LIVRE 11. 173 lui avec tout le fiel d'un champion de l’école
dans un style barbare. Il était bien loin de pressentir, et Luther lui-même prévoyait peu sans doute combien les suites de cette querelle seraient fatales au saint siége. Léon X ne voyait
| dans toute cette querelle que les effets de la ne lui opposaient que les opinions des scolas- |
haine et de la jalousie monastique, et paraissait disposé à ne pas y entrer et à laisser les augustins et les dominicains disputer à loisir avec leur animosité ordinaire.
Cependant les sollicitations des adversaires de Luther, irrités de la hardiesse et de la sévérité avec laquelle il avait traité leurs écrits, jointes aux progrès étonnans que ses opinions avaient déjà faits dans les différentes parties de l’Allemagne, réveillèrent à la fin l'attention de la cour de Rome , et Léon X se vit obligé de prendre des mesures pour défendre l'église contre une attaque qui était devenue trop sérieuse pour ne mériter que le mépris. Dans cette vue, il fit sommer Luther de comparaître à Rome , dans le délai de soixante jours, devant l'auditeur de la chambre et devant le même Prierias qui avait écrit contre lui, et qui fut nommé pour exami-
Oper., |, præf., p. 1: Palavic., p. 6.) 3° Qu’Arcemboldo ne fut jamais intéressé dans la publication des indulgences de Saxe; son district étant la Flandre, et les pays du haut et du Bas-Rhin. (Seck., p. 15. Palav., p. 6.) 4 Que Luther et ses adhérens ne font mention nulle part de ce don de Léon X à sa sœur, circonstance cependant qu'il n’est guère possible qu'ils aient ignorée , et qu'ils auraient eu grand soin de ne pas omettre. 5° Ce n'était pas ordinairement aux augustins que la publication des indulgences dans l'Allemagne était confiée: les francis- Cains en furent chargés en trois occasions différentes sous Jules Il; et peu de temps avant Luther, le même emploi avait été donné aux dominicains. (Palav., 46.) 6° La publication des indulgences qui excita l’indignation de Luther fut confiée à l'archevêque de Mayence, conjointement avec le gardien des franciscains ; mais celui-ci ayant refusé d'accepter cette commission, tout le droit en demeura à l'archevêque. (Palav., p.6. Seck., xvr, xvir,) 7° Ce ne furent point les supérieurs augustins qui engagèrent Luther à attaquer les dominicains leurs rivaux ou à déprimer les indulgences, uniquement parce qu’ils n'étaient pas chargés de les publier ; ce fut par des motifs plus louables que Luther s’opposa à leurs opinions et à leurs vices. (Seck., p. 15, 32. Luth, Opera, 1,
64, 6.)811 y a un diplôme d’indulgences qui a été publié
par Germ. vander Hardt, et dans lequel on voit le nom
du gardien des franciscains joint à celui de l’archevéque,
quoique le premier ne se soit point mélé de cette affaire,
Le même diplôme fait aussi mention des limites dans
lesquelles s’étendaient leurs commissions ; savoir, les diocèses de Mayence, de Magdebourg, d'Halberstadt et les domaines du marquis de Brandebourg, (Aist. litteraria reformat., pars 1v, p. 14.)
ner sa doctrine et la juger. Léonécrivit en même temps à l'électeur de Saxe, pour le prier de ne pas protéger un homme dont les sentimens hérétiques et profanes scandalisaient les fidèles, et il enjoignit au provincial des augustins de réprimer, par son autorité , l'insolence d’un moine téméraire qui déshonorait l’ordre entier de Saint-Augustin, et mettait le trouble dans toute l'église.
Le ton de ces lettres et la nomination d'un juge aussi prévenu et aussi partial qu'était Prierias fit aisément pressentir à Luther la nature du jugement auquel il devait s'attendre s’il allait à Rome.
Il témoigna en conséquence le plus grand désir d’être jugé en Allemagne par un tribunal moins suspect. L'université de Vittemberg , inquiète et alarmée sur le sort d’un homme qui faisait tant d'honneur à son corps, écrivit au pape ; et après avoir employé plusieurs raisons pour faire dispenser Luther de comparaître à Rome , elle supplia Léon de nommer, pour examiner ses opinions , quelques personnes de l’Allemagne distinguées par leur autorité et par leur savoir. L'électeur fit la mème demande au légat du pape à la diète d’Augsbourg. Luther, qui dans ce temps-là avait si peu l’intention de récuser l'autorité papale, qu'il n'avait pas même les moindres doutes sur la divinité de son origine, écrivit lui-même à Léon X une lettre très soumise, où il lui promettait d’obéir sans réserve à ses volontés. Léon eut la complaisance de se rendre à ces instances, et donna pouvoir à son légat en Allemagne, le cardinal Cajétan, dominicain distingué par son savoir scolastique et passionnément dévoué au saint siége, de
prendre connaissance de cette affaire et d'en |
juger.
Malgré toutes les raisons qu'avait Luther pour | récuser un juge choisi parmi ses ennemis dé- |
clarés, il ne fit pas la moindre difficulté de
comparaître devant Cajétan ; et après avoir pris un sauf-conduit de l'empereur, il se rendit sur- |
le-champ à Augsbourg. Le cardinal lui fit un
accueil honorable, etchercha d'abord à legagner |
par la douceur; mais croyant qu’il ne convenait pas à sa dignité d'entrer dans une dispute en forme, il le somma , en vertu des pouvoirs apostoliques dontil était revêtu, d’abjurer les erreurs qu'il avait annoncées sur les indulgences et sur
la nature de la foi, et de s'interdire à l'avenir toute publication d'opinions nouvelles et dangereuses. Luther , intimement persuadé de la vérité de ses principes , et confirmé dans cette croyance par l'approbation qu’il avait reçue des personnes les plus distinguées par leur savoir et par leur piété, parut étonné de la proposition qu'on lui faisait de se rétracter, avant qu'on eût rien fait pour le convaincre de ses prétendues erreurs. Il s'était flatté que dans une conférence de controverse avec un prélat d’un si grand mérite, il fui serait facile de se laver des imputations dont l'ignorance ou la malice de ses adversaires l'avait chargé ; mais le ton d'autorité que prit le cardinal, le détrompa et lui Ôta toute espérance de retirer de cette entrevue les avantages qu'il s’en était promis. L’intrépidité naturelle de son âme ne l’abandonna cependant pas. Il déclara au cardinal, avec la plus grande fermeté, que sa conscience ne lui permettait pas de désavouer des opinions dont la vérité lui était démontrée, et qu’il n’y avait point de considération qui pôt le forcer à faire un désaveu aussi lâche en lui-même qu'injurieux à Dieu. En même temps il protesta, comme auparavant, de son entière soumission au saint siége ! : il fit en- | tendre que son intention était de soumettre
toute cette affaire à la décision de certainesuni- !
versités qu'il nomma, et promit de ne rien prècher ni écrire à l'avenir sur les indulgences, pourvu qu’on se chargeât d'imposer silence à ses adversaires sur le même objet ?, Le cardinal w’eut point d'égard à ces propositions, et continuad’insister d’un ton absolu sur une rétractation pure et simple; il menaça Luther des censures ecclésiastiques, et lui défendit de se présenter devant lui s’il ne se soumettait sur-le-champ à ce qu'il lui prescrivait. La hauteur et la violence de ce procédé, jointes à d’autres circonstances, firent craindre aux amis de Luther que le sauf- | conduit de l'empereur ne fût pas suffisant pour le protéger contre le pouvoir et le ressentiment du légat, et ils le déterminèrent à sortir secrète, ment de la ville d’Augsbourg et à retourner dans sa patrie. Mais avant son départ, il eut re- | cours à une formalité dont il y avait déjà eu | quelques exemples; il prépara un appel solennel
1 Luther1 Oper., vol. 1, p. 164.
? Zbid., p. 169.
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rent à sortir secrète.
urg et à retourner on départ , il eut reit il y avait déjà eu ra un appel solennel
du pape mal informé sur sa cause, au pape mieux informé !,
Cajétan, indigné de l'évasion précipitée de Luther, écrivit à l'électeur de Saxe . et le pressa, par l'intérêt qu'il prenait à la paix de l'église et à l'autorité de son chef, d'envoyer le moine séditieux prisonnier à Rome, ou de le bannir de ses états. Mais ce n'était pas pour des considérations théologiques que Frédéric avait jusqu'alors soutenu Luther ; il paraît que ce prince fut toujours très étranger à ces sortes de disputes, et qu’il y prenait très peu d'intérêt : c'était donc presque uniquement par des motifs politiques, comme on l'a déjà observé, qu'il protégeait Luther, et ille faisait en secret et avec de grandes précautions. Il n'avait jamais entendu aucun sermon de ce moine, ni lu aucun de ses ouvrages. Quoique toute l'Allemagne retentit du bruit de sa renommée, Frédéric ne l'avait même jamais admis en sa présence ?; mais, sur la demande que le cardinal venait de lui faire, il sentit la nécessité de quitter cette extrême réserve. Il avait fait de grandes dépenses pour la fondation de sa nouvelle université, et donné beaucoup de soins à cet établissement, qui était d'une grande importance pour tous les princes d'Allemagne; il pressentit que l'éloignement de Luther porterait un coup funeste à la réputation 3 de cette université; il refusa donc, sous différens prétextes, de se prêter à l'alternative des demandes du cardinal, et montra ouvertement le plus grand intérêt pour la sûreté de Luther #, en protestant cependant de son estime pour le cartiual et de son respect pour le pape.
La rigueur inflexible avec laquelle Cajétan persista à demander une rétractation pure et simple, choqua dès ce temps-là les sectateurs de Luther, et a depuis été blmée par plusieurs écrivains catholiques; mais il était impossible au légat d'agir autrement, Les juges de Rome, devant lesquels Luther avait été cité d'abord, étaient si impatiens de déployer leur zèle contre
ses-erreurs, que sans attendre l'expiration du délai de soixante jours qui lui avait été accordé, ils l'avaient déjà condamné comme hérétique 5.
1 Sleidan, Zist. de la Réform., p. 7. Seckend, p. 45. Luth. Oper., vol. 1, p. 163.
* Seckend, p. 27. Sleid., Hist., p. 12.
5 Seckend, p. 59.
4 Sleid., Zist., p. 10. Luth. Oper., vol. 1, p, 172, 5 Luther. Op., vol. 1, p. 161.
| Léon X, dans plusieurs de ses brefs et dans différentes lettres , l'avait aussi désigné comme un enfant d'iniquité, et comme un homme abandonné à un sens réprouvé. Il n'y avait donc plus qu'une rétractation qui pût sauver l’honneur de l'église romaine, dont la maxime est de ne jamais se relâcher sur rien de ce qu’elle a une fois avancé , et qui s’est même interdit jusqu’au pouvoir de le faire, par ses prétentions à l'infaillibilité.
Cependant Luther se trouvait dans une situation qui aurait pu inspirer à tout autre les plus vives inquiétudes. Ilne pouvait pas espérer qu'un prince aussi prudent et aussi circonspect que l’était Frédéric voulôt, pour le défendre, braver les foudres de l'église et la puissance papale qui avait écrasé quelques-uns des plus puissans empereurs de l'Allemagne, Il savait quelle vénération on avait alors pour les décisions de l'église, quelle terreur inspiraient les censures ecclésiastiques, et combien il serait aisé d’intimider et d'ébranler un prince qui était plutôt son protecteur par politique que son disciple par conviction. S'il était forcé de quitter la Saxe, il se voyait sans asile, et demeurait exposé à tout le ressentiment que la rage ou la bigoterie de ses ennemis pourrait exercer sur lui. Quoiqu'il sentit tout le danger de sa situation, il ne donna cependant aucune marque de timidité et de faiblesse ; et il continua de justifier sa conduite et ses opinions, et de déclamer contre celles de ses. adversaires, avec plus de véhémence qu'auparavant 1,
Mais comme tous les pas qu'avait faits la cour de Rome, et surtout la sentence irrégulière qui venait de condamner si précipitamment Luther comme hérétique, l'avaient convaincu que Léon prendrait bientôt contre lui les mesures les plus violentes, il eut recours au seul expédient qui lui restait pour prévenir l'effet des censures papales; il forma un appel à un concile général, comme représentant l'église catholique, et ayant une autorité supérieure à celle du pape, qui n’étant qu'un homme sujet à se tromper, peut errer comme avait erré saint Pierre, le plus parfait de ses prédécesseurs 2.
