‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 93 sur 112 · Bernier, tom · texte numérisé non relu

Bernier, tom

, 192 -Baglvat-Geeta, p. 43.

Car il est impossible de conduire les femmes et

Au lieu donc de faire briller au dehors quelques rayons de cette lumière qui avait éclairé leurs

esprits, ils formèrent une théorie pour justifier | lance ornée de lierre dont s'arment les dieux, et leur conduite et pour épaissir le nuage dont ils | toute cette ancienne théologie, sont des fables voulaient s'envelopper. Le vulgaire ignorant | que les premiers législateurs des empires ont n'avait, selon eux , aucun droit à la vérité. Con- | employées comme des épouvantails faits pour damné par la destination où la nature l'a placé, | en imposer aux hommes simples et crédules 1, » à rester dans l'ignorance , il ne peut être main- Ces principes des philosophes d'Europe sunt tenu dans l'ordre que par des illusions , porté au précisément ceux que les bramines avaient bieu et détourné du mal que par l'espérance de | adoptés dans l'Inde, et qui réglaient leur conces récompenses imaginaires que promet la re- | duite aux yeux du vulgaire, Comme leur caste ligion et par la crainte des Châtimens dont elle | avait le privilége exclusif de lire les livres sacrés, menace. Je pourrais citer, à l'appui de ce que | de cultiver et d'enseigner les sciences, ils pouj'avance, la doctrine de la plupart des sectes phi- | vaient aisément empêcher tous ceux qui n'en losophiques ; et rapporter les paroles mêmes de | étaient pas membres d'acquérir aucune portion presque tous les écrivains célébres » grecs Où ro- | de connaissance, qu'il ne leur eût pas plu d'enmains; mais il suffira de mettre sous les yeux de | seigner, Chaque fois que la libre circulation des mes lecteurs un passage remarquable de Strabon, | sciences n’est point arrêtée par de telles réserves, dont j'ai tiré tant de secours dans le cours de mes | toute la société entre en partage dans les nourecherches, et qui n'était pas moins habile à pé- | velles acquisitions qu’elles font tous les jours ; nétrer les opinions politiques de ses contempo- | et leur influence, appuyée sur le sentiment et la rains qu'à décrire les contrées qu'ils habitaient. | pratique , S'étend insensiblement d'un petit «Tout ce qu'il y a de merveilleux dans la fable est : nombre à un plus considérable, des hommes employé (cesont sesexpressions)quelquefois pour | instruits aux ignorans. Mais partout où l'empire plaire, quelquefois pour inspirer de la @rreur des fausses religions est complétement établi, aux personnes de l’âge mr , aussi bien qu'aux le corps du peuple ne gagne rien aux plus enfans. On propose aux enfans d'agréables fic- grands progrès des sciences. Leurs philosophes tions , afin de les encourager à bien faire; on leur dérobent » avec le plus grand soin, les véleur en raconte d’effrayantes, afin de les dé- rités qu'ils ont découvertes, et s’exercent à tourner du mal. Quand les hommes sont unis étayer les monumens de superstition qu'il serait en société, ils sont portés vers les actions loua- … de leur devoir de renverser. Non-seulement ils bles, soit en entendant les poètes célèbres, les

exhortent les autres à observer les rites religieux exploits merveilleux de la fable, tels que les tra- prescrits par les lois du pays, mais eux-mêmes vaux qui leur ont acquis les honneurs des dieux, : s’y soumettent dans leur conduite, et n’abordent

Soit en voyant tous ces faits glorieux , représen- | les autels des dieux, objets de leur mépris intés par l'art du peintre et du sculpteur. D'un , terne, qu'avec des signes extérieurs de respect autre côté, on les détourne du vice en leur ra- , et de zèle, Au lieu de ressembler aux apôtres de Contant les châtimens réservés par les dieux la vraie religion, dans l’ardeur bienveillante aux coupables, On a soin d'ajouter à l'horreur de | avec laquelle ils ont sans cesse communiqué les tes menaces, en les exprimant dans les termes | vérités importantes qui avaient éclairé leurs es

les plus sinistres, ou en les peignant sous des … prits et touché leurs âmes, les sages de la Grèce emblèmes effrayans qui leur montrent ces chà- | et les bramines de l'Inde suivaient , avec un artimens déjà exécutés sur d'illustres coupables ; | tifice concerté, ce système d'illusions et d’erreurs, et suivant l'expression énergique d’un écrivain sacré, ils enfermaient la vérité dans l'injustice ; ils connaissaient et approuvaient ce qui est vrai; mais pour tout le reste des hommes, ils s’attachaient à conserver et à perpétuer l'erreur,

et la crainte des dieux, et tous les prodiges dont

Je viens de parcourir tous les détails que je elles sont la source féconde. Ainsi le tonnerre de € Strabo, lib, 1, p. 36, B,

