‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 36 sur 112 · LIVR · texte numérisé non relu

LIVR

sonnes de sa famille, sous peine de mort et de ! un excès de zèle pour une cause

confiscation de ses biens; que chaque ville ou communauté payât à son représentant le salaire convenable pour son entretien pendant le temps qu'il assisterait aux états ; que les états s'assemblassent au moins une fois tous les trois ans, soit que le roi les convoquât ou non; qu'ils examinassent si les articles de la présente remontrance s’observaient, et qu’ils délibérassent sur les affaires publiques; que les récompenses qui avaient été données ou promises aux membres des états de la Galice fussent révoquées ; qu’on ne fit sortir du royaume ni or, ni argent, ui bijoux sous peine de nort; qu’on assignât aux juges des honoraires fixes, et qu’il ne reçussent plus aucune part des amendes et confiscations sur les biens des condamnés ; que toute donation des biens des personnes accusées fût nulle si elle n’était faite avant leur jugement; que tous les priviléges obtenus par les nobles, en quelque temps que ce fût, au préjudice des communes, fussent révoqués ; qu'on ne donnât plus à la noblesse le gouvernement des villes; que les terres des nobles fussent assujetties à toutes les taxes publiques comme celles des communes ; qu’on examinât la conduite de ceux qui avaient été chargés de l'administration du patrimoine royal depuis l’avénement de Ferdinand à la couronne, el que si dans trente jours le roi ne nommait pas des personnes propres à cet emploi, les états fussent en droit de les nommer; | que les indulgences ne fussent ni prèchées ni répandues dans le royaume avant que les états eussent examiné et approuvé la cause pour laquelle elles étaient publiées; que tout l'argent qui proviendrait de la vente des indulgences fût fidèlement employé à faire la guerre aux infidèles ; que les prélats qui ne résideraient pas six mois de l'année dans leurs diocèses fussent privés de leurs revenus pendant tout le témps de leur absence; que les juges ecclésiastiques et leurs officiers n’ exigeassent exactement que les mêmes honoraires qui se payaient dans lescours | séculières ; que l'archevèque actuel de Tolède, | en qualité d’étranger, fût obligé de se démettre, et que son archevêché füt donné à un Castillan ; que le roi ratifiât tous les actes de la ligue, et les tint pour bons offices rendus à lui et à toute la nation; qu'il pardonnât toutes les irrégulal'tés que les villes auraient pu commettre par :

E IIL 207 juste ; qu'il promit et jurât dans la forme la plus solennekle d'observer tous ces articles; qu'il ne chercht en aucune occasion à les éluder ni à les révoquer, et que jamais il ne sollicitat auprès du pape ou d'aucun autre prélat la dispense ou l’absolution de cette promesse et de ce serment 1.

Tels furent les principaux articles de la remontrance présentée par la ligue à son souverain. Comme les institutions féodales étaient originairement les mêmes dans les différens royaumes de l'Europe, l'esprit des gouvernemens formés sur ce système était à peu près le même partout; les règlemens que les Castillans s’efforçaient d'établir dans cette conjoncture différent très peu de ceux que lesautres nationstâchèrent d'introduire dans les débats qu'elles eurent avec leurs rois pour leur liberté. Les abus qui furent cités et les remèdes qui furent proposés par les communes d'Angleterre, dans leurs contestations avec les princes de la maison de Stuart, ressemblent beaucoup aux articles sur lesquels insistait alors la sainte ligue d'Espagne. Mais les Espagnols avaient dès ce temps-là acquis des idées de liberté et d'indépendance, des principes hardis de gouvernement, et une étendue de vues politiques auxquels les Anglais ne sont arrivés que plus d’un siècle plus tard,

R y a apparence pourtant, que l'esprit de réforme qui s'était répandu parmi les Castillans , étant encouragé par les succès et n'étant point réprimé par l'autorité, devint trop impétueux et porta la ligue à proposer des innovations qui,

