Vol. HN, p. IS
SUR L'INDE ANCIENNE
blique romaine, lorsque les lois des douze tables furent promulguées , rien n’était plus nécessaire. que les injonctions laconiques qu’elles contiennent pour régler les décisions des cours de justice, mais dans un période de temps plus rapproché , le corps de lois civiles aussi ample que les articles qu’il renferme était à peine suffisant pour le dessein que l'on s'était proposé. Le code indien ne ressemble pas à la concision sévère des douze tables; mais en considérant le nombre et la varité des objets qu’il embrasse , il peut soutenir une comparaison avec le célèbre Digeste de Justinien , ou avec les systèmes de jurisprudence des nations les plus civilisées. Les articles qui composent le code indien sont arrangés dans un ordre naturel et lumineux. Ils sont nombreux etétendus, et analysés avec cette attention et ce discernement de détail aaturels à un peuple distingué pour la sagacité et la subtilité de l’intelligence, long-temps habitué à l'exactitude des formes judiciaires et exercé à tous les raffinemens de la pratique légale. Les décisions sur chaque point, à peu d’exceptions près; occasionées par les préjugés locaux et les coutumes particulières, sont fondées sur les grands et immuables principes de justice que les hommes reconnaissent et respectent dans tous les âges et dans toutes les parties de la terre. Quiconque examine le travail en entier ne peut douter qu'il ne renferme la jurisprudence d’un peuple commerçant et éclairé. Quiconque considèrera chaque titre particulier sera surpris de la petitesse des détails, de l'exactitude des distinctions, qui, dans plusieurs exemples , paraissent aller au-delà de l'attention de la législation européenne. C'est mème une chose remarquable que la plupart des règlemens qui indiquent le plus grand degré de perfection civile aient été établis dans les périodes de la plus haute antiquité. « Dans le «premier traité de la loi sacrée, comme l'a ob- «servé une personne à qui la littérature orien- «lale dans toutes ses branches a eu de grandes «obligations , les Indiens supposent que Ménu «leur a révélé, il y a quelques millions d'années, «un passage curieux sur l'intérêt légal de l'ar- «gent et sur son taux limité en différens cas, «avec une exception relative aux entreprises «maritimes, exception que le jugement de toutes
| « les nations approuve, et que le commerce exige : «absolument, quoique ce ne fût que sous le
«règne de Charles 1°" que notre jurisprudence «anglaise l'ait admis en entier par rapport aux «conventious maritimes, ! » Quoique les habitans de l'Inde aient été renommés dans tous les temps pour la douceur et l'humanité de leur caractère , il est bien remarquable que les peines qu'ils infligent aux criminels, conformément à une observation des anciens dont on a déjà fait mention, soient extrèmement rigourer "s, «Le «châtiment personnifié d’une manière rpante «dans le code indien est le magistra. , . érsspi- «rateur de la terreur, le protecteur contre la «calamité, le gardien de ceux qui dorment’; «châtiment à l'aspect noir, à l'œil rouge, épou- « vante le coupable 2. »
IV. Comme la condition des anciens habitans de l'Inde, soit qu’on les considère comme individusou comme membres ensociété, paraît, d’après la remarque précédente, avoir 'extrèmement favorisé la culture des arts agréables et utiles: ous sommes portés naturellement à examiner si les progrès qu'ils y ont faits étaient tels qu'on devait l’attendre d’un peuple dans cette situation. Enessayant de suivre ces progrès, nous n'avons pas l'avantage d’un guide égal à celui qui conduisait nos recherches concernant les premiers articles. Les anciens, par leur peu de relation avec l'intérieur de l'Inde, n’ont pu communiquer que quelques instructions relativement aux arts qu'on y cultivait. Quoique les modernes, lorsqu'ils continuèrent leur commerce avec l'Inde pendant trois cents ans, aient eu les moyens de l'observer avec plus d'attention, c’est seulement depuis peu, qu’en étudiant les langues que l’on parle aujourd’hui et que l’on parlait autrefois dans l'Inde , en consultant et traduisant leurs auteurs les plus célèbres, ils ont commencé à faire les recherches qui conduisent avec certitude à la connaissance de l’état des arts cultivés dans cette contrée.
