PROS
dré de Foix de Lesparre, jeune homme sans talens et sans expérience, et qui n'avait de titre pour obtenir cette distinction importante que d’être allié de fort près au prince détrôné pour lequel il allait combattre, et surtout d’être frère de la comtesse de Châteaubriand, la maîtresse favorite de François. Comme il ne trouva point d'armée en campagne qui pût l'arrêter, il se rendit maître en peu de jours de tout le royaume de Navarre, sans trouver dans sa marche d'autre obstacle que la citadelle de Pampelune. Les nouveaux ouvrages que Ximenès avait fait commencer pour fortifier cette citadelle, n'avaient pas été achevés, et la faible résistance qu'elle fit ne mériterait pas d'être remarquée dans l’histoire, si Ignace de Loyola, gentilhomme biscaïen, n'y avait pas été dangereusement blessé. Dans le cours d'un long traitement, Loyola ne trouva, pour charmer son ennui, d'autre amusement que la lecture des vies des saints : l'impression que cette lecture fit sur son esprit naturellement porté à l'enthousiasme , et en même temps ambitieux et entreprenant, lui inspira un violent désir d'égaler la gloire des héros fabuleux de l'église romaine ; il se jeta dans les aventures les plus extravagantes et les plus bizarres, qui aboutirent enfin à l'institution de la société des Jésuites, celui de tous les ordres monast; ques qui a été le plus politique et le mieux gouverné, et qui a fait le plus de bien et de mal au genre humain.
Si, après la réduction de Pampelune, Lesparre s'était contenté de prendre les précautions convenables pour assurer sa conquête, le royaume de Navarre aurait pu rester en effet réuni à la couronne de France; mais emporté par l’ardeur de la jeunesse, et encouragé par François que les succès éblouissaient trop aisément, il se hasarda à passer les limites de la Navarre, et alla mettre le siége devant Logrogno, petite ville de Castille, Jusque-là les Castillans avaient vu les progrès rapides de ses armes avec la plus grande indifférence; mais leur propre danger les fit sortir de cet état d'indolence, et les dissensions de l'Espagne étant presque entièrement assoupies, les deux partis se réunirent pour défendre à l'envi leur patrie; les uns afin d'effacer par des services actuels la mémoire de leurs fautes passées, les autres pour ajouter
à la gloire d'avoir réduit les sujets rebelles de
l'empereur, celle de repousser les ennemis étrangers. L'arrivée subite des troupes espagnoles, jointe à la vigoureuse défense que firent les habitans de Logrogno, força le général fran- Gais d'abandonner sa téméraire entreprise. L’armée espagnole, qui grossissait tous les jours, le harcela € ,as sa retraite ; et par une autre imprudence, au lieu de se retirer sous l'abri du canon de Pampelune, ou d'attendre , pour livrer la bataille, la jonction des troupes qui marchaient à son secours, il attaqua les Espagnols, malgré la supériorité de leur nombre : il engagea l'action avec la plus grande impétuosité, mais avec si peu de prudence et de conduite, que son armée fut bientôt mise en déroute , et qu’il resta lui-même prisonnier avec ses principaux officiers. L'Espagne reprit la Navarre en moins de temps encore que les Français n’en avaient mis à s’en emparer !,
Tandis que François s’efforçait de justifier l'invasion de la Navarre, en la faisant passer sousle nom de Henri d’Albret, il avait recours à un artifice du même genre, pour attaquer d’un autre côté le territoire de l'empereur. Robert de La Marck, seigneur de Bouillon. domaine peu considérable, mais indépendant, situé sur les frontières du Luxembourg et de la Champagne, avait abandonné le service de Charles pour se
| venger d'un attentat prétendu du conseil aulique
contre sa juridiction, et s'était jeté dans les bras de la France. Dans la chaleur de son ressentiment, il se laissa aisément persuader d’envoyer un dhéraut à Worms pour y déclarer en forme la guerre à l'empereur. Une insolence si extravagante de la part d’un si petit prince surprit Charles, et ne lui permit pas de douter que le roi de France n’eût promis de puissans secours pour appuyer une telle entreprise, La vérité de cette conjecture se vérifia bientôt. Robert, à la tête d’un corps de troupes levé en France, de l'aveu secret du roi, quoiqu’en apparence contre ses ordres, entra dans le Luxembourg, et après avoir ravagé tout le plat pays , alla mettre le siége devant Vireton. Charles se plaignit hau-
tement de cette invasion comme d’une violation
ouverte de la paix qui subsistait entre les deux
Couronnes; et il somma Henri VIIL, en vertu d’un
traité conclu à Londres en 1518, de prendre les
! Mém,. de du Bellay, p. 1. P. Martyr. Ep, p.72.
