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res de se mettre en te. Il entretenait en ndance très suivie spruck , et renouverotestations de son envers l’empereur.
tention où il était , il y fit même louer ina des ordres pour ptement qu’il serait oir {, aurice dans tous les , et quelque impénésous lequel il cachait ant dans sa conduite ient la sécurité de ent souvent de soupxtraordinaire. Mais ent fondés que sur portantes per ellesrtaine et équivoque, ruit par l'adresse de ait d’ailleurs de retiiance à un homme à ntière, et qu’il avait ule circonstance lui e pour mériter une Georges de Mecklene, après la capitulait fixé leur quartier à discrétion sur les es de leur voisinage.
ui redoutaient leurs autement à l’empetroupes comme d’un nait à quelque entretantôt atténuait les s troupes, tantôt ree les licencier ou de ne régulière jusqu'à qui leur était dû de ème; il sut, par-là, bjet avait fait naître; t pas en état de satisoldats , fut obligé de it 2, *approchait, Maurice à Paris Albert de
Menken., lib. 1, p. 122.
Rene -
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Brandebourg pour y confirmer sa confédération | de pénétrer et de faire échouer. Ce n'était pas avec Henri , et pour hâter la marche de l’armée | seulement sa confiance dans sa propre sagafrançaise. Il avait pris des mesures pour être en | cité qui lui donnait un ton si décisif ; il avait état de rassembler ses sujets au moment où il corrompu deux des ministres de Maurice, qui en aurait besoin ; il avait pourvu à la sûreté de | lui envoyaient des avis fréquens et détaillés de la Saxe, pendant qu’il s’en absenterait pour | tous les mouvemens de leur maître. Mais ce commander l'armée, etil tenait ses troupes qui moyen même, par lequel il espérait de pénétrer étaient dans la Turinge et sur lesquelles il comp- | tous les desseins, et jusqu'aux pensées de Mautait particulièrement , toutes prêtes à marcher rice, servit à le mieux tromper. L’électeur avait au premier signal. Ces opérations compliquées | secrètement découvert la correspondance de ses se firent sans être découvertes par la cour im- | deux ministres avec Granvelle; au lieu de les périale ; Charles restait à Inspruck dans la plus | punir de leur trahison, il sut habilement en proparfaite tranquillité, uniquement occupé à con- fiter, et tourna contre Granvelle les artifices treminer les intrigues du légat à Trente, et à | mémesde ce prélat. Il affecta de traiter les deux régler les conditions auxquelles les théologiens | trattres avec plus de confiance que jamais, il les protestans pourraient être admis au concile; il | admit à ses délibérations particulières; mais il ne se doutait guère qu’il y eût alors des objets | avait soin de ne leur laisser apercevoir que ce beaucoup plus importans près d’attirersonatten- | qu'il était de son intérêt de faire connaitre; tion. de sorte que les avis des deux espions ne ser- Cette imprudente sécurité de la part d'un | vaient qu'à confirmer Granvelle dans la persuaprince dont l'attention à observer tout ce qui se | sion où il était de la sincérité et des bonnes passait autour de lui le conduisit souvent à un intentions de Maurice t. L'empereur lui-même excès de défiance, peut paraître inexplicable, et | était dans une si parfaite sécurité qu'il ne tint elle a été attribuée à un aveuglement extraordi- | aucun compte d’un mémoire qui lui fut présenté naire. Mais indépendamment de l'adresse singu- | au nom des électeurs ecclésiastiques, et par lière avec laquelle Maurice sut déguiser ses | lequel on l'avertissait d'être erf garde contre intentions, deux circonstances concoururent à Maurice ; il n’y répondit que par des protestatromper l’empereur : peu de terops après son | tions de son entière confiance dans la fidélité et arrivée à Inspruck, la goutte le prit avec un | dans l'attachement de cv prince 2, surcroît de violence; son tempérament était Enfin les préparatifs de Maurice se trouvèrent affaibli par de si fréquentes attaques ; son esprit | achevés, et il jouit du plaisir de voir que ses avait perdu sa vigueur naturelle, et il n’était plus | intrigues et ses projets étaient encore ignorés ; en état de s'occuper des affaires avec sa vigilance | mais quoiqu'il fût près de commencer les hostiet sa pénétration ordinaire; Granvelle, évèque | lités, il ne voulut pas encore jeter le masque d'Arras, son premier ministre, quoique l’un des | qu'ilavait gardé jusqu'alors, et, par unenouvelle politiques les pis déliés de son siècle et peut- | ruse, ilsut encore tromper ses ennemis quelques être d'aucun siècle, fut en cette occasion la dupe | jours de plus. 11 annonça qu'il allait faire le de sa propre finesse. Il avait une si haute Opinion | voyage d'Inspruck dont ilavait si souvent parlé, de son habileté, et méprisait si fort les talens | et il prit, pour l'accompagner, un des deux mipolitiques des Allemands, qu’il ne fit aucune | nistres que Granvelle avait corrompus. Après attention aux avis qu’on lui donna des intrigues | avoir fait quelques postes, il feignit d’être fatisecrètes et des projets dangereux de Maurice. gué du voyage et dépécha à Inspruck son per- La sombre défiance du duc d'Albe lui ayant fait | fide ministre, en le chargeant de faire à l'empeconcevoir quelques soupçons sur la sincérité de reur des excuses sur ce délai, et de l'assurer qu'il l'électeur, il proposa de le faire venir sur-le- | serait à la cour dans peu de jours. Cet espion ne champ à la cour, pour y rendre compte de sa | fut pasplus tôt parti que Maurice monta à cheval, conduite; mais Granvelle répondit avec dédain Vola vers la Turinge, y joignit son armée comque ces soupçons étaient sans fondement, et que la tête d’un Allemand ivre était trop grossière pour former quelque projet qu'il ne lui ft aisé
M'vil, Mémoires, fol. édit. p. 12 2 Skid., p. 635.
posée de vingt mille hommes d'infanterie et la mit sur le champ en mouvement !.
