DES
J'essaierai maintenant de remplir l'engagement que j'ai pris, de faire quelques observations sur le génie , les mœurs et les institutions du peuple de l'Inde, autant qu'on peut le décrire depuis les temps les plus anciens auxquels s'étend la connaissance que nous en avons. Si j'entrais dans cette vaste carrière avec l'intention d’en parcourir tout l'espace, si je considérais sous ses différens aspects chaque objet
qui s'offre à l'œil curieux du philosophe, il faudrait m'enfoncer dans un examen et des spéculations non-seulement d'une étendue immense, mais encore étrangères à mon sujet. Je bornerai donc mes recherches et mes réflexions à ce qui est intimement lié au dessein de cet ouvrage. Je recueillerai les faits que :es anciens nous ont transmis concernant les institutions particulières aux peuples de l'Inde, et en les comparant avec ce que nous connaissons de cette contrée, j'en tirerai des conclusions propres à faire ressortir les circonstances qui ont porté le reste du genre humain dans tous les temps à y établir des relations d’une si grande étendue.
L'histoire nous fournit des preuves frappantes de ce commerce dès les périodes les plus reculées. Non-seulement les peuples voisins de l'Inde, mais les nations éloignées paraissent avoir été instruits des avantages du commerce, et les avoir tellement appréciés, que pour se les procurer ils entreprirent des voyages fatigans, coûteux et dangereux. Lorsque les hommes donnent une préférence décidée aux marchandises de quelque tontrée, on doit l’attribuer soit à des productions naturelles de grand prix propres au sol et au climat, soit à des progrès supérieurs que ses | habitans ont faits dans l’industrie, les arts et le | luxe. Ce n’est pas à une excellence particulière aux productions naturelles de l’Inde que l’on !
doit attribuer entièrement la prédilection des nations anciennes pour ses marchandises: car, excepté le poivre, objet assez important , elles différent peu de celles des autres contrées du tropique; et l'Éthiopie et l'Arabie ont amplement fourni aux Phéniciens et aux autres peuples de l'antiquité les parfums, les pierres précieuses, l'or et l'argent qui faisaient les principaux articles de leur commerce.
Ainsi, quiconque désire de suivre le commerce avec l'Inde jusqu'à sa source doit consulter pour cela, non pas tant toutes les particularités naturelles des productions de ce pays que les grands progrès de ses habitans vers la perfection civile. Plusieurs faits nous ont été transmis qui, examinés scrupuleusement, démontrent clairement que les peuples de l'Inde furent nonseulement très anciennement civilisés, mais qu’ils ont fait dans la civilisation de plus grands progrès qu'aucun autre peuple. J'essaicrai de
, raconter ces faits en détail, et de les placer dans un tel point de vue qu'ils puissent servir égale-
ment à répandre du jour sur les institutions, les mœurs et les arts des Indiens, et à favoriser l’empressement de toutes les nations à s'emparer des productions de leur ingénieuse industrie. Les anciens écrivains païens plaçaient les In-
| diens parmi ces races d'hommes qu'ils nommaient
Autochtones ou Aborigènes, qu'ils regardaient comme enfans du sol, et dont on-ne pouvait découvrir l'origine !. Les écrivains sacrés célèbrent
| avant tout la sagesse de lorient, expression qui
annonce les progrès extraordinaires des peuples de cette partie du monde dans les sciences et dans les arts ?.
Pour éclaircir et confirmer ces témoignages
: Diod. Sicil., lib. x1, p. 151. 2 Z. Livre des Rois, chap. 1v, p. 31
formels concernant l'ancienne et grande civilisation des habitans de l'Inde, j'examinerai leur rang et leur condition comme individus, leur politique civile, leurs lois et leur procédure judiciaire, leurs arts utiles et agréables, leurs sciences et leurs institutions religienses , autant qu'il est possible de s'en instruire par les écrits des Grecs et des Romains, comparés avec ce qui reste encore de leurs anciennes institutions.