, €n alarmant les membres des autres ordres, fu- | rent par-là funestes à sa cause, La noblesse , au | lieu de s'opposer aux communes , avait favorisé

leurs démarches , ou fermé les yeux sur léurs entreprises, tant qu'elles se bornèrent à demander la réforme des abus occasions par le défaut d'expérience du jeune monarque, où par l’imprudence et l'avidité des ministres étrangers ; mais dès que les communes commencèrent à entreprendre sur les priviléges des nobles, ils s'indignèrent et virent clairement que les mesures de

| la ligne ne tendaient pas moins à anéantir le

poavoir aristocratique qu'à resserrer les prérogatives de la couronne. Le ressentiment qu'avait excité parmi la noblesse la promotion d'Adrien

! Sandov.. p. 206. P. Mart., Ep., p. 686,

à la régence, s'était fort affaibli, depuis que l'empereur avait nommé le connétable et l'amiral pour adjoints à cette charge; et comme l'orgueil des nobles se trouvait moins choqué de l'étendue des prérogatives du roi que des prétentions outrées du peuple, ils se déterminèrent à donner au souverain l'assistance qu’il demandait , et commencèrent dans cette vue à rassembler leurs vassaux.

Cependant la ligue attendait avec la plus grande impatience la réponse que ferait le roi à sa requête, et elle nomma des membres de son corps pour aller la lui présenter. Les députés chargés de cette commission partirent sur-lechamp pour l'Allemagne ; mais ayant reçu avis, à différentes distances, qu'ils ne pouvaient paraître à la cour sans exposer leur vie au plus grand danger, ils s'arrêtèrent et informérent la ligue des avis qu’on leur donnait !. Cette nouvelle transporta tous les confédérés d'une fureur qui leur fit passer toutes les bornes de la prudence et de la modération.

Qu'un roi de Castille refusât de donner audience à ses sujets et d'écouter leurs humbles remontrances, c'était à leurs yeux un acte de tyrannie inouï et intolérable ; ils ne virent plus de ressource qu'à se servir des armes qu'ils avaient entre les mains pour écarter du trône cette troupe d'étrangers rapaces qui l’obsédaient , et qui, après avoir dévoré les richesses du royaume , voulaient encore empêcher les cris d'un peuple outragé de parvenir jusqu'aux oreilles de son souverain. Quelques-uns insistèrent avec chaleur sur une proposition qui avait déjà été faite pour dépouiller le roi, tant que sa mère vivrait, du titre et de l'autorité de roi, qu'on lui avait conférés trop légèrement sur la fausse supposition que la malheureuse Jeanne était dans une incapacité absolue de gouverner. D'autres proposaient de donner à la reine un adjoint pour l'aider dans l’administration des affaires publiques , en la mariant au prince de Calabre, héritier des rois de Naples de la maison d’Arragon , et qui était détenu dans les prisons depuis que Ferdinand avait chassé ses ancêtres de leur trône. Tous se réunirent à penser que l'espérance qu'ils avaient conservée d'obtenir satisfaction du roi et d'assurer leur liberté, en

Sandov., p, 143.

se contentant de lui présenter des requêtes, les avait trop long-temps abusés et tenus dans l'inaction ; qu'il était temps d'en sortir et de réunir toutes leurs forces pour opposer une vigoureuse résistance à l'union de la noblesse et du roi, con jurés contre les libertés !.

Ils se mirent en campagne avec vingt mille hommes. Il s'éleva de vives disputes entre eux sur le commandement de l'armée. Padilla, le favori du peuple et des soldats, était le seul qu'ils jugeaient digne de cet honneur ; mais don Pedro Giron , fils aîné du comte d'Uruena, jeune homme du premier rang, s'était récemment jeté dans le parti des communes, par un mécontentement personnel contre l'empereur : les égards dus à sa naissance, joints au désir secret de mortifier Padilla, dont la popularité avait excité la jalousie de plusieurs membres de la ligue, lui firent déférer l'emploi de général. II leur apprit bientôt à leurs dépens qu'il n'avait ni l'expérience, ni les talens, ni la fermeté nécessaires pour un poste de cette importance.