IL parut bientôt que Luther ne s'était point trompé sur les intentions de la cour de Rome.
1 Seckend, p. 59.
+ Idem, Hist., p. 12. Luth. Op., vol. 1, p. 173.
Le pape donna une bulle, dont la date était antérieure à l'appel.de Luther, et dans laquelle il relevait la vertu et l'efficacité des indulgences en termes aussi extravagans qu’en eût jamais employé aucun de ses prédécesseurs dans les | siècles de la plus grossière ignorance, et sans même user des palliatifs et des ménagemens que ser .ent exigerles conjonctures; il enjoignait à tousles chrétiens de donner leur croyance à ce qu'il leur annonçait, comme à la doctrine de l'église catholique, et menaçait de l’excommunication la plus grave ceux qui soutiendraient et | enseigneraient des opinions contraires.
Cette bulle fit très peu d'impression sur les sectateurs de Luther : ils la regardèrent comme une démarche qu'on ne pouvait justifier, et à iaquelle le pape ne s'était porté que pour se conserver les grands revenus qu’il retirait des indulgences. Mais une décision si précise, pro- | norcée contre Luther par le souverain pontife, et armée de peines si terribles, aurait sans doute | produit, dans l'esprit du reste de scs compatriotes , des impressions funestes pour sa cause, si elles n’eussent été prévenues en grande partie par la mort de l’empereur Maximilien, qui, par principe autant que par intérêt, était disposé à soutenir l'autorité du saint siége. En consé- : quence de cette mort, le vicariat de cetre partie de l'Allemagne qui était gouvernée par les lois saxonnes fut commis à l'électeur de Saxe. Luther, sous l'abri de l'administration d’un prince | qui le favorisait , jouit non-seulement de la plus grande tranquillité, il vit encore ses opinions tolérées durant l’interrègne qui précéda l’élection de Charles, prendre ensuite racine en différens endroits et acquérir plus de consistance et de vigueur. Léon X, de son côté, pour qui l'élection d’un empereur était infiniment plus importante qu’une dispute théologique, qu'il n'en- | tendait pas et dont il ne pouvait prévoir les suites , voulut éviter avec soin d'irriter un prince qui avait autant d'influence que Frédéric dans le collége des électeurs; il montra une grande répugnance à prononcer la senter ‘: d’excommunication contre Luther, quoiqu'il en fût soilicité sans cesse par les clameurs importunes des adversaires de ce novateur.
Ce fut à ces vues politiques du pape, autant qu'à son aversion naturelle pour les partis vio- | lens, que Luther dut un sursis de dix-huit mois. |
Cependant cet intervalle se passa en perpétuelles négociations pour tâcher de terminer cette affaire à l'amiable. La manière dont ces négociations furent traitées mit Luther a portée d’observer la corruption de la cour de Rome, son obstination dans les erreurs établies et son indifférence pour la vérité, de quelque manière qu'on la proposât, et quelque fortes que fussent les preuves qu'on er. donnât. Il commence à laisser entrevoir quelques doutes sur la divinité de l'origine de l'autorité papale. Il y eut à Leipsick une dispute publique sur cette question impor-
| tante, entre Luther et Eccius, un de ses plus
savans et de ses plus redoutables antagonistes; mais elle finit comme toutes les querelles scolastiques, sans rien décider. Les deux partis criérent victoire et restèrent dans leurs opinions, sans qu'on eût fait un pas de plus vers la décision des points contestés !.
La Saxe ne fut pas le seul pays où l’on vit éclater cet esprit de révolte contre les dogmes et les usurpations de l’église romaine; les mêmes causes suscitèrent en Suisse, environ dans le même temps, une attaque non moins vigoureuse. Les franciscains , chargés de publier les indulgences dans ce pays, exéc'itèrent leur commission avec la même indiscrétion et la même rapacité qui avait rendu les dominicains si odieux en Allemagne. Ils poursuivirent sans aucun obstacle leur expédition jusqu’à ce qu'ils fussent arrivés à Zurich ; ce fut là que Zuing!e, homme qui ne cédait en rien à Luther pour le zèle et l'intrépidité , osa s’opposer à leurs progrès. Animé par la hardiesse d’un républicain, libre dé toutes les entraves que l'autorité d'un souverain imposait au réformateur allemand, Zuingle marcha à son but avec plus d'audace et de célérité, et se proposa de renverser l'édifice entier de la religion établie 2. Luther s’applaudit d'abord de se voir secondé par un si vigoureux auxiliaire, et vit avec joie la rapidité de ses progrès; d’un autre côté ses ennemis triomphaient d’un avantage qu'ils venaient de remporter aux universités de Cologne et de Louvain, lesquelles avaient condamné par deux décrets ses opinions comme erronées.
Mais le caractère intrépide de Luther ne faisait que s’irriter par la résistance ; poussant ses
1 Lutheri Op., vol. I, p. 199, ? Sleidan, Aist., p. 22. Seckend, p, 59.
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se voir secondé et vit avec joie la | autre côté ses ntage qu'ils vesités de Cologne it condamné par Le erronées.
> Luther ne faice; poussant ses
recherches et ses attaques d’un point de doctrine | pape allait tous les jours en diminuant , lurent | les anathèmes de Léon avec plus d'indignation
à un autre, il commença à ébranler les fondemens les plus solides sur lesquels étaient éta-
blies la richesse et la puissance de la cour de !
Rome. Léon X fut enfin convaineu qu'il n’y avait plus d'espérance de ramener Luther par la douceur. Plusieurs prélats d'une grande sagesse commenctrent à joindre hautement leurs plaintes à celles des ennemis personnels de Luther, contre l'indulgence inouïe du pape qui souffrait encore dans le sein de l’église un hérétique incorrigible, lequel, pendant trois années en-
tières, n'avait cessé de faire tous ses efforts |
pour détruire ce qu'il y avait de plus respectable et de plus sacré; ils disaient que la dignité du saint siége exigeait qu’on fit contre lui les poursuites les plus rigoureuses; qu'il y avait
lieu d'espérer que le nouvel empereur soutien- |
drait l'autorité du chef de l’église, et qu'il n'était pas vraisemblable que l'électeur de Saxe s’écartât de sa prudence ordinaire, au point de vouloir résister en face à ces deux puissances réunies. Le collége des cardinaux s’assembla plusieurs fois pour préparer la sentence avec un mûr examen , et l’on consulta les canons pour y chercher la forme de rédaction la plus exacte et la plus rigoureuse. Enfin, le 15 juin 1520, parut cette bulle fameuse si fatale à l’église de Rome. Quarante-une propositions, extraites des ouvrages de Luther, y étaient condamnées comme hérétiques, scandaleuses et contraires aux bonnes mœurs; défense à toutes personnes de lire ses écrits, sous peine d’excommunication; injonction à tous ceux qui en avaient quelques exemplaires de les jeter au feu; et si dans le délai de soixante jours Luther ne rétractait pas publiquement ses erreurs et ne brûlait pas ses ouvrages , on le déclarait hérétique obstiné, on l’excommuniait, et son corps était lisré à Satan; enfin on ordonnait à tous les princes de se saisir de sa personne , afin de lui faire subir la punition que méritaient ses crimes !,
La publication de cette bulle en Allemagne fit naître des sentimens divers, suivant les différens endroits. Les adversaires de Luther triomphaient , comme si ses opinions et son parti eussent été exterminés par ce coup décisif, Ses sectateurs, dont le respect pour l'autorité du
? Palavicini, Luther, Op., vol. |, p. 234, [A
que de terreur. Dans quelques villes, le peuple s'opposa, même avec violence, à la promulgation de la bulle; en d'autres villes, ceux qui
| tentèrent de la publier furent insultés, et la | bulle elle-même fut mise en pièces et foulée aux | pieds f,
Luther ne fut ni déconcerté ni intimidé par cette sentence à laquelle il s'attendait depuis quelque temps. Après avoir renouvelé son appel au concile général, il publia des remarques sur la bulle d’excommunication; et persuadé pour
: lors que Léon avait été tout à la fois coupable ! d’injustice et d'impiété dans ses procédés contre | lui, il déclara hautement que ce pape était | l'homme de péché, ou l'Antechrist , dont l’appa-
oo
rition était prédite dans le Nouveau-Testament ; il se déchaîna contre sa tyrannie et ses usurpations avec plus de violence que jamais; il exhorta tous les princes chrétiens à secouer un joug si ignominieux, et s'applaudit publiquement du bonheur d’avoir mérité d’être l’objet de l'indignation ecclésiastique, pour avoir osé réclamer et défendre la liberté du genre humain. Il ne se contenta pas de témoigner par des discours son mépris pour la puissance du pape : comme Léon avait, en exécution de la bulle, condamné les ouvrages de Luther à être brûlés à Rome, celui-ci, pour user de représailles, assembla les professeurs et les écoliers de l'université de Vittemberg ; en présence d’une grande multitude de spectateurs , et avec beaucoup d'appareil , il
jeta dans les flammes les volumes du droit ca-
non avec la bulle d'excommunication; cet exemple fut imité dens plusieurs villes d'Allemagne. La manière dont il justifia cette action était encore plus insultante que l’action même. Il tira du droit canon quelques-unes des propositions les plus extravagantes sur la plénitude de la toute-puissance du pape, et sur la subordination de toute autorité séculière à son autorité, et les publia avec un commentaire, où il faisait sentir l'impiété de pareilles maximes, et combien elles tendaient à renverser tous les fondemens du gouvernement civil 2.
Tels étaient les progrès qu'avait faits Luther,
1 Seckend, p. 116.
# Luther, Op., vol. Il, p. 416,
et l'état où était son parti, lorsque Charles arriva en Allemagne. Aucun prince sésulier n’y avait encore embrassé les nouvelles opinions ; il ne s’étai, fait aucun changement dans la forme du culte; on n'avait porté aucune atteinte ni aux possessions ni à la juridiction du clergé; aucun des deux partis n’en était encore venu aux voies de fait; et quoique la dispute fût très échauffée des deux côtés, on n'avait encore employé que les armes théologiques, c’est-à-dire des thèses, des argumens et des réponses. Cette querelle avait fait cependant sur l'esprit des peuples des impressions profondes ; leur respect pour les doctrines et les institutions anciennes était fort affaibli, et les matériaux de l’incendie qui devait embraser l'Allemagne étaient déjà rassemblés. Les étudians accouraient en foule de toutes les provinces de l'empire à Vittemberg. Mélanchton, Sarlostad et d’autres maîtres d’une réputation distinguée, allérent puiser sous Luther des apinions qu'ils répandirent à leur retour parmi leurs compatriotes, et ceux-ci les reçurent avec cette vive attention que s’attire la vérité relevée du charme de la nouveauté t,
Pendant tout le cours de ces événemens, la cour de Rome, quoique gouvernée par un de ses plus habiles pontifes, ne montra ni cette profonde sagacité dans ses projets, ni cette constance dans l'exécution, qui l'avait rendue aux yeux de l'Europe le plus parfait modèle de sagesse et de politique. Lorsque Luther commença à déclamer contre les indulgences, le pape avait deux routes à choisir : en suivant l’une, il étouffait dans sa naissance l’entreprise de Luther; en prenant l’autre, il la rendait innocente , et n'avait plus de coupable à punir, Au premier éclat de Luther, il fallait sur-le-champ l'arrêter et faire tomber sur lui tout le poids des censures ecclésiastiques; la terreur qu’elles inspiraient aurait pu contenir l'électeur de Saxe, et l'empêcher d'accorder sa protection à un sujet excommunié ; éloigner le peuple de ses prédications, et même en imposer à Luther lui-même; et son nom , comme celui de tar: d'hommes de bien qui l'avaient précédé, ne serait aujourd'hui connu de l'univers que par l'effort louable » Mais prématuré , qu'il aurait tenté pour réformer les abus de la cour de Rome. L'autre moyen qui restait
f Seckend, p 59.