L. D'après les plus anciennes descriptions de inde, nous savons que la distinction des rangs et la séparation des professions y étaient particulièrement établies. C'est une des preuves les plus convaincantes d'une société considérablement avancée dans ses progrès. Les arts, dans les premières scènes de la vie sociale, sont en si petit nombre et si simples que chaque homme les possède tous assez pour satisfaire à toutes
les demandes de ses désirs limités. Un sauvage :
peut façonner son arc, aiguiser ses fHléches, élever sa hutte et creuser son canot sans recourir à l'aide d'aucune main plus habile que la sienne !; mais lorsque le temps a multiplié les besoins des hommes, les productious de l'art se compliquent tellement dans leur forme, ou deviennent si recherchées dans leur fabrique qu’un cours particulier d'éducation est nécessaire pour former l'artiste à l'esprit de l'invention et à l'habileté de l'exécution. A proportion que le raffinement s'étend la distinction des professions s'accroît et se partage en des subdivisions plus nombreuses et plus petites. Avant les monumens de l'histoire authentique, et même avant l'ère la plus reculée à laquelle leurs propres traditions puissent atteindre, cette séparation des professions a non-seulement eu lieu parmi les peuples de l'Inde, mais sa durée a été assurée par une institution que l’on doit considérer comme l’article fondamental dans le système de leur politique. Le corps entier du peuple était divisé en quatre ordres ou castes. Les membres de la première, regardée comme sacrée, avaient en partage l'étude des principes de la religion, l'exercice de ses fonctions et la culture des sciences. Ils étaient les prètres, les instituteurs et les philosophes de la nation. Les membres du second ordre étaient chargés du gouvernement et de la défense de l'état. En temps de paix, ils étaient
\ Hist, de l’ Amérique, vol. I, p. 165.
ses conducteurs et ses magistrats; en temps de guerre , ils étaient les soldats qui livraient les batailles. La troisième caste était composée d'agriculteurs et de marchands, et la quatrième d'artisans, de laboureurs et de domestiques.
Aucun individu ne pouvait jamais quitter sa caste ni être admis dans une autre !. L'état de
| chaque individu est fixé d’une manière inalté-
rable; sa destinée est irrévocable, et pendant sa vie il doit parcourir la route qui lui est marquée sans pouvoir jamais s'en écarter. Cette ligne de séparation est non-seulement tracée par l'autorité civile, mais confirmée et sanctionnée par la religion. On dit que chaque ordre ou caste tient son origine de la divinité d'une manière si différente que l'on regarderait comme un acte de la plus monstreuse impiété de les mêler ou de les confondre 2. Ce n'est pas seulement entre ces quatre tribus que ces barrières insurmontables ont été placées; les membres de chaque caste sont encore invariablement attachés à la profession de leurs encètres. De génération en génération . les mêmes familles ont suivi et con-
« Ayeen Akbery, v. Ill, p. 81 Æ£ssais relatifs à l'his toire, etc., des Indous, p. 107.
2 Selon tous les écrivains de l'antiquité, les Indiens ont été constamment divisés en sept tribus ou castes (Strab., lib. xv, p. 1029, C., etc. Diod. de Sic., liv. 1, p. 153, etc. Arrien, c. x.) Il est probable qu'ils furent entrainés dans cette erreur en considérant quelque-unes des subdivisions des castes, comme si elles avaient formé des ordres distincts et indépendans. Mais il n’y avait pas plus de quatre castes primitives : c'est ce que nous apprenons par le témoignage uniforme des voyageurs modernes les mieux instruits. Nous en avons l’état le plus exact dans La Porte ouverte , ou la vraie représentation de la vie, des mœurs, de la religion et du service des bramines qui demeurent sur les côtes de Coromandel. Cet ouvrage fut compilé avant le milieu du dernier siècle, par Abraham Boger, chapelain de la factorerie hollandaise à Pullicate. En gagnant la confiance d'un bramine éclairé, il acquit les connaissances relatives aux MŒœurs et à la religion des Indiens, connaissances plus authentiques et plus étendues que n’en avaient eu les Européens avant les dernières traductions du sauskrit. Je fais mention de ce livre, parce qu’il parait être moins connu qu'il ne mérite de l'être. Il ne reste maintenant point de doute, quant au nombre et aux fonctions des castes, puisque cela est assuré d’après les livres indiens les plus anciens et les plus sacrés, et confirmé par les relations de leurs propres institutions données par des bramines éminens pour leur savoir. Selon eux, les différentes castes tiraient leur origine de Brama, l'agent immédiat de la création sur le pouvoir suprême, de la manière suivante , qui établit et le rang qu’elles devaient tenir et les fonctions qu’elles avaient à remplir.
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tinueront toujours de suivre un genre de vie semblable et uniforme.
Ces arrangemens déterminés des différens membres d’une communauté semblent d'abord
Le Bramine, du nom de la bouche (sagesse), doit prier, lire, instruire.
Le Chehtéry, du nom des bras (force), doit tirer de l'arc, combattre , gouverner,
Le Bice, du nom du ventre ou des cuisses (nourriture), doit pourvoir aux nécessités de la vie par l'agriculture et le commerce,
Le Soder, du nom des pieds (soumission), doit travailler et servir.
