‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 114 sur 132 · RECHERCHES SUR L'INDE ANCIENNE · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR L'INDE ANCIENNE

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doit attribuer entièrement la prédilection des nations anciennes pour ses marchandises; car, excepté le poivre, objet assez important , elles différent peu de celles des autres contrées du tropique; et l’Éthiopie et l'Arabie ont amplement fourni aux Phéniciens et aux autres peuples de l'antiquité les parfums, les pierres précieuses , l'or et l'argent qui faisaient les principaux articles de leur commerce.

Ainsi, quiconque désire de suivre le commerce avec l'Inde jusqu’à sa source doit consulter pour cela, non pas tant toutes les particularités naturelles des productions de ce pays que les grands progrès de ses habitans vers la perfection civile. Plusieurs faits nous ont été transmis qui, examinés scrupuleusement, démontrent clairement que les peuples de l'Inde furent nonseulement très ancieunement civilisés, mais qu’ils ont fait dans la civilisation de plus grands progrès qu'aucun autre peuple. J’essaierai de raconter ces faits en détail, et de les placer dans un tel point de vue qu'ils puissent servir également à répandre du jour sur les institutions, les mœurs et les arts des Indiens, et à favoriser l’'empressement detoutes les nations à s'emparer des productions de leur ingénieuse industrie.

Les anciens écrivains païens plaçaient les Indiens parmi ces races d'hommes qu'ils nommaient Autochtones ou Aborigènes, qu'ils regardaient comme enfans du sol, et dont on ne pouvait découvrir l’origine !. Les écrivains sacrés célèbrent avant tout la sagesse de lorient, expression qui annonce les progrès extraordinaires des peuples de cette partie du monde dans les sciences et dans les arts ?.

Pour éclaircir et confirmer ces témoignages

1 Diod. Sicil., lib. xr, p. 151.

2 1. Livre des Rois, chap. 1v, p. 31.

formels concernant l'ancienne et grande civilisation des habitans de l'Inde, j'examinerai leur rang et leur condition comme individus, leur politique civile, leurs lois et leur procédure judiciaire, leurs arts utiles et agréables, leurs sciences et leurs institutions religieuses , autant qu'il est possible de s'en instruire par les écrits des Grecs et des Romains, comparés avec ce qui reste encore de leurs anciennes institutions. I. D'après les plus anciennes descriptions de l'Inde, nous savons que la distinction des rangs et la séparation des professions y étaient particulièrement établies. C’est une des preuves les plus convaincantes d'une société considérablement avancée dans ses progrès. Les arts, dans les premières scènes de la vie sociale, sont en si petit nombre et si simples que chaque homme les possède tous assez pour satisfaire à toutes les Cemandes de ses désirs limités. Un sauvage peut façonner son arc, aiguiser ses flèches, élever sa hutte et creuser son canot sans recourir à l’aide d'aucune main plus habile que la sienne t; mais lorsque le temps a multiplié les besoins des hommes, les productions de l'art se compliquent tellement dans leur forme, ou deviennent si recherchées dans leur fabrique qu’un cours particulier d'éducation est nécessaire pour former l'artiste à l'esprit de l'invention et à l’habileté de l'exécution. A proportion que le raffinement s'étend la distinction des professions s'accroit et se partage en des subdivisions plus nombreuses et plus petites. Avant les monumens de l’histoire authentique, et même avant l’tre la plus reculée à laquelle leurs propres traditions puissent atteindre, cette séparation des professions a non-seulement eu lieu parmi les peuples de l'Inde, mais sa durée a été assurée par une institution que l'on doit considérer comme l’article fondamental dans le système de leur politique. Le corps entier du peuple était divisé en quatre ordres ou castes. Les membres de la première, regardée comme sacrée, avaient en partage l'étude des principes de la religion, l'exercice de ses fonctions et la culture des sciences. Ils étaient les prètres, les instituteurset les philosophes de la nation. Les membres du second ordre étaient chargés du gouvernement et de la défense de l’état. En temps de paix, ilsétaient

! Hist. de l'Amérique, vol. WU, p. 165.

APPENDICE DES RECHERCHES

ses conducteurs et ses magistrats; en temps de guerre, ils étaient les soldats qui livraient les batailles. La troisième caste était composée d'agriculteurs et de marghands, et la quatrième d'artisans, de laboureurs et de domestiques.

