre voulut recommencer le combat, mais on l'en empécha, Mémoires de Fleuranges, in-12, Paris 1753, p. 324
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que n'avait fait François près de Guine, mais il donna bien plus d'attention à ses intérêts politiques.
L’assiduité avec laquelle les deux plus grands monarques de l'Evrope faisaient leur cour à Henri lui parut un aveu formel que c'était lui qui tenait la balance de l'Europe, et le convainquit de plus en plus de la justesse de cette devise, qu’il avait choisie : Celui que je favoriserai est sûr de l'emporter. M fut encore confirmé dans cette opinion par l'offre que lui fit Charles de soumettre à sa seule décision tous les différends qui pourraient s'élever entre François et lui. Rien n'annonçait plus de candeur et de modération que de choisir ainsi pour juge celui qui était réputé l'ami commun des deux adversaires; mais comme l'empereur venait d’attacher entièrement Wolsey à ses intérêts, c'était au fond la plus insidieuse des propositions et la plus funeste au roi de France , Comme le fit voir la suite des événemens.
Charles, malgré sa prédilection pour les Pays- Bas, où il avait reçu la naissance, n’y fit pas un long séjour ; après avoir reçu l'hommage et les complimens de ses compatriotes, il se rendit en diligence à Aix-la-Chapelle, ville que la Bulled'Or a désignée pour le couronnement des empereurs. Ce fut là qu'en présence d’une assemblée plus nombreuse et plus solennelle qu’on n’en eût vu jusqu'alors, la couronne de Charlemagne passa sur la tête de Charles V, avec tout l'appareilet toute la pompe que les Allemands affectent dans leurs cérémonies publiques, et qu'ils croient de l'essence de la dignité impériale 1,
Presque dans le même temps on vit monter sur le trône ottoman un rival opiniâtre et redoutable pour l'empereur; c'était Soliman-le- Magnifique , celui de tous les princes turcs qui a réuni les plus grandes qualités, formé le plus d'entreprises, et remporté le plus de victoires. Ce fut la gloire de ce siècle de produire les mo-
narques les plus illustres qui aient jamais paru dans l’Europe. Si Léon X, Charles-Quint, François °°, Henri VIII et Soliman eussent fleuri en différens siècles, leurs talens divisés auraient
| Parurent comme une constellation qui jeta sur le seizième siècle un éclat extraordinaire ; il n’y
| eut point de contestation où l’on ne déployat
| des deux côtés de grandes forces et de grands
| talens ; la valeur et la prudence, également ba-
| lancées de part et d'autre, produisirent une variété d'événemens quirend l’histoire dece tempslà très intéressante ; et elles servirent encore à empècher qu'aucun de ces princes ne fit de trop grands progrès, et n'acquit une supériorité de
| pouvoir qui aurait pu devenir fatale à la liberté et au bonheur du genre humain,
Le premier acte d'administration que fit l'empereur, fut d'indiquer une diète de l'empire à Worms pour le 6 janvier 1521. Dans les lettres circulaires qu'il adressa aux différens princes, il les informa que le but de cette assemblée était de concerter avec eux les moyens propres à arrêter les progrès des opinions nouvelles et dangereuses qui menaçaient de troubler la paix de l'Allemagne et de renverser la religion de leurs pères.
Charles avait en vue les dogmes répandus par Luther et ses disciples depuis l'an 1517. Ces Opinions ont amené la réforme qui s’est faite dans la religion , réforme qui, en affranchissant une partie de i'Europe du joug papal, a rendu ce joug moins rigoureux pour l’autre partie dans les sentimens du genre humain, la plus grande comme la plus salutaire des révolutions qui soient arrivées depuis l'établissement du christianisme : les événemens qui ont donné naissance à ces nouvelles doctrines, et les causes qui leur ont fait faire des progrès si rapides, méritent donc d'être considérés avec attention.
