‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 32 sur 112 · SEE · texte numérisé non relu

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Le roi, Louise de Savoie sa mere, et Semblanay, surintendant des finances, lui promirent avec serment qu’il trouverait à son arrivée à Milan des remises pour la somme qu’il demandait : Lautrec partit sur cette promesse. Malheureusement pour la France, Louise, qui, avec un caractère perfide, vindicatif, avide et capable de tout sacrifier à ses passions , avait pris sur son fils un ascendant absolu par sa tendresse maternelle, par les soins qu’elle avait eus de son éducation et par ses grands talens, était bien résolue à ne pas tenir sa parole. Lautrec avait éncouru sa disgrâce par sa hauteur, par le peu de soin qu’il avait pris de lui faire sa cour, par la liberté avec laquelle il parlait de ses aventures galantes. Pour s’en venger, et le priver de l'honneur qu'il aurait pu acquérir en défendant avecsuccès le Milanais, cette princesse s'empara des trois cent mille écus destinés à cet objet, et les retint pour son propre usage.

Lautrec, quoique privé d’une ressource si nécessaire, trouva encore les moyens d’assembler une armée assez considérable , mais bien moins nombreuse que celle des alliés. Il adopta le plan de défense qui convenait le mieux à sa position, évitant avec le plus grand soin une bataille rangée, harcelant sans relâche les ennemis avec ses troupes légères, enlevant leurs quartiers, interceptant leurs convois, et couvrant ou secourant toutes les places qu'ils essayaient d'attaquer. Par cette conduite prudente, non-seulement il retarda les progrès des impériaux, il eut même

bientôt lassé le pape, qui jusqu'alors avait fait |

presque tous les frais de la guerre, et l'empereur même, dont les revenus d'Espagne avaient été dissipés pendant les troubles de ce royaume, et qui était obligé de fournir à l'entretien d’une grosse armée dans les Pays-Bas; mais un accident imprévu vint déranger toutes ses mesures et occasiona un changement fatal dans les affaires de la France. Il y avait dans l’armée fran- Çaise un corps de douze mille Suisses qui servaient sous les drapeaux de la république, alors alliée de la France. Suivant une loi établie par les cantons, et non moins conforme à la saine politique qu’à l'humanité, leurs soldats ne pouvaient pas s'engager, sous la sanction de l’autorité publique, au service de deux puissances actuellement en guerre. L'amour du gain avait quelquefois éludé cette loi, et l'on avait souffert

que des particuliers s’enrôlassent au service de celui des deux partis qu'ils aimaient le mieux ; ce n'était pas cependant sous les drapeaux de la république, mais seulement sous ceux de quelquesofficiers. Le cardinal de Sion , qui conservait toujours son crédit parmi ses concitoyens et sa haine contre la France, avait obtenu la permission de lever douze mille Suisses destinés à joindre l'armee des alliés. Les cantons, voyant un nombre si considérable de leurs soldats marcher sous les étendards de nations ennemies, et prêts à s’entre-détruire, sentirent la honte dont ils allaient se couvrir et la perte qu'ils s’exposaient à faire, Ils dépêchérent des courriers à leurs soldats avec ordre de quitter les deux armées et de revenir dans leur patrie. Le cardinal de Sion eut l'adresse de corrompre les messagers qui portaient l'ordre aux Suisses de l’armée alliée, et empècha par-là qu'il ne leur parvint ; mais cet ordre fut signifié daus les formes aux Suisses de l'armée française, qui, fatigués d’une longue campagne, et murmurant depuis longtemps de ne point recevoir leur paye, obéirent sur-le-champ, malgré les remontrances et les prières de Lautrec. Le général français, se voyant abandonné d’un corps qui faisait la principale force de son armée, n'osa plus tenir tête aux confédérés ; il regagna Milan, se campa sur les bords de l'Adda , et ne vit plus de ressource que celle d'empêcher l'ennemi de passer la rivière; mais ce moyen de défense est si faible et si incertain qu'il y a peu d'exemples qu'on l'ait employé avec succès contre un général habile et expérimenté, Aussi Colonne passa l'Adda avec très peu de perte, malgré toute ja vigilance et toute l'activité de Lautrec, qui fut obligé d'aller s’enfermer dans les murs de Milan. Les confédérés se disposèrent à assiéger cette place. Un inconnu, qui n’a jamais reparu depuis ni pour se vanter de ce service ni pour en réclamer le prix, vint de la ville avertir Moron que, si l'armée s'approchait des murs pendant la nuit, l4 faction gibeline ou des impériaux lui ouvrira’ une des portes. Colonne, quoique ennemi des entreprises téméraires, fit avancer le marqus# de Pescaire avec l'infanterie espagnole, et le suivit lui-même avec le reste de l'armée. A l’entrée de la nuit, Pescaire arriva près de la porte Romaine, dans les faubourgs, et surprit les soldats qui s’y trouvaient. Ceux qui étaient postés