(1520) au pape était de marquer de bonne heure son mécontentement des vices et des excès de ceux qui avaient été chargés de publier les indulgences, de défendre de parler des points contestés dans les prédications publiques, d'imposer silence aux deux partis, et de se garder de compromettre l'autorité de l'église en décidant des articles qui jusqu'alors étaient restés indécis : alors il est probable que Luther n’eût pas poussé plus loin ses recherches, et que n'étant pas forcé à chercher de nouvelles ressources par la nécessité de se défendre, toute cette dispute se serait insensiblement assoupie, ou aurait été reléguée dans l'obscurité des écoles. Elle eût pa s’y entretenir sans faire plus de tort à l'autorité et à la paix de l'église romaine, que n’en a fait celle qui subsiste entre les franciscains et les dominicains sur l'Immaculée conception, ou celle qui divise les jansénistes et les jésuites sur les opérations de la grâce. Mais Léon, toujours flottant entre les deux systèmes opposés, et revenant sans cesse de l'un à l'autre, sans en suivre un avec persévérance, manqua l'effet de l’un et de l’autre. Une sévérité déplacée ne servit qu'à aigrir Luther sans le réprimer, L’indulgence employée à contre-temps donna le temps à ses opinions de se propager sans le ramener au sein de l'église; et la sentence même d’excommunication, qui dans un autre moment aurait pu être décisive, fut si long-temps différée qu’elle devint à peine un objet de crainte.
Tant de fausses démarches de Ja part de cette cour, à qui on a rarement reproché de se méprendre sur ses vrais intérêts, ne sont pas plus étonnantes que la sagesse que montra Luther dans toute sa conduite; quoiqu'il fût très peu instruit des maximes de la prudence humaine, et que l’impétuosité de son caractère le rendit incapable de les suivre, l'ordre dans lequel il fit ses découvertes successives, conduisit naturellement ses opérations d'une manière qui contribua beaucoup plus à leurs succès que si toutes ses démarches eussent été dirigées par la politique la plus étudiée, La première fois qu'il s'avisa de s'opposer à Tetzel, il était loin de songer à cette réforme générale qui en fut la suite ; il eût alors frémi d'horreur à la seule idée de l'ouvrage qu'ensuite ilse fit gloire d'avoir accompli. La science de la vérité ne fut pas versée tout à la fois dans son âme par une révéla-
D Lors
bonne heure son les excès de ceux lier les indulgenpoints contestés s, d'imposer siarder de comprolécidant des artis indécis : alors il s poussé plus loin pas forcé à cherir la nécessité de e se serait insenté reléguée dans pa s’y entretenir té et à la paix de rit celle qui subdominicains sur lle qui divise les es opérations de flottant entre les enant sans cesse re un avec perséun et de l’autre.
tqu'à aigrir Luence employée à ses opinions de | sein de l’église; munication, qui pu ètre décisive, le devint à peine
e Ja part de cette roché de se méne sont pas plus e montra Luther u’il fût très peu adence humaine, ractère le rendit dans lequel il fit nduisit naturelanière qui con- SUCCÈS que si é dirigées par la remière fois qu'il
il était loin de le qui en fut la ir à la seule idée t gloire d'avoir ÿ ne fut pas verpar une révéla-
tion particulière. Elle fut le fruit de ses études et de ses méditations, et il n'y avança que par degrés. Tout le système de la doctrine romaine est si étroitement lié, que la découverte d’une première erreur le conduisit naturellement à la découverte de toutes les autres; et comme toutes les parties de cet édifice artificiel se tenaient ensemble , il lui suffit d’en abattre une pour ébranler les fondemens des autres et les préparer à une ruine entière. Afin de réfuter les opinions extravagantes qu'on avait sur les indulgences, il fut obligé de chercher la vraie cause de notre justification. De cette cause une fois connue, il en déduisit par degrés l’inutilité des pèlerinages, de l’intercession des saints et du culte qu'on leur rendait , l’abus de la confession auriculaire et la non-existence du purgatoire. La recherche de toutes ces erreurs le porta naturellement à examiner le caractère du clergé qui les enseiguait. Il crut voir les sources principales de sa corruption dans ses richesses excessives , dans la loi sévère qui lui imposait le célibat, #t dans la rigueur intolérable de vœux monastiques. De là il n’eut plus qu’un pas à faire pour révoquer en doute la divinité de l'origine de cette puissance papale qui autorisait et soutenait un tel système d'erreurs; par une conséquence nécessaire il en vint à nier l’infallibilité du pape, et à rejeter les décisions de l’école et toute autre autorité humaine, pour s’en tenir à la parole de Dieu comme à la seule règle des vérités théologiques. Ce fut à cette progression d'idées que Luther dut ses succès ; il ne révoltait point ses auditeurs par des propositions trop directement opposées à leurs anciens préjugés ou trop éloignées des opinions établies; il les conduisait insensiblement , et pas à pas, d’un dogme à un autre; leur foi et leur conviction marchaient \d'un pas égal avec ses découvertes. Ce fut aussi la cause du peu d'attention que Léon fit aux premiers pas de Luther et de l'indifférence avec laquelle il vit ses progrès. Si ce réformateur eût attaqué directement et avec éclat l'autorité de l'église, il eût attiré sur sa tête tout le poids de sa vengeance; mais comme ce projet était
le plus grand respect pour le pape , qu'il réitéra même plusieurs fois ses offres de se soumettre à ses décisions, il ne paraissait pas qu'on dût craindre de le voir un jour se porter à une ré-
volte ouverte. On le laissa donc avancer pas à pas , et miner lentement la constitution de l'& glise : on sentit à la fin la nécessité d'arrêter le mal; mais le remède vint trop tard pour produire aucun effet,
Quelques avantages que la cause de Luther ait retirés des fausses démarches de ses adversaires et de la prudence de sa conduite, il ne faut pourtant pas attribuer à ces deux seules causes les rapides progrès et l'établissement de sa doctrine, La même corruption qu’il condamnait dans le clergé de Rome avait été attaquée long-temps ayant sa naissance, et les mêmes opinions qu'il répandait avaient été publiées en divers lieux et soutenues des mêmes argumens. Valdus, dans le douzième siècle, Wiclef, dans le quatorzième, et Jean Hus, dans le quinzième, avaient successivement attaqué les erreurs de l’église romaine avec beaucoup de hardiesse, et les avaient réfutées avec plus de science et d’adresse qu’on avait lieu d’en attendre des siècles d'ignorance où ils vivaient. Mais toutes ces tentatives de réforme échouèrent, parce qu’elles étaient prématurées. Ce ne furent que des lueurs faibles, incapables de dissiper les ténèbres profondes dont l’église était alors couverte, et qui s'éteigairent bientôt; si la doctrine de ces hommes pieux fit quelque impression et laissa quelques traces dans les pays où elle fut enseignée, elles ne furent ni profondes ni étendues. De leur temps, plusieurs des causes qui facilitérent les progrès de Luther, ou n’existaient point encore, ou n'agirent point dans toute leur force : au lieu que Luther parut dans un moment de crise et de maturité où des circonstances de toute espèce concoururent au succès de toutes ses entreprises.
La longuc durée du schisme scandaleux qui divisa l'église pendant le quatorzième siècle et le commencement du quinzième affaiblit beaucoup les idées de vénération et de respect sous lesquelles le monde était accoutumé à considérer la dignité papale. Deux ou trois pontifes, errant à la fois dans l'Europe, flattant les princes
| qu’ils voulaient œagner, opprimant les pays loin de sa pensée, et qu’il témoigna long-temps |
qui reconnaissaient leur autorité, excommu-
| niant et chargeant de malédictions leurs rivaux
et tous ceux de leur parti, décréditèrent singulièrement leur infaillibilité prétendue, et exposèrent au mépris et leur personne et leur
dignité. Les laïques, au tribunal desquels toutes les parties en appelaient, apprirent par-là qu'il leur restait encore quelque droit de s’en rapporter à leur propre jugement, et exercèrent cette liberté jusqu’à choisir parmi ces guides infaillibles celui qui leur plaisait le plus. Les actes des conciles de Constance et de Bâle augmentèrent de plus en plus ce mépris pour le siége de Rome, et par l'usage hardi qu’ils firent de leur autorité, en déposant et en élisant les papes, is apprirent à l'univers qu’il était dans l'église une juridiction supérieure à l'autorité papale , qu’on avait long-temps regardée comme suprême.
La blessure que reçut à cette occasion l’autorité des papes n’était pas encore fermée, lorsque les pontificats d'Alexandre VI et de Jules Il, qui furent des princes habiles, mais des ecclésiastiques détestables, excitérent un nouveau scandale dans toute la chrétienté. Le libertinage du premier dans sa vie privée, les fraudes, les injustices et les cruautés de son administration publique , l'ont fait mettre au rang des tyrans qui ont le plus déshonoré la nature humaine. Le second, quoique exempt des passions odieuses qui avaient fait commettre à son prédécesseur tant de crimes révoltans, s’'abandonnait aux impulsions d’une ambition effrénée , qui méprisait tous les droits de la reconnaissance, de la décence et de la justice, dès qu'ils traversaient l'exécution de ses desseins. Il était difficile de rester convaincu que la connaissance infaillible d'une religion dont les premiers rréceptes sont la charité et l'humanité, fût déposée dans le cœur de l’impie Alexandre et de l’insolent Jules. L'opinion de ceux qui mettaient l'autorité d’un concile général au-dessus du pape fit de grands progrès sous ces deux pontificats. L'empereur et les rois de France, qui se trouvèrent alternativement aux prises avec la cour de Rome, permirent à leurs sujets de s'élever contre les vices de ces pontifes entreprenans avec toute la violence et toute l'amertume de la satire; de sorte que les oreilles des peuples, accoutumées aux invectives contre les papes, ne furent point choquées des déclamations hardies, ni des railleries de Luther et de ses sectateurs contre l'église de Rome.
Ces excès n'étaient pas particuliers au chef de |
l'église. La plupart des chefs du clergé. tant
régulier que séculier, étant des cadets de fa. milles nobles qui n'avaient choisi l'état ecclésiastique que dans l'espérance d'arriver aux grandes dignités et d’en posséder les revenus, étaient accoutumés à négliger totalement les devoirs de leurs places, et se livraient sans réserve à tous les vices qui sont les suites naturelles de l'opulence et de l'oisiveté. A l'égard du bas clergé, sa pauvreté l'empéchait d’imiter le luxe dispendieux de ses supérieurs ; mais son ignorance grossière et ses débauches crapuleuses le rendaient aussi méprisable que les premiers étaient odieux !. La loi du célibat, cette loi rigoureuse et contre nature qui assujettissait tous les ordres, causa tant d'excès, qu’en plusieurs endroits de l'empire on se vit obligé, nonseulement de permettre , mais même d’ordonner aux prêtres le concubinage. L'emploi d'un remède si contraire à l'esprit du christianisme est la preuve la plus forte de la multitude et de l'énormité des crimes qu’on voulait arrêter par ce
moyen. Long-temps avant le seizième siècle,
plusieurs auteurs célèbres et respectables avaient fait, des mœurs dissolues du clergé, des peintures qui paraissent presque incroyables dans le aôtre 2. Le libertinage des ecclésiastiques cau-
* La corruption du clergé avant la réformation est avouée par un auteur qui était bien en état d’en juger, et dont l'aveu n’est certainement pas suspect. « Quelques années avant les hérésies de Luther et de Calvin, dit Bellarmin, il n’y avait plus, suivant les témoignages de tous les auteurs contemporains, nj sévérité dans les tribunaux ecclésiastiques, ni discipline dans les mœurs du clergé, ni connaissance des sciences sacrées, ni respect pour les choses divines ; il ne restait enfin presque plus de religion.»(Bellarmin, Concio XXII, oper., t. VI, col. 296, edit. Colon. 1617; apud Gerdesii Hist. Evang. renovati. vol 1, p. 25.)
? Centum gravamina. Nat. German. in fasciculo rer. expet. el fugiend. per Ortuinum Gratium, vol. 1, p. 361. Voyez un grand nombre d’autres passages sur le même sujet, dans l'appendice ou deuxième volume publié par Ed. Brown. Voyez aussi Herm. Vonder Hardt., Aist. litt. reform., pars in, et les volumineuses collections de Walchius, dans ses quatre volumes de Monumenta Medii Ævi. Gotting. 1767. Les auteurs que j'ai cités font l'énumération des vices du clergé. Lorsque les ecclésiastiques ne craignaient pas de commettre des crimes, ils ne devaient pas être fort scrupuleux sur la décence.
