‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 82 sur 112 · HI · texte numérisé non relu

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onquête de l'Égypte par les ere du passage par le cap ssement de la domination

ns après la mort de ement qui occasiona considérable dans le ec l'Inde. Mahomet, eligion, semble avoir in nouvel esprit, et alens et des passions re montrés. La plus dès les temps les plus de l’indépendance et oignaient tranquilleiltivaient leurs pale de leur péninsule , pnnaître au reste des jetaient sur une ca- "un voyageur pour s districts cependant indre les travaux de du commerce aux oce. Toutes ces classes ffés de l’ardeur enremplis les exhortahomet, déployèrent issionnaires et l’amrépandirent la docétendirent la domiles rivages de l'océan e la Chine, avec une en n’approche dans . L'Égypte fut une es; et comme ils s’érayant et en prirent exclus de toute comie, où ils s'étaient comme au principal e l'Inde; et ce n'est

pas là que se borna l'effet du progrès des armes mahométanes sur ie commerce de l'Europe avec l'Inde. Avant de s'être emparés de l'Égypte, les Arabes avaient subjugué la grande monarchie de Perse, qu'ils avaient ajoutée à l'empire de leurs, califes, [ls trouvèrent leurs nouveaux sujets occupés de ce grand commerce avec l'Inde et avec le pays situé à l’orient de cette péninsule , dont j'ai déjà développé le commencement et les progrès dans la Perse; ils furent si frappés des grands avantages qui en résuitaient ,

qu'ils désirèrent d'y avoir part. Comme l'instant |

où l'on réveille puissamment les facultés actives de l'esprit humain dans un genre, est celui où elles sont capables d'agir avec le plus de force dans un autre genre , de guerriers impétueux , les Arabes devinrent bientôt des marchands entreprenans. Ils continuérent le commerce avec l'Inde, en lui laissant suivre sa première direction du golfe Persique, mais ce fut avec cette ardeur qui caractérisa tous les premiers efforts des sectateurs de Mahomet. En peu de temps ils s’avaneërent bien au-delà des bornes de l'ancienne navigation, et apportèrent directement des pays qui les produisaient plusieurs des marchandises les plus précieuses de l'orient. Pour s'assurer exclusivement tout le produit de la vente, le calife Omar , quelques années après

la conquête de la Perse, fonda la ville de Bas- !

Sora , sur la rive occidentale du grand confluent de l'Euphrate et du Tigre , du sein de laquelle il devait dominer ces deux fleuves par lesquels les productions arrivées de l'Inde se répandaient dans toutes les parties de l'Asie. Le choix qu’il avait fait de cet emplacement était si bien entendu, qu’en peu de temps Bassora devint une place de commerce qui le cédait à peine à Alexandrie.

Ces connaissances générales sur Le commerce des Arabes avec l'Inde , les seules que nous aient laissées les écrivains de ce temps, se confirment et s'étendent par le récit d'un voyage du golfe Persique vers les contrées de l'orient, écrit par un marchand arabe l'an huit cent cinquante-un de l'ère chrétienne, environ deux sièeles après que la Perse eut été soumise aux califes, et expliqué par le commentaire d’un au-

des rapports commerciaux avec l'Inde, nous met à même de décrire plus en détail l'étendue des découvertes des Arabes dans l'orient, et la manière dont elles furent faites.

Quoique certaines personnes aient imagin :

que l’étonnante propriété de l’aimant , dont le frottement communique à une aiguille ou à une légère verge de fer la faculté de tourner vers ‘ les pôles de la terre, fut connue dans l’orient loag-temps avant qu’on l’eût observée en Europe, il est évident par la relation de ce marchand mabométan et par le concours de plusieurs preuves, que ce guide fidèle manquait non-seulement aux Arabes, mais encore aux Chinois, et que le mode de leur navigation n'avait rien de plus har li que celui des Grecs et des Romains ! s'attachaient servilement à la côte, qu'ils n'osaient presque jamais perdre de vue, et dans cette marche timide et tortueuse , leurs estimations me pouvaient être que fautives et sujettes aux mêmes erreurs que j'ai déjà observées dans celles des Grecs et des Romains.

Malgré ces avantages, les progrès des Arabes du côté de lorient s’étendirent bien au-delà du golfe de Siam, terme de la navigation européenne. Ils eurent des liaisons avec Sumatra et les autres îles du grand archipel de l'Inde , et s’avancèrent jusqu'à le Quang-Tong en Chine ; et ces découvertes ne doivent point être regardées comme l'effet de l'inquiète curiosité des individus : on les devait au commerce régulier qui se faisait du golfe Persique avec la Chine et dans les pays intermédiaires. Plusieurs mahométans, à l'exemple des Perses cités par Cosmas Zndicopleustes , s’établirent dans l'Inde et dans les pays au-delà. Ils étaient en si grand

. nombre dans la ville de Quang-Tong , que l'em-

tre Arabe qui. avait aussi visité les parties orien- | tales de l'Asie (36). Cette relation curieuse, qui :

supplée à ce qui nous manque dans l’histoire

pereur (suivant les auteurs arabes) leur permit d’avoir un grand cadi ou juge de leur secte, pour décider les querelles qui s'élevaient entre ses concitoyens d'après leurs propres lois , et pour présider à toutes jes fonctions de la religion ?, Dans d’autres endroits on gagna des prosélytes à la foi mahométane , et la langue arabe fut entendue et parlée dans presque tous les ports de quelque conséquence. Des vaisseaux

1 Relation, p. 2, 8, etc.

3? Relalion, p. 7; Remarques ,.p. 19; Recherches, p.171 etc.

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de la Chine et autres endroits de l'Inde allaient trafiquer dans le golfe Persique (37), et à force de se fréquenter les nations de l’orient parvinrent à mieux se connaître !.