Cependant les régens du royaume avaient indiqué Rioseco pour le rendez-vous de leurs troupes, qui étaient bien inférieures en nombre à celles des communes, mais qui les surpassaient de beaucoup par la valeur et la discipline. Ils avaient tiré de la Navarre un corps considérable de vieilles troupes d'infanterie réglée; leur cavalerie faisait la principale force de leur armée ; elle était composée de gentilshommes accoutumés à la vie militaire, et animés de l'esprit belliqueux qui distinguait la noblesse de ce siècle. L'infanterie de la ligue n’était qu’un ramas de bourgeois et d'artisans qui savaient à peine se servir de leurs armes. Le petit corps de cavalerie qu'ils avaient pu rassembler n'était composé que de gens de la lie du peuple entièrement étrangers au métier qu'ils embrassaient. Il n'y avait pas moins d'inégalité dans les talens des généraux des deux partis que dans la nature des troupes. Les royalistes avaient à leur tête le comte de Haro, fils aîné du connétable, qui joignait à beaucoup d'expérience la plus grande capacité.

Giron marcha avec son armée droit à Rioseco, et s'emparant des villages et des avenues des environs, il se flattait de réduire bientôt les

\P, Martyr., Ep., p. 688.

des requêtes, les tenus dans l'inactir et de réunir "une vigoureuse e et du roi, con

ivec vingt mille putes entre eux mée. Padilla, le ts, était le seul nneur ; mais don d'Uruena, jeune tait récemment , par un méconempereur : les [s au désir secret popularité avait membres de la pi de général. Il ‘ns qu'il n'avait , hi la fermeté te importance.

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qu’un ramas de ient à peine se rps de cavalerie n'était composé ple entièrement rassaient. Il n'y s les talens des ns la nature des

à leur tête le étable , qui joila plus grande

droit à Rioseco, es avenues des aire bientôt les

royalistes, ou à se rendre faute de vivres, ou à accepter un combat désavantageux, avant qu’ils eussent pu rassembler toutes leurs troupes. Mais il aurait fallu au général plus de talens, et aux soldats plus de patience et de discipline, pour exécuter ce plan avec succès. Le comte de Haro fit, sans beaucoup de peine,

entrer dans la ville un renfort considérable, qui |

passa à travers tous les postes de Giron, et celui-ci, désespérant de la réduire, s’avança avec précipitation vers Villalpanda, place qui appar-

tenait au connétable, et qui était le principal |

magasin des provisions de l'ennemi. Cette marche, mal combinée, ouvrit la route de Tordesillas aux royalistes, et le comte de Haro les y conduisit pendant la nuit avec le plus grand secret et la plus grande diligence; il attaqua la Yille, où Giron n’avait laissé pour toute garnison qu'un régiment de prêtres levé par l'évèque de Zamora; il y entra de vive force au point du

jour, après une résistance très opiniâtre ; il s’as- | Sura de la personne de la reine, fit prisonniers | plusieurs des membres de la ligue, et reprit le

grand sceau et les autres marques de l'autorité | fut heureusement délivré de cet embarras par

royale,

Ge coup fut fatal à la ligue, et lui fit perdre la répütation et l'autorité dont elle jouissait en paraissant n’agir que sous les ordres de la reine; tous Jes nobles, qui étaient restés jusqu'alors irresolus et incertains dans leur choix , Se joignirent aux régens et leur amentrent toutes leurs forces: une consternation universelle saisit les partisans des communes: elle fut encore augmentée par les soupçons qu'ils commencèrent à former contre Giron qu'on accusait hautement d'avoir livré Tordesillas à l'ennemi, Cette imputation était destituée de fondement; car les

royalistes devaient leurs succès à la mauvaise

conduite de Giron, plutôt qu’à sa perfidie; mais il n’en perdit pas moins tout le crédit qu'il avait dans son parti, et il se vit obligé de se démettre du commandement et de se retirer dans un de ses châteaux f,