I publia en mème temps un manifeste conte-
uant les raisons qu’il avait pour prendre les armes. H allégua trois motifs : 1° de défendre la religion protestante menacée d'une destruction prochaine ; 2° de maintenir la constitution et les lois de l'empire et de préserver l'Allemagne de la domination d’un monarque absolu; 3° de délivrer le landgrave de Hesse des horreurs d'une longue et injuste captivité. Par le premier motif, Maurice soulevait en sa faveur les partisans très nombreux de la réformation, que l'enthousiasme rendait formidables, et que l’oppression excitait à prendre un parti désespéré. Par le second motif, il s’attachait tous les amis de la liberté, tant catholiques que protestans, également intéressés à se joindre avec lui pour défendre des droits et des priviléges communs aux uns et aux autres. Enfin, outre la gloire qu'il s'acquérait par son zèle à remplir ses engagemens envers le landgrave, le troisième motif était devenu un objet d'intérêt général, non-seulement par la pitié qu'inspiraient les souffrances de ce prince infortuné, mais encore par l'indignation qu'avaient excitée le rigueur et l'injustice avec laquelle il avait été traité par l'empereur, Avec le manifeste de Maurice , il en parut un autre au nom d'Albert , marquis de Brandebourg-Culmbach, qui s'était joint à lui avec un corps d’aventuriers qu'il avait rassemblés; il y exposait les mêmes griefs, mais avec un excès d'amertume et de violence analogue au caractère du prince sous le nom duquel cet écrit était publié.
Le roi de France publia aussi un manifeste en son propre nom : après y avoir rappelé l'ancienne alliance qui subsistait entre les nations française et germanique, descendues l’une et l'autre des mêmes ancêtres ; et après avoir parlé des ouvertures qu'en conséquence de cette an-
cienne union quelques-uns des plus illustres |
princes d’Allemagne lui avaient faites pour lui demander sa protection, Henri déclarait qu'il allait prendre les armes pour rétablir l'ancienne
1 Melvil, Mémoires, p. 13. Les circonstances qu’on a rapportées concernant les ministres saxons gagnés et corrompus par Granvelle, ne sont pas mentionnés par les historiens allemands; mais comme le chevalier James Melvil tenait ces détails de l'électeur palatin, et qu’ils sont parfaitement conformes à toule la conduite de Maurice, où peut les regarder comme authentiques.
constitution de l'empire, pour délivrer quelquesuns de ses princes de la servitude , et pour assurer les priviléges et l'indépendance de tous les membres du corps germanique; il prenait, dans ce manifeste, le titre de protecteur des libertés del’ Allemagne et de ses princes captifs , et il avait fait graver en tête un bonnet, l’ancien symbole de la liberté, placé entre deux poiguards, pour faire entendre sans doute aux Allemands que la liberté ne pouvait s'acquérir et se conserver que par la force des armes !.
Maurice avait alors un rôle tout nouveau à jouer, mais son génie flexible était fait pour se plier à toutes les situations : dès le moment où il prit les armes, ilse montra aussi hardi et entreprenant à la tête de son armée qu'il avait été circonspect et rusé dans le cabinet, Il s’avança par des marches rapides vers la haute Allemagne.
Toutes les villes qui se trouvèrent sur sa route lui ouvrirent leurs portes. Il rétablit dans leurs offices les magistrats que l’empereur avait destitués, et remit en possession des églises les ministres protestans qui en avaient été chassés. Il dirigea sa marche vers Augsbourg ; la garnison impériale qui y était, n'étant pas assez forte pour tenter de se défendre, se retira avec précipitation, et Maurice prit possession de cette grande ville, où il fit les mêmes changemens que dans celles où il avait déjà passé.
Il n'y a point de termes pour exprimer l’éton nement et la consternation qui saisirent l'empereur lorsqu'il apprit ces événemens inattendus, IL voyait ur grand nombre de princes d’Allemagne armés contre lui, et le reste prèt à les joindre ou faisant des vœux pour leur succès; il voyait un monarque puissant s'unir étroitement à eux, et seconder leurs opérations, COmmatdant en personne une armée formidable; tandis que, par une négligence et une crédulité qui l'exposait à la fois au mépris public et au plus grand danger, il ne se trouvait en état de prendre aucune mesure efficace, ni pour réprimer ses sujets rebelles, ni pour repousser l'invasion d'un ennemi étranger. Une partie de ses troupes espagnoles avait été envoyée en Hongrie pour combattre les Turcs; le reste avait été rappelé en Italie pour la guerre qui se faisait dans le duché de Parme. Les bandes des vieilles troupes
1 Sleid., p. 549. Thuan., lib. x, p. 339. Mémoires de Ribier, tom. 11, p. 371.
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(1652) livrer quelquesjitude , et pour endance de tous que; il prenait, protecteur des es princes Captête un bonnet, placé entre deux e sans doute aux avait s'acquérir et es armes !.
tout nouveau à était fait pour se $ le moment où il ssi hardi et entrequ'il avait été ciret, 1] s’avança par jaute Allemagne.