Une conduite si contraire au caractère de leur profession parait avoir excité une indignation générale, Pour le prouver, je vais transcrire le passage d’un auteur qui nese proposait pas d'attaquer les déréglemens des prêtres, et qu’on ne peut pas soupçonner d'avoir exagéré les choses par prévention ou par artifice, pour les rendre
posit étrar l'usa fraud de la qui c
odieux à l’arc réforn mes :
tornec textis tares ; vitam Miiita et rno!
populi anecd vol. Ill
> cadets de fa.
)isi l’état ecclé-
d'arriver aux er les revenus, totalement les vraient sans réles suites natulé. À l'égard du hait d’imiter le eurs ; mais son bauches crapuble que les prea célibat, cette jui assujettissait cès, qu’en pluvitobligé, nonême d’ordonner mploi d’un rehristianisme est titude et de l'ét'arrêter par ce
seizième siècle,
ectables avaient rgé, des peinoyables dans le siastiques cau-
a réformation est état d’en juger, et uspect, « Quelques et de Calvin, dit es témoignages de érité dans les trians les mœurs du acrées, ni respect nfin presque plus III, oper., t. VI, esii Hist. Evang.
in fasciculo rer.
sratium, vol. 1, es passages sur le me volume publié ider Hardt., Æist.
euses collections de Monumenta irs que j'ai cités Lorsque les eccléttre des crimes, sur la décence, re de leur profesn générale, Pour d’un auteur qui mens des prêtres, voir exagéré les pour les rendre
1520; LIVRE Il. 181
sait le plus grand scandale; et ce n'était pas seulement parce que de pareilles mœurs ne pouvaient pas s'accorder avec le caractère sacré de leur état ; les laïques, accoutumés à voir plusieurs ecclésiastiques s'élever du sein de la bassesse aux dignités et à l’opulence, n'avaient pas pour les excès de ces nouveaux parvenus la même indulgence que pour ceux qui étaient nés dans la richesse et dans la grandeur; et comme ils voyaient avec plus de jalousie la fortune des premiers , ils censuraient aussi leur conduite : avecplus de rigueur et d’amertume. Rien n’était donc plus propre à plaire aux auditeurs de Luther que la violence avec laquelle il déclamait contre les excès du clergé; chacun de ceux qui l'écoutaient trouvait dans ses propres observa-
tions des preuves de la justice de ses censures.
Le scandale des crimes du clergé était encore
considérablement augmenté par la facilité d'en obtenir le pardon, Dans tous les états de l’Europe, le magistrat n'avait presque plus d’autorité; sous une forme de gouvernement si singulière et si tumultueuse , il était forcé de se relâcher des rigueurs d’une exacte justice, et de remettre la peine des crimes même les plus atroces, moyennant une amende ou composition fixée par la loi. La cour de Rome, toujours attentive aux moyens d'accroître ses revenus , suivait cette pratique, et par un alliage monstrueux, introduisant ces sortes d'indemnités dans les affaires de religion , elle accorda ses pardons à tous les coupables qui pouvaient les acheter. Comme l’idée de racheter les crimes par ces compositions pécuniaires était alors familière, cet étrange trafic choqua si peu les esprits, que l'usage en devint universel; et pour prévenir les fraudes qui pourraient se commettre, les officiers de la chancellerie romaine publièrent un livre qui contenait un tarif exact des sommes néces-
odieux. L'empereur Charles 1V, dans une lettre qu'il écrit à l'archevêque de Mayence, en 1359, et où il l’exhorte à réformer les désordres du clergé, s'exprime en ces termes : De Christi patrimonio, ludos, hastiludia et torneamentaexercent ; habitum militarem cumpreætextis aureis et argenteis gestant , et calceos militares ; comam et barbam nutriunt ; et nihil quod ad vitam et ordinem ecclesiasticum spectat,ostendunt. Militaribus se duntaæat et secularibus actibus, vitd et moribus , in Suœæ salutis dispendium , et generale populi scandalum, immiscent. (Codex d'picmaticus anecdotorum, per Val. Ferd. Gudenur in- 4, vol. III, p.438.)
saires pour obtenir le pardon de Chaque péché, Un diacre coupable de meurtre était absous pour vingt écus : un évêque et un abbé pouvaient assassiner pour trois centslivres. Tout eeclésiastique pouvait s'abandonner aux excès de l'impureté, même avec les circonstances les plus aggravantes, pour le tiers de cette somme. Ces crimes monstrueux, dont la vie humaine ne fournit que des exemples très rares, et qui peut-être n’existent que dans l'imagination impure d'un casuiste , étaient taxés à fort bas prix. Mais lorsque enfin la justice s’administra d’une manière plus parfaite et mieux réglée dans les cours séculières, l'usage de ces amendes pour racheter les crimes s’éteignit peu à peu ; et dès que les hommes eurent acquis des notions plus saines et plus exactes sur les principes de la religion et de la morale ; les conditions auxquelles Rome accordait ses pardons parurent impies, et furent regardées comme la principale source de la corruption du clergé t,
On eût peut-être toléré avec plus d'indulgence cette dépravation des mœurs du clergé, si leurs richesses et leur pouvoir exorbitant ne l’eussent mis en état d'opprimer toutes les autres classes de la société. C’est un des caractères de superstition que d'aimer la pompe et la grandeur , de ne mettre aucune borne à sa libéralité envers les personnes qu’elle regarde comme sacrées, et de croire qu'il manque toujours quelque chose aux marques de son respect pour elles, jusqu'à ce qu’elle les ait élevées au comble de l'opulence et de l'autorité. Telle fut la source de ces immenses richesses et de cette juridiction illimitée que pos-. sédait l'église dans tous les pays de l'Europe, et qui devinrent à la fin insupportables aux laïques, quoiqu’elles dussent leur première origine à leur aveugle générosité.
C'était sur les Allemands qu'était tombé le plus grands poids de l'oppression ecclésiastique ; et par cette raison, malgré la constance de leur caractère et leur attachement à leurs anciens usages, ils furent plus disposés qu'aucune autre nation de l'Europe à écouter ceux qui leur proposaient des moyens de recouvrer leur liberté.
Pendant la longue durée des contestations qui
1 Fascicul. rer. expetend. et fugiend., vol, 1,
p. 355. J. G. Schelhornii #mænit. litter. Francof, 1725, vol. 11, p. 369. Dict. de Bayle, art, Banck et Tuppius. Taxa cancellor. Roman. Ed. Francf., 1651, passim.
Se EN on | VD |
s'élevèrent entre les papes et les empereurs sur le droit d’investiture, et des guerres qui en furent la suite, la plupart des plus puissans prélats de l'Allemagne prirent le parti du pape; et tant que dura leur révolte contre le chef de l'empire, ils se saisirent des revenus de l’empereur, et exercèrent sa juridiction dans leurs diocèses. Quand la paix fut rétablie, ils continuèrent de retenir ce qu'ils avaient usurpé, comme si la longue durée d'une possession injuste avait pu former en leur faveur un droit légitime. Les empereurs, trop faibles pour arracher leur propre bien des mains de ces usurpateurs, furent obligés de leur céder en fiefs ces vastes territoires, et de les laisser jouir de toutes les immunités et prérogatives qui appartenaient aux barons dans le système féodal. Par-là un grand nombre d’évêques et d’'abbés d'Allemagne furent non-seulement des ecclésiastiques, mais encore des princes, et leur caractère et leurs mœurs participèrent beaucoup plus de la licence , qui régnait trop généralement alors dans les cours laïques, que de la piété et des vertus qui convenaient à la sainteté du sacerdoce ".
D'ailleurs, l’état toujours flottant du gouvernement d'Allemagne, qui n'avait encore pris aucune consistance fixe, et les guerres fréquentes qui désolaient cette contrée, contribuaient encore à l'agrandissement des ecclésiastiques. I n’y avait que les domaines de l’église qui pendant ce temps d’anarchie fussent à l'abri de l'oppression des grands et des ravages de la guerre. On les épargnait autant par le respect profond qu'on avait alors pour le caractère ecclésiastique que par la crainte superstitieuse de l’excommunication , que le clergé était toujours prèt à lancer contre ceux qui envahissaient ses possessions. C’est ce qui détermina plusieurs seigneurs à céder leurs terres aux ecclésiastiques, pour les tenir ensuite en fiefs de l’église: en devenant ses vassaux, ils acquéraient une sûreté qu'ils ne pouvaient se procurer par leurs propres forces. Cette multiplicité de vassaux Aonna à la puissance du clergé un accroissement réel et permanent ; et comme les terres possédées en fiefs, suivant les lois des tenures limitées, en usage dans ce temps-là, retournaient souvent aux personnes dont relevait le fief, les domaines du
! Fra-Paolo, de Beneficiis.
clergéreçurent par cette voiedesaugmentations considérables et rapides !.
Les ecclésiastique se donnèrent encore plus de soins pour la sûreté de leurs personnes qu'ils n’en prirent pour celle de leurs biens, et ils y réussirentencoremieux. Consacrés au ministère sacerdotal avec beaucoup d’appareil et de solennité, distingués du reste des hommes par leur babitetpar leurmanièredevivre,et jouissant par leur état de plusieurs priviléges exclusifs que ne partageaient point les autres chrétiens, ils devinrent nécessairement les objets d’une vénération particulière. A mesure que l'esprit de superstitionfit des progrès,on vint àles regarder comme des êtres d’une espèce supérieure à de profanes laïques, qu’on ne pouvait sans impiété juger par les mêmes lois, ni soumettre aux mêmes punitions. Cette exception de la juridiction civile , accordée d’abord aux ecclésiastiques comme une marque de respect, fut bientôt réclamée par eux comme un droit inséparable de leur personne. Cette précieuse Immunité du
sacerdoce ne fut pas seulement appuyée par les
décrets du pape et des conciles ; les plus grands empereurs 2 la confirmèrent dans la forme la plus étendue et la plus solennelle. Tant qu'un ecclésiastique était revêtu du caractère clérical, sa personne était sacrée; et à moins qu’il ne fût dégradé, la main profane du juge civil n'osait attenter à sa personne. Le pouvoir de dégrader n'appartenait qu'aux cours ecclésiastiques : il arrivait nécessairement que les coupables demeuraient presque toujours impunis , attendu la difficulté d'obtenir cette sentence, et les grands frais qu’elle occasionait. Aussi vit-on beaucoup de scélérats prendre les ordres uniquement pour jouir de ce privilége et s'affranchir de la punition que méritaient leurs crimes 3, La noblesse d'Allemagne se plaignait hautement de ce que ces malfaiteurs oints 4, pour me servir de son expression, échappaient presque toujours au dernier supplice, même après avoir commis les forfaits les plusatroces , et d inssesremontrances, on voit qu’elle parle souvent de l'indépendance
1 Fra-Paolo, de Beneficiis. Boulainvilliers, État de la France, tom. 1, p. 169. Lond. 1737.
3 Goldasti, Constit. imperial. Francof. 1673, vol. 11, p. 92, 107.
5 Rymer, Fæœder., vol. XII, p. 532.
4 Centum gravam., $ 31.
[1520] augmentations
nt encore plus ersonnes qu'ils biens, et ils y ésau ministère ‘eilet de solenmmes par leur et jouissant par xclusifs que ne rétiens, ils des d'une vénéue l'esprit de täles regarder ipérieure à de it sans impiété soumettre aux on de la juriaux ecclésiastiect, fut bientôt it inséparable
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ppuyée par les les plus grands 1 la forme la le. Tant qu'un actère clérical, ins qu’il ne fût ge civil n'osait ir de dégrader siastiques : il coupables deinis, attendu la , et les grands t-on beaucoup iquement pour ir de la puni- 3, La noblesse nent de ce que e servir de son e toujours au ir commis les sremontrances, l'indépendance
lliers, État de la
cof. 1673, vol. ]1,
er
a is | dé
(1520) où les clercs étaient du magistrat civil, comme d'un privilége également funeste à la société et aux mœurs du clergé.