Les occupations prescrites à toutes ces classes sont essentielles dans un état bien réglé. Celle qui est subordonnée à celle-ci est la cinquième, ou la classe étrangère, appelée Burrun Sunker. On la suppose descendue de l'union illégitime entre des personnes de différentes castes. Elles sont ordinairement marchandes en petits articles de commerce de détail. (Préface du Code des lois des Gentoux, p. 46 et 99.) Aucun auteur européen ne fait mention de cette classe comme je la décris; cette distinction était trop difficile pour qu'ils l’observassent , et ils paraissent considérer les membres de cette caste comme appartenans au Soder. Outre ces castes reconnues, il y a une race d'homiyes malheureux, nommée sur la côte de Coromandel, Pariars, et dans l'autre partie de l’Inde, Chandalus. Ce sont des rebuts de leur ordre primitif, qui, par leur mauvaise conduite en ont perdu
tous les priviléges. Leur condition est indubitablement |
la plus basse dégradation de la nature humaine. Personne d'aucune caste ne doit avoir la moindre communication avec eux. ( Sonnerat, tom. 1, p. 55et 56.) Si un Pariar approche un Nayr, c’est à dire un guerrier d’une haute caste sur la côte du Malabar, il peut être mis à mort avec impunité. L'eau et le lait sont considérés comme souillés, même par leur ombre qui passe sur eux, et ne peuvent être employés jusqu’à ce qu'ils soient purifiés. ( Ayeen Akbery, vol. HI, p.243.) Il est presque impossible d'exprimer par des mots le sentiment de bassesse que le nom de Pariar inspire à l’âme d’un Indien. Tout {ndien qui viole les règles ou les institutions de sa caste , tombe dans cette situation dégradée. C'est ce qui rend les Indiens si fortement attachés aux institutions de leur tribu, parce que la perte de la caste est pour eux la perte de tout appui et de toute considération humaine, et qu’elle est un châtiment, sans comparaison plus sévère que l'excommunication dans le période le plus triomphant de la puissance du pape,
Les quatre castes primitives sont nommées et leurs fonctions décrites dans le #ahabarat, le plus ancien livre des Indiens, et d’une autorité plus haute qu'aucun de ceux dont les Européens aient eu connaissance jusqu'alors. (Baghvat-Ghita, p.130.) La même distinctiou des castes était connue à l’auteur du Æito-Pades, autre ouvrage d’une grande antiquité, traduit du sanskrit, p. 251.) On a omis dans le texte de faire mention d’une circonstance. Quoique la ligne de séparation soit tellement tracée qu'elle rende absolument impossible l’élévation d’une caste inférieure à une plus élevée, et que l'on
contraires au progrès des sciences et des arts ; et ces barrières artificielles qui entourent les différens ordres, et qu'il serait impie de franchir, tendent à circonscrire les opérations de
regardât comme une très énorme impiété, qu'un homme d'un ordre inférieur prétendit remplir quelques fonctions appartenante à celle d'une caste supérieure; cependant, en certains cas, les pundits déclarent qu'il est permis aux personnes d'une classe supérieure d'exercer quelques-unes des occupations attribuées À une classe audessous de la leur, sans perdre leur caste par cette action. (Préface des Pundits au code des loix des Gentoux, p. 100.) Aussi nous trouvons des Bramines employés au service de leurs princes, non-seulement comme ministres d'état (Orme, Fragmens , p. 207), mais encore dans des places subordonnées. La plupart des officiers de haut rang dans l’armée de Segavi, le fondateur de l’état Mahratte, étaient bramines, et quelques-uns d’eux pundits ou bramines savans ( Zbid., p. 97). Plusieurs cipayes, au service de la compagnie de l’Inde orientale, particulièrement dans la présidence du Bengale, sont de la caste des brames,
Un autre fait relatif aux castes est digne de remarque. Un nombre immense de pèlerins montant en quelques années à plus de cent cinquante mille, visitent la pagode de Jaggernaut en Orissa (un des lieux les plus anciens et les plus révérés du culte indien), au temps de la fête annuelle en l'honneur de la divinité à laquelle le temple est consacré. Les membres de toutes les quatre castes peuvent s'approcher ensemble de l’autel de l'idole, sans distinction de place, et manger péle-mêle des mêmes alimens. Ceci semble indiquer quelque souvenir d’un état antérieur à l'institution des castes, lorsque tous les hommes étaient considérés comme égaux. Je ne suis pas assez instruit pour être en état d'expliquer une pratique si opposée aux premières idées. et aux principes connus des Indiens. (Bernier, tom. 11, p. 102. Tavernier, liv. n, ch. 1x. Anquetil, Disc. prélim., p.81. Esquisses, p. 96.)