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1 exprimer l’éton li saisirent l’'empeemens inattendus, de princes d’Allee reste prèt à les our leur succès; il s'unir étroitement pations, COMMANformidable; tandis une crédulité qui s public et au plus it en état de prenni pour réprimer epousser l'invasion artie de ses troupes e en Hongrie pour avait été rappelé se faisait dans le des vieilles troupes p. 339. Mémoires ds
[1502] allemandes avaient ® “ licenciées , parce qu'il ne pouvait plus les puyer, ou bien elles s'étaient mises à la solde ‘e Maurice après le siége de Magdebourg. Charles restait done à Inspruck avec un corps de t.:; ‘pes à peine assez fort pour rarder sa personne. Son trésor était épuisé; depuis quelque temps il n'avait reçu aucune remise du Nouveau-Monde, c« il avait perdu tout son crédit auprès des négocians de Gènes et de Venise, qui, malgré l'offre d’un intérêt exorbitant, refusérent de lui prêter de l'argent, Ainsi ce prince, qui était, sans contredit, le plus considérable potentat de la chrétienté et le plus capable de déployer une grande force, puisque sa puissance, quoique violemment attaquée, n’avait eneore souffert aucune diminution, se trouvait cependant hors d'état de faire un effort assez prompt et assez vigoureux pour le sauver du danger imminent dont il était menacé.
Il mit toutes ses espérances dans la négociation, seule ressource de ceux qui sentent leur faiblesse; mais, craignant de compromettre sa dignité en faisant les premières avances à des sujets rebelles, il évita cet inconvénient en employant la médiation de son frère Ferdinand.
Maurice , plein de confiance dans ses talens, et ne doutant pas qu'il ne sût tirer parti de cette négociation , espéra que , par une apparence de facilité à écouter les premières ouvertures d'accommodement , il pourrait amuser l’empereur et lui faire ralentir l’activité des préparatifs qu'il commençait à faire pour se mettre en défense; il consentit sans difficulté à une entrevue avec Ferdinand dans la ville de Lentz en Autriche, où il se rendit sur-le-champ , après avoir laissé son armée continuer sa marche sous les ordres du duc de Mecklenbourg.
Le roi de France exécuta fidèlement tout ce qu’il avait promis à ses alliés; il entra de bonne heure en campagne avec une armée nombreuse et bien payée, et marchant droit en Lorraine, Toul et Verdun lui ouvrirent leurs portes sans résistance, Ses troupes se présentérent ensuite devant Metz; le connétable de Montmorency, ayant obtenu la permission d'y passer avec un petit détachement pour sa garde, y introduisit autant de troupes qu’il en fallait pour en imposer à la garnison, et par ce frauduleux stratagème, les Français se rendirent maîtres de cette ville sans répandre de sang. Henri fit, avec
beaucoup de porape, son entrée dans toutes ces places : il obligea les habitans de lui prêter ser. ment d’obéissance, et réunit à sa couronne ces acquisitions importantes. Après avoir laissé une forte garnison dans Metz, il s'avança vers l’AI- : sace pour tenter de nouvelles conquêtes, que les premiers succès de ses armes semblaient lui promettre f.
La conférence de Lentz ne produisit aucun accommodement. Maurice, en consentant à cette entrevue , n'avait vraisemblablement d'autre objet que de tromper l'empereur; car il fit, en faveur de ses confédérés et du roi de France leur allié, des demandes qui ne pouvaient pas être acceptées par un prince trop fier pour se soumettre ainsi sur-le-champ aux conditions que lai dictait un ennemi. Mais quoique Maurice, pendant toute la négociation, parût invariablement attaché aux intérêts de ses associés, et quoiqu'il ne perdît jamais de vue les objets qui lui avaient mis les armes à la main, il montra toujours le désir le plus vif de terminer à l'amiable avec l'empereur tous les différends. Encouragé par cette apparente disposition à la paix , Ferdinand proposa une seconde entrevue pour le 26 mai, et demanda qu'il y eût une trève qui commençait à ce même jour et durerait jusqu’au 10 de juin, afin de laisser le temps de concilier tous les points contestés.
Dans ces entrefaites, Maurice rejoignit, le 9 mai, son armée, qui s'était avancée jusqu’à Gundelfingen. Il mit ses troupes en mouvement le lendemain au matin; et comme il lui restait encore seize jours pour agir, avant le commencement de la trève, il résolut de tenter, dans cet intervalle, une entreprise dont le succès pourrait être assez décisif pour rendre inutiles les négociations de Passau et pour le mettre en état d'imposer les conditions qu'il jugerait à propos. Il prévit que l'idée d’une cessation d'armes si prochaine et l’empressement adroit qu'il avait montré pour le rétablissement de la paix ne manqueraient pas de donner à l’empereur de fausses espérances, qui, en calmant ses inquiétudes , le replongeraient en partie dans la même sécurité qui lui avait déjà été si fatale. Plein de confiance dans cette conjeeture, Maurice marcha droit à Inspruck et s'avança avec le mouvement
" Thuan., p. 349.
le plus rapide qu'on pût donner à un corps de troupes si considérable. Il arriva le 18 à Fiessen, poste très important à l'entrée du Tyrol, où il trouva un corps de huit cents hommes bien retranchés, que l'empereur y avait placés pour
(1552] Maurice n'était alors qu’à deux jours de mar
| che d’Inspruck, et sans perdre un seul moment il y fit marcher son infanterie; la cavalerie ne
| pouvant être d'aucune utilité dans ce pâys mon- | tagneux, il la laissa à Fiessen pour garder l’en-
s'opposer aux progrès des confédérés. Maurice |
attaqua ces huit cents hommes avec tant de violence et d'impétuosité, qu'ils abandonnèrent leurs lignes avec précipitation , et que, se repliant sur un second corps posté près de Ruten, ils lui communiquèrent la terreur panique dont ils
trée du défilé. Il se proposait d'avancer avec assez de rapidité pour devancer les nouvelles de
la perte d'Ehrenbirg, et pour surprendre
| l'empereur avec toute sa suite, dans une ville
| ouverte et incapable de se défendre. Mais à peine | ses troupes commençaient-elles à se mettre en
étaient saisis; de sorte que tous ensemble prirent | | mutina , déclarant qu’ils ne marcheraient qu'a- | près avoir reçu la gratification qui leur était due,
la fuite après une faible résistance.