Un des premiers arts que l’industrie humaine s’efforça de perfectionner au-delà de ce qu'exige la ‘stricte nécessité, fut celui de l'architecture. Les productions de l'art, formées pour les besoins communs de Ja vie, se détruisent et périssent par l'usage; mais les ouvrages destinés à l’avantage dela postérité subsistent pendant des siècles , et c’est d'après la manière dont ils sont
! Troisième discours, Recherches asiatiques de William Johnes, p. 428.— * Code, chap. xx, $ vins.
APPENDICE DES RECHERCHES
exécutés que nous jugeons du degré de puis.
sance , d’habileté et de perfection qu’avaient atteint les peuples qui les ont exécutés. Dans chaque partie de l'Inde on trouve des monumens d’une haute antiquité. Ils sont de deux espèces : ceux qui étaient consacrés aux offices de la re. ligion et les forteresses bâties pour la sûreté du pays. Dans les premières de ces constructions, auxquelles les Européens, quelle que soit leur forme, donnent le nom général de pagoies, on remarque une diversité de style qui annonce la marche graduelle de l'architecture, et jette du jour sur l’état général des arts et des mœurs en différens périodes. Les pagodes les plus an-
ciennes paraissent n'avoir été que des excava- |
tions dans les parties montagneuses du pays, formées probablement à limitation des cavernes naturelles où les premiers habitans de la terre se retiraient en sûreté durant la nuit, et où ils
trouvaient un abri contre la rigueur des saisons, -
La plus célèbre et, comme il est raisonnable de le croire, la plus ancienne de toutes celles-ci est la pagode de l'île Éléphanta, à peu de distance de Bombay. Elle a été taillée à mains d'homme, dans un rocher massif, à moitié chemin d’une haute montagne, et formée dans une aire spa-
cieuse de près de cent pieds carrés. Pour sup- à
porter le toit et le poids de la montagne, on a tiré du même roc un nombre de piliers massifs d'une forme assez élégante , à des distances si régulières que la première entrée offre à l'œil du spectateur une apparence de beauté et de solidité. Une grande partie de l'intérieur est remplie: de figures humaines en relief, d’une taille gigantesque, de formes singulière, et ornée d’une variété de symboles, représentant probablement les attributs des divinités que les Indiens adoraient, ou les actions des héros qu'ils admiraient. Dans l’île de Salsette , encore plus près de Bombay, il y a des excavations semblables, peu inférieures en magnificence, et destinées aux mêmes vues religieuses.
Ces ouvrages étonnans sont d'une'si haute antiquité, que les naturels ne peuvent , soit par l'histoire, soit par la tradition, donner aucun renseignement sur le temps auquel ils furent exécutés: ils en attribuent la construction généralement à des êtres supérieurs. Par l'étendue et la grandeur de ces demeures souterraines, que les voyageurs éclairés comparent aux plus célè-
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bres monumens de la puissance et de l’industrie humaine , dans aucune partie de la terre, il est manifeste qu'ils ne pouvaient avoir été faits dans cette scène de la vie sociale, où les hommes, toujours partagés en petites tribus, n'étaient point accoutumés aux efforts de l'industrie persévérante. C'est seulement dans les états d’une étendue considérable , et chez des peuples habitués à la subordination et à agir de concert, que l’on conçoit l'idée d'ouvrages aussi magnifiques, et que l'on trouvela faculté delesexécuter.