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dans les fortifications voisines prirent aussitôt la fuite. Le marquis se saisit des postes à mesure qu’on les abandonnait, et marchant toujours en avant avec autant de précaution que de vigueur, il se trouva maître de la ville sans avoir versé beaucoup de sang et presque sans avoir trouvé de résistance. Les vainqueurs ne furent pas moins étonnés que les vaincus de la facilité et du succès de cette entreprise. Lautrec se retira précipitamment sur les terres de Venise ayec les débris de son armée; les villes du Milanais suivirent le sort de la capitale et se rendirent aux alliés. Parme et Plaisance se trouvèrent réunies aux états de l’église; et de toutes les conquêtes des Français dans la Lombardie, il ne leur resta que la ville de Crémone, le château de Milan et un petit nombre de forts peu considérables t, À la nouvelle de cette suite rapide d’événemens heureux, Léon éprouva des transports de juie si violens, s’il faut en croire les historiens français, qu'il en fut saisi d’une fièvre qui, étant négligée dans les commencemens , devint fatale et le conduisit au tombeau le 2 décembre , lorsqu'il était encore dans la vigueur de l'âge, et qu'il se voyait comblé de gloire. Cet accident inattendu rompit l'union des confédérés, et suspendit leurs opéations. Les cardinaux de Sion et de Médicis quittèrent l'armée pour se rendre au conclave ; les Suisses furent rappelés par leurs supérieurs, quelques autres troupes mercenaires se débandèrent faute d’être payées, et il ne resta, pour défendre le Milanais, que les Espagnols et quelques soldats allemands au service, de l'empereur. L'occasion était favorable pour Lautrec; mais se trouvant dépourvu d'hommes et d'argent, il n'était pas en état d'en tirer tout le parti qu'il aurait désiré. La vigilance de Moron et la bonne conduite de Colonne déconcertèrent quelques faibles tentatives qu'il fit sur le Milanais ; il tenta sur Parme une attaque plus hardie et pius vigoureuse, mais qui échoua aussi par l'adresse et la valeur de Guichardin 2.

La division était dans le conclave qui suivit la mort de Léon X ; on y mettait en œuvre tous les artifices que peuvent imaginer des hommes qui

! Guicciard., liy. xav, p. 190, etc. Mém. de du Bellay, p. 42, etc. Galeaci Capella, de Rebus gest. pro restitut. Franc. Sforciw, :omment. ap. Scardium, voi. H, pb. 180, ete,