Maurice transporté de ce succès, qui surpassait toutes ses espérances, marcha à Ehrenberg, château situé sur un rocher très haut et escarpé qui dominait le seul passage qu'il y eût à travers les montagnes. Comme ce fort s'était déjà rendu aux protestans , au commencement de la guerre de Smalkalde , parce que la garnison était alors
trop faible pour le défendre, l'empereur, qui en.
connaissait l'importance, avait eu soin d'y jeter un corps de troupes suffisant pour repousser les efforts de la plus grande armée. Mais un berger, poursuivant une chèvre qui s'était écartée du troupeau , découvrit un sexier inconnu par lequel on pouvait monter au sommet du rocher. Il vint en donner avis à Maurice ; un petit détachement de soldats choisis, ayant à leur tête Georges de Mecklenbourg, furent à l'instant commandés pour suivre ce guide. Îls se mirent en marche le soir, et ayant grimpé par un sentier escarpé, avec autaut de peine que de danger, ils atteignirent enfin le sommet sans être aperçus; Maurice ayant commencé l'assaut à l’un des côtés du château, ils parurent tout à coup de l'autre côté, au moment et au signal convenu , et se disposèrent à escalader les murs, qui étaient faibles en cet endroit, parce qu'on l'avait cru jusqu'alors inaccessible. La garnison, saisie de frayeur en se voyant attaquée par un côté où elle se croyait à l'abri de tout danger, mit bas les armes surle-champ. Ainsi Maurice, presque sans verser de sang, et, ce qui lui était plus important encore, sans perdre de temps, se trouva maître d'une place dont la réduction aurait pu le retarder long-temps, et aurait demandé les plus grands efforts de valeur et d’habileté !,
1 Arnold, Filta Maurit., p. 123.
mouvement , qu'un bataillon de mercenaires se
suivant l'usage de ce temps-là, pour avoir pris
| une place d'assaut. Ce ne fut qu'après beaucoup
de peine et de dangers et aux dépens d’un temps
| précieux que Maurice vint à bout d'apaiser cette | révolte et d'engager les soldats à le suivre vers
une ville où ils trouveraient un riche butin, qui les récompenserait de tous leurs services.
L'empereur ne dut sa sûreté qu'au délai occasioné par cet accident imprévu. Il n’apprit que vers la nuit le danger qui le menaçait ; et voyant que rien ne pouvait le sauver que la fuite la plus prompte, il quitta sur-le-champ Inspruck. Malgré l'obscurité de la nuit et la violence de la pluie qui tombait alors, et quoiqu'il fût si fort affaibli par les douleurs de la goutte, qu'il ne pouvait souffrir d'autre mouvement que celui d'une litière, il voyagea à la lumière des flambeaux, prenant sa route à travers les Alpes, par des sentiers presque impraticables. Ses courtisans et ses domestiques le suivaient avec la mème précipitation, quelques-uns sur des chevaux qu'ils avaient pu se procurer à la hâte, un grand nombre à pied, et tous dans le plus grand désordre. Ce fut dans ce misérable équipage, bien différent de la pompe dont on avait vu le conquérant de l'Allemagne constamment environné pendant les cinq années précédentes, que
| Charles arriva, avec sa suite découragée et abat-
tue de fatigue, à Villach, dans la Carinthie ; et à peine se crut-il en sûreté dans ce lieu inconnu et inaccessible.
Maurice entra à Inspruck quelques heures après que l'empereur et les siens étaient sortis. Désespéré de voir échapper sa proie au moment où il était près de la saisir, il les poursuivit jusqu'à quelques milles de distance; mais, refgar-
renom
pt et Cf) hdi bed bond = pete pont ous os | SEL ESS SES ns mt lan LS es
PR, PE nd fou An, Ps
leux jours de mar e un seul moment e; la cavalerie ne dans ce päys monpour garder l’end'avancer avec asr les nouvelles de pour surprendre te, dans une ville endre. Mais à peine Iles à se mettre en de mercenaires se narcheraient qu’aà qui leur était due, là, pour avoir pris qu'après beaucoup dépens d’un temps bout d'apaiser cette ats à le suivre vers un riche butin, qui eurs services.
eté qu'au délai oc- ‘évu. Il n’apprit que nenaçait ; et voyant que la fuite la plus imp Inspruck. Malt la violence de la quoiqu'il fût si fort la goutte, qu’il ne uvement que celui : lumière des flamavers les Alpes, par icables. Ses courti- > suivaient avec la es-uns sur des cheocurer à la hâte, un s dans le plus grand nisérable équipage, dont on avait vu le constamment envies précédentes, que découragée et abatns la Carinthie ; et à ans ce lieu inconnu
ck quelques heures siens étaient sortis.
sa proie au moment 1 les poursuivit justance; mais, r'egar-
dant comme impossible d'atteindre des fuyards à qui la crainte donnait des ailes, il revint dans la ville, et livra au pillage tous les bagages de l'empereur et de ses ministres. Il défendit en même temps de toucher à toutce qui appartenait au roi des Romains, soit qu'il eût formé quelque liaison d'amitié avec ce prince, soit qu’il voulôt le faire croire. Maurice avait calculé le temps de ses opérations avec tant de justesse, qu'il ne restait plus alors que trois jours jusqu’au commencement de la trève convenue. II partit surle-champ pour aller trouver Ferdinand à Passau au jour qui avait été fixé.