armes contre le roi de France, commele pre- ! gueur, et obligea à la fin les impériaux de le
mier agresseur. François prétendit qu'il n'était pas responsable de la conduite de Robert. qui combattait en son propre nom:et pour sa pro-
pre querelle, et que c'était contre ses défenses:
expresses qu'on avait enrôlé quelques Français; mais Henri eut si peu d'égard à ce subterfuge, que le roi de France, pour ne pas irriter un prince qu'il espérait toujours.de gagner, envoya:ordre à Robert de La Marck de licencier ses tronpes t,
Cependant l'empereur assemblait une armée pour châtier l’insolence de Robert. Vingt mille hommes , commandés par le: comte de Nassau , fondirent sur son petit territoire, et dans l'espace de quelques jours se rendirent maitres de toutes ses places, à l'exception de Sédan. Nassau, après avoir fait si vivement sentir à ce prince tout le poids de l’indignation de son mai: tre, s’avança vers les frontières de la France, et Charles se croyant assez sûr de la préférence que lui donnait Henri , pour n'être pas arrêté
par les mêmes craintes qui avaient retenu Fran
çois, ordonna à son général d’assiéger Mouzon: La lâcheté de la garnison ayant forcé le gouverneur de se rendre , presque sans résistanee , Nassau investit Mézières, place qui n'était pas alors très forte, mais dont la situation:étæit si avantageuse, que sa possession ouvrait à l’armée impériale une entrée facile dans le cœur de la Champagne, où il ne restait presque plus de villes en état d'arrêter ses progrès. Heureusement pour la France, le roi qui connaissait l'importance de cette forteresse ct le danger dont elle était menacée, en avait confié la défense au chevalier Bayard, guerrier distingué parmi ses contemporains et connu sous le titre de chevalier sans peur et sans reproche?, Cet homme, dont la valeur extraordinaire dans les combats et lextrème délicatesse sur le point d'honneur et sur les lois de la galanterie présentent l'image la plus fidèle du caractère qu’on attribue aux héros de l'ancienne chevalerie, réunissait tous les talens qui forment un grand général, 1 eut plas d’une occasion de les déployer dans la défense de Mézières : en partie par sa valeur, en partie par sa prudence, il traîna le siége en lon-
! Mém. de du Bellay, p. 22, A. Mém. de Fleu.
ranges, p. 335, etc, + OŒuvres de Brantome, tom 6, p. 114.
lever honteusement, après y avoir perdu beaucoup de monde 1. François, à la tête d'une
| armée nombreuse, eut bientôt repris Mouzon ;
il entra dans les Pays-Bas , et il y fit plusieurs: conquêtes, mais de peu d'importance. Par un:
excès de précaution, faute qu'on n'eut pas souvent à lui reprocher, il perdit près de Valenciennes l’occasion favorable de couper la retraite à l'armée impériale; et ce qui fut d'une plus grande conséquence encore, il dégoûta de son service lecommétable de Bourbon, en donnant au duc d'Alençon: le commandement de l'avantgarde, quoique ce poste: d'honneur appartint à Bourbon comme une prérogative de sa charge.
Pendant les opérations de cette campagne, il se tenait un congrès à Calais, sous la médiation de Henri VE, pour terminer à l'amiable tousles différens, Siles intentions du médiateur eussent: répondu à ses protestations , les conférences n'auraient pu manquer de produire un bon effet; mais Henri avait chargé Wolsey de toute la conduite de cette’ négociation; et ce choix suffisait seul pour la faire échouer, Wolsey, tonjours occupé du projet d'obtenir la tiare, le grand objet de son ambition, était prêt à tout sacrifier pour s'assurer la faveur de l'empereur ; et il prenait si peu de soin pour cacher sa partialité, que François aurait refusé sa médiation s’il n'avait pas craint d'irriter le caractère impérieux et vindicatif de ce ministre, On employa beaucoup de temps à déterminer lequel des deux rivaux avait commencé les hostilités ; Wolsey affectait de représenter cet article comme le point principal, et en faisant regarder François comme l'agresseur , il espérait de justifier, par le traité de Londres, toutes les alliances que pourrait faire son maitre avec Charles, On examina ensuite à quelles conditions on pourrait finir les hostilités; mais les propositions de l'empereur à cet égard firent bien voir ou qu'il avait le plus grand éloignement pour la paix. ou qu'il savait que Wolsey approuverait tout ce qui serait proposé en son nom, Il demandait la restitution du duché de Bourgogne, province dont la possession lui aurait ouvert l'entrée dans le centre de la France; et il voulait être dispensé de l'hommage dû à la couronne de
1 Mém. de du Bellay, p. 25, etc.
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prouverait tout n. Il demandait ogne, province ouvert l’entrée il voulait être à couronne de
France pour lés comtés de Flandre et d'Artois, hommage que n'avait jamais refusé aucun dé ses añcètres, et qu’il s'était engagé lüi-même à rénouveler par le traité de Noyon.