Ceux des membres de la ligue qui avaient échappé à l'ennemi à Tordesillas se réfugièrent à Valladolid; comme il eût fallu perdre beaucoup de temps pour remplacer par une nou-

? Miscellaneous tracts by Dr, Mich, Greddes, vol. 1,

(1522) LIVRE IL 2vY

velle élection ceux qui étaient prisonniers, ils | firent choix de quelques-uns d’entre eux, qu'ils | chargèrent de l'administration suprême, Leur | armée grossissant de jour en jour par l’arrivée

des troupes qui venaient des différentes parties | du royaume marcha vers Valladolid, et Padilla | ayant été nommé commandant en chef, le courage des soldats se ranima, et tout le parti, oubliant ses derniers revers, continua de montrer la même ardeur pour défendre les libertés de la patrie , et la même animosité contre ses oppresseurs.

Le plus grand embarras de la ligue était de trouver l'argent nécessaire pour payer ses troupes. Une grande partie de la monnaie courante avait été emportée hors du royaume par les Flamands ; les taxes réglées qui se levaient en temps de paix étaient très modiques, et comme la guerre avait interrompu toute espèce de commerce, leur produit &iminuait tous les jours; la ligue craignait aussi de dégoûter le peuple en le chargeant de nouveaux impôts, auxquels, dans ce temps-là, il n'était guère accoutumé. Le parti

dona Mari: Pacheco, épouse de Padilla, femme d'extraction noble, qui avait de grands talens, une ambition démesurée et le plus grand zèle pour la cause de la ligue, Cette femme , animée d’une audace supérieure aux craintes superstitieuses ordinaires à son sexe, proposa de s’emparer des riches et magnifiques ornemens de la cathédrale de Tolède, mais pour ôter à cette action l'apparence d’impiété qui aurait pu offenser le peuple, dona Maria et les personnes de sa maison se rendirent à l'église en procession solennelle, vêtues d’habits de deuil, les yeux en larmes, se frappant le sein ; et là, se prosternant à genoux , elles implorérent le pardon des saints dont elles allaient dépouiller les autels. Cet artifice prévint l’imputation de sacrilége, et fit juger au peuple que la nécessité seule et le zèle

de la bonne cause avaient pu déterminer cette

| femme, malgré sa répugnance, à se porter à | une si étrange extrémité : la ligue se procura

par-là un secours considérable !, Les régens n’étaient pas moins embarrassés pour trouver les moyens d'entretenir leurs troupes, parce que les revenus de la couronne avaient été ou dissi-

! Saudov., p 308. Dict. de Bayle , art. Padilla.

pés par les Flamands, ou saisis par les communes ; ils furent cbligés de prendre les joyaux de la reine et l’argenterie de la noblesse pour en faire frapper de la monnaie; et quand cette ressource fut épuisée, ils obtinrent encore du roi de Portugal une somme modique à titre d’emprunt f, La noblesse montrait la plus grande répu-

gnance à en venir aux mains avec la ligue. La haine des nobles contre les Flamands était égale à celle des communes; ils approuvaient plusieurs articles de leur requête ; ils pensaient que les circonstances étaient très favorables non-seulement pour obtenir la réforme des anciens abus, mais aussi pour faîre de nouveaux règlemens qui rendissent la constitution de l'état plus parfaite et plus stable; ils craignaient que, tandis que les deux ordres qui formaient le corps législatif consumaient leurs forces en hostilités réciproques, l'autorité royale, profitant de l'affaiblissement des deux partis, ne s'élevat sur leurs ruines, et n'empiétât autant sur l'indépendance des nobles que sur les priviléges des communes. Ces dispositions des nobles donnèrent lieu aux fréquentes ouvertures de paix que les régens firent à la ligue, et aux négociations continuelles qui se traitèrent dans tout le cours des opérations militaires. Les conditions qu'ils offraient n'étaient pas déraisonnables : en effet , si la ligue eût voulu se désister de quelques articles destructifs de l'autorité royale, ou