Quelques -uns de mes lecteurs doivent avoir observé que je n'ai point décrit les ordres nombreux des dévots indiens, auxquels les écrivains européens donnent généralement le nom de faquirs, nom par lequel les mahométans distinguent les moines fanatiques de leur religion. Le jour sous lequel j'ai considéré les institutions religieuses des Indiens me dispense d'examiner les faquirs indiens en particulier, Leur nombre, la rigueur de leurs mortifications , les pénitences horribles qu'ils subissent volontairement , et la haute opinion que le peuple conçoit de leur sainteté, ont frappé tous les voyageurs qui ont visité l’Inde, et leurs descriptions sont bien connues. La puissante influence de l’enthousiasme, l'amour de la distinction et le désir d'obtenir quelque portion de ce respect et de ces honneurs à la jouissance desquels les brames sont destinés, peuvent servir à expliquer les choses extraordinaires que les faquirs font : il y a une remarque importante à ce sujet. Cet ordre de dévots parait avoir été très ancien dans l’Inde. La description des Germains que Strabon emprunte de Mégasthène, s'applique presque en entier aux faquirs modernes. (Lib. xv,
l'esprit huinain dans un cercle plus étroit que celui que la nature leur à tracé. Quand chaque homme a la liberté pleine et entière de diriger ses efforts vers les objeis et la fin que son penchant l'engage à préférer, il peut espérer d’ateindre à ce haat degré de perfection auquel les élans de son génie et d’une industrie sans entraves le portent naturellement. Les règlemens de l'Inde politique, par rapport aux différens ordres d'hommes doivent nécessairement arrêter quelquefois le génie dans sa carrière, et restreindre aux fonctions d'une caste inférieure, des talens qui pourraient être propres à briller dans une sphère plus élevée. Mais les arrangemens du gouvernement civil sont faits, non pour ce qui est extraordinaire, mais pour ce qui est commun ; non pour le petit nombre, mais pour tous, L'objet des premiers législateurs indiens fut d'employer les moyens les plus efficaces de pourvoir à la subsistance, à la sûreté et au bonheur de tous les membres de la communauté qu'ils gouvernaient. Dans cette vue, ils destinèrent certaines races d'hommes à chacune des professions variées et des arts nécessaires à une société bien ordonnée, et détermintrent que l'exercice en serait transmis de père en fils successivement., Ce système , quoique extrêmement posé aux idées que nous avons conçues dans un état social tout différent , paraîtra, après un examen scrupuleux, plus propre a obtenir la fin qu'op se proposait qu'un observateur inattentif ne pourrait d'abord l’imaginer. L'esprit humain se plie aux lois de \a nécessité, et s'accoutume non-seulement à se prêter aux privations que sa condition ou les institutions de son pays lui imposent, mais à s’en contenter. Dès son entrée dans le monde, l’Indien connaît la place qui lui ‘5€ assignée et les fonctions auxquelles sa naissance le destine. Les objets qui en dépendent ont les premiers qui se présentent à sa vue. Ils occupent sa pensée ou exercent ses bras, et dès ses plus tendres années il est entrainé par l'habitude de faire aisément et avec plaisir.ce qu'il continuera de faire pendant tout le cours de sa
vie. Voilà à quoi l’on doit attribuer ce haut degré
de perfection qui frappe dans plusieurs des ma-
œufactures indiennes; et quoique leur respect d | en copiant Mégasthène, partent pour une chasse publique, | ils sont accompagnés par un grand nombre de ‘leurs
Ipour les pratiques de leurs ancêtres puisse enchaîner l'esprit d'invention, cependant il en résulte une habileté et une délicatesse dans la
main-d'œuvre qui fait que les Européens, avec tous les avantages d'une industrie supérieure et l’aide d’instrumens plus parfaits, n’ont jamais été capables d'égaler le fini de l'exécution de leurs ouvrages. Tandis que les grands progrès de leurs curieuses manufactures excitaient l’admiration et atliraient le commerce des autres nations, la séparation des professions dans l'Inde, et l'ancieune distribution du peuple en classes, attachées chacune à une espèce particulière de travaux, assuraient une abondanee des marchandises les plus communes et les plus usuelles qui, non-seulement suffisait à leurs besoins, mais pourvoyaient encore à ceux des contrées qui les environnent.