On en voit une preuve frappante dans les derniers détails sur la Chine et sur l'Inde, qui se trouvent dans les deux auteurs que j'ai cités. Ils indiquent la situation de Quang-Tong, aujourd'hui si bien connue des Européens , avec un degré d’exactitude extrême. Ils parlent du grand usage qu’on faisait de la soie en Chine. Personne n'avait rien dit avant eux de leur fameuse manufacture de porcelaine, qu’ils comparent au verre à cause de sa délicatesse et de sa transparence. Ils décrivent l’arbrisseau qui porte le thé, et la manière d'employer ses feuilles ; et ce qu'ils nous raportent du grand revenu fondé sur sa consommation ferait croire que le thé au neuvième siècle n’était pas moins qu’aujourd'hui la boisson favorite des Chinois ?,

Les parties mêmes de l'Inde qui étaient.connues des Grecs et des Romains, l'avaient été beaucoup mieux par les Arabes. Ils parlent d’un grand empire établi sur la côte de Malabar, gouverné par des monarques dont relevaient tous les autres souverains de l'Inde. Ces monarques portaient le nom de Balchara, que l’on connaît encore aujourd'hui dans l’{nde à ; et il est probable que le Samorin , ou empereur de Calicut, dont on parle si souvent dans les relations des premiers voyages des Portugais dans l'Inde , possédait une portion de leurs états. Ils vantent les progrès extraordinaires que les Indiens avaient faits dans la connaissance des astres , circonstance qui paraît n'avoir pas été connue des Grecs et des Romains; et ils assurent que, dans cette partie des sciences , ils étaient de beaucoup supérieurs aux nations les plus éclairées de l'orient , ce qui faisait donner à leur souverain le titre de roi de la sagesse 4, Des particularités dans les institutions politiques, la manière de rendre la justice, les jeux et les superstitions des Indiens, les austérités excessives et la vie pénitente des fakirs, tous ces faits pourraient être cités comme autant de preuves de la connaissance supérieure que

1 Relation, p. 8.

+ Relation, p. 21, 25,

5 D'Herbelot, art. #edd et Bellar 4 Relation , p. 87, 53.

HISTORIQUES

les Arabes avaient acquise des mœurs de ce peuple.

Le même'amour du commerce, ou le même zèle religieux qui engagea les mahométans de Perse à visiter les régions les plus éloignées de l'orient, s’'empara des chrétiens de ce royaume. Les églises nestoriennes établies en Perse, d'abord sous la protection de ses souverains naturels, et ensuite sous celle des califes ses conquérans, étaient nombreuses et gouvernées par des ecclésiastiques respectables. Ils avaient de très bonne heure envoÿé des missionnaires dans l'Inde, et surtout, comme je l'ai déjà dit, dans l’île de Ceylan. Lorsque les Arabes étendirent leur navigation jusqu'en Chine, un champ plus vaste pour leur commerce et pour leur zèle s’ouvrit à leurs yeux. Si l'on peut s’en rapporter au témoignage unanime des auteurs chrétiens de l’orient et de l'occident , confirmé par celui des deux voyageurs mahométans, leurs pieux travaux furent suivis d’un tel succès, qu'aux neuvième et dixième siècles, le nombre des chrétiens dans l'Inde et dans la Chine était déjà considérable (38). Comme les églises dans ces deux pays recevaignt tous leurs prêtres de Perse, où ils étaient ordonnés per le catholicos ou primat nestorien, dont ils reconnaissaient la suprématie, ce fut une voie toujours ouverte de communications et de rapports; et c’est à l'effet combiné de toutes ces circonstances que nous devons les détails que les deux écrivains arabes nous ont laissés ! sur ces régions de l'Asie, que les Grecs et les Romains n’ont ja-

mais visitées.

Mais tandis que les sujets mahométans et

chrétiens des califes continuaient d'acquérir de nouvelles connaissances dans lorient, les peuples de l’Europe s'en voyaient presque entièrement exclus. On leur avait même fermé l'entrée du grand port d'Alexandrie ; et les nouveaux maîtres du golfe Persique , contens de satisfaire les nombreuses demandes de leurs vastes états, ne songeaient point à envoyer, par aucun des débouchés ordinaires, les marchandises de l’Inde aux villes commerçantes de la Méditerranée. Les riches habitans de Constantinople et des autres grandes villes de l'Europe, supportaient cette privation d’un luxe qui avait long-temps fait

1 Relation, p.39.

s mœurs de ce

ce, ou le même mahométans de lus éloignées de s de ce royaume.

°s en Perse, d'ajouverains natucalifes ses congouvernées par s. Ils avaient de issionnaires dans e l'ai déjà dit, les Arabcs étenen Chine, un mmerce et pour Si l’on peut s'en iime des auteurs cident , confirmé s mahométans, vis d’un tel suce siècles, le nomet dans la Chine mme les églises ous leurs prètres és par le cathoit ils reconnaisne voie toujours

de rapports; et ces circonstances le les deux écrisur ces régions omains n'ont ja-

mahométans et nt d'acquérir de orient, les peu- Jresque entière- Le fermé l'entrée et les nouveaux ens de satisfaire urs vastes états, par aucun des andises de l’Inde éditerranée. Les le et des autres pportaient cette long-temps fait

leurs délices, avec une telle impatience , que le commerce déploya toute son activité pour trouver quelque remède à un mal qui leur paraissait intolérable. Les difficultés qu’il fallait surmonter à cet effet sont la preuve la plus frappante du grand cas que l'on faisait alors des marchandises de lorient. On achetait la soie de la Chine dans le Chensi, la province la plus occidentale de cet empire; et de là une caravane la transportait par une marche de quatre-vingts ou cent jours, jusqu'aux bords de l'Oxus , d'où elle s’acheminait , en suivant le cours de cette rivière : jusque vers la mer Caspienne. Après un dangereux voyage à travers cette mer, et remontant le Kur jusqu’à son dernier endroit navigable , on la conduisait par un court trajet de terre de cinq jours jusqu'au Phase, qui se jette dans l'Euxin ou la mer Noire, où, par une route très connue, elle arrivait à Constantinople. Le transport des marchandises de cette région de lorient , aujourd'hui connue sous le nom d’/ndostan , avait quelque chose de moms enuuyeux et de moins pénible. Elles étaient portées des bords de l'Indus, par un chemin dès longtemps connu, et dont j'ai déjà donné la description , jusqu'au fleuve Oxus , ou bien en droite ligne jusqu’à la mer Caspienne, d'où elles suivaient la même route jusqu’à Constantinople. | IL est évident qu'il n'y avait que les marchan- | dises d’un petit volume et d'un grand prix qui pussent supporter la dépense d’un pareil trans- | port ; et l’on devait faire entrer dans le taux de | ces marchandises, non-seulement les frais , Mais aussi-les risques et les dangers de la route. En | traversant la vaste plaine qui s'étend de Samarcande aux frontières de la Chine, les caravanes étaient exposées aux attaques et aux déprédations des Tartares, des Huns , des Turcs et des | autres hordes ambulantes qui infectent le nordest de l’Asie, et qui ont toujours regardé le marchand et le voyageur comme leur proie légitime. Ils n'étaient pas moins exposés aux insultes et au pillage dans leur passage du Kur au Phase, à travers le royaume de Colchide, pays noté et des anciens et des modernes pour les inclinations rapaces de ses habitans. Malgré tant de désavantages, le commerce avec l'Orient se suivait avec ardeur. Constantinople devint un marche considérable des productions de l'Inde

