Mém. de Rivier, Hist., lib. av, p. 84, ctc
l'empereur ; il brûlait d'essayer ses forces contre ! cet ennemi de la France, et de se signaler par |
une rivalité qui avait fait la gloire du règne de son père. Il avait profité de la première occasion qu'il avait eue de traverser les projets de Charles, en prenant le duc de Parme sous sa protection, et les hostilités étaient déjà commencées non-seulement dans le duché de Parme, mais encore dans le Piémont. Après avoir terminé la
guerre avec l'Angleterre par une paix aussi | avantageuse pour lui-même qu'honorable pour | les Écossais ses alliés, il vit qué la noblesse |
française était impatiente de déployer son courage inquiet et entreprenant sur un théâtre plus brillant , que celui de Parme ou du Piémont.
Jean de Fienne, évèque de Bayonne, que Henri avait envoyé en Allemagne , sous prétexte d'y lever des troupes destinées à servir en Italie, fut autorisé à conclure un traité en forme avec Maurice et ses associés. Comme un roi de France n'aurait pu décemment s'engager à défendre l'église protestante, les objets de controverse, quelque part qu’ils pussent avoir au traité, ne furent mentionnés dans aucun des articles. Suivant ce traité, les intérêts de la religion étaient abandonnés entièrement à la disposition de la divine Providence; les seuls motifs allégués pour former cetteconfédération contre Charles étaient de procurer la liberté au landgrave, et de prévenir le renversement de l’ancienne constitution et des lois de l'empire germanique. Pour remplir ces deux objets, il fut convenu que toutes les parties contractantes déclareraient en même temps la guerre à l'empereur ; qu'on ne pourrait conclure ni paix ni trève sans le consentement commun de tous leë confédérés, et sans que chacun d'eux y fût compris; qu’afin de prévenir les inconvéniens de l’anarchie et des prétentions au partage du commandement, Maurice serait déclaré chef de la confédération , avec une autorité absolue dans toutes les affaires militaires; que Maurice et ses associés mettraient en campagne sept mille hommes de cavalerie avec un nombre proportionné d'infanterie; que, pour fournir à la subsistance de cette armée, pendant les trois premiers mois de la guerre, Henri donnerait deux cent quarante mille couronnes, et ensuite soixante mille couronnes par mois, tant que l’armée serait en campagne ; que Henri attaquerait l'empereur, du côté de la Lorraine,
avec une armée puissatite ; enfin , que si l'on jofeait à propos d'élire un nouvel empereur, le choix ne pourrait tomber que sur célui qu'ugréerait lé roi de France !, Ce traité fut conclu le 1°° octobre, quelque témps avant la prise de Magdebourg; et les négociations préliminaires furent conduites aver un si profond secret, que, de tous les princes qui ÿ accédèrent ensuite, il n'y en eut que deux à qui Maurice en fit conf. dence; ce furent Jean Albert, duc régnant de Mecklenbourg , et Guillaume de Hesse, fils atné du landgrave. La ligue elle-même resta si soigneusemént et si heureusement cachée que l'empereur et ses ministres ne paraissent pas en avoir eu le moindre soupçon.
Maurice, dont l'activité s'exerçait à chercher de toutes parts de nouveaux secours, s’adressa à Édouard VI, roi d'Angleterre, et lui demanda un subside de quatre cent mille couronnes pour le soutien d'une confédération formée pour la défense de la religion protestante ; mais les factions qui régnaient à la cour d'Angleterre pendant la minorité de ce prince, et qui ôtaient au conseil et aux armes de la nation leur vigueur accouttimée , ne laissaient aux ministres anglais ni le temps ni le désir de s'occuper des affaires étrangères; et Maurice ne put obtenir le secours qu'il devait attendre de leur zèle pour la réformation 2,
Maurice , assuré de la protection d'un monarque aussi puissant que Henri Il, procéda avec confiance, mais avec une égale circonspection ,; à l'exécution de son plan. Il jugéa qu'il était néeessaire de faire encore un effort pour obtenir de l’empereur la liberté du landgrave ; et en conséquence il envoya à Inspruck une ambassade solennelle, en son nom et en celui de l'électeur de Brandebourg. Après avoir rappelé en détail tous les faits et toutes les raisons sur lesquels ils fondaient leur demande, et après avoir représenté, dans les termes les plus énergiques, les engagetens particuliers qu’ils avaient pris avec le landgrave, ils renouvelèrent, en faveur de
cet infortuné prisonnier, la requête qu'ils avaient déjà si souvent présentée en vain. L’électeur palatin, le duc de Wittemberg, les ducs de Mecklenbourg, le duc de Deux-Ponts, le mar-
? Recueil des Traités, tom, Il, p. 258. Thuan., lib. vm
* Burnet, Æist. of the reform, vol.H, Appenu., 37.
quis de Brandebourg-Bareuth et le marquis de Bade, envoyèrent aussi des ambassadeurs chargés
de faire la même demande. Le roi de Danemark, | même temps une correspondance très suivie
le duc de Bavière et les ducs de Lunebourg, écrivirent pour -le même objet. Le roi des Romains lui-même se joignit à ces princes pour appuyer leurs instances, soit qu’il fût touché de compassion sur la situation malheureuse du landgrave, soit qu'il fût dominé, peut-être, par une secrète jalousie contre son frère, dont il voyait avec d’autres yeux le pouvoir et les desseins, depuis la tentative qu'il avait faite pour changer l'ordre de la succession à l'empire.