* Guicciard., liv. x1y, p. 214,

ont vieilli dans l'intrigue , quand ils se disputent pour un objet aussi précieux qu’une tiare. À peine y fit-on mention du nom de Wolsey, malgré les belles promesses que lui avait faites l'empereur d'appuyer ses prétentions, et que le cardinal eut soin de lui rappeler dans cette occasion, Le cardinal Jules de Médicis, neveu de Léon, le plus distingué de tous les membres du sacré collége par ses talens, ses richesses et son expérience dans les négociations importantes, s'était déjà assuré jusqu'à quinze voix, nombre qui, suivant les formes du conclave , était suf, fisant pour exclure tout autre candidat, mais qui ne l'était pas pour consommer son élection. Tous les vieux cardinaux se liguèrent contre lui, sans s'unir en faveur de personne. Tandis que ces factions différentes s’efforçaient de se gagner, de se corrompre ou de se fatiguer mutuellement , un matin Médicis et ses adhérens allèrent au scrutin qui, suivant l'usage , avait lieu tous les jours , et votérent pour le cardinal Adrien d'Utrecht, qui , dans ce temps-là, gou-

vernait l'Espagne au nom de l’empereur. Leur

but , en lui donnant leurs suffrages, n'était que de gagner du temps ; mais le parti contraire s’étant aussitôt réuni à eux, ils virent , à leur grand étonnement et à celui de toute l’Europe, un étranger, inconnu à l'Italie et à ceux même qui lui avaient donné leurs voix, ignorant entièrement les mœurs du peuple et les intérêts de l'État dont on lui conférait le gouvernement, monter, par une élection unanime, sur le trône papal, dans Ja conjoncture la plus délicate et la plus critique , et qui aurait demandé toute la sagacité et toute l'expérience du plus habile prélat de tout le sacré collége. Les cardinaux , incapables eux-mêmes d'expliquer le motif de cet étrange choix qui, lorsqu'ils sortirent en procession du conclave, leur attira les insuites et les malédictions du peuple, l’attribuaient à l'inspiration immédiate du Saint-Esprit. Il est plus sûr de l’attribuer à l'influence de don Jean Manuel qui, par son adresse et ses intrigues, sut faciliter l'élection d'un sujet dévoué au service de son maître, par reconnaissance , par intérèt et par inclination f,

La promotion d’Adrien, en augmentant le

! Ger. Moringi, Pita Æadriani ap. Carp. Burman.

in Analect. de Hadr,, p. 52. Conclave Hadr., ibid, D, 141. rte,

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arp. Burman.

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crédit de Charles, répandit un nouvel éclat sur son administration. C'était donner une preuve extraordinaire de pouvoir et de magnificence que de procurer à son précepteur une si belle récompense , et de placer sur le trône de l'église un homme qui lui devait son élévation. François vit avec toute la jalousie d’un rival la supériorité que Charles gagnait sur lui, et résolut de faire de nouveaux efforts pour lui arracher ses

dernières conquêtes en Italie. Les Suisses, pour.

réparer en quelque sorte l'espèce d’affront qu'ils avaient fait au roi de France en retirant leurs troupes de son armée, démarche qui avait entraîné la perte du Milanais, lui permirent de lever dix milles hommes dans leurs pays ; outre ce renfort, Lautrec reçut du roi une petite somme d'argent qui le mit en état de tenir la campagne; et après avoir surpris ou emporté de vive force plusieurs places du Milanais, il s’avança à quelques milles de la capitale. L'armée desalliés n’était pas en état d'arrêter ses progrès; Moron, par ses artifices et par les déclamations populaires d’un moine fanatique qu'il dirigeait, réussit à inspirer aux habitans de Milan le zèle le plus violent contre le gouvernement français, au point de les déterminer à fournir des subsides extraordinaires; mais malgré ce secours, Colonne eût été bientôt forcé d'abandonner le poste avantageux qu'il avait choisi près de Bicoque pour y établir son camp, et de congédier ses troupes faute d'argent, si les Suisses qui étaient au service de France ne l’eussent une seconde fois tiré d'embarras.