incompatibles avec les droits de la noblesse, les

régens promettaient de faire accepter par l'empereur les autres propositions; et si, par l’in-

fluence pernicieuse de quelques ministres, il

S'obstinait à y refuser son consentement, plu-

sieurs des nobles s'engageaient à se joindre aux confédérés pour l'y forcer ?,

Mais les divisions qui agitaient les membres de la ligue entre eux ne leur permirent ni de délibérer ni de décider avec prudence. La plupart des cités qui étaient entrées dans la confédération étaient dévorés de cette basse jalousie et de cette défiance mutuelle qu’inspirent trop souvent les rivalités de commerce et d’ambition. Le connétable avait su par son crédit et ses promesses détacher de la ligue les habitans de Burgos, et

1 P. Mart, Ep., p. 718.

3 P. Martyr., £p., p. 605, 713. Miscell,, traduct. of Geddes, p. 1, 261.

[1522] d'autres gentilshommes avaient ébranlé la fidélité de quelques-uues des petites villes; il ne se trouva dans les communes personne qui eût l'âme assez élevée et des talens assez distingués pour être en état de gouverher les affaires du parti. Padilla, leur général, avait bien toutes les qualités propres à se concilier la faveur du peuple, mais cette raison même lui ôtait la confiance des personnes du premier rang qui s'étaient jointes à la ligue. D'un autre côté, le peuple, depuis la mauvaise conduite de Giron, se défiait de tous les nobles qui s'étaient réunis à lui : on ne vit dans toutes les démarches de la ligue qu'irrésolution, défiance réciproque et défaut de génie. Après bien des conférences tenues sur les conditions que proposaient les régens, les communes se laissèrent tellement aveugler par leur ressentiment contre la noblesse, que rejetant toute idée d'accommodement, ils la menacèrent encore de la dépouiller de tous les biens de 14 Couronne que les nobles ou leurs ancêtres avaient usurpés , et de les réunir au domaine du roi. La ligue s’attacha avec la plus grande obstination à ce plan insensé, dont l'effet eût été d’anéantir ces mêmes Hbertés qu’elle voulait défendre, en rendant les rois de Castille absolus et indépendans de leurs sujets; de sorte qu’elle se récriait avec moins de véhémence contre les exactions des ministres étrangers que contre les richesses et le pouvoir immense des nobles, et qu’elle semblait former l'espérance de faire sa paix avec Charles en lui offrant les dépouilles de cet ordre.

Quelques succès que Padilla avait eus dans de légères rencontres , et la prise de quelques villes de peu d'importance, précipitèrent la ligue dans cette fausse démarche, en lui inspirant une si grande confiance dans la bravoure de ses troupes, qu'elle ne douta pas qu'il ne lui fût aisé de remporter la victoire sur les royalistes, Padilla ; pour ne pas laisser son armée dans l’inaction , tandis qu'elle était animée par la prospérité , mit le siége devant Torrelobaton, place plus importante et plus forte qu'aucune de celles qu’il avait attaquées jusqu'alors, et qui était défendue par une garnison suffisante. Malgré la résistance extraordinaire des assiégés et les efforts que fit l'amiral pour la secourir, Padilla prit la ville d'assaut et la livra au pillage : sit eût marché sur-le-champ avec son armée victo=

nt ébranlé la fidé.

tes villes; il ne se sonne qui eût l'âme z distingués pour affaires du parti.

en toutes les quafaveur du peuple, it la confiance des ii s'étaient jointes peuple, depuis la se défiait de tous $ à lui : on ne vit la ligue qu'irréet défaut de gées tenues sur les régens, les comiveugler par leur se, que rejetant ils la menactrent s les biens de la | leurs ancêtres ir au domaine du lus grande obstieffet eût été d'aelle voulait dé- : Castille absolns de sorte qu’elle nence contre les >ers que contre nse des nobles, Jérance de faire