Avant de sortir d’Inspruck, Charles mit en liberté l'électeur de Saxe, qu’il avait dépouillé de son électorat et qu'il traînait depuis cinq ans à sa suite. Il espérait peut-être embarrasser Mauvice en relâchant un rival qui pourrait lui disputer son titre et ses états ; ou peut-être sentait-il l'indécence de retenir ce prince prisonnier tandis qu’il eourait lui-même le risque d’être privé de sa liberté. Mais l'électeur, ne voyant d'autre moyen de s'échapper que celui que prenait l'empereur, et frémissant à la seule idée de tomber entre les mains d’un parent qu'il regardait avec raison comme l’auteur de toutes ses infortunes, prit le parti d'accompagner Charles dans sa fuite, et d'attendre la décision de son sort de la négociation qui devait s'entamer.
Ce ne fut pas le seul effet que produisirent les opérations de Maurice. On ne fut pas plus tôt informé à Trente qu’il avait pris les armes, qu'une consternation générale s’empara des pères du concile. Les prélats allemands retournèrent chez eux sur-le-champ, dans la vue de pourvoir à la sûreté de leur propres domaines. Les autres avaient une extrême impatience de se retirer aussi ; et le légat, qui jusqu'alors avait résisté à tous les efforts des ambassadeurs impériaux qui voulaient faire admettre au concile les théologiens protestans, saisit avec joie cette occasion de dissoudre une assemblée qui lui avait paru si difficile à gouverner. Une congrégation , qui se tint le 28 avril, rendit un décret pour proroger le concile pendant deux ans et pour le convoquer de nouveau à l'expiration de ce terme, si la paix était rétablie en Europe !, Cette prorogation s'étendit jusqu'à dix ans;
1 Fra-Paolo, p. 353.
—————————————————— me
mais {es opérations du concile, lorsqu'il se rassembla en 1562, appartiennent pas à la période qu'embrasse cette histoire.
La convocation d’un concile avait été passion. nément désirée par tous les états de la chrétienté : on espérait de la sagesse et de la piété des prélats qui représentaient le corps entier des fidèles qu’il en résulterait des efforts charitables et efficaces pour terminer les disputes qui s'étaient malheureusement élevées dans l'église, Mais les différens papes qui avaient convoqué cette assemblée avaient d’autres objets en vue : ils mirent en œuvre tout ce qu'ils avaient de politique et d'autorité pour arriver à leur but. Les talens et l'adresse de leurs légats, l'ignorance d'un grand nombre de prélats et la basse soumission des évêques indigens d'Italie, donnèrent à ces papes une si grande influence dans le concile, qu'ils en dictaient tous les décrets, et qu’en
‘ les rédigeant ils pensaient moins à rétablir l'n-
nité et la concorde dans l’église qu’à affermir leur propre domination ou à consolider les principes sur lesquels ils imaginaient que cette domination était fondée. Des dogmes, qui jusqu’alors n'avaient été reçus que sur la foi de la tradition, ei dans l'interprétation desquels on admettait quelque latitude , furent définis avec une scrupuleuse exactitude et confirmés par la sanction de l'autorité papale. Des cérémonies qui n’avaient été observées que par déférence à des usages qu'on regardait comme anciens furent établies par les décrets de l’église et déclarées parties essentielles de son culte, Au lieu de fermer la brèche, on l’élargit, et le mal devint irréparable ; au lieu d'essayer de concilier les partis divisés, on affecta de tirer une ligne précise qui fixait et établissait la séparation des deux partis. Ces opérations servent encore aujourd'hui à les tenir divisés, et, si la Providence divine n'y intervient, doivent rendre la séparation éternelle,
Nous devons à trois auteurs différens la connaissance que nous avons des opérations de cette assemblée, Le père Paul, de Venise, écrivit son histoire du concile de Trente tandis que la mémoire de ce qui s'y était passé était encore récente, et que plusieurs de ceux qui y avaient assisté vivaient encore. Il a développé les intrigues et les artifices qui y présidèrent, avec une liberté et une sévérité qui ont donné une atteinte
profonde à l'autorité et à la réputation de ce concile. Il en a décrit les délibérations et expliqué les décrets avec tant de clarté et de profondeur , avec une érudition si variée et une raison si solide, que son livre est justement regardé comme un des meilleurs ouvrages d'histoire qui existent. Environ cinquante ans après, le jésuite Pallavicini publia son histoire du concile en opposition à celle du père Paul ; il employa toutes les ressources d'un esprit subtil et délié pour infirmer l'autorité et pour réfuter les raisonnemens de son antagoniste; il s'efforce de prouver, en justifiant adroitement les opérations du concile et en interprétant ses décrets avec subtilité, que l'impartialité en dirigea les délibérations, et que le jugement ainsi que la candeur en dicta les décisions. Vargas, jurisconsulte espagnol, qui fut nommé pour accompagner à Trente les ambassadeurs impériaux, envoyait à l'évèque d'Arras un compte exact de tout ce qui s’y passait, et lui expliquait tous les artifices que le légat employait pour faire agir à son gré le concile, On a publié une lettre dans laquelle Vargas déclame contre la cour du pape avec !x sévérité naturelle à un homme qui, par sa situation, était en état de bien observer les manœuvres de cette cour, et qui était obligé d'employer tous ses soins et ses talens à les faire échouer. Quel que soit celui de ces trois auteurs qu’on prenne pour guide dans le jugement qu’on se formera de l'esprit qui animait ce concile, on découvrira parmi quelques-uns de ceux qui le composaient tant d’ambition et d'artifice, et parmi la plupart des autres tant d’ignorance et de corruption ; on y observera une si forte teinte des passions humaines et si peu de cette simplicité de cœur, de cette pureté de mœurs et de cet amour de la vérité qui seuls peuvent donner aux hommes le droit de décider quelle doctrine est digne de Dieu et quel culte lui est agréable, qu'il sera bien difficile de croire qu'une influence extraordinaire du Saint-Esprit ait animé cette assemblée et inspiré ses décisions.