Tandis que le clergé cherchait avec tant de zèle à assurer ses priviléges , il ne cessait d’empiéter sur ceux des laïques. Il prétendit que toutes les affaires qui avaient rapport au mariage , aux testamens, à l'usure, à la légitimité des naissances , ainsi que les causes qui concernaient les revenus ecciésiastiques, tenaient de trop près à la religion pour que d’autres cours que les tribunaux ecclésiastiques pussent en prendre connaissance. Peu satisfait de cette juridiction, dont l'étendue embrassait cependant la moitié des contestations qui peuvent naître entre les citoyens, il n’est point de ruses ni de prétextes qu’il n’inventât pour attirer les autres ! à ses tribunaux ; et comme €’était dans cet ordre que se trouvait le peu de lumières qu’il y avait dans ces siècles d’ignorance , les juges eeclésiastiques avaient ordinairement des talens et des connaissances si supérieures à celles des juges laïques , que le peuple se crut d’abord intéressé à favoriser l'extension d’une juridiction qui tendait à porter ses causes devant des juges dont les lumières lui inspiraient plus de confiance. Ainsi le penchant du peuple s’unit à l'intérêt du clergé pour éluder sans cesse la juridiction séculière, qui par-là se vit presque anéantie2. Ce fut une nouvelle source d’accroissement pour la puissance dû élergé; et les sommes qu'on payait ators à ceux qui administraient la justice lui procurètent de plus une augmentation considérable de revenus.
La terreur des senténces ecclésiastiques était augmentée par lés péines qui y étaient attachées. L’excommunicatiôn n'avait été établie dans son crigine que dans la vue de conserver la pureté de l'église : on s’en servait pour retrancher de la sotiété des fidèles les pécheurs obstinés, dont les opinions impies et la vie scandaleuse faisaient la honte du christianisme. Dans la suite, les ecclésiastiques en firent sans scrupule une arme redoutable qu’ils employèrent à l'agrandissement de leur puissance temporelle, et ils en abusèrent pour les sujets les plus frivoles. Quiconque méprisait quelques-unes de leurs décisions, même dans les matières purement ci-
1 Giannone, Zst, di Napoli, lib, xx, S& Centum gravamina, $ 9, 56, 64.
viles, encourait immédiatement cette terrible censure, qui non-seulement le dépouillait de tous les priviléges de chrétien, mais lui ôtait encore tous les droits de citoyen et d’hommet, Ainsi les conséquences effrayantes de l’excommunication domptaient les esprits les plus remuans ct les plus intrépides, et les tenaient soumis à l'autorité du clergé.
Si le clergé employa tant d'adresse et tant d'art pour augmenter ses richesses et son crédit, il ne négligea pas non plus les moyens qui pouvaient lui en assurer la conservation. Les domaines de l’église furent déclarés inaliénables, comme étant consacrés à Dieu; il était impossible que les revenus d’une société qui acquérait tous les jours, et qui ne pouvait jamais perdre , ne devinssent immenses. Suivant des calculs faits en Allemagne, on trouva que les ecclésiastiques avaient dans leurs mains ? plus de la moitié des biens de la nation. La proportion variait chez les autres peuples ; mais partout la portion de l’église était prodigieuse. Ces vastes domaines n'étaient pas d’ailleurs soumis aux charges imposées sur les biens laïques. Le clergé allémand était affranchi de toutes taxes, par la lois : et si, dans des occasions extraordinaires, il plaisait aux ecclésiastiques d'accorder quelque secours pour les besoins de l’état, c'était de leur part un don absolument libre et de pure générosité, que le magistrat civil n’avait aucun droit de demander, encore moins d'exiger. Par cette étrange absurdité dans le gouvernement, les laïques d'Allemagne se trouvaient chargés de tout le poids des impôts, tandis que les plus riches propriétaires étaient dispensés de toute obligation de secourir et de défendre l’état. :
Quelque onéreuses que les prérogatives et les richesses énormes du clergé dussent paraître aux autres membres du corps germanique, ils auraient trouvé ce mal moins insupportable, si du moins ces avantages n’eussent été possédés que par des ecclésiastiques qui, résidant en Allemagne, eussent été, par - là même, moins portés à abuser de leurs richesses, et à exercer
1 Centum gravamina , $ 34.
* Jbid,, S 28.
8 Zbid, Goldast., Constit. imperial., vol. 1, p. 79, 108. Pfeftel, 4brégé de l'hist. et du droit public d'Al: lemagne.
leurs droits avec une excessive rigueur. Mais les évèques de Rome avaient de bonne heure {manifesté la prétention la plus hardie qu'ait jamais inspirée l’ambition humaine, celle d’être les chefs suprèmes et infaillibles de l’église ‘chrétienne. Leur politique profonde et leur constance infatigable , leur habileté à profiter de toutes les occasions favorables pour se prévaloir de la superstition de quelques princes, des besoins de quelques autres et de la crédulité des peuples , les avaient enfin imis en état de faire valoir avec succès cette prétention, que/que opposée qu’elle fût à la raison et à l'intérêt général. L'Allemagne était le pays que ces souverains ecclésiastiques gouvernaient avec l'autorité la plus absolue. Ils excommuniaient , ils déposaient à leur gré les empereurs les plus puissans; ils soulevaient leurs sujets et leurs ministres, et armaient contre eux leurs propres enfans. Au milieu de ces querelles, les papes étendaient continuellement leurs priviléges et dépouillaient par degrés les princes séculiers de leurs plus précieuses prérogatives. L’église d'Allemagne ressentit toute la rigüeur de l'oppression et de l’avidité d’une dcination étrangère.
Le droit de conférer les bénéfices, que les papes avaient usurpé pendant ces temps de trouble et de confusion, fut une nouvelle conquête, qui acheva d'élever et d'établir leur puissance sur les ruines de la puissance temporelle. Les empereurs et les autres princes d'Allemagne avaient été long-temps en possession de ce droit, qui fortifiait leur autorité et accroissait leurs revenus. Mais les papes, en l’arrachant de leurs mains, se trouvèrent en état d’inonder de leurs créatures tout l'empire; ils accoutumèrent un corps nombreux de sujets dans chaque province à ne plus dépendre de leur souverain naturel, mais seulement du saint siége. Dans chaque pays, c'était à des étrangers qu'ils donnaient les plus riches bénéfices, et ils épuisaient les trésors des royaumes de l’Europe pour entretenir le luxe de leur cour. Dans les siècles même les plus superstitieux, les peuples se révoltèrent contre ce genre d’oppression ; et les plaintes des Allemands devinrent si fortes et si fréquentes, que les papes, craignant à la fin de pousser leur patience à bout, consentirent pour cette fois, contre leurs principes ordinaires, à rabattre un
peu de leurs prétentions, et à se contenter du droit de nommer aux bénéfices qui viendraient à vaquer pendant six mois de l’année, laissant la disposition des autres aux princes et aux patrons légitimes 1.
Mais la cour de Rometrouva bientôt lesmoyens d’éluder une convention qui génait si fort son pouvoir. L'usage introduit de réserver dans chaque pays certains bénéfices à la nomination du pape , usage connu depuis long-temps et contre lequel il s’éleva de fréquens murmures , fut étendu bien au-delà de ses anciennes limites. On comptait dans cette classe tous les bénéfices possédés par les cardinaux, ou par quelqu'un des nombreux officiers de la cour de Rome ; ceux que possédaient les ecclésiastiques qui mouraient à Rome, ou dans l’espace de quarante milles de cette distance, soit en allant à cette ville, soit à leur retour; ceux encore qui devenaient vacans par la translation du titulaire, et une infinité d’autres. Enfin, Jules Il et Léon X poussèrent cette extension le plus loin qu'ils
purent, et conférèrent souvent des bénéfices qui :
n'avaient jamais été compris dans le nombre de ceux qui leur étaient expressément réservés, sous le vain prétexte qu'ils s'étaient eux-mêmes mentalement réservé ce privilége. Cependant le droit de réserve, malgré cette extension extraordinaire, avait encore certaines bornes, car il ne pouvait être exercé que sur les bénéfices actuellement vacans; et ce fut pour achever de s’en affranchir que les papes introduisirent les grdces expectatives, ou les mandats qui désignaient une personne pour posséder un bénéfice dès qu'il viendrait à vaquer. Par ce moyen, l'Allemagne se trouvait remplie d’ecclésiastiques qui ne dépendaient que de la cour de Rome, et que ces survivances lui attachaient ; les princes étaient frustrés de la plupart de leurs prérogatives, et les droits des patrons laïques étaient presque toujours ou prévenus, ou rendus inutiles ?.
La manière dont s'exerçaient ces droits extraordinaires les rendait encore plus odieux et plus intolérables. L'avarice et les exactions de la cour de Rome devinrent si excessives, qu'elles
1 Fra-Paolo, de Beneficiis. Goldast., Const. imper., 1, p. 408
3 Centum gravamina, $ 22. Fascicul rer.expel. et fugiend., p. 334. Goldast., Constit. imper., vol. À, p. 391 , 404, 405. Fra-Paolo, de Beneficiis.
e contenter du qui viendraient année, laissant 1ces et aux pa-
ntôt lesmoyens ait si fort son rver dans chanomination du emps et contre aurmures , fut iennes limites.
is les bénéfices par quelqu'un de Rome ; ceux ues qui moue de quarante allant à cette core qui develu titulaire, et es Il et Léon X us loin qu'ils
s bénéfices qui :
; le nombre de Jent réservés, nt eux-mêmes Cependant le nsion extraorrnes, car il ne néfices actuelver de s’en afent les grdces ui désignaient néfice dès qu'il 1, l'Allemagne 1es qui ne déne, et que ces rinces étaient érogatives, et aient presque nutiles 2.
ces droits exlus odieux et xactions de la sives, qu'elles
Const. imper.,
l rer.expel. el imper., VOl À, ciis.
L1520] passèrent presque en proverbe. La vente des bé-
néfices était si notoire, qu'on ne se donnait |
même plus la peine de la cacher ni de la déguiser. Des compagnies de commerçans achetaient en gros, des officiers du pape, les bénéfices des
divers diocèses de l'Allemagne, et les reven- |
daient en détail avec un profit considérable f, Les gens de bien voyaient avec douleur ces mar-
chés simoniaques, si indignes des ministres | d'une église chrétienne; et les politiques se |
plaignaient de la perte que causait aux états l'exportation de tant de richesses, produite par ce commerce sacrilége.
En cffet, les sommes d'argent que la cour de Rome tirait de ces impositions réglées et légales sur tous les pays qui reconnaissaient son autorité étaient si considérables, qu’il n’est pas étrange qu’on murmurât de l’addition la plus légère qu'on entreprenait d'y faire sans nécessité apparente ou par des moyens illicites. Chaque ecclésiastique qui entrait en possession d’un bénéfice, payait au pape l’annate ou la première année du revenu ; et, comme cette taxe était levée avec la plus grande rigueur, le produit en était prodigieux. Il faut ajouter à cela les dons. gratuits que les papes demandaient fréquemment au clergé, et les perceptions extraordinaires du dixième sur les revenus ecclésiastiques, sous prétexte de croisades contre les Turcs, qu’on mettait rarement en exécution, et que souvent on n'avait pas nième le dessein d'entreprendre : en rassemblant tous ces objets, on voit quelle était l'immensité des revenus qui allaient continuellement s'engloutir dans Rome.
On peut juger par-là de la dépravation des mœurs du clergé, de l'excès de ses richesses, de ses priviléges et de son pouvoir avant la réformation, du despotisme de la domination que les papes exerçaient sur le monde chrétien, et de l'idée qu’on en avait en Allemagne au commencement du seizième siècle. Je n’ai point copié ce tableau d’après les écrivains polémiques de ce siècle; on pourrait les soupçonner d’avoir exagéré, dans la chaleur de la dispute, les erreurs de l’Église qu'ils voulaient renverser, ou les vices de ceux qui la gouvernaient. Je l’ai formé sur les pièces les plus authentiques, d’après les registres et les remontrances des diètes de l'empire, où
1 Fascicul, rer. expet., etc., vol, 11, p. 359
l'on trouve une énumération froide et tranquille des abus dont l'empire se plaignait, et dont à demandait la réforme. Quand on voit ces graves assemblées s'exprimer avec tant d’aigreur et de ressentiment , et deman<ler avec tant de force l'abolition de ces abus énormes, on peut bien croire que le peuple faisait éclater son ressentiment et ses plaintes avec encore plus d’audace et d’amertume.