Renverser un système de croyancereligieuse, fondé sur des préjugés anciens et profondément enracinés, soutenus par le pouvoir, et défendus avec beaucoup d'art et d'adresse; établir à la place une doctrine tout-à-fait opposée dans son esprit et dans ses effets : accomplir cette entreprise sans employer la violence et la force des
| armes ; ce sont des opérations que les historiens
les moins crédules et les moins superstitieux ne peuvent s'empêcher d'attribuer à cette divine
suffi pour illustrer le siècle où chacun d'eux au- | providence qui sait, dès qu'il lui plaît, amener
rait vécu; mais tous les princes contemporains
1 Hartmann Maurus, Relatio coronat. Car. PV, ap. Goldast. polit ünperial. Francf. +614, f, p. 264.
ces événemens que toute la sagesse humaine rend impossibles, L'intervention du ciel en faveur de la religionchrétienne se manifesta, dans sa première origine, par des miracles et des pro-
phéties qui en confirmaient la vérité. Si aucun des réformateurs ne posséda les dons surnaturels, on ne peut du moins s’empècher d'admirer cette précaution merveilleuse des circonstances qui disposérent les esprits à recevoir leur doctrine, et cette singulière combinaison des causes qui assurèrent leurs succès, et firent triompher des hommes sans autorité et sans politique, de la puissance et des intrigues de leurs adversaires. Cela prouve assez que la même main qui fonda la religion chrétienne protégea aussi la religion réformée, et de faible qu'elle était dans ses commencemens, la fit bientôt parvenir à un degré surprenant de force et de maturité 1,
Des causes très légères , et produites en apparence par lehasard, préparérent cette importante révolution. Léon X, à son avénement , trouva les revenus de l'église épuisés par les vastes entreprises de ses deux ambitieux prédécesseurs, Alexandre VI et Jules IL; il était lui-même libéral , et incapable de cetteéconomie sévère et patiente qui
seule eût pû rétablir ses finances. Ses projets |
pour l'agrandissement de sa famille, son amour pour l'ostentation, son goût pour le plaisir, et la magnificence avec laquelle il récompensait les hommes de génie, l'engageaient tous les jours dans de nouvelles dépenses; pour y suffire, on eut recours à tous les expédiens que put enfanter la fértile imagination des prêtres; et entre autres moyens il imagina de vendre des indulgences, Suivant la doctrine romaine , toutes les bonnes œuvres des saints, au-delà de celles qui étaient absolument nécessaires pour leur salut, jointes aux mérites infinis de Jésus-Christ, sont déposées dans un trésor inépuisable. Les clefs de ce trésor furent confiées à saint Pierre et aux papes ses successeurs, qui l'ouvrent quand il leur plait, et qui en transportant, pour une certaine somme, une portion de ce mérite surabondant sur un fidèle, peuvent lui procurer, ou le pardon de ses propres péchés, ou la délivrance d’une âme du purgatoire au salut de laquelle il s’intéresse. Ce fut dans le onzième siècle qu'Urbain II distribua le premier ces sortes d’indulgences, comme la récompense de ceux qui
1 On doit se souvenir ici que c'est un ministre protestant qui s'exprime suivant les principes de sa croyance : ces éloges de Luther et de la réformation ne peuvent ni blesser les âmes pieuses, ni ébranler les esprits faibles. (Rem. du Traduct.)
| prenaient les armes pour aller conquérir la
Terre-Sainte; ensuite elles furent accordées à ceux qui fournissaient un soldat pour la même expédition; enfin on les distribua sans distinction à quiconque donnait de l'argent pour accomplir quelque vœu pieux, ordonné ! par lepape. Jules HI les avait prodiguées à ceux qui contribuaient de quelque somme pour la construction de l’église de Saint-Pierre à Rome; et comme Léon X faisait continuer ce magnifique et dispendieux édifice, il se servit du même prétexte pour accorder des indulgences?.