Tandis que Maurice était occupé à négocier à Lentz avec le roi des Romains, ou à faire la guerre à Fempereur dans le Tyrol, le roi de France s'était avancé en Alsace jusqu'à Strasbourg. 11 demanda au sénat la permission de traverser la ville, espérant qu’à l'aide du mème stratagème qui tui avait réussi à Metz, il pour
rait se rendre maître de la place et se frayer, par le Rhin, un passage dans le cœur de l'Allemagne; mais les Strashourgeois , instruits par la crédulité et le malheur de leurs voisins, fermèrent leurs portes, et ayant rassemblé une garnison de cinq mille hommes, ils réparèrent leurs fortifications , rasèrent les maisons qui étaient dans leurs faubourgs, et parurent déterminés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Ils envoyèrent en même temps au roi une députation des bourgeois les plus respectables, pour le prier de n’exercer aucune hostilité contre eux. Les électeurs de Trèves et de Cologne, le duc de Cièves et d’autres princes du voisinage, se joignirent à eux pour conjurer Henri de ne pas oublier le titre qu'il avait pris si généreusement, et de ne pas se rendre l’oppresseur de l’Allemagne dont il s’était annoncé comme le libérateur. Les cantons suisses les secondèrent aussi avec zèle, et sollicitèrent Henri d'épargner une ville qui depuis long-temps était liée avee leur république par l'amitié et par des traités.
Quelque puissante que fût cette intercession réunie, elle n’aurait pu déterminer Henri à renoncer à une conquête si importante, S'il avait été en état de se l’assurer; mais on connaissait peu dans ce siècle le moyen de faire subsister de nombreuses armées loin des frontières de leur pays, et les revenus des princes, ainsi que leur habileté dans l’art de la guerre, étaient fort audessous des efforts vigoureux et compliqués qu'exigcait une telle entreprise. Quoique les Français ne fussent pas encore bien éloignés de leurs frontières, ils commençaient déjà à sentir la disette des vivres, et ils n'avaient pas des magasins suffisans pour leur fournir des provisions pendant un siége qui, nécessairement, aurait été fort long !. En même temps la reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas , avait assemblé un corps de troupes considérable, qui, sous le commandement de Martin de Rossem, ravageait la Champagne et menaçait les provinces adjacentes. Ces différentes circonstances obligèrent le roi, malgré sa répugnance, d'à bandonner l’entreprise. Mais il voulut du moins se faire, auprès de ses alliés, un mérite de cette retraite qu’il ne pouvait éviter, et il témoigna aux Suisses qu’il ne prenait cette résolution que
1 Thuan., p. 351, 352.
» et se frayer, par r de l'Allemagne; uits par la créduoisins, fermèrent blé une garnison arérent leurs fors qui étaient dans déterminés à se xtrémité. Ils enoi une députation bles, pour le prier contre eux. Les ologne , le duc de voisinage , se joi- Henri de ne pas si généreusement, resseur de l’Allecomme le libérasecondèrent aussi ri d'épargner une tait liée avee leur des traités.
cette intercession miner Henri à reortante, S'il avait ais On connaissait à faire subsister de frontières de leur ces, ainsi que leur e, étaient fort auux et compliqués rise. Quoique les e bien éloignés de aient déjà à sentir vaient pas des marnir des provisions ssairement , aurait emps la reine de ays-Bas , avait asvonsidérable, qui, fartin de Rossem, menaçait les prontes circonstances répugnance, d’ail voulut du moins un mérite de cette er, et il témoigna ette résolution que
par déférence pour leurs sol!icitations 1. Il ordonna ensuite de mener boire dans le Rhin tous les chevaux de son armée, pour prouver qu'il avait poussé jusque-là ses conquêtes , et il reprit la route de Champagne.
Pendant que le roi de France et la grande armée des confédérés faisaient ces mouvemens, on avait confié à Albert de Brandebourg le com-
la dévastation. Au milieu de ces excès d'une fureur bizarre , Albert n’eut aucun égard ni aux
ordres de Maurice, malgré l'engagement qu'il , avait contracté de lui obéir comme au général en chef de la ligue, ni aux représentations des
mandement d’un corps séparé de huit mille
hommes, composés principalement de merce-
attirés par le désir du pillage plutôt que par l'espérance de recevoir une solde fixe et réglée, Ce prince, se voyant à la tête de ce corps d'aventuriers déterminés à le suivre partout, commençabientôt à dédaigner l'état de subordination dans lequel il avait été jusque-là , et à former ces projets vastes d’agrandissement qui se présentent rarement aux esprits les plus ambitieux, si ce n’est lorsque les guerres civiles et les factions les excitent à des entreprises hardies, en les flattant de l’espérance d’un succès prochain. Plein de ces grandes prétentions, Albert fit la guerre d’une manière très différente de celle des confédérés , il s’efforça de répandre au loin la terreur de ses armes par la rapidité de ses mouvemens , aussi bien que par l’étendue et la violence de ses dévastations. Il exigea des contributions de tous les endroits où il passa, dans le dessein d’amasser assez d'argent pour être en état de payer et de conserver son armée. I chercha à s'emparer de Nuremberg, d'Ulm ou de quelque autre ville libre de la haute Allemagne qui lui servit de capitale, où il pût fixer le siége de son gouvernement. Mais trouvant ces villes sur leurs gardes et en état de lui résister, il tourna toute sa fureur contre les ecclésiastiques papistes, dont il ravagea les terres avec une barbarie impitoyable, qui leur donna des impressions très défavorables contre l'esprit de cette religion réformée dont il prétendait être un zélé défenseur. Les évêques de Bamberg et Waurtzbourg se trouvèrent, par leur situation, plus exposés que les autres à ses violences. Il
oo,
autres confédérés, il fit voir clairement qu'il n'était occupé que de son propre intérêt, sans s'embarrasser de la cause commune ni du motif général qui avait fait prendre tes armes
| aux confédérés.