En s'adressant à des hommes si bien disposés à secouer le joug de la cour de Rome, Luther était presque sûr du succès. Après avoir si longtemps senti la rigueur intolérab!e de ce joug, ils reçurent avidement la proposition qu’on leur fit de les en affranchir. Aussi les opinions nouvelles furent-elles accueillies avec beaucoup d’ardeur et de joie, et se répandirent-elles avec une rapidité prodigieuse dans toutes les provinces de l'Allemagne. L'impétuosité et la violence du caractère de Luther, la confiance avec laquelle il débitait sa doctrine, l'arrogance et le mépris avec lesquels il traitait tous ceux qui ne pensaient pas comme lui, ont été regardés, dans des siècles où les mœurs ont plus de modération et de politesse, comme des défauts qui flétrissent la mémoire de ce réformateur ; mais ces défauts ne choquèrent point ses contemporains, dont les esprits étaient violemment agités par ces controverses intéressantes; d’ailleurs ils avaient eux-mêmes éprouvé toute la rigueur de la tyrannie papale que Luther voulait détruire, et avaient été témoins de toute la corruption de l'église, contre laquelle il se déchaînait
Ils ne furent choqués ni des injures grossières dont ses écrits polémiques sont remplis, ni de cette basse bouffonnerie qu’il mêlait quelquefois aux discours les plus graves. Dans ces-siècles encore barbares, on assaisonnait d'invectives toutes les disputes, et ‘’on employait la plaisanterie dans les sujets les plus sacrés et dans les occasions les plus solennelles. Ce mauvais goût de satire et de raillerie, loin de nuire à la cause de Luther, contribuait autant que les meilleures raisons à faire sentir aux peuples les erreurs du papisme, et à les déterminer à y renoncer.
A ces circonstances favorables, qui naissaient de la nature même de l’entreprise et des conjoncturesodelle fut formée, il s en joignit encore d'étranges et d’accidentelles, dont Luther sut tirer avan'age, et qui ne s'étaient point offertes
à ceux qui l’avaient précédé dans la mème car- |
rière. Une des plus heureuses fut l'invention de l'imprimerie, qui l'avait dévancé d’un demi-siècle. Cette importante découverte avait merveilleusement facilité et l'acquisition et la propagation des connaissances ; elle répandit rapidement dans toute l’Europe les ouvrages de Luther, qui, sans ce secours, n'auraient pénétré que lentement et sans aucun effet dans tous les pays éloignés. Au lieu de n'être lus que des savans et des riches, les seuls qui, avant cette époque, pussent se procurer des livres, ses ouvrages se multiplièrent alors dans les mains du peuple, qui, flatté de cette sorte d'appel à son jugement, se permit d'examiner et de rejeter des dogmes qu'on lui avait auparavant ordonné de croire, sans lui permettre même de les entendre.
La renaissance des lettres , dans la même période , fut encore une circonstance extrêmement favorable aux progrès de la réformation. L'étude des anciens auteurs grecs et latins, la connaissance des beautés solides-et du bon goût qui règnent dans leurs ouvrages, réveillèrent l'esprit humain de la léthargie profonde où il était enseveli depuis plusieurs siècles. Les hommes parurent avoir retrouvé tout à coup la faculté de penser et de raisonner, dont ils avaient depuis si long-temps perdu l'usage. Jaloux de mettre à profit ces nouveaux moyens, les esprits s’exercérent avec liberté sur toutes sortes d'objets. Ils ne craignirent plus de s'engager dans des routes inconnues, ni d’embrasser des opinions nouvelles. La nouveauté fut même alors un mérite de plus dans une doctrine; et loin de s'effrayer, lorsque Luther d’une main hardie écarta ou déchira le voile qui couvrait des erreurs accréditées , on applaudit à son audace et on la seconda. Quoique Luther ignorât absolument l'art d'écrire avec élégance et avec goût, il ne laissa pas d'encourager avec zèle l'étude de la littérature ancienne; sentant lui-même combien cette étude était nécessaire pour bien entendre l'Écriture sainte, il avait porté assez loin la connaissance du grec et de l’hébreu. Mélancthon et quelques autres de ses disciples firent de grands progrès dans les belles-letires. Ces mémes moines, ignorans et barbares, qui avaient toujours fait tous leurs efforts pour empêcher les sciences de pénétrer en Allemagne, étaient aussi ceux qui s'étaient déclarés avec le plus de
force contre les opinions de Luther ; et ils soutenaient que l'accueil favorable que recevait sa doctrine était un des funestes effets du progrès de la littérature. La cause des lettres et celle de la réforme furent donc regardées comme étroitement liées ensemble, et trouvèrent dans tout les pays des amis et des ennemis communs ; ce fut aussi ce qui donna aux réformateurs tans d'avantage dans la controverse sur leurs adversaires. L'érudition, l'exactitude, la justesse de la pensée , la pureté du style , le bel esprit même et la plaisanterie furent toujours du côté des réformateurs, et les firent aisément triompher de moines ignorans , dont les raisonnemens grossiers, exprimés dans un styte barbare et embarrassé, n'étaient guère propres à défendre une cause dont tout l'art et toute l'adresse de ses plus modernes et plus savans défenseurs n'ont pu déguiser les erreurs et la faiblesse. Cet esprit d'examen et de recherche, que la renaissance des lettres réveilla en Europe, fut
si favorable à la réforme, que les personnes
mêmes qui ne prenaient aucun intérêt aux succès de Luther l’aidèrent nécessairement dans son entreprise, en disposant les esprits à recevoir sa doctrine. La plupart des hommes d’esprit, qui s’appliquaient à l'étude de la littèrature ancienne, vers la fin du quinzième siècle et le commencement du seizième, sans avoir le projet ni même le désir de renverser le système de religion établi, avaient vu l’absurdité de plusieurs opinions et de plusieurs pratiques autorisées par l'église, et avaient senti toute Ja faiblesse des argumens avec lesquels des moines sans lettres s’efforçaient de les défendre.
Le profond mépris qu'ils sentaient pour ces ignorans défenseurs des erreurs reçues les engagea plus d’une fsis à tourner en ridiculé ces mêmes erreurs, avec autant de liberté que de sévérité. Leurs premiers essais préparèrent les hommes aux attaques plus sérieuses de Luther, et affaiblirent sensiblement le respect qu'ils avaient pour la doctrine et la personne de ses adversaires. C’est ce qui arriva surtout en Allemagne, Lorsqu'on y fit les premières tentatives pour ranimer l'étude de l'antiquité, les ecclésiastiques de cette contrée, plus ignorans encore que leurs confrères ultramontains, s’y opposèrent avec tout le zèle et toute l’activité dont ils étaient capables ; de leur côté les partisans des
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nouvelles études attaquèrent leurs adversaires avec la plus grande violence; Reuchlin, Hutten, et les autres restaurateurs des lettres en Allemagne, se sont élevés contre les abus et la corruption de l’église romaine, avec une amertume de style qui ne le cède guère à celle qui distingue
les écrits de Luther même t.
La même cause a donné lien aux traits qu'Érasme a lancés de temps en temps contre les erreurs de l'église et contre l'ignorance et les vices du clergé. Il jouissait en Europe d’une autorité si grande, au commencement du seizième siècle, et ses ouvrages étaient lus avec une admiration si générale, que les effets qui en résultérent, méritent d’être remarqués comme une des circonstances qui contribuèrent le plus au succès de Euther. Érasme, destiné dès sa jeunesse à entrer dans l'église, et élevé dans l'étude des sciences ecclésiastiques, s’appliqua plus qu'aucun autre savant de son temps aux recherches théologiques. Son jugement pénétrant et sa vaste érudition lui firent découvrir une foule d'erreurs, tant dans la doctrine que dans le culte de l'église romaine. Il en réfuta quelques-unes avec toute la solidité du raisonnement et toute la force de l'éloquence. Il employa contre les autres l'arme du ridicule et de la satire, arme qu’il savait manier très habilement , et dont l'usage ne peut manquer de plaire à la multitude. De toutes les opinions et de tous les usages de l’église romaine que Luther entreprit de réformer, il en était peu qui n’eussent déjà été relevés par Érasme, et qui ne lui eussent fourni un sujet de satire ou de plaisanterie. Quand Luther commença d'attaquer l’église romaine, Érasme parut applaudir à son entreprise ; il rechercha l'amitié de plusieurs de ses disciples et de ses partisans, et condamna la conduite et l’acharnement de ses adversaires ?. Il prit ouvertement son parti contre les théologiens de l’école, et se déchaina contre ces maîtres d'erreur, qui enseignaient un système aussi scandaleux qu'inintelligible. Il joignit encore ses efforts à ceux de Luther pour tourner les esprits des hommes vers l'étude de l’Écriture
4 Gerdesius, Æist. Evang. renov., vol. 1, p. 141 , 157. Seckend, lib. 1, p. 103. Von der Hardt., Aist. litterar. reform., pars II.
Seckend, lib. 1, p. 40, 96.
sainte, comme la seule règle de la vérité religieuse {,
Différentes circonstances empêchèrent cependant Érasme de suivre Luther dans la même carrière; il était d’un caractère naturellement timide, et il manquait de cette force d'âme qui peut seule déterminer un homme à s'annoncer pour réformateur : plein de déférence pour les grands et les hommes en place, il craignait surtout de perdre les pensions et les autres avantages qu'il avait reçus de leur libéralité; il aimait la paix, et attendait du temps et de la douceur la réforme successive des abus 2, Tout, en un mot, l’engageait à réprimer, à modérer du moins le zèle qui l'avait d’abord animé contre les erreurs de l'église 3, et à, prendre plutôt le caractère de médiateur entre Luther et ses adversaires. Mais, quoique Érasme n’eût pas tardé à blâmer le caractère trop audacieux et trop fougueux de Luther, et qu’à la fin on l'eût même déterminé à écrire contre ce réformateur, il n’en doit pas moins être regardé comme son précurseur et son allié dans cette guerre déclarée contre l’église. Ce fut lui qui jeta les premières semences, que Luther sut féconder et mürir. Ses railleries et les traits indirects de sa satire pré-
parèrent la voie aux attaques directes et aux :
invectives de Luther. C'est l'idée que se sont formé d'Érasme les zélés partisans de l’église romaine qui vivaient de son temps #; et c’est celle que doit en prendre quiconque approfondira l’histoire de cette époque.
Dans la longue énumération que je viens de faire des circonstances qui concoururent à favoriser les opinions de Luther, ou à affaiblir la résistance de ses adversaires, j'ai évité d’entrer dans aucune des discussions des dogmes théologiques du papisme, et je n’ai point essayé de
1 Von der Hardt., Aist. litterar. reform. , p. 1. Gerdes, ist, Evang. renov., 1, p. 147.
3 Érasme lui-même a eu la sincérité d’en faire l’aveu : « Luther, dit-il, nous a donné une doctrine salutaire, et de très bons conseils. Je voudrais qu’il n’en eût pas détruit l'effet par des fautes impardonnables. Mais quand il n’y aurait rien à reprendre dans ses écrits, je ne me suis jamais senti disposé à mourir pour la vérité. Tous les hommes n’ont pas reçu le courage nécessaire pour étre martyrs; et si j'eusse été mis à l'épreuve, je crains bien que je n’eusse fait comme saint Pierre. » Epist. Erasmi, in Jortin’s Life of Erasm., vol. 1, p. 273.