et de la Chine, et les richesses qui en furent le fruit n’ajoutérent pas seulement à la splendeur de cette grande ville; elles paraissent avoir retardé de quelque temps la chute de l'empire, dont elle était la capitale. Autant qu’il est permis de le conjecturer d’après les renseignemens imparfaits des historiens de ce temps, ce fut par le canal que j'ai déjà indiqué, avec beaucoup de dangers et de fatigue, que l'Europe s’approvisionna des marchardises de lorient pendant plus de deux cents ans. Pen. dant presque tout ce temps, les chrétiens et les mahométans furent engagés dans des hostilités où éclatait cette animosité que:la rivalité du pouvoir, aigrie par l'esprit de fanatisme, ne manque jamais de produire. Dans des circonstances si propres à entretenir la division, les relations du commerce se soutenaient à peine ; les marchands des royaumes chrétiens ou ne fréquentaient plus Alexandrie et les ports de Syrie, qui étaient anciennement les entrepôts des marchandises de l'orient, depuis que les mahométans s’en étaient rendus les maîtres ; ou si l'amour du gain, plus fort que leur aversion pour les infidèles , les ramenait à ces marchés qui leur étaient depuis long - temps familiers , c'était avec beaucoup de précaution et de dé-

| fiance.

L'empressement des peuples de l'Europe pour les productions de l'orient augmenta avec la difficulté de se les procurer. A peu près dans

| le mêine temps, quelques villes d'Italie, Amaifi

surtout et Venise, ayant acquis un degré d'indépendance qui leur avait manqué jusqu'alors, se mirent à cultiver les branches de l’industrie domestique avec une ardeur et une intelligence peu communes dans le moyen âge.

Cette énergie nationale augmenta les richesses, de manière à faire naître de nouveaux besoins et de nouveaux désirs ; et le goût du luxe et des jouissances, se fortifiant tous les jours, alla cher. cher des alimens dans les pays étrangers. Les 50: ciétés parvenues àce degré de maturité ont tou | jours fait le plus grand cas des productions de l'Inde; dès ce moment on en fit en Italie une in portation plus considérable, et l'usage en devint plus général. Le judicieux Muratori a fait le rassemblement de plusieurs circonstances qui indiquentcette renaissance du commere, et depuis la fin du septième siècle, un observateur attentif

pourra, avec quelque attention , y reconnaître les traces de ses progrès !.

Même dans les siècles éclairés, où l'on observe et où l'on recueille avec le plus de soin tout ce qui se passe parmi les nations, et où le répertoire de l'histoire paraît le plus abondammeut fourni , on a fait si peu d'attention aux opérations du commerce, que l’on a toujours trouvé les plus grandes difficultés à pouvoir les présenter dans leur ordre naturel. Néanmoins le terme jusqu'où j'ai conduit ces recherches est l’une des époques dans'les annales du genre humain sur lesquelles l'histoire répandele moins de lumières. Comme c'est surtout dans l'empire grec et dans certaines villes d'Italie que l’on fit quelques tentatives pour se procurer Îles marchandises de l'Inde et des autres régions de l'orient , ce n’est que dans les historiens de ces pays que nous pouvons espérer de trouver desrenseignemens sur ecommerce, Mais depuis le siècle de Mahomet jusqu'au temps où les Comnènes montérent sur le trône de Constantinople, ce qui fait un période de plus de quatre siècles et demi, l’histoire de Byzance se borne à d'arides chroniques, dont les compilateurs ont rarement porté leurs vues au-delà des intrigues du palais, des factions du théâtre et des disputes des théologiens. Encore leur mérite est-il, s’il est possible , de beaucoup supérieur à celui des moines, auteurs des annales des différens états et des différentes cités de l'Italie pendant le même période; et c'est presque sans fruit que, dans les plus anciennes histoires de ces villes, qui se sont rendues les plus fameuses par leur goût pour le trafic, nous cherchons l'origine où la nature du commerce à l’aide duquel elles se sont élevées les premières à un rang distingué (39). ILest cependant évident, pour peu que l'on suive les événemens qui ont rempli le septième et le huitième siècle, que les états d'Italie, dont les côtes étaient continuellement infestées par les mahométans qui s'y étaient établis en quelques endroits, et qui avaient presque entièrement soumis la Sicile à leur empire, ne pouvaient commercer avec l'Égypte et la Syrie, ni en grande sûreté ni avec beaucoup de confiance, On sait quelle était la haine im-

! Ant. ital. medii œvi, |, 400, 408, 410,883, 885, 894 4er. ital, script. 1, 487,

HISTORIQUES

placable des chrétiens pour les manométans, qui n'étaient à leurs yeux que les discipies d'un imposteur; et comme toutes les nations qui professaient la foi chrétienne, soit dans l'orient , soit dans l'occident , avaient mêlé à l'adoration de l’Être suprême celle des anges et des saints, et avaient orné leurs églises de tableaux et de Statues, les vrais musulmans se regardaient comme les seuls défenseurs de l'unité de Dieu, et regardaient les chrétiens de tous les empires avec horreur et comme des idolâtres. 11 a Fallu beaucoup.de temps pour adoucir cette animosité mutuélle au point de faire entrer quelque cordialité dans les liaisons de ceux qui en étaient imbus.