Que des états aussi puissans aient été établis lors de ces excavations dans les îles d'Éléphanta et de Salsette, ce n'est pas la seule conséquence que l'on doive tirer de leur inspection; le style des sculptures qui les orne annonce un progrès considérable de l'art dans ce premier période, La sculpture est l’art imitatif dans lequel l’homme paraît avoir fait le premier essai de ses talens, Mais, même dans ces contrées où elle a atteint le plus haut degré de perfection, ses progrès ont été extrêmement lents. Quiconque 1 fait attention à l'histoire de cet art dans la Grèce, sait combien les premiers essais pour représenter la figure humaine étaient loin d'en retracer tous les traits ; mais les différens groupes de figures qui sont restés entiers dans la pagode d'Éléphanta, quelque peu de cas qu'on en fasse si on les compare avec les ouvrages les plus élégans des artistes grecs ou mème étrusques, sont exécutés dans un style très supérieur à la manière lourde et sans expression des Égyptiens ou des figures du fameux palais de Persépolis. C’est ainsi qu’en ont jugé des personnes suffisamment instruites pour apprécier leur mérite ; et d’après différens dessins, particulièrement ceux de Niebuhr, voyageur aussi exact dans ses observations que fidèle dans ses descriptions, nous pouvous former une opinion favorable de l'état des arts dans l'Inde à ce période.
C'est une remarque digne d’attention , que la plupart des figures qu’on voit dans les cavernes d'Éléphanta sont si différentes de celles qui sont aujourd'hui exposées dans les pagodes comme objet de vénération , que quelques savans européens ont imaginé qu'elles représentaient les rites d'une religion plus ancienne que celle qui est maintenant établie dans l'Indostan ; cependant les Indiens eux-mêmes considèrent ces
SUR L'INDE ANCIENNE
nar, or
| cavernes comme des places destinées à leur culte, Let s’y retirent encore pour accomplir leurs dé-
votions ; ils y honorent les figures qui y sont, de la mème manière que celles de leurs pagodes. Pour confirmer ceci, une personne éclairée qui visitait ce sanctuaire souterrain en 1782, m'a dit qu'il était accompagné par un bramine intelligent , natif de Bénarès, qui, quoiqu'il n’y fût jamais venu auparavant , connaissait très bien la parenté, l'éducation et la vie de chaque divinité ou figure humaine qui y était représentée , et expliquait couramment la signification des divers symboles par lesquels les images étaient distinguées. On doit considérer ce témoignage comme une preuve que le système de mythologie, maintenant en vigueur à Bénarès, ne diffère pas de celui qui est figuré dans les cavernes d'Éléphanta. M. Hunter qui visita Éléphanta en 1784, parait considérer les figures comme représentant les divinités qui sont encore des objets de culte chez les Indiens !, Une circonstance sert à confirmer la justesse de cette opinion. La plupart des personnages les plus considérables dans les groupes d'Éléphanta sont décorés du Zendon sacré, particulier à l'ordre des bramiues , témoignage authentique que !a distinction des castes était établie dans l’Inde lorsque ces ouvrages furent achevés.
2. Au lieu de cavernes, places primitives du culte, qui ne pouvaient être construites que dans des endroits particuliers, la dévotion du peuple commença bientôt à élever des temples à l'honneur de leur divinités dans des autres parties de l'Inde. Leur structure fut d’abord extrémement simple. C’étaient des pyramides d’une large dimension , qui n’avaient de jour que celui qui venait d’une petite porte. Les Indiens, habitués depuis long-temps à accomplir tous les rites religieux dans l'obscurité des cavernes, étaient naturellement portés à regarder les ténèbres profondes de ces demeures comme sacrées. Il y a encore dans l’Indostan quelques pagodes dans ce premier style d'architecture. M. Hodges ? a publié les dessins de deux de celles-ci près de Diogur, et d’une troisième, voisine du Tanjaour dans le Carnate, édifices d’une grande antiquité, si vastes, quoique d’une construction grossière, quil a fallu la puissance d’un état considérable pour les élever.
! Archæologia, vol. VI, p. 286, —? N° vr.
