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cause. Après avoir délivré la ville de Ségovie, il marcha droit à Tordesillas, où résidait la malheureuse Jeanne depuis la mort de son époux; el, secondé par les habitans, il fut introduit dans la ville et se rendit maître de la personne de la reine, pour la sûreté de laquelle Adrien avait négligé de prendre les précautions convenables f, Padilla alla sur-le-champ lui rendre visite, et, l'abordant avec le profond respect qu’elle exigeait du petit nombre de personnes qu’elle dainait admettre en sa présence, il lui fit un récit détaillé de l'état misérable où ses sujets castillans étaient réduits sous le gouvernement de son fils, qui, n'ayant encore aucune expérience, permettait à des ministres étrangers de les traiter avec tant de rigueur, qu'ils avaient été enfin obligés de prendre les armes pour défendre les
libertés de leur pays. La reine, paraissant se ré- |
veiller d’une longue léthargie, marqua le plus grand étonnement à ce récit, et dit à Padilla que, n'ayant encore rien appris ni de la mort de son père ni de ce que souffrait son peuple, on ne pouvait lui faire aucun reproche; mais qu'elle allait désormais s'occuper du soin de remédier à tous les maux : «EL vous, ajouta-t-elle, songez à faire tout ce qui est nécessaire pour le bien général, » Padilla, trop prompt à croire ce qui favorisait ses désirs, prit ce faible intervalle de bon sens pour le retour parfait de sa raison , et instruisant la ligue de ce qui venait d'arriver, leur conseilla de venir s'établir à Tordesillas et de tenir leurs assemblées dans cette ville. Les députés s’y rendirent aussitôt : Jeanne reçut favorablement une requête que lui adressa la ligue, pour la conjurer de prendre les rènes du gouvernement , et, pour marque de son acquiescement, elleadmit les députés à lui baiser la main ; elle assista même au tournoi qui se fit à cette occasion , et parut prendre beaucoup de plaisir à ces cérémonies, où, pour lui plaire, l’on eut soin de déployer la plus grande magnificence ; ais elle retomba bientôt dans son premier état de sombre mélancolie, et, quelques raisons, quelques prières qu'on employat ensuite, on ne put jamais obtenir d’elle aucune signature pour l'expédition des affaires 2,
La ligue prit soin de cacher cette circonstance
! Vita dell’ imper. Cart. F, dall, Alf. Ulloa. Ven, 1509, p. 67. Miniana, Continuat., p. 17,
* Sandov., p. 164. P, Mart. Ep., pb. 685, 686.
avec la plus grande précaution, et continua ses délibérations au nom de la reine : les Castillans, qui idolâtraient encore la mémoire d'Isabelle, avaient conservé le plus grand attachement pour. sa fille; dès que le peuple apprit qu'elle venait de consentir à prendre les rênes du gouvernement, il fit éclater la joie la plus universelle et la plus immodérée ; et croyant que sa santé était parfaitement rétablie, il attribua cet événement à l'intervention miraculeuse du ciel, qui voulait affranchir leur pays de l'oppression des étrangers. La ligue, frappée elle-même du degré de réputation et de puissance qu'elle avait acquis en paraissant agir au nom de l'autorité royale, ne se contenta plus de requérir Adrien de résigner son office de régent , elle envoya Padilla à Valladolid, avec un détachement assez nombreux, pour se saisir de tous les membres du conseil qui se trouveraient encore dans la ville, les amener à Tordesillas, et apporter avec lui les sceaux du royaume, les archives publiques et les registres du trésor. Padilla fut reçu par les habitans comme le libérateur de sa patrie, et exécuta ponctuellement sa commission; il permit cependant à Adrien de demeurer à Valladolid, mais seulement comme tout autre particulier , et sans aucun pouvoir !.
L'empereur recevait en Flandre , où il était alors, de fréquentes nouvelles de tout ce qui se passait en Espagne ; il sentit toute l'imprudence que ses ministres avaient commise en méprisant trop long-temps les murmures et les plaintes des Gastillans ; il voyait avec la plus grande inquiétude un royaume, le plus précieux de tous ceux qu’il possédait, celui dans lequel résidaient la force et le principe de sa puissance , prêt à méconnaître son autorité , et sur le point de se plonger dans toutes les horreurs d'une guerre civile. Sa présence eût pu prévenir cette calamité; mais il ne pouvait alors retourner en Espagne sans s'exposer à perdre la couronne impériale, et sans laisser au roi de France le loisir d'exécuter ses projets ambitieux. Il ne lui restait qu’à choisir entre deux partis, ou de ramener les mécontens pa: les voies de douceur et par des concessions , ou de se préparer sur-le-champ à les réduire par la force, Après y avoir réfléchi, il résolut de tenter
t Sandov., p. 194. P Mart.. Ep., p 791.