A cette première division‘du peuple en castes nous devons aussi rapporter une singularité frappante dans l’état de l'Inde , la permanence de ses institutions et l'immutabilité dans les mœurs de ses habitans. Ce qui existe aujourd’hui dans l'Inde y fut toujours, et y continuera vraisemblablement : la violence féroce et le fanatisme effréné de ses conquérans mahométans, la puissance des Européens , ses maîtres, n’ont opéré aucune altération considérable !, Les distinctions
1 Ge que j'ai assuré dans le texte est en général bien fondé. C’est l'opinion cependant de ceux qui ont parcouru l'inde dans toute son étendue et qui ont bien observé tout ce qu'ils:ont vu, que les conquêtes et des mahométans et des Européens ont produit quelques effets sur lesmæœurs et sur les coutumes des peuples. L'ancien habillement des Indiens, comme le décrit Arrien(Æist. nd.,c. xw1), était une toile de mousseline jetée nonchalamment sur leurs épaules, une chemise de mousseline descendant au milieu de la jambe, et leurs barbes étaient teintes de diverses couleurs ; cette mode est toute différente de celle qu'ils suivent actuellement. On suppose aussi que les mahométans ont introduit dans l’inde la coutume de séparer les femmes, et la rigueur avec laquelle elle sont renfernée. Cette supposiion est en quelque façon confirmée par le drame de Sacontala, traduit du sanskrit. Dans cette pièce, on introduit plusieurs femmes , qui se mêlent ‘dans la société, et conversent aussi librement avec les hommes, que les femmes ont coutume de le faire en Ev-
| rope. Nous pouvons présumer que l'auteur décrit les
mœurs-et se conforme aux coutumes de son siècle. Mais lorsque je faismention de cette remarque ,il faut observer aussi qu'il y a lieu de conclure d’un passage de Strabon qu'au temps d’Alexandre-le-Grand, les femmes dans l'Inde étaient gardées avec la même attention jalouse qu'elles le sont aujourd'hui, «Quand les princes, dit-il
femmes, mais le long de la route où ils doivent passer, des cordes sont tendues de chaque côté, et 'si quelque
de con et don mes de et ils « arts. D a été] tamme mêmes toutes jours, rée cor chesses font qu Selon | ancient consist:
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gner une ‘ nser ver mentent | dans le T de l’Indo les règne Perse, ur l'Espagne J'était pas tes riches semens €) pement, I usurpateu jamais de gent, et « toute espè indubitabl &ent dans tions, don échange d de la contr de l'Indos culière de Cacbemirie
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mes de la religion sont l'objet de leur véné ation, et ils cultivent les mêmes sciences et les mêmes arts. Dans tous les âges, le commerce avec l'Inde a été le même; l'or et l'argent y ont été constamment apportés pour faire jouir le pays des mêmes avantages qu’ils procurent maintenant à toutes les nations. Depuis Pline jusqu'à nos jours, l'Inde a toujours été considérée et abhorrée comme un abime où s’engloutissent les richesses de toutes les autres contrées , où elles ne font que circuler et dont elles ne sortent jamais !, Selon les détails que j'ai donnés des cargaisons anciennement exportées de l'Inde, on voit qu’elles consistaient presque dans les mêmes articles d'échange avec ceux de nos jours; et si on y apercoit quelque différence, elle est due non pas tant à quelque variété dans la nature des mar-
homme en approche, il est dans l'instant mis à mort. (Lib. xv, p. 1037, A.) On commence à s’apercevoir de l'influence des mœurs européennes parmi les Indiens qui résident dans la ville de Caicutta. Plusieurs d’entre eux se font trainer dans des carrosses anglais, s’assoient sur des chaises , et garnissent leurs maisons de miroirs. Ce serait ici le lieu de faire mention de plusieurs circonstances qui, probablement, contribueront au progrès de cet esprit d'imitation.
! C’est une chose curieuse d'observer avec quelle exac- |
titude les idées d’un Asiatique ingénieux se rencontrent
de condition, les règlemens dans la société civile !
chandises que les Indiens préparaient pour la
vente, qu'à la diversité dans les goûts et dans les besoins des nations qui les demandaient.
I. La considération de sa constitution politique | et de la forme de son gouvernement, fournit une autre preuve de l’ancienne et haute civilisation du peuple de l'Inde. Les Indiens font re. monter leur histoire à une multitude de siècles, et assurent que toute l'Asie, depuis l'embouchure de l’Indus à l’ouest , jusqu'aux confins de la Chine à l'est, et depuis les montagnes du Thibet au nord, jusqu'au cap de Comorin au sud, formait un vaste empire soumis à un puissant souverain , sous lequel gouvernaient différens princes héréditaires et rajahs. Mais leur
avec celles des Européens sur ce sujet. « En réfléchissant, |
dit-il, sur la pauvreté de Turan (contrée au-delà de l'Oxus) #t de l'Arabie, je fus d’abord embarrassé d’assigner une raison pourquoi ces contrées n'ont jamais pu
“niserver de richesses, tandis qu’au contraire elles aug- | mentent journellement dans l’indostan. Timur apporta |
dans le Turan les richesses de la Turquie, de la Perse et de l’Indostan, mais elles sont toutes dissipées ; durant
les règnes des quatre premiers califes, la Turquie, la Perse, une partie de l'Arabie, l’Éthiopie, l'Égypte et !