3. À mesure que les différentes contrées de l'Inde s'enrichirent et se perfectionnèrent, la structure de leurs temples s'améliora graduellement. De bâtimens simples ils devinrent des édifices très ornés, et ils sont, tant par leur étendue que par leur magnificence, des monumens du goût et de la puissance du peuple qui les a érigés. Il y a en différentes parties de l'Indostan des pagodes d'une grande antiquité et dans un style très fini, particulièrement dans les provinces du sud qui n'étaient point exposées à la violence destructive du zèle mahométan 1. Pour aider mes lecteurs à se former une idée de ces édifices qui les mette en état de juger du premier état des arts dans l'Inde, j'en décrirai succinctement deux , dont nous avons les détails les plus exacts. La pagode de Chillambrum près de Porto-Novo sur la côte de Coromandel, en grande vénération par son antiquité, a une porte magnifique sur une pyramide de cent vingt-deux pieds de haut , bâtie avec de larges pierres de plus de quarante pieds de long, et au-delà de cinq pieds de tour, le tout couvert de lames de cuivre, et orné d'une immense variété de figures habilement exécutées. L'édifice entier a neuf cent trente-deux pieds d’un côté, et neuf cent trente-six de l’autre : plusieurs parties décorées d'ornemens sont achevées avec une élégance qui
* Je n'ai entrepris la description d'aucune des excavations souterraines, si ce n'est de celles d'Éléphanta, parce que aucune d'elles n’a été si souvent visitée ou si soigneusement examinée ; dans plusieurs parties de l’Inde ily acependant des ouvrages étonnans de la même nature. L’étendue et la magnificence de l’île de Salsette est telle que les artistes, employés par le gouverneur Boon pour en faire les dessins, assurèrent qu'elle avait exigé le travail de quarante mille hommes perdant quarante ans pour les achever (4rchæol., v. VI, p. 336). Tout exagéré que ce mode d'estimation puisse être, il donne une idée de l'impression que leur vue peut faire sur l'esprit. Les pagodes d'Éllore, à dix-huit milles de Aurungabad, sont aussi taillées dans le roc; et si elles n’égalent pas celles d'Eléphanta et de Salsette en grandeur, elles les surpassent de beaucoup par leur étendue et leur nombre.M. Thevenot, qui donna le premier une description de ces habitations singulières, assure que pendant environ deux lieues tout autour de la montagne on ne voit rien que des pagodes (voyez part. m1, c. xziv). Elles furent examinées plus long-temps et avec plus d'attention par M. Anquetil du Perron, mais comme la longue description qu’il en a faite n’est accompagnée d’aucun plan ou dessin, je ne puis donner du total une idée distincte. 1! est évident cependant que ce sont les ouvrages d’unpeuple puissant, et parmi les figures innombrables en sculpture dont les murs sont couverts, on peut distin-
APPENDICE DES RECHERCHES
fait l'admiration des artistes les plus habiles !,
La nagode de Seringham, supérieure en sainteté
à celle de Chillambrum, la surpasse encore de
beaucoup en grandeur ; et je puis heureusement
en donner une idée parfaite, en adoptant les ex-
pressions d’un historien exact et élégant. Cette
pagode est située à un mille environ de l'extrémité occidentale de l’île de Seringham , formée
par la division de la grande rivière de Caveri en deux canaux. « Elle est composée de sept enclos carrés, dont les murs ont, l’un dans l’autre, vingt-cinq pieds de haut et quatre d'épaisseur ; ces clôtures sont à trois cent cinquante pieds de distance l’une de l'autre, et chacune d'elles a quatre larges portes avec une haute tour, lesquelles sont placées au milieu de chaque clôture et en face des quatre points cardinaux. Le mur extérieur est presque de quatre milles de circonférence, et sa porte d’entrée au sud est ornée de colonnes dont plusieurs sont d’une seule pierre de trente-trois pieds de longueur et près de cinq de diamètre, et celles qui forment le toit sont encore plus étendues. Les chapelles sont dans les clôtures les plus intérieures. Un demi-mille environ, à l’est de Seringham, et plus près de Coleron que de Caveri, il y a une autre grande pagode, appelée Jembikisma, mais celle-ci n'a qu'une clôture.» L’extrême vénération que l’on