Aucun individu ne pouvait jamais quitter sa caste ni être admis dans une autre !, L'état de chaque. individu est fixé d’une manière inaltérable; sa destinée est irrévocable, et pendant sa vie il doit parcourir la route qui lui est marquée sans pouvoir jamais s’en écarter. Cette ligne de séparation est non-seulement tracée par l’autorité civile, mais confirmée et sanctionnée par la religion. On dit que chaque ordre ou caste tient son origine de la divinité d’une manière si différente que l'on regarderait comme un acte de la plus monstreuse impiété de les mêler ou de les confondre 2. Ce n'est pas seulement entre ces quatre tribus que ces barrières insurmontables ont été placées; les membres de chaque caste sont encore invariablement attachés à la | profession de leurs encêtres. De génération en génération , les mèmes familles ont suivi et con-

1 Ayeen Akbery, v. IL, p. 81. Essais relatifs à l'hisloire, etc., des Indous, p. 107.

2 Selon tous les écrivains de l'antiquité, les Indiens ont été constamment divisés en sept tribus ou castes (Strah., lib. xv, p. 1029, C., etc. Diod. de Sic., liv. 1, p. 153, etc. Arrien, c. x.) 11 est probable qu'ils furent entrainés dans cette erreur en considérant quelque-unes des subdivisions des castes, comme si elles avaient formé des ordres distincts et indépendans. Mais il n’y avait pas plus de quatre castes primitives : c’est ce que nous apprenons par le témoignage uniforme des voyageurs modernes les mieux instruits. Nous en avons l’état le plus exact dans La Porte ouverte , ou la vraie représentation de la vie, des mœurs, de la religion et du service des bramines qui demeurent sur les côtes de Coromandil. Cet ouvrage fut compilé avant le milieu du dernier siècle, par Abraham Boger, chapelain de la factorerie hollandaise à Pullicate. En gagnant la confiance d’un bramint éclairé, il acquit les connaissances relatives aux mœurs et à la religion des Indiens, connaissances plus authentiques et plus étendues que n'en avaient eu les Européen avant les dernières traductions du sanskrit. Je fais mention de ce livre, parce qu’il paraît être moins connu quil ne mérite de l'être. 11 ne reste maintenant point de doute, quant au nombre et aux fonctions des castes,

puisque cela est assuré d’après les livres indiens les plus anciens et les plus sacrés, et confirmé par les relation de leurs propres institutions données par des bramiuts éminens pour leur savoir. Selon eux, les différentes castes tiraient leur origine de Brama, l'agent immédiat de la création sur le pouvoir suprême, de la manitrt suivante , qui établit et le rang qu’elles devaient tenir el les fonctions qu’elles avaient à remplir,

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Ces arrangemens déterminés des différens membres d'une communauté semblent d'abord

Le Bramine, du nom de la bouche (sagesse), doit prier, lire, instruire. ‘

Le Chehtéry, du nom des bras (force), doit tirer de l'arc, combattre , gouverner.

Le Bice, du nom du ventre ou des cuisses (nourriture), doit pourvoir aux nécessités de la vie par l'agriculture et le commerce.

Le Soder, du nom des pieds (soumission), doit travailler et servir.

Les occypations prescrites à toutes ces classes sont essentielles d@s un état bien réglé. Celle qui est subordonnée à celle-ci est la cinquième, ou la classe étrangère, appelée Zurrun Sunker. On la suppose descendue de l'union illégitime entre des personnes de différentes castes. Elles sont ordinairement marchandes en petits articles de commerce de détail. (Préface du Code des lois des Gentoux, p. 46 et 99.) Aucun auteur européen ne fait mention de cette classe comme je la décris; cette distinction était trop difficile pour qu'ils l’observassent , et ils paraissent considérer les membres de cette caste comme apparlenans au Soder. Outre ces castes reconnues, il y a une race d'hommes malheureux , nommée sur la côte de Coromandel, Pariars, et dans l'autre partie de l'Inde, Chandalus. Ce sont des rebuts de leur ordre primitif , qui, par leur mauvaise conduite en ont perdu tous les priviléges. Leur condition est indubitablement la plus basse dégradation de la nature humaine. Personne d'aucune caste ne doit avoir la moindre communication avec eux. ( Sonnerat , tom. 1, p. 55et 56.) Si un Pariar approche un Nayr, c’est à dire un guerrier d’une haute caste sur la côte du Malabar, il peut être mis à mort avec impunité. L'eau et le lait sont considérés comme souillés, même par leur ombre qui passe sur eux, et ne peuvent être employés jusqu’à ce qu'ils soient purifiés. ( Ayeen Akbery, vol. 11, p. 243.) Il est presque impossible d'exprimer par des mots le sentiment de bassesse que le nom de Pariar inspire à l'âme d’un Indien. Tout indien qui viole les règles ou les institutions de sa caste , tombe dans cette situation dégradée. C’est ce qui rend les Indiens si fortement attachés aux institutions de leur tribu, parce que la perte de la caste est pour eux la perte de tout appui et de toute considération humaine, et qu’elle est un châtiment, sans comparaison plus sévère que l'excommunication dans le période le plus triomphant de la puissance du pape.