François réjeta avec dédain ces propositions, que tout prince fier et généreux aurait eu de la peine à accepter, même après une guerre rnalheureuse. Charles, de son côté, ne montra pas plus de disposition à satisfaire le roi de France sur la restitution de la Navarre à son prince légitime et sur le rappel des troupes impériales du siége de Tournay, propositions cependant plus raisonnables et plus modérées que les premières. Ainsi le congrès se termina sans avoir produit d'autre effet que celui qui suit ordinairement uñe négociation sans succès, d’aigrir les parties qu’il dévait conrilier {.
Pendant ladurev es conférences, Wolsey, sous prétexte que l'empereur pourrait être plus d s: posé que ses ministres à consentir à des conditions raisonnables, se rendit à Bruges pour ÿ voir ce monarque. Charles, qui connaissait sà vanité, le reçut avec le même appareil et les mêmes égards que si c'eût été le roi d'Angleterre; mais au lieu dé faire servir cette entrevue à l'avancement du traité de paix, Wolsey, au nom de son maître , conclut une ligue contre François : les articles étaient que Charles attaquerait la France du côté de l'Espagne, et Henri du côté de la Picardie, chacun avec une armée
dequarante mille hommes, et que pour cimenter
leur unioh Charles épouserait la princesse Marie, fille unique de Henri et l’héritière présomptive de ses états 2, Henri né put donner d'autres raisons de cette ligue, égalément injaste en elle-même et contraire à ses intérêts politiques, qu'un article du traité de Londres, par lequel il se prétendait obligé À prendre lés armes conte le roi de France, comme le premier agresseur, et l'injure qu'il disait qué lui avait faité le roi de France, en souffrant quélé duc d’Albanie, chef d'un parti en Écosse, opposé à ses intérêts, retournât dans ce royaume, Mais il avait été déterminé par d’autres considérations ; les avantages que ses sujets retireraient d'une parfaite neutralité, l'honneur qui lui reviendrait à luimême de rester l'arbitre de deux princes riva ux,
1 P. Martyr., Ep., p. 739. Herbert 3 Rymer, Fædera, XIII, Herbert.
la douceur et l'équité de son gouvernement , et
paraissaient des motifs bien faiblés à lindgination de ce jeune monarque, en comparaison dé la gloire que Charles ét François gagnaient À commander des armées ou à conquérir des pro
vinces, et il ne püt se résoudre à rester plus
long-temps dans l'inaction, Cette résolution étant une fois prisé, plusieurs raisons de préférer l'alliance de Charles s'offraient d'éllesmêmes. Îl n'avait de prétentions sur aucune partie des états de ce prince, qui pour là plupart étaient sitüés de manière qu'il ne pouväit les attaquer sans beaucoup de difficultés et de désavantage, au lieu que la plüpart dés provinces maritimes de France avaient été longtemps en la possession des rois d'Angleterre, qui n'avaient pas même encore renoncé à leurs prétentions $ur la couronné de ce royaume ; il était d'ailléurs toujours maître de Calais qui lui facilitait l'éntrée de quélques-unes de ces provinces, ét lui prométtait une retraite sûre en cas de revers. Tandis que Charles attaquerait une dés frontièrés de la France, Henri se flat- ‘ait dé trouver à l'autre très peu de résistance, et croyait que la gloire de réunir de nouveau à la couronne d'Angleterre l’ancien patrimoine fue possédaient ses prédécesseurs dans le con: tineñt, était réservé à son règne. Wolsey encourageait encore ses espérances chimériques et employait toute son adresse à faire adopter à son maitre lés Vues qui secondaient le mieux ses desseins secrets; et lés Aoglais, dont l’animosité héréditaire contre les Français était toujours prèté à se réveiller à la première occasion, étaient bien éloignés dé désapprouver les inclinations guerrières de leur souverain.
Cependant la ligue formée entre le pape et l'empereu produisait de grands événemens en Italie, et avait fait de la Lombardie le principal théâtre de la guerre. Il y avait alors tant d'opposition entre le caractère des Français et celui des Italiens, qu'il n’est point de domination étrangère pour laquelle les Italiens aient marqué tant dé répugnance et d'aversion que pour la domination française. Le phlegme allemand et la gravité espagnole s'alliaient beaucoup mieux avec le caractère jaloux et les manières cérémonieuses des Italiens, que la gaîté française, trop portée à la galanterie et trop peu attentive aux bienséances, Louis XIT cependant, par
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parles priviléges qu'il avait accordés au Milanais, priviléges beaucoup plus étendus que ceux dont il jouissait sous ses princes naturels, était venu à bout d’affaiblir sensiblement leurs préventions et de les réconcilier avec le gouvernement français; mais François, en recouvrant ce duché, ne suivit point l'exemple de son prédécesseur ; ce n'était pas qu'il ne fût lui-même trop généreux pour opprimer son peuple ; mais l'extrême confiance qu'il avait dans ses favoris, et son peu d'attention à la conduite de ceux à qui il remettait l’exercice de son aütorité, les enhardirent à risquer plusieurs actes d'oppression.