Jupiter, l'égide de Minerve » le trident de Neptune, les torches et les serpens des furies, la

la grossière multitude , et de leur inspirer un respect religieux pour les principes de la justice, pour les préceptes de la raison et de la philosophie, si on n’appelle à son aide la superstition

me proposais d'examiner, et j'ai tâché de découvrir l'état des Indiens dans léurs rapports les uns avec les autres. Si je n'avais eu pour objet que de décrire le gouvernement civil, les arts, les sciences et les institutions religieuses d'une des races humaines les plus nombreuses et les plus anciennes du globe, cela seul m'aurait conduit à des recherches utiles et curieuses. J'avoue cependant que j'ai eu toujours devant les yeux un objet plus intéressant et d’une plus grande importance ; j'ai conçu l'espérance que si le tableau que je présente de l’ancienne civilisation de lInde et des progrès merveilleux de ses habitans dans les arts agréables et dans les sciences utiles paraissait fidèle et conforme à la vérité, il pourrait avoir quelque influence sur la conduite des Européens à l'égard de ces peuples. Malheureusement pour l'espèce humaine, dans toutes les parties du globe où les peuples

de société bien inférieur au leur, mais encore différens d'eux pour la couleur de la peau et les habitudes de la vie. Les hommes, dans tous les degrés de leur carrière sociale, sont si satisfaits des progrès qu'a faits la société dont

ils sont membres, que le point où ils sont arri- | vés leur paraît le modèle de la perfection, et |

qu'ils sont disposés à concevoir du mépris et mème de l’aversion pour tous les peuples dont la condition n’est pas semblable à la leur. En Afrique et en Amérique, la différence à cet égard est si frappante , que dans l’orgueil de leur supériorité, les Européens se sont crus autorisés à réduire en esclavage les naturels de l'Afrique et à exterminer ceux âde l'Amérique. Dans l'Inde même , quoique fort supérieure en civilisation à ces deux parties du monde, la couleur des habitans , leur air efféminé, leur peu d'aptitude à la guerre , !’2" travagance bizarre de leurs opinions et de leurs pratiques religieuses , tout cela joint à d’autres circonstances , confirma tellement les Européens dans le sentiment de leur prééminence, qu'ils traitèrenf toujours les Indiens

comme une race d'hommes inférieure à la leur, Il serait à désirer que des quatre nations européennes qui ont successivement acquis de vastes territoires et une grande puissance dans l'Inde, quelqu'une pôût justifier la manière dont elle a exercé cet empire. Cependant, si quelque chose peut avoir une tendance directe et puissante à inspirer aux Européens trop vains de leur supériorité dans la police, les sciences et les arts des sentimens justes à l'égard des peuples de l'Inde , et le respect qui est dû à leurs droits naturels, en leur qualité d'hommes, c’est l'habitude qu'ils doivent avoir prise non-seulement de regarder les Indiens modernes comme une race industrieuse et intelligente, mais encore de les considérer comme les descendans d'un peuple ancien qui était parvenu à un degré surprenant de lumières et de sagesse, plusieurs

| siècles avant que la civilisation eût fait un seul d'Europe ont acquis de la puissance, ils en ont trouvé les habitans non-seulement dans un état |

pas dans aucune partie de l'Europ:. Ce fut par l'effet d’une étude impartiale et sincère de ieurs

| mœurs que l’empereur Akber fut conduit à re- | garder les Indiens comme ayant avec ses autres | sujets un droit égal à sa protection et à ses fa- | veurs, et qu'il les gouverna ayec une disposition

d'équité et de douceur qui lui a mérité de la reconnaissance de ces peuples l'honorable dénomination de protecteur de l'humanité. Ce fut aussi par une connaissance approfondie de leurs qualités moraleset acquises qu’Aboul-Fazel, vizir d'Akber, par une générosité d'âme peu commune chez les mahométans, prononça un éloge public des vertus des Indiens, et comme individus et comme membres de la société, et qu'il célébra leurs progrès dans les arts et les sciences de tout genre, Si je pouvais espérer que la description qu'on vient de lire des mœurs et des institutions des peuples de l'Inde contribudt le moins du monde, et par l'influence la plus éloignée, à rendre leur caractère plus respectable et leur condition plus heureuse, je terminerais ma carrière littéraire avec la satisfaction de penser que je n'aurais ni vécu, ni écrit, sans avoir fait quelque bien.

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