L’insolence et les caprices de cette nation furent souvent aussi funestes à ses amis que sa valeur et sa discipline étaient formidables à ses ennemis. Îl y avait plusieurs mois que les Suisses servaient sans recevoir de paye, et ils commençaient à s'en plaindre hautement. On avait envoyé de France, sous une escorte de cavalerie, une somme destinée pour cet usage; mais Moron, à la vigilance duquel rien n’échappait, avait posté des troupes sur la route de ce convoi si avantageusement, que les cavaliers qui l’escortaient n'osèrent avancer. Les Suisses, en apprenant cette nouvelle, perdirent patience; efficiers et soldats, tous s’attroupèrent autour de Lautree, et le menacérent d'une commune voix

de se retirer dans l'instant même s’il ne voulait |

ou avancer la solde qui leur était due, ou leur

promettre de les mener au combat le lendemain, En vain Lautrec leur représenta d'un côté l'im. possibilité où il était de leur faire des avances , de l’autre, le danger de donner une bataille qui serait infailliblement suivie d'une déroute to. tale, attendu la force du camp ennemi que la nature et l’art avaient rendu presque inaccessible. Les Suisses, sourds à la voix de la raison , et persuadés que leur valeur suffisait pour surmonter tous les obstacles, renouvelèrent leurs demandes d'un ton plus pressant , et s’offrirent de former eux-mêmes l'avant-garde, et de commencer l'attaque. Lautrec, voyant qu'il ne pouvait vaincre leur obstination, se rendit à leurs instances, espérant que peut-être un de ces accidens imprévus qui décident souvent du sort des eombats pourrait couronner cette entreprise téméraire par un succès qu’il n'avait pas lieu d'attendre; il sentait d'ailleurs qu'une défaite ne pouvait guère lui être plus fatale que la retraite d’un corps qui composait la moitié de son armée Le lendemain, les Suisses, au matin, étaient les premiers sur le champ de bataille, et marchèrent avec la plus grande intrépidité au camp d’un ennemi qui était retranché de toutes parts, environné d'artillerie et bien disposé à les recevoir. Dans leur marche, ils soutinrent,

avec la plus grande fermeté, une canonnade fu-

rieuse , et sans attendre l’arrivée de leur propre artillerie, ils se précipitèrent avec impétuosité sur les retranchemens ; mais après avoir fait des efforts incroyables de valeur, vigoureusement secondés par les Français, ils perdirent leurs plus braves officiers et leurs meilleures troupes. Voyant qu'ils ne pouvaient entamer le camp des ennemis , ils battirent la retraite; mais ils quittèrent le champ de bataille, repoussés et non pas vaincus, et se retirèrent dans le plus bel ordre sans être inquiétés par l'ennemi.

Dès le jour suivant, ceux des Suisses qui avaient survécu à cette journée partirent pour leur pays; et Lautrec, hors d'état de tenir plus long-temps la campagne, revint en France après avoir jeté des garnisons dans Crémone et dans quelques autres places qui toutes furent bientôt obligés de se rendre à Colonne, à l’exception de la citadelle de Crémone.

Cependant Gènes et son territoire, qui restaient soumis à la France, donnaient encore à François un établissement considérable en Italie,

et le mettaient à portée d'exécuter facilement les plans qu’il pourrait former pour reconquérir le Milanais; mais Colonne, enhardi par cette suite de succès, excité d’ailleurs par les sollicitations de la faction des Adornes, les ennemis héréditaires des Frégoses, qui, sous la protection de la France, avaient la principale autorité dans Gênes, se détermina à tenter la réduction de cet état, et il en vint à bout avec une facilité surprenante. Un événement aussi inespéré que celui qui l'avait mis en possession de Milan, le rendit maitre de Gênes, et le pouvoir des Adornes, ainsi que l'autorité de l'empereur, s'établit dans Gènes presque sans opposition et sans effusion de sang !.