Il avait donné le gouvernement de Milan à Odet de Foix, maréchal de Lautrec, frère de madame de Châteaubriand, officier d'une grande expérience et d'une réputation distinguée, mais hautain, impérieux, avide, incapable d'écouter un conseil et de souffrir la contradiction. Son insolence et ses exactions aliénèrent entièrement le cœur des Milanais : il avait banni plusieurs des principaux citoyens, et forcé les autres à s’exiler eux-mêmes pour leur propre sûreté. Du nombre de ces derniers était Jérôme Moron ; vice-chancelier de Milan, célèbre par son génie pour l'intrigue et les projets, dans un siècle et dans un pays où les factions et les révolutions fréquentes faisaient naître ou fécondaient les talens de ce genre, par les occasions multipliées d'en faire usage. Moron s'était retiré chez François Sforce, dont il avait trahi le frère, Maximilien; et devinant que le pape avait intention d'attaquer le Milanais, quoique le traité fait à cette occasion avec l'empereur n'eût pas encore été rendu public, il lui proposa, au nom de Sforce, un plan pour surprendre plusieurs places de ce duché avec le secours des bannis, qui, par leur haine contre les Français et leur attachement à leurs premiers maitres, étaient prêts à se porter aux entreprises les plus désespérées. Léon ne se contenta pas d'encourager ce projet, il avança une somme considérable pour le mettre en exécution; mais des accidens imprévus l'ayant fait échouer, il permit aux exilés, qui s'étaient rassemblés en corps, de se retirer dans Reggio, ville qui appartenait pour lors à l’église. Le maréchal de Foix, qui commandait à Milan en l'absence de son frère, séduit par l'espérance d'envelopper comme dans un filet {ous les ennemis déclarés que son maître avait
dans ce duché, se hasarda à entrer sur le terrk toire de l’église, et alla investir Reggio, Mais la vigilance et la bonne conduite de Guichardin, l'historien célèbre, qui était gouverneur de cette place, obligèrent le général français d'abandonner son entreprise d'une manière peu honorable. Léon fut charmé de cette nouvelle, qui lui fournissait un prétexte décent de rompre avec la France. Il assembla sur-le-champ le consistoire des cardinaux, se plaignit amèrement des hostilités du roi de France, vanta beaucoup le zèle que l'empereur montrait pour l'église et dont il venait de donner une preuve récente et signalée dans la conduite qu'il avait tenue contre Luther, déclara que la nécessité de sa propre défense le
forçait à joindre ses armes à celles de Charles, :
et que C'était le seul moyen de pourvoir à la sûreté des états ecclésiastiques. Dans cette vueil feignit de conclure alors avec don Jean Manuel le même traité qui était signé depuis plusieurs mois, et il excommunia publiquement de Foix, comme un usurpateur impie du patrimoine de saint Pierre.
Léon avait déjà commencé les préparatifs de guerre, en prenant à sa solde un corps considérable de Suisses: inais les troupes impériales étaient si lentes à venir de Naples et de l’Allemagne, qu'on était déjà à la moitié de l'automne avant qu'elles se fussent mises en campagne.
Elles étaient commandées par Prosper Colonne, le plus habile des généraux italiens : sa longue expérience et sa prudence extrême le rendaient l'homme le plus propre à opposer à l’impétuosité française, Dans l'intervalle, de Foix dépêcha au roi de France courrier sur courrier pour l’informer du danger qui le menaçait. François qui avait une partie de ses troupes occupées dans les Pays-Bas, qui assemblait l'autre sur les frontières d'Espagne, et qui ne s'attendait pas à une attaque si subite en Italie, envoya des ambassadeurs aux Suisses, ses alliés, pour leur demander un nouveau corps de troupes, et donna ordre à Lautrec de se rendre sur-le-champ à son gouvernement. Ce général, qui connaissait la négligence et le défaut d'économie qu’ y avait dans l'administration des finances du roi, ayant vu d’ailleurs combien les troupes avaient déjà souffert dans le Milanaîs faute de paye, refusa de partir si on ne lui faisait remettre surle-champ une somme de trois cent mille écus,