5 Jortin, life of Erasmus , vol. 1, p. 258.
# Von der Hardt, ist. litterar. reform. pars £,p.2
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prouver qu'ils étaient contraires à l'esprit du christianisme, et qu'ils n'avaient aucun fondement solide ni dans la raison, ni dans l'Écriture, ni même dans la discipline de la primitive église. Je laisse aux historiens ecclésiastiques à traiter ces sujets, qui sont proprement de leur ressort, Mais quand on ajoute l'effet de ces considérations tirées de la religion, à l'influence des causes politiques, on ne doit plus s'étonner de l'impression soudaine et victorieuse que dut faire sur l'esprit humain l'action de ces deux forces réunies. Les contemporains de Luther étaient peut-être trop voisins de la scène, ou y étaient trop intéressés pour en voir distinctement les causes, et pour les examiner de sangfroid. Quelques-uns ne pouvant expliquer les progrès rapides de cette révolution, l’attribuaient à une sorte de fatalité extraordinaire {, qui répandait dans l'univers un esprit de vertige et d'innovation : mais il est évident que le succès de la réformation fut l'effet naturel de plusieurs causes, qu'une providence particulière avait préparées, et qui, par un heureux concert, concoururent toutes au même but. J'espère que les recherches où je suis entré pour jeter quelque lumière sur un événement si singulier et si important, et pour en découvrir les causes, ne seront pas regardées comme une digression inutile : je vais reprendre le fil de mon histoire. La diète de Worms continua les délibérations avec toute la lenteur et toutes les formalités ordinaires dans ces sortes d’assemblées. On employa beaucoup de temps à faire quelques règlemens pour la police intérieure de l'empire. La juridiction de la chambre impériale fut confirmée, et l'on mit plus de régularité et de méthode dans les formes de ses procédures. Un conseil de régence fut nommé pour aider Ferdinand dans le gouvernement de l'empire pendant les absences de l'empereur, que l'étendue de ses domaines et la multiplicité de ses affaires ne pouvaient manquer de rendre fréquentes2.
On procéda ensuite à examiner l'état actuel de la religion. Charles ne manquait pas de motifs pour se déclarer le protecteur de la cause de Luther, ou du moins pour en favoriser secrète- | ment les progrès. S'il n’eût pas possédé d’autres |
! Jovius, Æistor. Lut., 1553, fol, p. 134.
* Pont. Heuter., Rer. aust., lib. VI, C. 1, p. 185. | Pfeffel, br, shron. 4’ Allem.
domaines que ceux qu’il avait en Allemagne, et d’autres couronnes que celle de l'empire , il eût pu être disposé à favoriser un homme qui défendait avec tant de hardiesse des priviléges et des immunités pour lesquels l'empire avait lutté si long-temps contre les papes; mais les projets inquiétans et vastes que François Ie" formait contre lui le mirent dans la nécessité de régler sa conduite sur des vues plus étendues que celles qui auraient pu diriger un prince d'Allemagne ; comme il était pour lui de la dernière importance de s'assurer de l'amitié du pape, cette raison le détermina à traiter Luther avec une grande sévérité, et il crut que c'était le moyen le plus sûr d'engager le pape à se joindre à lui. Dans cette vue, il eût été très disposé à satisfaire les désirs des légats d'Allemagne qui demandaient que, sans délai ni formalités préliminaires , la diète condamnât un homme que le pape avait déjà excommunié comme hérétique.
Cependant cette forme violente de procéder ayant paru aux membres de la diète, inouïe et injuste, ils décidèrent que Luther serait ajourné à comparaître, et viendrait déclarer s’il adhé-
rait où non aux opinions qui avaient attiré sur
lui les censures de l’église!. L'empereur et tous les princes sur le territoire desquels il devait passer lui donnèrent un sauf-conduit, et Charles lui écrivit en même temps de se rendre promptement à la diète, en lui renouvelant la promesse de le garantir contre toute sorte d'insulte et de violence?, Luther n'hésita pas un instant à obéir, et partit pour Worms , suivi du héraut qui avait apporté la lettre et le sauf-con. duit de l’empereur. Tous les amis qu'il trouva sur Sa route, alarmés par le sort de Jean Hus qui s'était trouvé dans les mêmes circonstances et que le sauf-conduit de l'empereur n'avait pu défendre, n'épargnèrent ni conseils ni instances pour l'empêcher de se précipiter gratuitement au milieu du péril. Mais Luther, supérieur à toutes ces craintes, les réduisit au silence en leur disant : «Je suisléylement sommé de comparaitre à Worms, et je 11; rendrai au nom du seigneur, dussé-je ;5: coujurés contre moi autant de démons qu'il y a de tuiles sur les toits des maisons 8, »
1 P. Martyr., Ep., p. 722.
3 Luther, Oper., lib. 11, p. 411.
3 Luth. Oper., lib. n, p. 412.
Mais np un 6 etes
en Allemagne, et e l'empire , il eût omme qui défenpriviléges et des ire avait lutté si mais les projets nçois Ie" formait cessité de régler endues que celles ce d'Allemagne ; dernière imporx pape, cette raiuther avec une c'était le moyen se joindre à lui.
> disposé à satislemagne qui deformalités préliin homme que le omme hérétique.
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L'accueil qu’on lui fit à Worms a wait pu suf- | les troubles d'Espagne, les guerres d'Italie et fire pour le récompenser de tous ses travaux, | des Pays-Bas, en partie par les sages précausi la vanité et l'amour des applaudissemens eus- | tions que prit l'électeur de Saxe, le protecteur sent été les motifs qui le faisaient agir, Une plus ! fidèle et constant de Luther. Celui-ci, à son regrande multitude de peuple se rassembla pour | tourde Worms, passant près d’Altenstein , dans le voir, qu’il n’y en avait eu à l'entrée publique | la Thuringe, une troupe de cavaliers masqués de l'empereur. Son appartement était rempli | sortirent tout à coup d’une forêt ou l'électeur les tous les jours de princes et de personnes ! de | avait mis en embuscade, environnèrent Luther la première distinction , et il fut traité avec tout | et sa compagnie, et après avoir congédié ceux le respect qu'on rend à ceux qui ont le talent | qui l'accompagnaient, le conduisirent à Wartde subjuguer la raison et de maîtriser l'esprit | bourg, château-fort qui n'était pas éloigné, L’édes hommes : hommage bien plus sincère et ! lecteur ordonna qu’on lui fournit tout ce qui lui bien plus flatteur que celui qu’impose la préé- | serait nécessaire et agréable; mais on tint le lieu minence du rang ou de la naissance. Lorsqu'il | de sa retraite soigneusement caché, jusqu'à ce parut devant la diète, il se conduisit avec autant | que quelque changement dans les affaires de de décence que de fermeté; d’un côté, il avoua | l'Europe eût apaisé la fureur de l'orage qui sans détour qu’il avait mis trop de véhémence | s'était éleyé contre lui. Pendant les neufs mois et d'aigreur dans ses écrits de controverse; de : qu’il demeura dans cette solitude , qu'il appelait l'autre, il refusa de se rétracter, à moins qu'on | souvent son Patmos, faisant allusion à l'ile où ne lui prouvât la fausseté de ses opinions ; et ilne | l'apôtre saint Jean avait été exilé, il continua voulut admettre d’autre règle pour en juger que | de défendre sa doctrine et de réfuter celle de la parole de Dieu même. | Ses adversaires avec sa vigueur et son habileté
Les menaces ni les instances n'ayant pu lui | ordinaire ; il y publia différens traités qui ranifaire abandonner cette résolution , quelques ec- | mèrent le courage de ses sectateurs que la disclésiastiques propostrent de suivre l'exemple du | parition subite de leur chef avait d'abord exconcile de Constance, et de délivrer tout d’un | trémement étonnés et découragés. coup l’église de cette hérésie funeste, en punis- Pendant sa retraite, ses opinions continuaient sant l’auteur qui se trouvait en leur pouvoir. | de faire du progrès, et dominaient déjà dans Mais les membres de la diète ne voulurent pas presque toutes les villes de la Saxe. Dans le exposer l'honneur des Allemands à de nouveaux | même temps, les augustins de Vittemberg, reproches par une seconde violation de la foi | animés par l'approbation de l’université et par la publique; Charles lui-même n’était pas disposé | faveur secrète ‘de l'électeur, hasardérent le preà déshonorer les commencemens de son admi- | mier pas vers une innovation dans les formes nistration par un acte de violence : on permit | établies du culte public, en abolissant la célédonc à Luther de se retirer en toute sûreté ?. | bration des messes basses , et en faisant commu- Mais quelques jours après son départ de Worms, | nier les laïques sous les deux espèces. Luther se
on publia au nom de l’empereur et de la diète | consolait dans sa prison en apprenant le courage un édit sévère qui, le déclarant criminel endurci | et les succès de ses disciples, ainsi que le proet excommunié, le dépouillait de touslesprivilé- | grès que faisait sa doctrine dans sa patrie; mais ges dont il jouissait comme sujet de l'empire, avec | sa joie fut cruellement troublée par deux événedéfense à tous les princes de lui donner asile ou | mens qui paraissaient mettre des obstacles inprotection , et injonction de se réunir tous pour | surmontables à la propagation de ses principes se saisir de sa personne aussitôt que le délai du | dans les deux plus puissans royaumes de l’Eusauf-conduit serait expiré. rope. Le premier fut la condamnation de sa
Cet édit rigoureux demeura sans effet. L’exé- | doctrine par un décret solennel de l’université de cution en fut traversée en partie par la multi- | Paris, la plus ancienne et la plus respectable des plicité des affaires que suscitèrent à l'empereur | sociétés savantes quiflorissaient alors en Europe : le second fut la réponse que publia Henri VIT, à son livre sur la captivité de Babylone. Ce . jeune monarque avait été élevé sous les yeux
1 Seckend., p. {à ‘uth., Oper., lib. 11, p. 414 * Fra-Paolo, Zstor. del Conc. trid. Seckend., p. 160. 5 Goldast., Constit. imper., lib. 1x, p. 408.
d’un père soupconneux qui, pour l'empêcher de s'appliquer aux affaires, l'avait tenu occupé à l'étude des lettres. Il en avait toujours conservé beaucoup plus de goût pour l'étude et d'habitude du travail, qu’onn’aurait dû l’attendre d’un prince n£ avec un caractère si actif et des passions si violentes. Jaloux d'acquérir toute sorte de gloire, passionnément attaché à l'église romaine, irrité d’ailleurs contre Luther, qui avait parlé avec le plus grand mépris de Thomas d'Aquin, son auteur favori, Henri crut qu'il ne lui suffirait pas de déployer son autorité royale contre les opinions du réformateur; il voulut encore les combattre avec les armes scolastiques. Ce fut dans cette vue qu'il publia son Traité des sept Sacremens, ouvrage qui est oublié aujourd'hui, comme le sont tous les livres de controverse, dès que l’occasion qui les a fait naître est passée, mais qui n’est pourtant pas dépourvu d'adresse et de subtilité polémique. La flatterie de ses courtisans l'exalta comme un ouvrage où brillaient tant de science et d’érudition, qu'il élevait Henri VIE autant au-dessus des autres auteurs par son mérite littéraire, qu'il leur était supérieur par son rang. Le pape, à qui le livre fut présenté en plein consistoire avec le plus grand appareil, en parla avec le respect qu'il aurait eu pour un écrit dicté par une inspiration divine; et pour marquer à Henri la reconnaissance de l'église pour son zèle extraordinaire, il lui donna le titre de defenseur de la foi, titre que le roi perdit bientôt dans l'esprit de ceux de qui il le tenait, et
qui est resté à ses successeurs, quoiqu'ils soient |
les ennemis déclarés de ces mêmes opinions dont la défense l'avait mérité à Henri. Luther,
sité de Paris, ni par la dignité du, monarque anglais, publia bientôt ses remarques sur le
sonnement avec laquelle s'annonça d’abord la doctrine des réformateurs, que malgré les puis. sances ecclésiastique et civile conjurées contre elle, elle faisait tous les jours des prosélytes en France et en Angleterre.