l'Espagne étaient leurs tributaires, et cependant le pays s'était pas riche. Il est donc évident que cette dissipation tes richesses d’un état ne peut arriver que par des épuimens extraordinaires, où par quelque vice de gouvervement. L'Indostan a été fréquemment ravagé par des usurpaleurs étrangers, et aucun de ses rois ne forma jamais de trésor, Le pays n’a aucune mine d’or et d’ar- Sent, et cependant l’Indostan abonde en monnaie et en toute espèce de richesses, L'abondance de numéraire est indubitablement due à l'ample importation d’or et d’argent dans les vaisseaux européens et ceux des autres nations, dont plusieurs apportent de l'argent comptant en échange des manufactures et des productions naturelles de la contrée, Si ceci n’est pas la cause de l'état florissant de l'Indostan, il faut l'attribuer à la bénédiction parti- Culière de Dieu. (Mém. de Khojeh-Abdul-Kurrcem , Cacbemirien de distinction, p. 42.)
chronologie, qui compte la vie de l'homme dans les temps anciens par des milliers d'années, et calcule par millions l'étendue des différentes périodes durant lesquelles elle suppose que le monde a existé, est si folle et si extravagante qu'elle ne mérite aucune sérieuse discussion. Contentons-nous donc, jusqu'à ce que l’on ait obtenu des connaissances plus certaines de }’histoire ancienne de l'Inde, de recevoir des Grecs qui servaient sous Alexandre-le-Grand les premiers détails qui soient authentiques sur cette contrée. Ils trouvèrent dans ce pays des royaumes d’une grande étendue, Les territoires de Porus et de Taxile comprenaient une grande partie du Panjab, une des contrces les plus fertiles et les mieux cultivées de l'Inde. Le royaume des Prasii ou Gangarides, couvrait un grand espace de l’un et de l’autre côté du Gange. Tous les trois, comme on voit par les anciens auteurs grecs, élaient puissans et peuplés.
Cette description du partage de l'Inde en états si étendus est seule une preuve convaincante de ses progrès dans la civilisation. Dans quelque région de la terre que l’on ait été à même d’observer le progrès des hommes en société, on les voit d'abord en petites tribus ou communautés indépendantes. Leurs besoins communs les portent à s'unir, et leurs jalousies réciproques, autant que la nécessité d'assurer leur subsistance, les oblige d'éloigner par la force tout rival qui pourrait empiéter sur les domaines qu'ils regardent comme leur propriété. Plusieurs siècles s'écoulent avant qu'ils s’assemblent en corps , qu'ils acquièrent la prévoyance suffisante pour pourvoir à leurs besoins, ou la sagesse requise
pour conduire les affaires d'une société nom-
breuse. Sous le beau climat même, et sur le sol fertile de l'Inde, plus favorable peut-être à lunion et àl’accroissement de l'espèce humaine | qu'aucuné autre partie du globe, la formation | d'états aussi étendus et établiscomme ilslétaient | dans cette contrée, lorsque les Européens les visitèrent pour a première fois, doit avoir été | l'ouvrage du temps; et ses membres doivent
avoir long-temps été accoutumés aux opérations |
de l’utile industrie.
Quoique le gouvernement monarchique fût | établi dans toutes les contrées de l'Inde aux- | quelles la connaissance de l'antiquité s’étendait, |
les souverains étaient loin de posséder un pouvoir despotique et absolu. On n’y a découvert à
la vérité aucune trace d’assemblée ou de corps !
public, dont lesmembres, soit dans leur propre
droit, soit comme représentans de leurs conci- |
toyens, pussent intervenir dans l'établissement des lois ou dans la surveillance de leur exécution. Les institutions destinées à assurer et à garantir les droits relatifs aux hommes en société , toute familière que l’idée puisse en être aux peuples de l'Europe, ne forma jamais une partie d'aucune constitution politique dans aucun grand royaume d'Asie. C'était à des principes différens que les peuples de l'Inde devaient les restriciions qui limitaient l'exercice de la puissance royale. Le . rang des individus était immuablement fixé, et les priviléges des différentes castes étaient regardés comme inviolables. Les monarques de l'Inde , qui sont tous pris de la seconde des quatre classes dont nous avons déjà parlé, à qui l’on confiait les fonctions du gouvernement et l’exercice des armes, voient parmi leurs sujets un ordre d'hommes qui leur est bien supérieur en dignité et par le rang et par la sainteté , et si persuadé de sa prééminence, qu'il regarde comme une souillure et une dégradation de se nourrir des mêmes alimens que son souverain {, Leurs personnes sont sacrées, et même pour les crimes les plus atroces, on ne peut les punir de mort: on ne doit jamais verser leur sang.