Cependant le goût des productions agréables de lorient ne continua pas seulement de se répandre en Îtalie; mais, à limitation des taliens , ou par quelque changement avantageux dans leur propre situation, les habitans de Marseille et des autres villes de France sur la Méditerranée , les recherchèrent avec un égal empressement. "Mais les marchands de Venise ou d’Amalphi, de qui on recevait ces marchandises précieuses, mettaient si peu de mesure à leurs profits, que les Français songèrent sérieusement à faire des efforts pour se les procurer euxmêmes. Dans cette intention, non contens d'ouvrir un commerce avec Constantinople , ils visitèrent eux-mêmes quelquefois les ports d'Égypte et de Syrie !. Cette avidité des Européens pour les productions de l’Inde d’une part , et de l'autre , les énormes profits qui résultaient de leur vente pour les califes et leurs sujets, engagèrent les deux partis à contenir leur haine mutuelle au point d'entamer ensemble un trafic qui faisait évidemment le profit de l'un et de l’autre. Le peu de détails que fournissent les écrivains contemporains ne nous mettent pas en stat de suivre avec exactitude l’étendue de ce trafic et la manière dont il fut conçu et exécuté par ces nouveaux aventuriers. Il est. probable cependant que ces liaisons auraient insensiblement produit l'effet qu’elles ont ordinairement, de familiariser et de réconcilier entre eux des hommes de principes et de mœurs opposés ; et il aurait pu s'établir par degré, entre les chrétiens et les mahométans, un commerce suivi et fondé sur des

‘ Mém. de littérature, tom. XXXVII, p. 407, etc.,

numér

dis

les manométans, qui 8 discipies d'un imes nations qui prosoit dans l'orient , | mêlé à l’adoration anges et des saints, s de tableaux et de ans se regardaient de l'unité de Dieu, de tous les empires idolâtres. T1 a Fallu ucir cette animosité rer quelque cordiauienétaient imbus.

>ductions agréables s seulement de se limitation des Itasement avantageux es habitans de Mar- France sur la Méit avec un égal emands de Venise ou it ces marchandises de mesure à leurs trent sérieusement les procurer eux- , non contens d'oulantinople , ils visiois les ports d'Édité des Européens e d'une part , et de qui résultaient de leurs sujets, enganir leur haine muemble un trafic qui e l'un et de l’autre.

issent les écrivains ent pas en stat de due de ce trafie et et exécuté par ces robable cependant isiblement produit ent, de familiariser s hommes de prinet il aurait pu s'éhrétiens et les mavi et fondé sur des

(XXVII, p. 407, etc.,

SUR L'INDE

‘bases si égales que les nations de Europe auraient pu recevoir tous les objets de luxe de lorient par la même route qu’ils suivaient autrefois, d'abord des Tyriens, puis des Grecs d'Alexandrie, ensuite des Romains, enfin des

sujets de l'empire de Constantinople.

Mais quelle quedht être l'influence de ces liaisons en se fortifiant , elles ne purent avoir leur

plein effet à cause des croisades ou expéditions pour le recouvrement de la Terre-Sainte , qui pendant deux siècles occupèrent les sectateurs des deux religions rivales, et contribuèrent à les aliéner plus que jamais entre eux. Dans un autre ouvrage ! , j'ai montré le genre humain en proie à cette frénésie, la plus extraordinaire et la plus durable de toutes celles dont parle l'histoire de notre espèce ; j'ai développé les effets qu'elle produisit ‘sur le gouvernement , sur la propriété, sur le goût et sur les mœurs , effets qui par leur nature rentraient dans l’objet que je me proposais alors en écrivant, Actuellement je me bornerai à l'influence des croisades sur le commerce, et à examiner jusqu'à quel point elles ont contribué À retarder ou à favoriser le transport des marchandises de l'Inde en Europe.

ILentre si bien dans la nature et dans l'esprit de l’homme d'attacher une idée particulière de sainteté au pays que l’auteur de notre religion a choisi pour le lieu 4e son habitation terrestre et où il a accompli la rédemption du genre humain, que depnis le premier établissement du christianisme on a toujours regardé la visite des lieux ‘saints de la Judée comme un usage trèspropre à réveiller et à entretenir puissamment l'esprit de dévotion : aux siècles suivans l'usage s'en confirma et s’accrut dans toutes les parties de la chrétienté, Lorsque Jérusalem fut soumise à la domination mahométane, et que le danger

‘se joignit à la fatigue et à la dépense d’un pèle-

rinage lointain, l'entreprise n’en parut que plus méritoire. C'était quelquefois la pénitence que lon infligeait pour les fautes Capitales; plus souvent encore c'était un acte volontaire dicté par le zèle . dans les deux cas, on le regardait Comme l’expiation de toutes les fautes passées. Par différentes causes dont J'ai fait ailleurs l'énumération?, ces pieux voyages à la Terre-Sainte

* Hist, de Charles F. — à Ibid.

se multiplièrent étormamment aux dixième et onzième siècles. On voyait partir pour Jérusalem non-seulement des individus des classes moyennes et inférieures de la société, mais même des personnes d'un ranf; distingué, avec une suite brillante et de nombreuses caravanes de riches pèlerins.