Quelque désir qu’eût l'empereur de mettre un terme aux progrès de Luther, il fut souvent obligé, pendant tout le temps que dura la diète de Worms, de s'occuper de matières plus intéressantes, et qui demandaient une attention plus pressante et plus sériense, La guerre était près d’éclater entre Francois et lui dans la Navarre , dans les Pays-Bas et en Italie; et il fallait ou beaucoup d’habileté pour détourner le danger, où beaucoup de précautions pour se préparer à une bonne défense, Tout, dans les conjonctures actuelles, portait Charles à préférer le premier parti. L'Espagne était en proie aux factions domestiques. En Italie, il ne s’était encore assuré aucun allié sur lequel il pût compter. Dans les Pays-Bas, ses sujets frémissaient à la seule idée d'une rupture avec la France, rupture dont ils avaient plus d'une fois ressenti les funestes effets pour'le commerce. Retenu par ces considérations et par les eïforts que fit toujours Chièvres, tant que dura son administration, pour maintenir la paix entre les deux rois, l'empereur différait tant qu'il pouvait de commencer les hostilités. Mais François et ses ministres n'étaient pas dans des dispositions si pacifiques. François voyait qu'il ne fallait pas compter sur la durée d'une union , que l'intérêt, la rivalité et l'ambition tendaient sans cesse à troubler ; et il jouissait de plusieurs avantages qui lui donnaient l'espérance de surprendre son
: rivalet de l’accabler avant qu’il pûtse mettre en qui n’était arrêté ni par l'autorité de l’univer- |
décret de lune et sur le traité de l’autre; et il |
les écrivit. dans un style aussi violent et aussi amer que s’il n’eût réfuté que le plus méprisable de ses antagonistes. Ses contemporains, loin d'être choqués de cette hardiesse indécente, la regardèrent comme une rouvelle preuve de
état de lui résister. Un royaumecomme la France dont les états étaient réunis et contigus, où le peuple aimait la guerre et était attaché à ses rois par tous les liens du devoir et de l'affection, était bien plus propre à faire un grand et soudain effort, que les états plus vastes, mais dé-
sunis de l’empereur, qui voyait le peuple armé
. contre ses ministres dans une partie de ses do-
l'intrépidité de son caractère, Une dispute agi- |
tée par des adversaires si illustres ne fit qu'at-
tirer davantage l'attention, et telle était alors :
la contagion de l'esprit d'innovation répandu dans toute l'Europe, elle était la force de rai-
maines, et dans tous, son autorité beaucoup plus limitée que celle de son rival.
Les seuls princes qui eussent été assez puissans pour calmer ou pour éteindre tout-à-fait l'incendie dès ses commencemens, ou négligèrent de s’y employer , ou ne cherchèrent qu'à
inonça d’abord la 1e malgré les puis.
> conjurées contre des prosélytes en
ereur de mettre un er, il fut souvent s que dura la diète matières plus intéent une attention e. La guerre était et lui dans la Na- Italie; et il fallait détourner le dantions pour se préout, dans les conïharles à préférer était en proie aux e, il ne s'était enuel il pût compter. s frémissaient à la la France, rupture ois ressenti les fue. Retenu par ces forts que fit toua son administrantre les deux rois, pouvait de comrançois et ses mies dispositions si u'il ne fallait pas ion , que l'intérêt, aient sans cesse à usieurs avantages le surprendre son lpûtse mettre en ecomme la France et contigus, où était attaché à ses ret de l’affection, ui grand et souvastes, mais déit le peuple armé partie de ses doutorité beaucoup val, it été assez puisindre tout-à-fait ens, où négligècherchèrent qu'à
das rent eau Hé
l'empereur!,
Les cffvrts de Léon pour exciter la discorde entre l'empereur et François I furent moins cachés et plus efficaces. Son devoir comme père commun de la chrétienté, et son intérêt comme prince d'Italie, lui imposaient le rôle de défen-
seur de la tranquillité publique, et lui faisaient une obligation d'éviter toute démarche qui püt détruire le système politique que tant de négociations et de sang répandu avaient enfin établi en Italie. Léon en effet avait vu de bonne heure que c'était la conduite qu'il lui convenait de suivre; et dès l'avénement de Charles à l’empire il avait formé le projet de se rendre arbitre entre les deux rivaux, en les flattant tour à tour, sans former avec aucun des deux une liaison trop étroite, Un pontife moins ambitieux et moins entreprenant que lui, eût pu, en réglant constamment sa conduite sur ce plan, sauver l'Europe des malheurs qui la menaçaient. Mais ce prélat, d’un esprit audacieux, encore dans la fougue de l'âge, brûlait du désir de signaler son pontificat par quelque entreprise éclatante, Il était impatient de se laver de la honte d’avoir perdu Parme et Plaisance. Il voyait avec un sentiment d'indignation commun aux Italiens de ce siècle, la domination étrangère établie au
sein de l'Italie, par des peuples ultramontains ,
auxquels, à l’imitation des fiers républicains de
l'ancienne Rome, ils donnaient le nom de peu-
ples barbares. 11 se flattait qu'en aidant un des
deux monarques à dépouiller l'autre des places
qu’il possédait en Italie, il trouverait ensuite les
moyens d'en chasser le vainqueur à son tour, et qu'il aurait, ainsi que Jules Il, la gloire d'a-
voir rendu à l'Italie la liberté et le bonheur dont elle jouissait avant l'invasion de Charles VIH, lorsque chaque état était gouverné par ses prin-
‘Herbert, Fiddes, Life of Wolsey, p. 258,
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l'exciter et à l’étendre, Henri VIIL, en affectant de prendre le titre de médiateur, et malgré les fréquens appels q'ie les deux parties faisaient à sa discrétion, avait déjà renoncé à l'esprit d'im-
rtialité qui convenait au caractère d’arbitre.
olsey, par ses artifices, l'avait entièrement aliéné du roi de France; il fomentait secrètement la division qu'il aurait dû apaiser, et n'attendait plus qu’un prétexte décent pour joindre les armes de l'Angleterre à celles de
ces naturels et par ses propres lois, et n'avait point encore subi le joug étranger. Quelque chimérique que fût ce projet, ce fut l'idée favo. rite de presque tous les Italiens qui eurent du génie et de l'ambition, et le but de toutes leurs entreprises pendant une grande partie du seizième siècle : ils se repaissaient du vain espoir que par leur supériorité dans l’art des négociations, et à force de ruses et de finesses, ils viendraient à bout de triompher des efforts de peuples plus grossiers qu'eux à la vérité, mais bien plus puissans et plus belliqueux. Léon se laissa tellement séduire par cette espérance, que , malgré la douceur de ses inclinations et son goût pour les plaisirs de la mollesse et les recherches du luxe, il s'empressa de troubler la paix de l’Europe et de s'engager dans une guerre dangereuse, avec une impétuosité presque égale à celle du turbulent et guerrier Jules II !,
Léon avait cependant la liberté de choisir entre les deux monarques celui qu'il voudrait avoir pour ami ou pour ennemi. Tous deux re- Cherchaient avec empressement son amitié : il balança quelque temps entre les deux, et conclut à la fin une alliance avec François. L'objet de ce traité était la conquête de Naples, que les deux confédérés convinrent de partager ensemble. Vraisemblablement le pape se flattait que la vivacité et l’activité de François, secondées par un peuple doué des mêmes qualités, auraient l'avantage sur la lenteur et la timide prudence des conseils de l'empereur, et qu'il serait aisé de s'emparer de cette portion détachée de ses domaines, mal pourvue pour sa défense et toujours la proie de celui qui l’attaquait. Mais soit que le roi de France, en laissant trop entrevoir ses soupçons sur la bonne foi de Léon X, eût affaibli dans l'esprit de celui-ci l'idée des avantages qu'il en espérait; soit que le traité que le pape avait fait avec lui ne fût qu'un artifice pour couvrir des négociations plus sérieuses avec Charles; soit que Léon fût séduit par l'espérance de retirer de plus grands avantages de l'alliance de l’empereur; soit enfin qu'il fût prévenu en sa faveur par le zèle qu'il avait montré pour l'honneur de l'église en con-
damnant Luther, il est certain qu'il abandonna
! Guicciardini, lib, x1v, p. 173,
qu
son nouvel allié, et fit, quoique dans le plus |
grand secret, des ouvertures à l’empereur !.
Don Jean Manuel, le même qui avait été le favori de Philippe, et dont l'adresse avait déconcerté tous les projets de Ferdinand, étant sorti, à la mort de ce monarque, de la prison où il l'avait fait enfermer , était alors ambassadeur de l'empire à la cour de Rome. Personne n'était plus propre à profiter des dispositions du pape en faveur de son maître 2; la conduite de cette négociation n'avait été confiée qu’à lui seul, et l’on en déroba soigneusement la connaissance à Chièvres, qui, soigneux d'éviter tout sujet de guerre âvec la France, n'aurait pas manqué de la rompre et de la traverser.
Aussi l'alliance entre l’empereur et le pape futelle bientôt conclueë. Les principaux articles de ce traité, qui devint la base de la grandeur de
Charles en Italie, furent que le pape et l'empe- |
reur uniraient leurs forces pour chasser les Français du Milanais dont on donnerait la jouissance à François Sforce, fils de Louis-le-More, qui avait résidé à Trente, depuis que son frère Maximilien avait été dépossédé de ses domaines par le roi de France; qu'on rendrait à l’église les duchés de Parme et de Plaisance; que l’empereur aiderait le pape à conquérir Ferrare ; qu'on augmenterait le tribut annuel que le royaume de Naples payait au saint siége; que l'empereur prendrait sous sa protection la famille de Médicis ; qu'il ferait au cardinal de ce nom une pension de dix mille ducats sur l’évéché de Tolède, et qu'il assignerait la même valeur en fonds de terre dans le royaume de Naples, à Alexandre, fils naturel de Laurent de Médicis.
Chièvres, en apprenant qu’un traité d’une si grande importance s'était conclu sans sa parti cipation, ne douta pas qu'il n'eût perdu sans retour l’ascendant qu’il avait conservé jusqu’alors sur l'esprit de son élève. Le chagrin qu'il en ressentit, joint à la mélancolie que lui donnait l’idée des calamités inévitables et multipliées qu’allait entrainer une guerre contre la France, avança, dit-on, le terme de ses jours 4,
* Guicciard., lib, xrv, P. 175. Mém. de du Bellay.
? Jovius, Vita Leonis, lib, 1v, p. 89.
5 Guicciard,, lib, xxv, p. 181, Mém. de du Bellay, p. 24. Dumont, Corps diplom., tom. IV, Supl., p 96.
“Belcar, Comment. de reb. gall., p.485.
Cette conjecture n’est peut-être qu'une imagination des historiens, qui aiment à prêter des causes extraordinaires à tout ce qui arrive aux personnages illustres, et qui vont jusqu’à attribuer leurs maladies et leur mort à l'effet des passions politiques, qui troublent plus souvent la paix de la vie qu’elles n’en abrègent la durée. Ce qu'il y a de sûr, c’est que la mort du gouverneur de Charles dans un moment si critique, détruisit tout espoir d'éviter une rupture ! avec la France. Charles vit sans regret un événement qui le délivrait d’un ministre dont l'autorité tenait son génie dans les fers; l'habitude de lui obéir depuis son enfance avec une déférence aveugle le tenait dans un état de minorité qui ne convenait plus ni à son rang ni à son âge; délivré de cette contrainte, les facultés natureïes de son âme prirent l'essor, et il déploya dans le conseil et dans l'exécution des talens qui surpastrentlesespérancesdeses contemporains?, et qui ont mérité l'admiration de la postérité. Tandis que le pape et l’empereur, conformément à la secrète alliance qu'ils venaient de former, se disposaient à attaquer Milan, les hostilités commencèrent dans une autre contrée. Les enfans de Jean d’Albret, roi de Navarre, avaient souvent demandé la restitution de leur patrimoine, en vertu du traité de Noyon; Charles avait toujours éludé leurs demandes sous divers prétextes : François se crut alors autorisé par ce même traité à secourir cette famille infortunée. Les circonstances paraissaient des plus favorables pour cette entreprise. Charles était éloigné de cette partie de ses états; les troupes qu'il avait coutume d'y entretenir en avaient été retirées pour apaiser les soulèvemens de l'Espagne; les mécontens de ce royaume sollicitaient vivement François de s'emparer de la Navarre à, où il trouverait un parti considérable qui n'attendait que son secours pour se déclarer en faveur des descendans de ses anciens rois. François, qui voulait éviter, autant qu'il était possible, d'offenser l'empereur ou le roi d'Angleterre, fit lever des troupes et commencer la guerre, non pas en son nom, mais au nom de Henri d’Albret, Le commandement des troupes fut donné à An.
? P. Heuter., Rer. austriac., lib, vus, c. 1, p. 17 2 P. Martyr, Ep., p. 735, 5 P Martyr, £p, p.721.
[1520] tre qu’une imagiiment à prèter des ce qui arrive aux vont jusqu’à attrimort à l'effet des blent plus souvent abrègent la durée.
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des plus favorarles était éloigné les troupes qu'il 1 avaient été retimens de l’Espaume sollicitaient de la Navarre, lérable qui n'ate déclarer en faciens rois. Franl'ilétait possible, d'Angleterre, fit la guerre, non Henri d’Albret, fut donné à An-