d'abord le premier moyen, et de se disposer en même temps, s’il était sans effet , à recourir À l'autre. En conséquence il adressa des lettres circulaires à toutes les villes de la Castille, les exhortant, dans les termes les plus doux avec l'assurance d'un pardon général, à mettre bas les armes, promettant de ne point exiger des villes qui lui étaient restées fidèles le subside arrêté dans la dernièré assemblée des états, ét offrant la même exemption à celles qui rentreraient dans le devoit' il s'engageait encoré à ne conférer désormais aucun office qu'aux Castillans, En même temps, il écrivit aux nobles, pour les exciter à défendre avec vigueur leurs droits et ceux de la couronne contre les prétentions exorbitantes des communes. H nomma régens du royaume, conjointement avec Adrien, le grand amiral , don Fadrique Henriquez, et lé grand connétable de Castille, don Inigo de Velasco, deux gentilshomimes qui joignaient à beau coup de mérite un très grand crédit ; il leur donna des instructions et un plein pouvoir pour les autoriser, au cas que l'obstination des rebelles les y forçät, à prendre les armes pour soutenir l'autorité royale t,
Les concessions qu'il était disposé à faire auraient pu satisfaire entièrement le peuple dans le temps qu'il partit d'Espagne , mais alors elles venaient trop tard pour produire aucun effet. La ligue, se reposant sur l'unanimité aveclaquelle toute la nation avait reconnu son auto: rité, enflée par lés succès qui avaient jusque-là couronné ses éntréprises, et ne voyant point autour d'elle de force militaire en état de s’opposer à ses desseins, voulait une réforme plus étendue des abus du gouvernement, Elle s'oc- Cüpa quelque temps à préparer une remontranice qui contenait une longue énumération, nonseulement des griefs dont elle désirait le redressement, mais encore de tous les règlemens nouveaux qu'elle jugeait nécessaires pour assurer les priviléges des communes. Cetté remontrance, qui est divisée en plusieurs articles relatifs aux différens membres dont le gouvernement était composé , et aux différens départemens de l'administration, nous instruit des intentions de laligue d'une maniere bien plus préciseet bien plus authentique queles témoignages
TP. Heuter., Rer, aust., lib, VIH, Chap, vi, p, 188,
| déshistoriens espagnols plus modernes , lesquels vivaient datis un temps où ilétait d'usagé et: même indispensable de peindre là conduite des mécontens sous le point de vue le plus odieuxet de prêter à leurs démarchés les motifs les plus cotipables. Après un long préambule sur les nombreuses calamités qui affligeaient la nation, et Sur les vices ét la corruption du gonvernement, auxquels on attribuait tous ces maux, on y fait remarquer la patience exémplaire avec laquelle le peuple les à endurés, jusqu’à ce qu'enfin l'intérêt de sa propre conservation et la considération de ce qu'on doit à la patrie l'aient obligé dé s'assembler afin de pourvoir d'une manière lépale à sa propre sûreté et à celle de la constitution. En conséquence on demandait qu'il plût au roi de revenir däns son royaume d'Espagne, et d'y fixer sa résidence, à l'exemple des rois ses prédécesseurs; qu'il ne püt se marier sans le consentement des états ; que, dans le Cas où il serait obligé de quitter le royaume, il s'engageât à n'en jamais donner la régence à un étranger; que la nomination du cardinal Adrien à cet office füt sur-le-champ déclarée nulle; quelle roi, à son retour, n'amenät avec lui ni Flamands ni d'autres étrangers; qu'on n'introduisit jamais de troupes étrangères dans le royaume sous quelque prétexte que ce fût; qu'il n'y eût que les sujets naturels qui pussent posséder les charges et les bénéfices dans l'état et dans l'église ; qu’on n’accordât à aucun étran. ger des lettres de naturalisation : qu'on ne donnât plus aux troupes de logemens gratuits, et que la maison du roi ne fût logée que pendant l'espace de six jours, et seulement quand la cour voyagerait ; que toutes les taxes fussent rétablies sur le pied où elles étaient à la mort d'Isabelle ; qu'on rentrât dans toutes les aliénations des domaines ou revenus royaux qui s'étaient faites depuis la mort de cette princesse ; qu'on abolit tousles nouveauxoffices créés depuis cette époque; qu'on ne levât point en Galice le subside accordé parles derniers élats; qu'aux états qui se tiendraient par la suite chaque ville envoyät un représentant du clergé, un de la noblesse et un dutiers-état, éluschacun par léur ordre; quela cour ne gênât ni directement ni indirectement le choix de ces représentans ; qu'aucun membre des états ne pôt recevoir ni office ni pension du roi , soit pour lui, soit pour des per.
prive de le leurs mêm sécul en qu et qu que les th la nat tés.
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