Charles, inébranlable dans la résolution qu’il avait prise à l'égard du landgrave, éluda une demande qui lui était faite par de si puissans intercesseurs ; ayant déclaré qu’il communiquerait ses intentions à Maurice dès que celui-ci serait arrivé à Inspruck , où il était attendu de jour en jour, l’empereur ne daigna entrer dans aucune explication plus détaillée !. Cette démarche rie fut pas utile au landgrave ; mais Maurice sut en tirer un grand avantage. Elle servit à justifier les mesures qu’il prit ensuite, et à démontrer la nécessité d'employer la voie des armes pour arracher l’acte de justice que sa médiation et ses prières n'avaient pu obtenir; elle servit aussi à confirmer l'empereur dans sa sécurité, parce que la solennité d” la demande et l'intérêt que tant de princes paraissaient y prendre, durent lui faire croire que c'était de son consentement seul qu’on' espérait d'obtenir l’élargissement du landgrave.
Maurice employa des artifices encore plus déliés pour cacher ses intrigues, amuser l’empereur et gagner du temps. Il affecta d’être plus occupé que jamais à chercher quelque expédient pour lever toutes les difficultés relativement au sauf-conduit que demandaient les théologiens protestans nommés pour assister au concile, Ses ambassadeurs, à Trente, avaient de fréquentes conférences sur cet objet avec les ambassadeurs impériaux , à qui ils communiquaient leurs sentimens du ton d’une confiance sans réserve. Il voulut , à la fin, faire croire que tous les différends sur cet article préliminaire lui paraissaient sur le point d’être terminés; et afin d’accréditer cette opinion, il donna ordre à
1 Sleid., p. 531. Thuan,, lib, vu, p 386,
Mélanchton et à ses confrères de se mettre en route pour se rendre à Trente. Il entretenait en
avec la cour impériale à Inspruck, et renouvelait en toute occasion les protestations de son attachement et de sa fidélité envers l’empereur. Il parlait sans cesse de l'intention où il était d’aller lui-même à Inspruck, il y fit même louer une maison pour lui, et donna des ordres pour la faire mettre, le plus promptement qu'il serait possible, en état de le recevoir !.
Quelque habile que fût Maurice dans tous les artifices de la dissimulation , et quelque impénétrable que lui parût le voile sous lequel il cachait ses desseins, il y avait cependant dans sa conduite plusieurs choses qui altéraient la sécurité de l'empereur, et qui le tentérent souvent de soupçonner quelque dessein extraordinaire. Mais comme ses soupçons n'étaient fondés que sur des circonstances peu importantes par ellesmêmes, ou d'une nature incertaine et équivoque, l'effet en était aisément détruit par l'adresse de Maurice ; l’empereur craignait d’ailleurs de retirer trop légèrement sa confiance à un homme à qui il l'avait donnée tout entière, et qu’il avait comblé de faveurs. Une seule circonstance lui parut être assez importante pour mériter une explication. Les troupes que Georges de Mecklenbourg avait prises à sa solde, après la capitulation de Magdebourg, ayant fixé leur quartier dans la Turinge, vivaient à discrétion sur les terres des riches ecclésiatiques de leur voisinage. Ceux qui éprouvaient ou qui redoutaient leurs exactions. se plaignirent hautement à l'empereur, et lui parlèrent de ces troupes comme d'un corps d'hommes qu’on destinait à quelque entreprise désespérée. Maurice tantôt atténuait les excès qu'on reprochait à ses troupes, tantôt représentait l'impossibilité de les licencier ou de les assujettir à une discipline régulière jusqu'à ce 4. un leur eût payé ce qui leur était dû de leur solde par l’empereur même; il sut, par-là, calmer les craintes que cet objet avait fait naître; ou peut-être Charles, n'étant pas en état de satis faire aux demandes de ces soldats, fut obligé de garder le silence sur ce point 2.
Cependantle temps d'agir approchait, Maurice avait envoyé secrètement à Paris Albert de
1 Arnold., Fîitu Maurit. ap. Menken., lib. u, p. 122. 3 Sleid., p. 549. Thuan., p. 339,
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