Ce fut Albert , électeur de Mayence et archevêque de Magdebourg, qui fut chargé de la publication des indulgences, et on lui assigna une portion du bénéfice qui proviendrait de leur vente. Pour les distribuer en détail dans la Saxe, il employa Tetzel, moine dominicain , de mœurs licencieuses, mais d’un esprit actif, et distingué par une éloquence bruyante et populaire. Aidé des moines de son ordre, Tetzel exécuta sa commission avec le plus grand zèle et le plus grand succès, mais avec assez peu de décence et de discrétion. En vantant à l'excès les grâces attachées à ces indulgences®, et en les
1 Fra-Paolo, Aist. du Conc. de Tr. p. 4.
2 Palavicini, Hist. Conc. Trident., p. 4."
5 Comme la forme de ces indulgences .et les grâces qu’on y supposait attachées sont ignorées dans les pays protestans, et même très peu connues à présent dans les pays où la religion catholiqüe romaine est établie, je vais, pour l'instruction de mes lecteurs, traduire ici la forme d’absolution employée par Tetzel.
«Que notre Seigneur Jésus-Christ vous pardonne et vous absolve par les mérites de sa très sainte passion : et moi, par 80n autorité, par celle des bienheureux apôtres saint Pierre.et saint Paul, et celle de notre saint père le pape, qui m'est donnée et confiée en ce pays, je vous absous , 1° de toutes les censures ecclésiastiques, de quelque manière que vous ayez pu les encourir ; 2° de tous vos péchés, transgressions et excès, quelque énormes qu'ils puissent être, et même de ceux qui pourraient être réservés à la connaissance de sa sainteté, et aussi loin que les clefs de la sainte église peuvent s'étendre; je vous remets toutes peines que vous méritiez pour expier ces péchés dans le purgatoire, et je vous rétablis dans la participation des saints sacremens de l'église, dans l'union des fidèles, et dans cette innocence et cette pureté que vous aviez reçues du baptême ; en sorte qu’à l'article de votre mort les portes de l’enfer seront fermées , et celles du paradis ouvertes; et si vous ne mourez pas à présent, ces grâces demeureront dans toute leur force jusqu'au jour de votre mort : au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Seckend, Comment , liv. 1, p. 14.»
Les termes dans lesquels Tetzel et ses confrères parlent
donna un Con multit disco citéren ces et | saux & pontife gnaien reposet gences croyant Les plu étaient Tetzel dans le plus inf portait tenir le rent à si fic auss religion
des grâce:
de les ol presque des lettre sur 80n toire, et} indulgenc s’échappel ciel ». Ils grande, c la sainte expiés pal la fois de sent ineff:
hommes à d’indulger Christ mér ouverts : $ vous? Pou toire l’âme pas délivr vous n’avi dépouiller grandes gi la même f Chermniti ap. Germ.
p. 6. Len Tetzel qui gulières ni *Tout lec doctrine des a pris les ex:
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r conquérir la ent accordées à | pour la même ua sans distincrgent pour acnné { par le pape.
eux qui contri- * la construction pme; et comme gnifique et dis- 1 même prétexte
ayence et archechargé de la puà lui assigna une iendrait de leur tail dans la Saxe, ricain, de mœurs ctif, et distingué populaire. Aidé L'exécuta sa comzèle et le plus peu de décence nt à l'excès les nces3, et en les
Tr, p. 4.
rences .et les grâces norées dans les pays es à présent dans les ne est établie, je vais, traduire ici la forme
ist vous pardonne et ès sainte passion : et bienheureux apôtres e notre saint père le en ce pays, je vous clésiastiques, de quelcourir ; 20 de tous vos elque énormes qu'ils i pourraient être réeté, et aussi loin que nt s'étendre ; je vous ‘itiez pour expier ces vous rétablis dans la e l'église, dans l'union e et cette pureté que sorte qu’à l’article de ont fermées , et celles mourez pas à présent, e leur force jusqu'au Père, du Fils et du , div. 1, p. 14.
L ses confrères parlent
Ca
donnant à bas prix, ces momes en firent d’abord un commerce très étenduet très lucratif parmi la multitude crédule, mais l'extravagance de leurs discours et les irrégularités de leur conduite excitérent à la fin un scandale universel. Les princes et les nobles s'indignaient de voir leurs vassaux s'épuiser pour remplir le trésor d'un pontife prodigue. Les personnes pieuses plaignaient l'erreur du peuple, qui, instruit à se reposer du pardon de ses péchés sur les indulgences qu'il ubtenait, négligeait la pureté de la croyance et la pratique des vertus chrétiennes. Les plus indifférens et même les plus ignorans étaient choqués de la conduite scandaleuse de Tetzel et de ses associés , qui allaient dissiper dans les excès de l'ivrognerie, du jeu et des plus infâmes débauches, l'argent que leur apportait une piété crédule, dans l'espérance d’obtenir le bonheur éternel. Tous enfin commencèrent à souhaiter qu’on mit des bornes à un trafic aussi nuisible à la société que funeste à la religion.