Les monarques doivent regarder avec respect
vérer comme les ministres de la religion et les maîtres de la sagesse. Dans les occasions im-
1 Orme, Dissert., voi. 1, p. 4, Esquisses, etc., p. 113. Code des lois des Gentoux, ch. xxr, $ x, p. 275-283.
portantes, c'est le devoir des souverains de es consulter et de se diriger d'après leurs avis. Leurs conseils et même leurs censures doivent être reçus avec une soumission respectueuse, Ce droit des brames d'obtenir de l'administration publique le respect pour leurs opinions, n'était pas inconnu des anciens !; et dans quelques relations anciennes et encore subsistantes, des événemens qui se sont passés dans l'Inde, on fait mention des princes qui, ayant violé les priviléges des castes, et méprisé les remontrances des brames, furent déposés et mis à mort par l’autorité de ceux-ci 2.
Tandis que d’un côté les lois sacrées des brames opposaient une barrière aux usurpations du pouvoir royal, il était circonscrit de l’autre par les idées que ceux qui tenaient le premier rang dans la société concevaient de leur dignité et de leurs priviléges. Comme les membres de la caste qui par son rang approchait le plus des choses sacrées étaient les seuls qu’on pat char. ger des fonctions de l'état, les souverains de ces vastes royaumes anciennement établis dans l'Inde, jugèrent à propos de donner aux autres la surintendance des villes et des provinces trop éloignées pour être sous leur inspection immédiate. Dans ces postes, ils acquéraient souvent tant de crédit et d'influence, que les charges conférées arbitrairement continuèrent dans leurs familles, et qu’ils parvinrent graduellement à former un ordre intermédiaire entre lesouverain et ses sujets; et par la jalousie vigilante avec laquelle ils maintenaient leur dignité et leurs priviléges, ils contraignaient leurs gouverneurs à les respecter et à les gouverner avec équité.
Leurs prérogatives, restreintes par l'autorité du souverain, n’appartenaient pas seulement aux deux ordres supérieurs dans l’état, elles s’étendaient par degrés à la troisième classe employée à l’agriculture. Les travaux de cette société d'hommes nombreuse et utile sont si essentiels à la conservation et au bonheur de tous, qu'on donnait la plus grande attention à rendre leur condition sûre et agréable, Selon les idées do-
| minantes chez les peuples de l'Inde, comme les hommes de cette classe supérieure et les ré- :
nous le savons des premiers Européens qui ont visité leur pays, le souverain est considéré
1 Strabo, lib. xv, p. 1029, C.
3 Délail des qualilés requises dans un magistral, à la tête du Code des lois des Gentoux, p. 192 et 118.
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es dans un magistral, Gentoux, p. 192 et 116.
comme le seul et universel propriétaire de toute la terre dans ses domaines, et de lui dérivent toutes les propriétés de ses sujets. Ces terres étaient louées aux fermiers qui les cultivaient, moyennant une rente stipulée, montant ordinairement à la quatrième partie de leur produit annuel payé en espèces !. Dans un pays où le prix de la main-d'œuvre est très bas, et où les travaux de la culture sont très peu considérables, la terre produisant presque d'elle-même, où la subsistance est à fort bon compte, où peu de vètemens sont nécessaires , et où les maisons sont bâties et meublées à peu de frais, cc taux ne peut être ni exorbitant ni oppressif. Aussi long-temps que le laboureur continue de payer la rente établie, il conserve la jouissance de la
ferme, qui passe comme une propriété du père,
au fils. Ces détails que les anciens auteurs ont donnés de l'état et du sort des fermiers dans l'Inde, sont si parfaitement conformes avec ce qui se pratique maintenant, qu'on peut les considérer presque comme ane description de l’état présent de sa culture. Dans chaque partie de l'Inde où les princes indiens ont des domaines, les ryots, nom moderne par lequel on distingue les fermiers, tiennent leurs possessions à bail, qui peut être considéré comme perpétuel et au prix fixé par les anciens arpentages et les anciennes évaluations. Cet ordre a été si longtemps établi et s’accommode si bien avec les idées des Indiens concernant les distinctions des castes et les fonctions attribuées à chacune, qu’il a été inviolablement maintenu dans toutes les provinces soumises, soit aux mahométans, soit aux Européens, et que ces deux puissances le conservent comme la base sur laquelle est fondé tout leur système de finance 2. Dans un
‘Strabo, lib. 1, c. xv, p. 1030, A. Diod. Sic., lib. 1, C. XL, p. 53.