Cet enchainement d'événemens malheureux ne pouvait manquer de porter dans l'âme de François un sentiment douloureux , qu'aigrit encore l’arrivée imprévue d’un héraut anglais, qui vint au nom de son souverain déclarer en forme la guerre à la France. Cette déclaration de guerre était l'effet du traité que Wolsey avait conclu à Bruges avec l'empereur, et qu'on avait tenu secret jusqu'alors. Quoique François eût lieu d’être surpris de cette démarche, après toutes les peines qu'il s'était données pour conserver l'amitié de Henri et pour gagner son ministre, il reçut le héraut avec beaucoup de modération et de dignité 2; et sans renoncer à aucun des projets qu'il avait formés contre l'empereur, il fit de grands préparatifs pour se défendre contre ce nouvel ennemi. Comme son trésor était épuisé par les efforts qu’il avait déjà faits, et par les sommes considérables qu'il sacrifiait à ses plaisirs, il eut recours à des expédien$ extraordinaires pour y suppléer. Il créa de nouveaux offices , et les mit en vente : les domaines royaux furent aliénés ; on enleva au tombeau de saint Martin une balustrade d'argent massif, dont Louis XI, dans un de ses accès de dévotion, l'avait fait environner. Au moyen de ces ressources, le roi fut en état de lever une armée considérable , et de mettre ses villes frontières en bon état de défense.

L'empereur, de son côté, ne négligea rien pour tirer avantage de la jonction d’un si puissant allié ; et l'heureuse situation de ses affaires

? Jovius, Fila r'erdin, Davali, pag. 344. Guicciard lib. xiv, p. 233.

2 Journal de Louise de Savoie, p. 199,

lui permettant alors de partir pour l'Espagne, où sa présence était nécessaire, il voulut dans sa route faire une visite à la cour d'Angleterre. Il ne proposait pas seulement, dans cette entrevue, de resserrer les liens de l'amitié qui l’unissait à Henri, et de l’engager à pousser vigoureusement la guerre contre la France, il espérait encore faire oublier à Wolsey le dégoût et le ressentiment qu'aurait pu lui laisser la mortification qu'il avait essuyée au dernier conclave. Son succès passa toutes ses espérances : Henri s dont la vanité fut flattée d'une pareille visite et du respect étudié que l'empereur lui marqua en toute occasion, entra avec chaleur dans toutes ses vues. Le cardinal, prévoyant que l'âge avancé et les infirmités d'Adrien ne tarderaient pas à produire une nouvelle vacance du saint siége, oublia ou dissimula son ressentiment ; Charles, d'ailleurs, augmenta les pensions qu'il

lui faisait, et lui promit de nouveau d'appuyer

ses prétentions à la papauté; Wolsey chercha à mériter ses bienfaits par de nouveaux services ,et assurer d'avance le succès de ses vües ambitieuses. La natiou anglaise, qui partageaïit la gloire de son nionarque, et qui fut ravie de la confiance que l'empereur lui marqua en choisissant le comte de Surrey pour son premier amiral, ne montra pas moins d'ardeur que Henri lui-même Pour commencer les hostilités contre la France.

Afin de donner à Charles, avant son départ d'Angleterre, une preuve de ce zèle universel, Surrey se mit en mer avec ce qu'il avait de vaisseaux en état et ravagea les côtes de Normandie. Il fit ensuite une descente en Bretagne où il pilla et brûla Morlaix et quelques autres places moins considérables. Après ces petites excursions plus humiliantes que ruineuses pour la France, Surrey revint à Calais prendre le commandement de la principale armée, qui consistait en seize mille hommes, et s'étant joint aux troupes flamandes que commandait le comte de Buren, ilentra en Picardie. L'armée que François avait assemblée était bien inférieure en nombre à tous ces corps réunis; mais les longues guerres que les deux nations s'étaient faites avaient enfin enseigné aux Français la meilleure méthode de défendre leur pays contre les Anglais. Ils avaient appris par leurs malheurs à éviter avec le plus grand soin les batailles rangées, à trainer la guerre en lon-

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gueur, et à ruiner en détail les armées anglaises, soit en jetant des garnisons dans toutes les places qui pouvaient résister , soit en observant les mouvemens des ennemis, Soit en interceptant leurs convois, soit en attaquant leurs postes avancés, et en les harcelant continuellement avec une nombreuse cavalerie, Tel fut le plan que le duc de Vendôme, général de l’armée française en Picardie, suivit avec autant de prudence que de succès. Surrey, sans avoir pu prendre aucune ville importante, fut obligé de se retirer avec son armée, considérablement diminuée par la fatigue, par le défaut de vivres et par les pertes qu’elle avait essuyées dans plusieurs escarmouches malheureuses.