des grâces attæhées aux indulgences et de la nécessité de les obtenir sont si extravagans, qu’ils paraissent presque incroyables. «Quiconque , disent-ils, achète des lettres d’indulgences, peut avoir l'âme en repos sur son salut. Les âmes renfermées dans le purgatoire, et pour la rédemption desquelles on acquiert les indulgences aussitôt que l'argent sonne dans le coffre, s’échappent de ce lieu de tourment, et montent droit au ciel ». Ils disaient que l’efficacité des indulgences était si grande, que les plus énormes péchés, même le viol de la sainte Vierge, s'il était possible, seraient remis et expiés par ce moyen, et que le pécheur était affranchi à la fois de la peine et de Ja coulpe *; que c'était un présent ineffable de la bonté de Dieu pour réconcilier les hommes avec lui; que la croix érigée par les précheurs d’indulgences était aussi efficace que la croix de Jésus- Christ même : « Voyez, s’écriaient-ils, voyez les cieux ouverts : si vous n’y entrez pas, quand donc y entrerezvous? Pour douze sous vous pouvez racheter du purgatoire l’âme de votre père. Aurez-vous l’ingratitude de ne pas délivrer votre père des tourmens qu'il endure? Si vous n’aviez qu’un seul vêtement, vous devriez vous en dépouiller et le vendre à l'instant pour acheter de si grandes grâces, etc. » Ces expressions et mille autres de la même force sont tirées des ouvrages de Luther par Chermnitius , dans son Examen Concilii Tridentini, ap. Germ, vander Hardt., Zist. litter. reform.,pars1v, p. 6. Le même auteur a publié plusieurs discours de Tetzel qui prouvent que ces expressions n'étaient ni singulières ni exagérées. Ibid. p. 14.
*Tout lecteur instruit s’apercevra que cet expasé dè la doctrine des indulgences n’est pas exact, et que M. Robertson a pris les exagérations de quelques moines du seizième siècle Pour la doctrine de l'église. ( Rem, du Trad. )
Martin Luther ne pouvait trouver des conjoncturesplus favorables, et les esprits de ses compatriotes ne pouvaient être mieuy disposés à écouter ses discours, lorsqu'il commença à mettre en question l'efficacité des indulgences et à déclamer contre la conduite déréglée et la fausse doctrine de ceux qui les publiaient. 11 était né à Eisleben en Saxe. La pauvreté de ses parens n'empécha pas qu'il ne reçût une éducation savante, pendant le cours de laquelle il donna plusieurs fois des preuves d'une vigueur de génie et d'une pénétration peu commune.
Comme son âme était naturellement susceptible d’impressions sérieuses, et portée à cette mélancolie religieuse qui se platt dans la solitude et la dévotion de la vie monastique ; il se retira dans un couvent d'augustins. Tous les efforts de ses parens pour le détourner de ce dessein ne purent le faire renoncer à ce qu’il croyait sa vocation, et malgré leurs instances, il prit l’habit de cet ordre. Sa piété, son amour pour l'étude et son application infatigable, lui firent bientôt une réputation distinguée dans son couvent. Il avait appris sous de bons maîtres la philosophie et la théologie scolastiques, qui étaient alors en vogue ; et il avait assez de pénétration pour saisir toutes les subtilités et toutes les distinctions dont elles sont pleines ; mais la solidité naturelle de son jugement lui en fit sentir la frivolité, et le dégoûta bientôt de ces études inutiles et vaines. Il chercha dans l’Écriture sainte des fondemens plus solides de science et de piété. Ayant rencontré un exemplaire de la Bible, qui restait négligé dans la bibliothèque de son monastère j il quitta les autres études pour se livrer tout entier à cette lecture, et il la suivit avec tant d'ar-
-deur et d’assiduité, qu’il étonna bientôt ses con-
frères, peu accoutumés à puiser dans cette source leurs notions théologiques. Les grands progrès qu’il fit dans un cours d'étude si nouveau augmentèrent la réputation de son savoir et de sa sainteté, au point que Frédérie, électeur de Saxe, qui venait de fonder une université dans Vittemberg, ville de sa résidence, choisit Luther pour y enseigner d’abord la philosophie, et ensuite la théologie, Le nouveau professeur s’acquitta si bien deces deux emplois, qu’il fut bientôt regardé comme le principal ornement de l’université.