Dans toutes leurs Opérations cependant les hommes savent avec une merveilleuse adresse mêler quelque spéculation d'intérêt aux actes qui par leur spiritualité en Paraissent le moins susceptibles. Les caravanes mahométanes qui ; Suivant le précepte de leur religion, visitent 1e saint temple de la Mecque, ne sont pas seulement composées, comme je le dirai plus au long, de dévots pèlerins, mais aussi de marchands, qui, en allant et en revenant > 8€ pourvoient d’un tel assortiment de marchandises, que c’est pour eux l'occasion d'un commerce considérable 1, Les fakirs même de l'Inde, que leur fol enthousiasme semble élever au-dessus de tous les soins de la terre, font de leurs fréquens pèlerinages un instrument de l'intérêt, en trafiquant dans tous es pays qu'ils traversent (40). De même ce n'était pas la seule dévotion qui faisait entreprendre le voyage de Jérusalem à ces troupes si nombreuses de pèlerins chrétiens, Le principal motif pour plusieurs, c'était le commerce, et en échangeant les productions de l'Europe pour les marchandises bien plus précieuses de l'Asie et surtout de l'Inde, qui alors étaient répandues dans toutes les parties de la domination des califes, ils s’enrichissaient et faisaient parvenir à leurs concitoyens, Par un nouveau canal, les Jjouissances de l'orient, dont ils ne devenaient encore que plus avides 2,

Mais quelque faibles que soient les indices qui, avant les croisades, marquent l'influence des fréquens Pélerinages en orient, sur le commerce, ils deviennent si frappans après le commencement de ces expéditions, qu'ils se présentent d'eux-mêmes aux yeux de l'observateur. Ce fut là l'effet du concours de plusieurs cir- Constances , dont l'énumération fera voir qu'un examen attentif des progrès et des suites des croisades jette la plus grande lumière sure sujet demesrecherches, De grandes armées, conduites

! Viaggi di Ramusio , vol. 1,,p. 151, 152, * Gul, Tyr., lib. XVIL, Cap. 1v, p. 933, apud Gesia Dei per Francos. F

par les plus illustres seigneurs de l'Europe, et composées de tout ce qu’il y avait de plus actif dans ses divers royaumes, marchaient vers la Palestine, à travers des pays qui surpassaient de beaucoup ceux qu'ils venaient de quitter, dans tous les genres d'industrie. Ils virent l'annonce de la prospérité dans les républiques d'Italie qui avaient commencé à se disputer le succès dans

les arts qui tiennent à l’industrie, et dans les |

mesures qui avaient pour objet de concentrer chez elles le commerce lucratif de l'orient. Ils

admirèrent un plus grand développement encore !

dans l'opulence et la splendeur de Constantinople, éminemment élevée au-dessus de toutes

les villes alors connues, par l'étendue de son | commerce, et surtout de celui qu’elle faisait avec |

l'Inde et les régions ultérieures. Ils servirent

ordinairement les marchandises de l’orient, et se rendirent maîtres de plusieurs villes qui avaient été des entrepôts de ce commerce. Ils fondèrent le royaume de Jérusalem, qui subsista près de deux cents ans. Ils s’'emparèrent du trône de l'empire grec qu’ils gouvernèrent plus d’un demi-siècle. Parmi une scène d'événemens et d'opérations aussi variée, les idées des fiers guerriers de l'Europe s’ouvrirent et s'étendirent insensiblement ; ils s’initièrent dans les arts et dans le gouvernement des peuples qu'ils avaient soumis; ils observèrent les sources de leur richesse, et se préparèrent à profiter de toutes ces connaissances. Antioche et Tyr, au moment que les croisés s’en rendirent maîtres, étaient des villes florissantés, habitées par de riches marchands qui fournissaient à tous les peuples commerçans de la Méditerranée les productions de lorient !; autant qu'il est possible de le conjecturer d’après des circonstances indirectes rapportées par les historiens de la guerre sacrée, qui, étant pour la plupart prètres ou moines, portaient leur attention sur des objets bien ditférens de tout ce qui peut avoir rapport au commerce, il y a lieu de croire que le trafic, depuis si long-temps établi avec l'orient, continua d’être protégé et encouragé non-seulement à Constantinople, tant que les Francs y régnèrent, mais même dans les ports de Syrie

Gul. Tyr., lib. xu, Cap. . 4{b. Aquens, Hist. Hier. , apud Gesta Dei, vol, 1, p. 247.

RECHERCHES HISTORIQUES

dont les chrétiens s'étaient mis en possession,

Mais quoique le commerce n'ait été peut-être qu’un objet secondaire pour les chefs belliqueux des croisades, engagés dans des hostilités continuelles avec les Turcs d’un côté, et de l’autre avec les soudans d'Égypte; c'était au moins le premier objet de ceux dont ils se servaient dans leurs opérations. Quelque nombreuses que fussent les armées qui avaient arboré la croix, et quelque entreprenant que fût le zèlé fanatique qui les animait, elles ne seraient jamais venues à bout de leur projet, elles ne se seraient même jamais rendues jusqu'au lieu de la guerre, si elles ne se fussent assuré l'assistance des états d'Italie. Aucune autre puissance de l'Europe ne pouvait leur procurer un nombre suffisant de

| vaisseaux de transport pour conduire les armées ensuite dans les provinces de l'Asie où passaient |

des croisés sur la côte de Dalmatie, d’où elles s’avançaient vers Constantinople, lieu du rendezvous général, ni n'aurait été en état de leur fournir des provisions et munitions de guerre dans la quantité requise pour l'invasion d'un pays éloigné. Dans toutes les expéditions suivantes, les flottes des Génois, des Pisans ou des Vénitiens, se tenaient le long de la côte, à mesure que les armées s’avançaient par terre, et leur fournissant par intervalles tout ce qui pouvait leur manquer, concentraient dans leurs mains tout le profit d’une branche de commerce très lucrative dans tous les temps. C'était avec toutes les vues intéressées des marchands, que les Italiens apportaient leurs secours. Si l’on prenait une place, et qu'ils trouvassent leur intérêt à s’y fixer , ils obtenaient des croisés toutes sortes de priviléges avantageux, la liberté du commerce: la diminution ou même l'exemption totale des droits levés sur l’entrée et sur la sortie des marchandises, des faubourgs entiers dans certaines villes, et dans d’autres de longues rues en leur possession ; le privilége pour quiconque résidait dans leur enceinte ou commercçait sous leur protection, d'être jugés suivant leurs lois, et par des juges de leur propre choix {, D'un si grand nombre d'avantages il résulta nécessairement, pendant la durée des croisades, une augmentation rapide de richesse et de puissance pour tous les états commerçans d'Italie. Tous les ports ouverts au commerce étaient fréquentés par