paires qui s'étaient rangés sous ses drapeaux,
Cpendant Maurice ayant fait revenir son
, armée en Bavière, et ayant publié un manifeste, | où il enjoignait au clergé luthérien et aux ins-
obligea le premier à lui abandonner la pro- |
priété d’environ la moitié de son vaste diocèse ; il força le second à lui payer une somme immense pour racheter son pays de la ruine et de
1 Sleidan, p. 587. Brantôme, tom. VI, p. 39,
tituteurs de la jeunesse de reprendre leurs fonctions dans toutes les villes, les écoles et les universités , d’où ils avaient été chassés, il rejoignit Ferdinand à Passau, le 26 mai. Ce congrès, où l’on allait traiter des affaires de la plus grande importance pour le maintien de la paix et de l'indépendance de l'empire, attirait les regards de toute l’Atlemagne. Outre Ferdinand et les ambassadeurs de l’empereur, le duc de Bavière, les évêques de Saltzbourg et d'Eichstaedt, les ministres de tous les électeurs et les députés des princes des villes libres les plus considérables s'étaient rendusà Passau. Maurice, au nom des confédérés, et le roi des Romains, comme représentant l'empereur, ouvrirent la négociation. Les princes qui étaient présens et les députés de ceux qui étaient absens agirent comme intercesseurs et médiateurs.
Maurice, dans un long discours, exposa les motifs de sa conduite, après avoir fait l’'énumération de tous les actes de‘despotisme, contraires à la constitution de l'empire, auxquels l'empereur s'était porté dans son administration; il se borna à trois objets, déjà énoncés dans le manifeste qu'il avait publié en prenant les armes : ï. demanda que le landgrave de Hesse fût mis en liberté sur-le-champ, qu’on fit droit sur les griefs des confédérés relativement à l'administration civile de l'empire, et que les protestans eussent l'exercice public et tranquille de leur religion. Ferdinand et les ambassadeurs de l’empereur montrant de la répugnance à accorder toutes ces conditions, les médiateurs écrivirent en commun une lettre à l’empereur, pour le conjurer de délivrer l'A: lemagne des calamités d’une guerre civile, en donnant à Maurice et à son parti toutes les sati
factions qui pouvaient les engager à mettre bas les armes. Ils obtinrent en mème temps de Maurice que la trève serait prolongée pour un court intervalle, pendant lequel ils s’efforceraient d'obtenir une réponse décisive aux demandes des confédérés.
Cette requête fut présentée à l'empereur, au nom de tous les princes de l'empire tant papistes que protestans, et de ceux qui avaient secondé ses desseins ambitieux , aussi bien que de ceux qui avaient vu avec crainte et avec jalousie l'accroissement de son pouvoir, Cette unanimité, si peu commune et si sincère à appuyer les demandes de Maurice et à recommander la paix, prenait sa source dans différens motifs. Ceux qui étaient le plus attachés à l’église romaine ne pouvaient se dissimuler que le parti protestant était soutenu par une armée nombreuse , pendant que l’empereur commençait à peine à faire les premiers préparatifs pour se défendre. Ils prévoyaient les grands efforts qu'il leur faudrait faire pour lutter avec un ennemi auquel on avait laissé prendre des forces si redoutables. L'expérience leur avait montré que l'empereur recueillerait seul le fruit de leurs efforts, etque la victoire la plus complète ne ferait qu'appesantir leurs chaines et les rendre insupportables. Ces considérations leur faisaient craindre de contribuer une seconde fois, par un zèle indiscret, à mettre l’empereur en possession d'une puissance qui deviendrait fatale à la liberté de l'Allemagne; ainsi, malgré la violence indomptable de l’espritsuperstitieux de ce siècle, ils aimèrent mieux que les protestans obtinssent la liberté de conscience qu'ils demandaient que d'aider Charles à les opprimer et de le mettre en état de bouleverser la constitution de l’empire, en donnant encore plus d’étendue à la prérogative impériale, La crainte de voir l’Allemagne en proie de nouveau à toutes les horreurs de la guerre civile ajoutait un grand poids à toutes ces considérations. Plusieurs états de l'empire avaient déjà éprouvé la fureur destructive des armes d'Albert; d’autres la craignaient, et tous désiraient un accommodement entre l'empereur et Maurice, qui les délivrerait de ce terrible fléau.