Luther était au comble de son crédit et de
sa renommée lorsque Tetzel commença à publier les indulgences dans les environs de Vittemberg, et à leurprêtertoutes les vertus imaginaires qui, en d’autres lieux, en avaient déjà imposé à la crédulité des peuples. Comme la Saxe n’était pas plus éclairée que les autres provinces de l'Allemagne , Tetzel y eut d’abord un prodigieux succès. Luther voyait avec la plus grande douleur et la fourberie des vendeurs d’indulgences et la simplicité des acheteurs. Les opinions de Thomas d'Aquin et des autres scolastiques , sur lesquelles on fondait la doctrine des indulgences, avaient déjà perdu de leur autorité dans son esprit ; et l'Écriture sainte , qu’il commen- Çait à regarder comme la grande règle des vérités théologiques , ne lui fournissait rien pour appuyer une pratique également destructive de la morale et de la foi. Son caractère ardent et impétueux ne lui permit pas de cacher longtemps cette importante découverte, et de rester spectateur tranquille de l'illusion de ses compatriotes. Il monta en chaire dans la grande église de Vittemberg, et il déclama avec la plus grande amertume contre les déréglemens et les vices de ceux qui publiaient les indulgences : il osa discutef la doctrine qu'ils enseignaient , et fit sentir au peuple le danger qu'il y avait à se reposer de son salut sur d'autres moyens que ceux que Dieu lui-même avait marqués dans l’Écriture. La hardiesse et la nouveauté de ses opinions attirèrent singulièrement l'attention publique : soutenues d’ailleurs par l’idée favorable que Luther avait inspirée de son caractère personnel, et débitées avec une éloquence populaire et persuasive , elles firent sur son auditoire l'impression la plus profonde. Encouragé par ce début favorable, ilécrivit à l'électeur de Mayence, qui, comme nous l'avons dit , avait cette partie de la Saxe sous sa juridiction, et lui peignit avec vivacité les déréglemens et la fausseté des opinions de ceux qu’il avait chargés de prêcher les indulgences; mais le prélat était trop intéressé à leurs succès pour réformer leurs abus. La première tentative que fit Luther fut de se concilier les suffrages des savans. Dans cette vue , il publia quatre-vingt-quinze thèses qui contenaient ses sentimens sur les indulgences. ‘Il les proposa, non pas comme des points établis et incontestables, mais comme des matières à discuter : il indiqua des jours où tous les sa-
vans étaient invités à venir attaquer ses opinions, soit de vive voix, soit par écrit; il joignit à tout cela une protestation solennelle de sa soumission entière et de son respect pour l'autorité du saint siége. Aucun opposant ne parut au jour qu'il avait marqué. Les thèses se répandirent dans toute l'Allemagne avec une rapidité étonnante : on les lisait avec une extrême avidité, et chacun admirait la hardiesse d'un homme qui osait révoquer en doute la plénitude de la puissance des papes, et attaquer les dominicains armés de toutes les terreurs de l’inquisition f.