1 Aist, de Charles F.

it mis en possession, rce n’ait été peut-être ir les chefs belliqueux ns des hostilités conun côté, et de l’autre e; c'était au moins le lont ils se servaient que nombreuses que ent arboré la croix, et fût le zèle fanatique eraient jamais venues s ne se seraient même lieu de la guerre, si l'assistance des états ssance de l'Europe ne nombre suffisant de r conduire les armées Dalmatie, d'où elles uople, lieu du rendezéenétat de leur fouritions de guerre dans l'invasion d'un pays xpéditions suivantes, Pisans ou des Vénide la côte, à mesure nt par terre, et leur s tout ce qui pouvait ent dans leurs mains he de commerce très ps. C'était avec toutes rchands , que les Itacours. Si l’on prenait sent leur intérêt à s'y ‘oisés toutes sortes de liberté du commerce :

exemption totale des sur la sortie des marentiers dans certaines longues rues en leur ur quiconque résidait merçait sous leur proant leurs lois, et par hoix !, D'un si grand ulta nécessairement, ades, une augmentale puissance pour tous talie. Tous les ports aient fréquentés par

leurs marchands, qui, après s'être entièrement emparés du commerce de l'orient, se donnèrent de tels mouvemens pour trouver de nouveaux débouchés aux marchandises qui en provenaient, qu’ils en répandirent le goût dans plusieurs en-

droits de l'Europe, où elles avaient été jusqu'a- !

lors étrangères.

Il arriva deux événemens avant la fin de la guerre sainte, qui, en faisant passer aux Génois et aux Vénitiens plusieurs provinces de l'empire grec, les mirent en état de fournir à l'Europe toutes les productions de l'orient en plus grande abondance, Le premier fut la conquête de Constantinople, l’an 1204, par les Vénitiens et par les chefs de la quatrième croisade. 11 n'entre pas dans le plan de cet ouvrage de rendre compte des intérêts politiques et des intrigues qui formérent cette alliance, et tournèrent contre un monarque chrétien les armes bénites destinées à délivrer la ville sainte de la domination des infi-

dèles, Constantinople fut prise d'assaut et pillée |

par les confédérés. Un comte de Flandres fut mis sur le trône impérial. Les états qui étaient encore au pouvoir des successeurs de Constantin furent divisés en quatre parties, dont une fut assignée au nouvel empereur pour soutenir la dignité et les frais du gouvernement; il se fit une répartition égale des trois autres entre les Vénitiens et les chefs de la croisade, Les premiers, qui, dans la formation et dans l'exécution de cette entreprise, n'avaient pas un seul instant perdu de vue ce qui pouvait être le plus utile à leur commerce, s'assurèrent les territoires les plus avantageux pour un peuple trafiquant, Ils obtinrent une partie du Péloponèse, où fleurissaient alors les plus riches manufactures et surtout celles de soie. Ils eurent en leur possession plusieurs des iles les plus grandes et les mieux cultivées de l'Archipel, et formèrent une chaîne d'établissemens tant militaires que commerciaux, qui s'étendait depuis la mer Adriatique jusqu'au Bosphore t. Un grand nombre de Vénitiens s’établirent à Constantinople, et sans la moindre opposition de la part de leurs belliqueux associés, peu attentifs aux progrès de l'industrie, ils réunirent dans leurs mains les différentes branches de commerce qui avaient si

* Danduli Chronic. ap. Murat, Script. Rer. Ital., vo), XII, p. 328 Mar. Sanuto, Pile de'duchi di Venez., Murat., vol. XXIL, 532.

long-temps enrichi cette capitale. Mais ils s'attachèrent particulièrement au commerce de ja soie et à celui de l'Inde. Depuis le règne de Justinien, ce fut surtout en Grèce et dans quelques-unes des îles adjacentes que les vers à soie, qu'il avait le premier introduits en Europe, furent élevés et soignés. Le produit de leurs travaux fut employé à des fabriques d'étoffes de différentes espèces dans plusieurs villes de l'empire. Mais c'était à Constantinople, séjour du luxe et de l’opulence, que se faisait le plus grand débit de cette marchandise si estimée, et ce fut par conséquent dans ses murs que se concentra le commerce de la soie. Il y avait déjà quelque temps que les Vénitiens, en envoyant des cargaisons dans les différens ports où ils trafiquaient , s’étaient aperçus que la soie, dont il se faisait tous les jours de nouvelles demandes dans toutes les. parties de l’Europe, était un article de la première importance. Ils avaient à Constantinople un si grand nombre de leurs concitoyens, on leur y accordait de si grandes exemptions, que non-seulement le prix et la quantité de la soie qu'ils .envoyaient étendirent de beaucoup les bornes et les profits de ce commerce pour eux ; ils s’instruisirent encore si à fond de tout ce qui est relatif à la fabrique de lasoie, qu'ils essayèrent de l'établir dans leurs propres états. Les mesures prises à cet effet par les individus, et les règlemens faits par le gouvernement, furent concertés avec tant de prudence, et exécutés avec un tel succès, qu’en peu de temps les manufactures de soie de Venise le disputérent à celles de la Grèce et de la Sicile, et ne contribuërent pas moins à enrichir la république, qu’à étendre la sphère de son commerce, En même temps les Vénitiens profitèrent de l'ascendant qu'ils avaient pris dans Constantinople pour augmenter leur come merce avec l’Inde. Outre les moyens communs à toutes les autres villes commerçantes de l'Europe, par lesquels les productions de lorient arrivaient à la capitale de l'empire grec, elle en recevait encore une grande quantité par une voic qui lui était particulière. Quelques-unes des plus précieuses marchandises de l'Inde et de la Chine étaient transportées par des chemins que J'ai déjà indiqués, jusqu’à la mer N° ire, et de là à Constantinople, après une courte navigation. Les Vénitiens avaient un accès facile à ce marché, le mieux fourni après Alexandrie, et les mar-

chandises qu'ils y achetaient faisaient une addition considérable à ce qu'ils avaient coutume de prendre dans les ports d'Égypte et de Syrie.

Ainsi, tant que l'empire latin se soutint à Constantinople, les Vénitiens eurent de si grands avantages sur leurs rivaux que leur commerce s'étendit considérablement ; et c'était d'eux principalement que toute l'Europe recevait les mar- Chandises de l'orient.