Ainsi finit la seconde campagne de la guerre la plus générale qui eût encore été allumée dans l'Europe. Quoique François, par le ressentiment déplacé de sa mère, par l'insolence révoltante

- de son généralset par le caprice des troupes

étrangères qu'il soudoyait, eût perdu toutes ses conquêtes d'Italie, toutes les puissances combinées contre lui n'avaient cependant pu entamer ses états héréditaires; et de quelque côté qu'ils portassent leurs vues ou leurs attaques, ils le trouvaient toujours disposé à les recevoir.

Tandis que les princes chrétiens consumaient leurs forces les uns contre les autres, Solimanle-Magnifique entra en Hongrie avec une nombreuse armée , investit Belgrade, qui avait toujours passé pour le plus fort boulevart de ce royaume contre [es armes ottomanes, et força bientôt les assiégés de se rendre. Encouragé par ce succès, il tourna ses armes victorieuses contre l’île de Rhodes, où étaient alors établis les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Il attaqua cette Île avec une de ces armées nombreuses qu’on a vu de tout temps les despotes de l'Asie rassembler pour leurs expéditions. Deux cent mille hommes et une flotte de quatre cents voiles vinrent se présenter devant une ville où il n'y avait que cinq mille soldats et six cents chevalièrs commandés par Villiers de l'Ile - Adam, alors grand-maître, qui était digne par sa prudence et par sa valeur d'occuper ce poste dans une circonstance si périlleuse, Dès qu’il soup-

Çonna la destination de l'armement formidable de Soliman , il dépécha des courriers à toutes les puissances chrétiennes pour leur demander du secours contre l'ennemi commun. Mais quoique dans ce temps-là tous les princes de l'Europe re. connussent Rhodes pour le boulevart de Ja chrétienté dans l'Orient , et la bravoure de ses chevaliers pour le rempart le plus puissant qu’on pût opposer aux progrès des armes ottomanes; quoique Adrien, avec tout le zèle qui convenait au chef et au père de l'église, exhortt vivement les puissances belligérantes à oublier leurs querelles particulières et à réunir leurs armes pour empêcher les infidèles de détruire un ordre qui faisait la gloire du nom chrétien; l’animosité des deux partis était si grande et si implacable, que, sans faire attention au danger où l'Europe allait être exposée, sans être touchés des prières du grand-maitre et des avis du pape, ils laissèrent Soliman continuer sans trouble ses opérations contre l'ile de Rhodes. Après des prodiges incroyables de valeur, de patience et de conduite , pendant six mois de siége; après avoir soutenu plusieurs assauts, disputé chaque poste l’un après l’autre avec une obstination extraordinaire, le grandmaitre fut enfin obligé de céder au nombre, et après avuir obtenu du sultan, qui admira et respecta son Courage, une capitulation honorable, il rendit la ville, qui n'était plus qu'un amas de ruines, dépourvue de toute espèce de ressource !, Charles et François, lionteux d'avoir causé une si grande perte à la chrétienté par les querelles de leur ambition, s’efforçcaient d'en rejeter le blâme lun sur l'autre; mais l'Europe, plus juste, le leur fit partager à tous deux. L'empereur, par forme de réparation , fit don aux chevaliers de Saint-Jean de la petite ile de Malte, où ils ont fixé depuis leur résidence , etoù, avec moins de puissance et d'éclat, ils conservent encore leur antique courage et leur haine implacable contre les infidèles.

1 Fontanus, de Bello rhodio, apud Scardium , scriptor. rer. germ., vol. 11, p. 88, etc. Le P. Barre, Hist. d’Allem., tom. VU, p. 57

3 Sandov., p. 77.

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