Tels étaient les motifs qui portaient tant de princes, malgré la différence de leurs intérêts politiques et de leur religion, à s'unir pour
presser l’empereur de faire avec Maurice un accommodement, qui leur paraissait non-seulement salutaire, mais d’une absolue nécessité, Des raisons presque aussi nombreuses et aussi fortes portaient Charles lui-même à le désirer, Il connaissait tous les avantages que les confé. dérés avaient acquis par sa négligence, et il sentait alors l'insuffisance des ressources qu'il avait pour s’y opposer. Les Espagnols, ses sujets, mécontens de sa longue absence, et fatigués de ces guerres continuelles qui ne pouvaient être d'aucun avantage à leur pays, ne voulaient plus lui fournir aucun subside considérable ni d'hommes ni d'argent ; et, quoiqu'il pôt se flatter de tirer d'eux de nouveaux secours par adresse ou par importunité, il voyait bien qu'il ne les obtiendrait pas assez promptement pour pouvoir en profiter dans des circonstances qui demandaient la plus grande célérité, Son trésor était épuisé,ses vieilles troupesétaient dispersées ou licenciées, et il ne pouvait pas compter beaucoup sur le courage et la fidélité des nouvelles levées qu’il était obligé de faire. Il ne pouvait raisonnablement espérer d’user encore avec quelque succès des mêmes artifices qu'il avait employés pour affaiblir et ruiner la ligue de Smalkalde. Le but auquel il tendait était trop bien connu, et l'on n'aurait plus été la dupe des prétextes spécieux sous lesquels il avait d’abord caché ses ambitieux desseins. Tous les princes d'Allemagne étaient en défiance et sur leurs gardes : il eût tenté inutilement une seconde fois de les aveugler sur leurs intérêts et de se servir tour à tour d’une partie d’entre eux pour asservir les autres. L'expérience lui avait appris d’ailleurs qu'une confédération dont Maurice était le chef serait autrement dirigée que l'avait été la ligue de Smalkalde, et qu’elle ne montrerait nila même irrésolution dans ses projets ni la même faiblesse dane ses efforts. S'il se déterminait à continuer la guerre, il devait compter que les états les plus considérables de l’Allemagne prendraient parti contre lui. Il ne pouvait attendre du reste qu'une neutralité équivoque. Il pouvait craindre encore que, pendant que ses forces seraient occupées d'un côté, le voi de France ne saisit le moment favorable pour porter la guerre sur une autre partie avec un succès presque certain. Ce monarque avait déjà fait des conquêtes dans l'empire, et Charles
ET MM Peau
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était aussi empressé de les recouvrer qu'impatient de tirer vengeance des secours qu'on avait donnés à ses sujets mécontens. Quoique Henri füt alors retiré en deçà du Rhin, il n'avait fait que changer le théâtre de la guerre, et il avait porté toutes ses forces dans le. Pays-Bas. Les Turcs, excités par les sollicitations du roi de France et par leur ressentiment contre Fe:dinand , qui avait violé la trève ea Hongrie, préparaient une flotte puissante vour ravager les côtes de Naples et de Sicile , quf avait laissées presque sans défense, en nrant de ses états la plus grande partie des troupes réglées pour renforcer l’armée qu'il s'occupait alors d’assembler.
Ferdinand, qui s'était transporté lui-même à Villach, dans le dessein de mettre sous les yeux de l'empereur le résuitat de la conférence de Passau , avait aussi des ‘motifs particuliers de désirer la paix, et se trouvait excité par-là à seconder avec la plus grande chaleur les raisons que les princes assemblés au congrès avaient alléguées pour la paix. Il avait vu avec quelque satisfaction le coup fatal porté au pouvoir despotique que son frère avait usurpé dans l’eme pire. Ilétait fort occupé à empêcher que Charles ne recouvrât ce qu'il avait perdu, parce qu’il prévoyait que, si ce prince en venait à bout, il reprendrait avec une nouvelle ardeur et une plus grande apparence de succès son projet favori de transmettre le pouvoir à son fils, en excluant son frère de la succession à l'empire. IL se proposait donc de concourir de tout son pouvoir à limiter l'autorité impériale, afin de s'en assurer par-là même la possession. D'ailleurs Soliman , aigri par la perte de la Transylvanie et encore plus par les artifices frauduleux qui la lui avaient fait perdre, avait mis en campagne une armée de cent mille hommes, qui, après avoir défait un corps des troupes de Ferdinand et pris plusieurs places importantes, menaçait non-seulement d'achever la conquête de cette province, mais même de chasser Ferdinand de cette partie de la Hongrie qui lui était encore soumise. Ce prince était dans l'impossibilité de résister à un si puissant ennemi : son frère ne pouvait lui être d’aucun secours tant qu'il serait engagé dans une guerre civile, et il ne devait pas se promettre de tirer des princes d'Allemagne le contingent de troupes et d'ar-
gent qu'ils avaient coutume de fournir pour repousser les invasions des infidèles. Maurice, ayant bien remarqué l'embarras de Ferdinand sur ce dernier article, lui avait offert, si la paix était solidement rétablie, de marcher lui-même en Hongrie à son secours à la tête de ses troupes. Une proposition si avantageuse à Ferdinand, dans les circonstances où il se trouvait, fitune si grande impression sur son esprit, que, se voyant privé d’ailleurs de tout autre secours, il devint le défenseur le plus ardent de la cause des confédérés, et qu'il leur aurait accordé les demandes les plus fortes plutôt que de retarder une paix qu’il regardait comme le seul moyen de raffermir sur sa tête la couronne de Hongrie.
Tant de circonstances conspirant à déterminer un accommodement, on devait naturellement s'attendre à le voir bientôt conclu. Mais le caractère inflexible de l'empereur et la réprgnance qu'il avait de renoncer tout d’un coup à un plan qu'il avait suivi avec tant de chaleur et de constance, contre-balançaient la force de tous les motifs qui le portaient à la paix, et nonseulement retardaient cet événement, mais semblaient le rendre incertain. Quand les demandes de Maurice et la lettre des médiateurs de Passau lui furent présentées, il refusa nettement de faire droit sur les griefs qui y étaient énoncés, ct d'accorder aucune stipulation pour la sûreté actuelle de la religion protestante. Il proposa de renvoyer la discussion de ces deux points à la diète prochaine. De son côté il demanda qu'on le dédommageât sur-le-champ de toutes les pertes qu'il avait essuyées dans cette guerre et par la licence des troupes des confédérés et par les exactions de leurs chefs.
Maurice, qui connaissait tous les artifices de l'empereur, fut persuadé que les propositions de ce prince n’avaient d'autre objet que de lui faire perdre du temps et de le tromper. Sans écouter les prières de Ferdinand, il quitte Passau brusquement, et rejoignant ses troupes qui étaient campées à Merghenteim, ville de Franconie, appartenant aux chevaliers de l'ordre Teutonique, il se meten mouvement et recommence les hostilités, Comme trois mille hommes à la solde de l’empereur s'étaient jetés dans Francfort-sur-le-Mein et pouvaient de là infester la Hesse qui en était voisine, il marcha vers cette ville et en forma le siége. La célérité de