L'autre événement dont je voulais parler , fut le renversement de la domination des Latins à Constantinople et le rétablissement de la famille

impériale sur le trône. Cette révolution se con- .

somma après une période de cinquante-sept ans, et ne fut pas moins l'effet de la puissante assistance que les Grecs reçurent de la république de Gênes, que du courage dont ils se sentirent animés un instant à la vue d'un joug étranger. Les Génois sentaient si bien les avantages que les Vénitiens, leurs rivaux dans le

commerce, retiraient de leur union avec les |

empereurs latins de Constantinople, que, pour

les en priver, il surmontérent les préjugés les |

plus enracinés du siècle, et se joignirent aux Grecs schismatiques pour détrôner un monarque protégé par l'autorité papale, sans s'inquiéter

des foudres du Vatican, qui, à cette époque fai- |

Saient trembler les plus grands princes, Cette entreprise, toute hardie et toute impie qu'on la Supposät alors , fut coïronnée du succès. Pour récompenser des services si signalés, la reconnaissance ou la faiblesse de l'empereur grec, entre autres libertés, donna aux Génois, comme fief de l'empire, Péra, le principal faubourg de Constantinople, avec une telle diminution des droits levés sur l'importation et l'exportation des marchandises, que bientôt ils n’eurent plus de rivaux dans le commerce. Les Génois, en marchands attentifs, ne laissèrent échapper aucun des avantages que pouvait leur donner cette Situation favorable. Ils environnèrent de fortifications leur établissement nouveau dans Péra; et ils firent de leurs comptoirs sur les côtes ade jacentes autant de places fortes, Ils étaient plus maîtres que les Grecs mêmes du port de Constantinople. Tout le commerce de la mer Noire leur tombait dans les mains: et non contens de cela, ils.s’emparèrent d'une partie de la

! Niceph. Gregor., lib. x, cap. #1, $ vi, lib. xvur, chap r, Sr,

RECHERCHES HISTORIQUES

Chersonèse taurique , aujourd'hui la Crimée , et firent de Caffa , sa principale ville , là première place de leur commerce avec lorient, et le port dans lequel venaient se décharger toutes les marchandises qui se rendaient à la mer Noire pat les différentes routes que j'ai déjà décrites (41):

En conséquence de cette révolution, Gênes devint la première puissance commerçante de l'Europe; et si l'active industrie et l'intrépide courage de ses citoyens eussent été secondés par la sagesse du gouvernement, elle aurait joui long-temps de sa supériorité. Mais il n'y eut jamais de contraste plus frap pant que celui que présente l'administration intérieure des deux républiques rivales de Veniseet de Gènes. Dans la première, le gouvernement marchait avec la fermeté d’une‘prudence réfléchie; dans l'autre, il n'avait d'autre base que l'amour de la nouveauté ex le désir du changement. L'une jouissait d'un calme perpétuel; l'autre était livrée à tous les orages et à toutes les vicissitudes des factions. L’accroissement des richesses que l’industrie de ses marchands faisait couler dans Gênes ne contre-balançait pas les défauts de son organisation politique; et même à travers sa plus brillante position, on voit percer des symptômes qui annonçaient chez elle une diminution de force et d'opulence.

Néanmoins, tant que les Génois conservèrent leur premier ascendant dans l'empire grec, les Véñnitiens , dans le commerce qu'ils y faisaient, se sentirent écrasés de tant de désavantages, que leurs marchands n’allèrent plus que rarement à Constantinople, et toujours avec r'épufnance; pour répondre aux demandes des différentes parties de l'Europe, où ils avaient coutume d'envoyer les marchandises de l'Inde, ils furent obligés d’avoir recours aux anciens entrepôts de ce commerce. Le principal et le mieux fourni de tous était Alexandrie, en ce qu'il devenait souvent impossible de transporter les marchandises de l'Inde à travers l'Asie dans aucun port de la Méditerranée, à cause des ineursions des Türes, des Tartares et des autres hordes qui ravageaient successivement ce beau pays, ou qui s’en disputaient la possession. Mais

: Folieta, Fist. genuens., ap. Græv. Thes., Antiq ital., vol, 1, 387. De Marinis, de Genuens. dignit, ib,

1486. Niceph. Greg., lib. xx, chap. xu. Murat., dnnal. d'Ital,, \ib. vu, cap. ceour.

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sous le gouvernement vigoureux et tout militaire des soudans mamelucks, l'ordre et la sûreté régnaient imperturbablement dans l'Égypte, et le commerce, quoique surchargé de droits, était ouvert à tout le monde, À mesure que le commerce de Constantinople et de la mer Noire se resserrait dans les mains des Génois, lesVénitiens sentirent de plus en plus la nécessité d'étendre leurs rapports avec Alexandrie (42).

Mais les chrétiens de ce siècle, se croyant souillés par des liaisons aussi marquées avec les infidèles , le sénat de Venise, pour imposer silence à ses propres scrupules et à ceux de ses sujets, eut recours à l’infaillible autorité du pape, que l’on croyait revêtu du droit de dispenser de l'observation rigoureuse des lois les plus sacrées; et il en obtint la permission d'équiper tous les ans un nombre marqué de vaisseaux pour les ports d'Égypteet de Syrie (43). Munie de cette autorisation , la république conclut un traité de commerce avec les soudans d'Égypte, sur des bases équitables, en conséquence , elle nomma un consul pour résider à Alexandrie , et un autre à Damas : revêtus d'un caractère public, et qui devaient exercer une juridiction mercantile, sous l’autorisation des

soudans. Des marchands et artisans vénitiens |

Sétablirent dans ces deux villes à l'ombre de leur protection. Les vieux préjugés, les vieilles antipathies furent oubliés; et de la réunion de leurs intérêts résulta pour la première fois un commerce franc et ouvert entre des chrétiens et des mahométans 1,