Les quatre castes primitives sont nommées et leurs fonctions décrites dans le Mahabarat , le plus ancien livre des Indiens, et d’une autorité plus haute qu'aucun de ceux dont les Européens aient eu connaissance jusqu'aiors. (Baghvat-Glhita, p. 130.) La même distinctiou des castes était connue à l’auteur du Aito-Pades, autre ouvrage d’une grande antiquité, traduit du sanskrit, p. 251.) On a omis dans le texte de faire mention d’une circonstance. Quoique la ligne de séparation soit tellement tracée qu'elle rende absolument impossible l’élévation d’une caste inférieure à une plus élevée, et que l’on

SUR L'INDE ANCIENNE

contraires au progrès des sciences et des arts; et ces barrières artificielles qui entourent les

‘ différens ordres, et qu'il serait impie de fran-

chir, tendent à circonscrire les opérations de

regardât comme une très énorme impiété, qu'un homme d’un ordre inférieur prétendit remplir quelques fonctions appartenante à celle d’une caste supérieure ; cependant, en certains cas, les pundits déclarent qu'il eat permis aux personnes d'une classe supérieure d'exercer quelques-unes des occupations attribuées à une classe audessous de la leur, sans perdre leur caste par cette action. (Préface des Pundits au code des loix des Gentoux, p. 100.) Aussi nous trouvons des Bramines employés au service de leurs princes, non-seulement comme ministres d'état (Orme, Fragmens , p. 207), mais encore dans des places subordonnées. La plupart des officiers de haut rang dans l'armée de Segavi, le fondateur de l'état Mahratie, étaient bramines, et quelques-unes d'eux pundits ou bramines savans ( Zbid., p. 97). Plusieurs cipayes, au service de la compaguie de l'Inde orientale, particulièrement dans la présidence du Bengale, sont de la caste des brames.

Un autre fait relatif aux castes est digne de remarque. Un nombre immense de pèlerins montant en quelques années à plus de cent cinquante mille, visitent la pagode de Jaggernaut en Orissa (un des lieux les plus anciens et les plus révérés du culte indien), au temps de la fête annuelle en l'honneur de la divinité à laquelle le temple est consacré. Les membres de toutes les quatre caates peuvent s'approcher ensemble de l'autel de J’idole, sans distinction de place, et manger péle-méle des mêmes alimens, Ceci semble indiquer quelque suuvenir d’un état antérieur à l'institution des castes, lorsque tous les hommes étaient considérés comme égaux. Je ne suis pas assez instruit pour être en état d'expliquer une pratique si opposée aux premières idées et aux principes connus des Indiens. (Bernier, tom. 11, p. 102. Tavernier, liv. 1e, ch. 1x. Anquetil, Disc. prélim., p.81. Esquisses, p. 96.)

Quelques -uns de mes lecteurs doivent avoir observé que je n’ai point décrit les ordres nombreux des dévots indiens, auxquels les écrivains européens donnent généralement le nom de faquirs, nom par lequel les mahométans distinguent les moines fanatiques de leur religion. Le jour sous lequel j’ai considéré les institutions religieuses des Indiens me dispense d'examiner les faquirs indiens en particulier. Leur nombre, la rigueur de leurs mortifications , les pénitences horribles qu’ils subissent volontairement , et la haute opinion que le peuple conçoit de leur sainteté, ont frappé tous les voyageurs qui ont visité l’Inde , et leurs descriptions sont bien connues La puissante influence de l'enthousiasme, l’amour de la distinction et le désir d'obtenir quelque portion de ce respect et de ces honneurs à la jouissance desquels les brames sont destinés, peuvent servir à expliquer les choses extraordinaires que les faquirs font : il y a une remarque importante à ce sujet. Cet ordre de dévots parait avoir été très ancien dans l’Inde. La description des Germains que Strabon emprunte de Mégasthène , s'applique presque en entier aux faquirs modernes. (Lib. xv, p. 1040, B.)

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