guer tous les objets actuels du culte indien. (Zend-Avesla, disc. prélim., p. 233.) 11 y a des excavations remarquables dans une montagne à Mavalipuram, proche de Sadras. Cette montagne est bien connue sur la côte de Co: romandel par le nom des sept pagodes. Nous avons une bonne description de ces ouvrages d’une haute et précieuse antiquité, (Recherches asiatiques, vol.1, p. 145.) On pourrait produire plusieurs exemples d'ouvrages $emblables, s’il était nécessaire. Ce que j'ai soutenu concernant
l'élégance de quelques-uns des ornemens dans les édifices
indiens est confirmé par le colonel Call, ingénieur en chef à Madras, qui appuie sur ceci, comme sur une preuve de l’ancienne et haute civilisation des Indiens « On peut assurer, dit-il qu'aucune partie du monde n’a « plus de marques d’antiquité, pour les arts, les sciences «et la civilisation, que la péninsule de l’inde, depuis le « Gange jusqu’au cap Comorin. Je crois que les sculp- «tures de quelques pagodes et choultries, aussi bien que «la grandeur de l'ouvrage, surpassent tout ce qui a éié «exécuté de nos jours, non-seulement pour la délicatesse «du ciseau, mais aussi pour les frais de construction, eu « considérant souvent à quelles distances les matériaux «ont été transportés, et à quelle hauteur ils ont été éle- «vés. » ( Transactions philosophiques, vol. LXII., p. 354.)
t Mémoires de littérature, tom. XXXI,p. 3, etc Voyage de M. Sonnerat, tom. !, p. 217.
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XXI, P. 45, elc
a pour Seringham, vient de la croyance qu'elle renferme la vraie image du dieu Wishnou, qui avait coutume d'être adoré par le dieu Brama. Les pèlerins arrivent ici de toutes les parties de la péninsule pour obtenir l'absolution, et aucun ne vient sans offrir de l'argent. Une grande partie du revenu de l’île est assignée à l’entretien des bramines qui habitent la pagode.
Ceux-ci avec leur famille ne formaient pas moins de cinquante mille âmes, entretenues, sans travail, par la libéralité de la superstition. Ici, comme dans toutes les autres pagodes de l'Inde, les bramines vivent dans une subordination qui ne connaît point de résistance, et dorment dans une volupté qui ne connaît pas les besoins.
Les autres espèces d'édifices publics dont j'ai fait mention ont été construits pour la défense du pays. Des immenses plaines de l’Indostan s'élèvent en différens endroits des éminences et des rochers formés par la nature pour être des places fortes. Les naturels s’en emparèrent d’abord, et en les fortifiant par des ouvrages de différentes espèces, les rendirent des postes presque imprenables.
Il semble qu’il y a eu anciennement dans l'Inde un période de trouble général et de danger pendant lequel ces retraites étaient censées essentiellement nécessaires à la sûreté publique ; car parmi les devoirs des magistrats prescrits par les pundits, en voici un : «qu’il sera élevé un fort considérable dans la place où le magistrat choisit sa résidence ; qu'on bâtira un mur sur les quatre côtés avec des tours, des créneaux, et que l’on fera au tour u'1 fossé profond ?, » Plusieurs de ces forteresses subsistent ; et par leur 1 construction ainsi que par la tradition, on juge qu'elles doivent avoir été bâties dans des temps très éloignés. M. Hodges en a publié trois plans, lun de Chunar”Gur, situé sur le fleuve du Gange, environ six millesau-dessus de Bénarès 3 ; lesecond de Gwallior, près de huit milles au sud d'Agra #; le troisième de Bidjegur, dans le territoire de Bénarès 5. Ces forteresses sont toutes, particulièrement Gwallior , des ouvrages d'une étendue et d’une force considérables. Dans le Bengale cependant, elles ne sont pas compa- , bles à plusieurs qu‘ n voit dans le Decean. As-
‘Orme, Hist. des trans. milit, de l’'Ind., v.\, p. 178.
* Introduction au Code des lois indiennes, p. 111. SN09 — NO on. — 5 Ne.