Tandis que les Vénitiens et les Génois se traversaient dans leurs efforts, et n'épargnaient rien pour approvisionner exclusivement l'Europe des productions de l'orient, larépubliquede Florence , pays originairement démocratique et commerçant , se livra au commerce avec tant de chaleur et de persévérance, et le génie de la nation , autant que la nature de ses institutions, était si favorable à ses progrès , que l'état s’avança rapidement à la puissance, et les citoyens à la richesse. Mais comme les Florestins n'avaient aucun port de mer commode, ils dirigèrent surtout leurs soins et leur attention vers l'amélioration de leurs manufactures , et vers des objets d'industrie domestique. D'après le compte qu’en

! Sandi, Sloria civile Veneziana, lib. v, Cap. XY, p.248, etc.

rend un historien très bien instruit ; il paraît

que les différentes espèces de manufactures des: Florentins , celles de soie et de drap surtout, étaient très florissantes au quatorzième siècle !, Les liaisons qu'ils contractérent en différens endroits de l’Europe, où ils envoyaient le produit de leur propre industrie, les conduisirent naturellement à une autre branche de commerce, la banque. Ils acquirent bientôt une telle supériorité dans ce genre, que le commerce d'argent de presque tous les royaumes de l'Europe leur passait entre les mains: et même dans plusieurs états on leur confiait la perception et l'administration des revenus publics. En conséquence de l'activité et du succès avec lequel ils conduisaient leurs manufactures et leurs spéculations d'argent, les unes toujours accompagnées d’un produit modique, mais certain; les autres, lucratives au plus haut degré, dans un temps où l'on n'avait fixé avec précision ni l'intérêt de l'argent ni la prime sur les lettres de change, Florence devint l’une des premières villes de la chrétienté, et plusieurs de ses citoyens amassèrent des fortunes énormes. Côme de Médicis, chef d’une famille obscure qui s'éleva par ses succès dans le commerce, passait pour le plus riche marchand que l'on eût jamais connu dans l'Europe ?; et dans beaucoup d'actes de munificence publique et de générosité particulière , soit pour la protection accordée aux sciences ; soit pour l'encouragement donné aux arts utiles et agréables, aucun monarque de son siècle ne pouvait aller de pair avec lui. 11 ne n'a pas été possible de savoir si les Médicis, dans leurs premières opérations mercantiles, firent aucun

trafic en orient (44). 11 est plus probable, selon

moi, qu’ils bornérent leur commerce aux mêmes objets que leurs concitoyens. Mais dès que la

république, par la conquête de Pise, se fut ouvert un débouché sur l'Océan, Côme de Médicis,

qui avait la principale direction des affaires,

s’efforça de donner à son pays une part dans ce

commerce lucratif, qui avait élevé Gênes et

Venise si fort au-dessus des autres états de l'Italie. En conséquence, on envoya des ambassa-

VGiov. Villani, Æist. Florent., ap. Murat. Script., rer. ilal., vol. XII, pag. 823.

2 Fr. Mich. Brutus, Aist. Flor., p. 37, 62. Cron. ÆEugubinum apud Murat. Script. rer. ital., vol, XIV, p. 1007. Denina,Révolutions d’Italie, tom. VI, p. 263, etc.

548 RECHERCHES deurs à Alexandrie, pour obtenir du soudan

que ce port et les autres ports de sa domination,

fussent ouverts aux sujets de la république , et qu'il les admît à la participation des priviléges commerciaux dont jouissaient les Vénitiens. La négociation fut suivie d'un tel succès que les Florentins paraissent même avoir eu part au commerce de l'Inde (45); et peu de temps après cette époque, nous trouvons les épices au nombre des marchandises importées par les Florentins en Angleterre !.

Dans quelques endroits de cette Dissertation,

relatifs à la nature et aux progrès du commerce:

avec l'orient , j'ai été obligé d'aller à tâtons, et souvent à la lueur d'une très faible lumière. Mais comme nous approchons d'une époque où les idées des modernes sur l'importance du commerce commencèrent à se développer , et où ses progrès et ses effets devinrent pour les gouvernemens l'objet d'une attention plus particulière, nous pouvons espérer de mettre plus de précision, et de marcher avec plus de certitude dans les recherches qui nous restent encore à faire. C'est à cette augmentation d'intérêt que nous devons les détails que Marino Sanuto, noble Vénitien : nous a laissés sur le commerce de l'Inde, et ia manière dont il se faisait dans son pays au commencement du quatorzième siècle, Ils recevaient les marchandises de l'orient , à ce qu’il nous dit, de deux manières différentes. Celles d’un volume moindre et d’un grand prix, telles que les clous de gérofle, la muscade, le macis, les pierres précieuses, lesperles, etc., arrivaient par le golfe Persique, et le long du Tigre jusqu'à Bassora ; et de là à Bagdad , d'où on les transportait dans quelque port de la Méditerranée. Celles d’un volume plus considérable, telles que le poivre, le gingembre, la cannelle, etc., et une certaine quantité des articles plus précieux , étaient conduits par l'ancienne route jusqu’à la mer Rouge, et de là en traversant le désert et le long du Ni jusqu’à Alexandrie. Les productions qui suivaient la première route étaient , comme l'observe Sanuto , d'une qualité supérieure ; mais souvent on n'en recevait que très peu à cause de l'ennui et de la dépense d'un long transport par terre, et il ne peut s'empêcher d’avouer (quoique le fait ne fût pas favorable à un projet favori qu'il

? Hakiuyt, vol, j, p. 193.

HISTORIQUES

avait en vue en écrivant le traité que je cite)que, par l'état abandonné des pays où passaient les caravanes, ce mode de transport était souvent précaire, et accompagné de dangers !,

C'était seulement à Alexandrie que les Vénitiens étaient toujours sûrs de trouver une provision abondante des marchandises de l'Inde: et comme c'était surtout par eau qu'elles y arrivaient , il les auraient eues à un prix raisonnable, si les soudans ne les avaient pas grevées de droits qui montaient au tiers de toute leur valeur. Cependant, malgré ce désavantage et beaucoup d’autres, il fallait en faire l'achat ; car par un concours de circonstances, à la tête desquelles on doit compter l'augmentation des rapports des différentes nations de l'Europe entre elles, les demandes qui s'en faisaient allaient toujours croissant pendant le quatorzième siècle. Par l'irruption de toutes ces tribus ennemies de Barbares , qui s'emparérent de la plus grande

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