Les augustins, dont Luther portait l’habit, quoique entièrement soumis au saint siége , comme les autres religieux, ne mirent aucun obstacle à la publication de ses nouvelles opinions, tant était grande l'autorité que Luther s'était acquise parmi ses confrères par son savoir et par ses mœurs. Îl faisait toujours profession de respecter l'autorité du pape, et il était sincère alors : comme il subsiste entre les différens ordres religieux de l’église romaine une inimitié secrète, qui a sa source dans l’intérêt et la jalousie , les augustins étaient fort contens des invectives de Luther contre les dominicains, et ils se flattaient de voir bientôt leurs rivaux devenir l'objet du mépris et de la haine du peuple. De son côté, l'électeur de Saxe, le plus sage prince qu’il y eût alors en Allemagne, et dont Luther était sujet , n’était pas fâché que cet obstacle vint traverser la publication des indulgences. Il encourageait secrètement le projet de Luther, et se flattait que cette dispute, qui s'échauffait entre des ecclésiastiques, pourrait mettre quelques bornes aux exactions de la cour de Rome, que depuis long-temps les princes séculiers s'étaient vainement efforcés de réprimer. Luther vit bientôt s'élever contre lui plu. sieurs adversaires zélés qui cherchèrent à défendre des opinions sur lesquelles étaient fondées la puissance et la richesse de la cour de Rome. Tetzel publia des contre-thèses à Francfort-surl'Oder. Eccius, ce célèbre théologien d’Augsbourg, fit ses efforts pour réfuter les principes de Luther, et Prieras, moine dominicain, maître du sacré-palais et inquisiteur général, écrivit contre
1 Lutheri Opera, Jenæ 1612, vol.r, præfat. 1, p. 266. Aist. du Concile de Trente , par Fra-Paolo, p. 4. Seckend, Comm. apol., p. 16.
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les indulgences par des argumens ou fondés sur :
la raison ou tirés de l'Écriture ; et ses adversaires
tiques , les préceptes du droit canonique et les décrets des papes !. La décision de juges si partiaux et intéressés à leur propre cause ne satisfit point le peuple, qui commençait à douter de l'autorité même de ces guides vénérables, lorsqu’il la trouvait en opposition avec les maximes de la droite raison, et avec la décision de la loi divine 2,
La cour de Rome, loin de s'alarmer de cette nouvelle doctrine de Luther, qui agitait toute l'Allemagne, y faisait à peine attention. Léon X, livré au goût des plaisirs et des arts, occupé de grands projetsde politique, ennemi des disputes théologiques et assez sage pour les mépriser, voyait avec la dernière indifférence les démarches d'un moine obscur qui, dans le fond de l'Allemagne, soutenait une dispute scolastique
*Fra-Paolo, p. 6. Seckend, p. 40. Palavic., p. 8.
? Seckend, p. 30. Guichardin a affirmé deux choses relativement à la première publication des indulgences : 1° Que Léon X fit don à sa sœur Madeleine, femme de Franceschetto Cibo, des revenus qui proviendraient de la vente des indulgences tant en Saxe que dans les provinces adjacentes de l'Allemagne, (Guich., lib. xnr, 168.) 2° Qu’Arcemboldo, prêtre génois qui avait commencé par étre marchand, et qui avait toujours conservé les artifices de sa profession, fut commis par cette femme pour lever l'argent que produiraient les indulgences. Fra-Paolo, qui a suivi Guichardin dans ces deux faits, ajoute qu’en Saxe les augustins étaient en possession immémoriale de précher les indulgences , mais qu’Arcemboldo et ses députés, espérant de gagner davantage , en donnant cette commission aux dominicains, avaient fait leur marché avec Tetzel , et que Luther s’opposa d’abord à Tetzel et à ses associés par le désir de venger son ordre de l'injustice qu’on lui faisait, Fra-Paolo, ist, du Conc. de Tr., p. 5. Presque tous les historiens qui sont venus depuis, soit catholiques » Soit protestans, ont adopté ces deux assertions sans examen , et sur la parole de Guichardin et de Fra-Paolo ; mais malgré les témoi- Gnages réunis de deux auteurs si recommandables par leur exactitude et leur véracité, nous observons : 1° Que Felix Contolori , qui a fait à dessein des recherches dans les archives de Rome, n’a pu trouver cette prétendue concession dans aucun des registres où elle eût dû nécessairementêtre portée. (Palav., p.5.) 2° Que les profits provenant de.avente des indulgences en Saxe et dans les pays adjacens ne furent point donnés à Madeleine, mais à Albert $ archevêque de Mayence, à qui appartenait la nomination de ceux qui les devaient publier. (Seck., p.12. Luth.