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vait eus dans de e quelques villes ent la ligue dans inspirant une si are de ses. troue lui fût aisé de alistes, Padilla , dans l’inaction , la prospérité, on, place plus cune de celles et qui était dénte. Malgré la iégés et les efcourir, Padilla u pillage : s'it n armée victo=

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ti teste À

(1522, rieuse à Tordesillas, où était le quartier principal des royalistes, il ne pouvait manquer d'avoir un grand avantage sur leurs troupes, que la promptitude de ses opérations aurait déconcertées, et qui n'avaient pas à beaucoup près des forces suffisantes pour donner bataille, Mais l'irrésolution et l'imprudence de la ligue empéchèrent encore cette opération décisive. Également incapable et de continuer la guerre et de conclure la paix, elle écouta de nouvelles propositions d’accommodement, et consentit même à une courte suspension d'armes. Tandis qu'elle perdait le temps à cette négociation qui ne ter- Mina rien , un grand nombre des soldats de Padilla, peu accoutumés aux lois de la discipline militaire, quittèrent l'armée et se retirèrent avec le butin qu'ils avaient fait à Torrelobaton ; d’autres, fatigués de la longueur extraordinaire de la campagne, désertèrent, Le connétable avait eu le temps d'assembler ses troupes ! à Burgos, et de tout préparer pour se mettre en marche; dès que la trève fut expirée, il se joignit au corps du comte de Haro, malgré tous les efforts de Padilla pour empècher cette réunion : ces deux généraux s'avancèrent aussitôt vers Torrelobaton. Padilla, affaibli par la désertion d'une partie de ses troupes, n'osa risquer une bataille, et essaya de se retirer à Toro : s’il eût pu y réussir, l'invasion que les Français faisaient alors dans la Navarre, et la nécessité où se seraient alors trouvés les régens d'envoyer un détachement dans ce royaume , auraient pu le sauver du danger qui le menaçait; mais Haro, qui sentait combien il était dangereux de le laisser échapper, marcha avec tant de célérité à la tête de sa cavalerie, qu'il l'atteignit près de Villalar, et commença l'attaque sans même attendre l'arrivée de son infanterie. L'armée de Padilla, fatiguée et découragée par sa retraite précipitée qui ressemblait à une fuite, traversait alors un Champ labouré ; la terre avait été tellement détrempée par une pluie abondante qui était tombée, que les soldats enfonçatent à chaque pas jusqu'aux genoux; et dans cet état, ils demeurérent exposés au feu de quelques pièces de campagne que les royalistes avaient amenées avec eux. Toutes ces circonstances réunies déconcertèrent et intimidèrent tellement ces soldats mal

i Sandov., p. 336,

aguerris que, sans faire face à l'ennemi, et sans faire aueune résistance, ils prirent la fuite dans le plus grand désordre. En vain Padilla, avec un courage et une activité extraordinaires, s’efforçait de les rallier, la frayeur ne leur permit d'écouter ni ses instances ni ses menaces ; enfin ne voyant plus aucune ressource, il résolut de ne pas survivre au malheur de cette journée. et à la ruine de son parti ; il se précipita au milieu des ennemis; mais étant à la fois blessé et démonté, il fut fait prisonnier. Ses principaux officiers eurent le même sort; et les nobles, trop généreux pour égorger des hommes qui mettaient bas les armes, renvoyèrent les simples soldats, sans leur faire de mal t,

Le ressentiment des ennemis de Padilla ne le laissa pas languir long-temps dans l'incertitude de son sort. Dès le lendemain ils le condamnèrent à perdre la tête sans aucune procédure réglée, supposant la notoriété de son crime suffisante pour dispenser de toute forme de procès. Il fut aussitôt conduit au supplice avec don Jean Bravo et don François Maldonada qui commandaient , l’un les troupes de Ségovic, l’autre celles de Salamanque, Padilla vit les approches de la mort avec la plus grande tranquillité et le plus grand courage; et lorsque Bravo, le compagnon de ses malheurs, laissa éclater son indignation en s'entendant donner publiquement le nom de traître, Padilla le reprit, en lui disant «C'était hier le moment de montrer le courage d’un gentilhomme; aujourd’hui, il faut mourir avec la douceur d'un chrétien. » On lui permit d'écrire à sa femme et à la communauté de Tolède, lieu de sa naissance : la première lettre est pleine d’une tendresse mäle et vertueuse; la seconde respire la joie et le transport que ressent un homme qui se regarde comme martyr de la liberté de son pays 2. Après avoir écrit ces deux