*Les monarques de l'Inde étaient les seuls propriétaires
anciens. Le peuple, disent-ils, paie un impôt territorial à leurs rois, parce que le royaume est une propriété royale. (Strabo, lib. 1, p. 1038. Diod. de Sic., lib. ar, p. 153.) Ceci n’est pas particulier à l'Inde. Dans toutes les grandes monarchies de l’orient, le souverain seul paraît être investi de la propriété de la terre, comme seigneur suzerain, Selon Chardin, tel est l'état de propriété en Perse, et les terres étaient louées par le monarque aux fermiers qui les cultivaient aux conditions presque semblables à celles accordées aux ryots indiens, (Fo ages, tom. 11, p. 336, etc., in-4°.) M, Volney donne un état
période de temps plus reculé, avant que les institutions primitives de l'Inde fussent subverties par les usurpateurs étrangers, l'industrie du fermier, dont chaque habitant dépendait
semblable du fermage des terres dans une des grandes provinces de l'empire turc. (7oyage en Syrie, etc., tom. Il, p. 269, etc.) Le mode précis cependant, dont les ryots de l’Indostan tenaient leurs possessions, est une circonstance de son ancienne constitution politique, sur laquelle des hommes d'un discernement supérieur, qui ont résidé long-temps dans ce pays et y ont occupé les premières places du gouvernement, ont eu des opinions très différentes. Quelques-uns ont imaginé que les concessions de terrain étaient faites par le souverain aux villages ou aux petites communautés, et que les habitans, sous la conduite de leurs chefs, le cultivaient en commun et en partageaient le produit entre eux selon certaines proportions. (Descript. de l'Inde, par M. Bernouilli, tom, 11, p. 223, etc.) D’autres prétendent que la propriété du fonds a été transférée de la couronne à des officiers héréditaires d’un rang distingué, et d’une grande autorité, appelés zémindars, qui recueillent les revenus des mains des ryots, et leur partagent les terres. D'autres soutiennent que l'office des Zémindars est temporaire et ministériel; qu’ils sont purement des collecteurs du revenu, amovibles à volonté, et que le bail, en vertu duquel les ryots tiennent leurs possessions, dérive immédiatement du souverain. Cette derrière opinion est soutenue très habilement par M. Gr:ri, dans ses Recherches sur la nature des tenures des Zémindars dans la propriété des terres du Ben gale, etc. On continue encore d’agiter cette question au Bengale, et l’on a produit des argumens plausibles en faveur de ces différentes opinions ; quoique ce soit un point très intéressant, puisque le système futur des finances anglaises dans l'Inde paraît en dépendre essentiellement, cependant des personnes bien instruites de l'état de l’Inde ne se sont pas crues en état de décider la question. (Voy.l’Zntroduction, du capitaine Kirkpatrick, aux instituts de Ghazan-K. an, danslesnouveaux mélanges asiatiques, n°, p. 130.) Quoique l'opinion du comité de finance, composé de personnes très habiles, penche à conclure contre le droit héréditaire des zémindars sur la propriété du sol ce-
| pendant le conseil suprême, en 1786, refusa pour de
bonnes raisons de donner aucun jugement définitif sur un sujet si important. Cette note était envoyée à l'impression avant que je pusse lire la Dissertation ingénieuse et instructive de M. Rousse sur la propriété foncière du
| Bengale. Il y adopte une opinion contraire à celle de de la terre; cela est affirmé en termes positifs par les |
M. Grent, et soutient, avec cette candeur et cette élévation de sentiment qui frappent toujours quand on n’a d'autre objet en vue que la découverte de 12 vérité, que les zémindars du Bengale possèdent leurs propriétés foncières par droit héréditaire. Quand j'aurais une connaissance assez exacle, soit de l’état de l'Inde, soit du système d'administration qui y est établi, pour comparer ces différentes théories et déterminer laquelle d’entre elles mérite la préférence, le sujet de mes recherches n’exigerait pas que j’entrasse dans une telle discussion. J'imagine cependant que l'é* de la propriété foncière dans l'Inde serait beaucoup éclairci par la comparaison qu’on