* Sandov., p. 346, etc. P.Mart., Ep., p. 720. Miniana, Contin., p.26. Epitome de la vida y hechos del emper. Carlos F, por D. Juan, Ant. de Vera y Zuniga, in-4°. Madrid , 1627, p. 19.

? Ces deux lettres sont d’un style si éloquent et si noble , que j'ai cru faire plaisir aux lecteurs en leur en donnant ici la traduction.

Lettre de don Juan de Padilla à sa femme.

Madame,

Si vos peines ne m'affligeaient pas plus que ma mort, je me trouverais parfaitement heureux. H faut cesser de

lettres, il se soumit tranquillement à sa destinée. |

La plupart des historiens espagnols, accoutumés à des idées sur le gouvernement et la puissance royale bien différentes de celles qu'on avait du temps de Padilla, ont montré tant de zèle pour blâmer la cause qu’il avait embrassée, qu'ils ont négligé ou craint de rendre justice à ses vertus ; et en flétrissant sa mémoire, ils ont cherché à lui dérober ce sentiment même de pitié qu'on refuse rarement aux illustres malheureux.

La victoire de Villalar fut aussi décisive que complète. Valladolid, la plus zélée de toutes les villes liguées, ouvrit aussitôt ses portes aux vainqueurs , et la douceur avec laquelle les régens la traitèrent, engagèrent Medina- del- Campo, Ségovie et plusieurs autres villes à suivre son exemple. Cette dissolution soudaine d’une ligue qui ne s’était pas formée pour de légers mécontentemens ni pour des motifs frivoles , dans laquelle était entré tout le corps du peuple, et qui avait eu le temps de prendre un certain degré de consistance et de solidité en établissant un plan régulier de gouvernement, est une preuve frappante de l'incapacité de ses chefs, ou l'effet de quelques divisions secrètes qui désunirent ses membres. Quoiqu’une partie de l’armée qui venait de triompher des confédérés fût forcée, quelques jours après sa vic-

vivre; c'est une nécessité commune à tous les hommes; mais je regarde comme une faveur distinguée du Tout-

toire, de marcher vers la Navarre pour arrêter les progrès que faisaient les Français dans ce royaume , rien ne put ranimer le courage des communes de Castille ni les déterminer à re-

prendre les armes pour profiter d'une si belle

, occasion d'obtenir enfin ces priviléges et ces

droits dont elles s'étaient montrées si jalouses. Il faut en excepter la seule ville de Tolède qu’animait dona Maria Pacheco , veuve de Padilla : cette femme, au lieu de s'abandonner à une douleur pusillanime et à verser des larmes Stériles sur la mort de son époux, se préparait

| à le venger et à soutenir la cause dont il avait

uissant une mort comme la mienne, qui ne peut ne)

quer de lui plaire, quoiqu’elle paraisse déplorable aux hommes. I1me faudrait plus de temps que je n’en ai pour vous écrire des choses qui pussent vous consoler; mes ennemis ne me l’accorderaient pas, et je ne veux pas différer de mériter la couronne que j'espère. Pleurez la

perte que vous faites, mais ne pleurez pas ma mort ; elle |

est trop honorable pour exciter des regrets. Je vous lègue mon âme ; c’est le seul bien qui me reste, ct vous le recevrez comme la chose que vous estimiez le plus dans ce monde, Je n'écris point à mon père Pero Lopez; je n'ose le faire ; car quoique je me fusse montré digne d’être son fils en sacrifiant ma vie, je n'ai pas hérité de sa bonne fortune. Je n'ajouterai rien de plus : je ne veux pas fatiguer la patience du bourreau qui m'attend, ni me faire soupçonner d’allonger ma lettre pour prolonger ma vie. Mon domestique Soffa, témoin oculaire de tout, et à qui

j'ai confié mes plus secrètes pensées , vous dira ce que je |

ne peux vous écrire. C'est dans ces sentimens que j'attends le coup qui va vous affliger et me délivrer.

Lettre de Padilla à la vil'e de Tolède.

A toi, la couronne d'Espagne, et la luinière du monde entier ; à toi qui fus libre dès le temps des puissans Goths,

été la victime, Les égards qu'on avait pour son

sexe, ou plutôt l'admiration qu'inspiraient son.

courage et ses grandes qualités, la compassion qu'excitaient ses malheurs et la vénération que l'on conservait pour la mémoire de Padilla ,

firent passer à la veuve tout l’ascendant que son.

mari avait eu pendant sa vie sur le peuple, La prudence et la vigueur de sa conduite justifiérent la confiance qu'on lui avait donnée. Elle s’adressa au général français, dans la Navarre, pour l'engager à envahir la Castille, en lui promettant des secours puissans. Elle écrivit des lettres, elle fit partir des émissaires pour ranimer le courage et les espérances des autres cités !. Elle leva des soldats, et exigea du clergé

et qui, en versant le sang des étrangers et celui des tiens, as recouvré ta liberté pour toi et pour lescités voisines : ton enfant légitime , Juan de Padilla, 'informe comment par le sang de ses veines tu dois renouveler tes anciennes victoires. Si le sort n'a pas voulu que mes actions soient placées au nombre des exploits fortunés et fameux de tes autres enfans, il faut l’imputer à ma mauvaise fortune, et non pas à ma volonté. Je te prie, comme ma mère, d'accepter la vie que je vais perdre, puisque Dieu ne m’a rien donné de plus précieux que je puisse perdre pour toi. Je suis bien plus jaloux de ton estime que je ne le suis de la vie. Les révolutions de la fortune, toujours inconstante et mobile, sont infinies. Mais ce qui me donne la consolation la plus sensible, c’est de voir que moi, le dernier de Les enfans, je vais souffrir la mort pour toi, et que tu en as nourri d’autres dans ton sein qui seront en état deme venger. Plusieurs langues feront le récit du genre de mort qu'on me destine et que j'ignore encore ; ce que je sais, c’est que ma fin est prochaine : elle montrera quel était mon désir. Je te recommande mon âme comme à la patronne de la chrétienté, Je ne parle point de mon corps, il n’est pas à moi, Je ne peux en écrire devantage ; car dans ce moment même je sens le couteau

: près de mon sein, plus touché du déplaisir que tu vas ren

sentir que de mes propres maux, (Sandov., Aist., vol, I. 1 P.Mart., Ep 727

rre pour arrêter Français dans ce " le courage des léterminer à reer d'une si belle riviléges et ces rées si jalouses.

ville de Tolède 0, veuve de Pas'abandonner à erser des larmes AX , se préparait ise dont il avait 1 avait pour son

l'inspiraient son.

, Ja compassion | vénération que ire de Padilla, cendant que son ir le peuple. La nduite justifièait donnée. Elle ans la Navarre, ille, en lui pro- Elle écrivit des ires pour ranis des autres ciigea du clergé

8 el celui des tiens, lescités voisines :

’informe comment veler tes anciennes mes actions soient ‘s et fameux de tes nauvaise fortune, comme ma mère, isque Dieu ne m'a uisse perdre pour 1e que je ne le suis , toujours inconsqui me donne Ja voir que moi, le la mort pour toi, )n sein qui seront feront le récit du j'ignore encore ; chaine : elle monimande mon âme Je ne parle point e peux en écrire je sens le couteau ir que tu vas ren ov., Aist., vol. I.

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