SUR L'INDE ANCIENNE
seergur, Burhampour et Dowlatabad sont regardées par les naturels comme imprenables ! ; et un bon connaisseur m'a assuré qu'Asseergur est certainement un ouvrage très étonnant , et dans une position si avantageuse, qu'il serait difficile de le réduire par la force.
Ce n'est pas seulement d'après l'examen de leurs travaux publics, que nous sommes autorisés à attester les anciens progrès des Indiens dans les arts utiles et agréables; nous sommes conduits à tirer la même conclusion à la vue des productions de leur industrie, qui étaient les principaux articles de leur commerce avec les nations étrangères. Parmi ces productions , les ouvrages indiens au métier et à l'aiguille ont été les plus renommés dans tous les âges, et il y a lieu de conjecturer avec quelque probabilité que la belle toile a été appelée Sindon par les anciens, du nom de la rivière Indus ou Sirdus, près de laquelle on la travaillait avec le plus de perfection ?. Les manufactures de coton des Indes paraissent avoir été autrefois aussi admirées qu'elles le sont à présent, non-seulement pour la délicatesse de son tissu, mais par l'élégance des broderies, et les belles nuances des fleurs qui en ornent d’autres. Depuis le temps le plus ancien du commerce des Européens avec les Indiens, cette contrée s’est distinguée par le nombre et l'excellence des substances dont elle ahonde pour teindre en différentes couleurs 5. La teinture de cette couleur bleu foncé, si estimée chez les Romains, portait le nom d'éndicum. La substance employée à teindre d’un
* Rennel, Mémoires, p. 133, 139.
3 M. Jones, troisième discours, p. 428.
5 Strab., lib. xv, p. 1018, A. 1024, B.
* Pline, Hist. naturelle, lib. xxxv, c. vr, $ xxvis. — L'Inde, dit Strabon, produit une variété de substances qui donnent des teintures dans les plus admirables couleurs. L’indicum , qui produit la belle couleur bleue, paraît être l’indigo des modernes ; nous pouvons le conclure non-seulement de la ressemblance du nom et de l'identité des effets , mais encore de la description donnée par Pline, dans le passage que j'ai cité dans le texte. 11 savait que c'était une préparation d’une substance végétale, quoiqu’il fût mal informé et relativement à la plante elle-même , et sur le procédé par lequel on la préparait pour l'usage; ce qui ne paraîtra pas surprenant quand nous nous rappellerons l'ignorance étrange des anciens par rapport à l’origine et à l’apprét de la soie. Quelques auteurs nomment l’indigo, à cause de sa couleur dans la forme qu’il était importé, atramenlum indicum , encre indienne, et indicum nigrum, n°i indien (Salmas., Exerc., p.180);et on en parle, sous ces derniers noms,
rouge vif, paraît aussi avoir été importée de l'Inde ! ; et l'on sait bien que dans les étoffes de soie et de coton, le rouge et le bleu sont des couleurs d'une beauté et d'un lustre très éclatant. Mais queque grande que soit l'admiration des anciens pour ces productions de l'art des Indiens, quelques circonstances dont j'ai déjà fait mention rendirent leur goût pour les manufactures de coton des Indes bien moindre que celui des temps modernes; c'est ce qui a été cause de la connaissance très imparfaite que nous en ont laissée les écrivains grecs et romains : nous pouvons conclure cependani de la ressemblance étonnante de l'état ancien d': l'Inde avec l'état moderne, que dans tous les temps leurs ouvrages au métier étaient aussi beaux que variés. Les anciens auteurs rappellent avec éloge l'industrie des Indiens dans d'autres espèces d'ouvrages, particulièrement en métaux
parmi les articles d'importation de l'Inde. (Periol. Mar. Erythr , p.22.) La couleur de l'indigo moderne sans être delayé ressemble à celle de l'indicum ancien, si fortement coloré qu'il parait noir. (Delaval, Expér., Recherche sur la cause et les changemens des couleurs, préface, p. 23.) La gomme laque, employée dans la teinture rouge, était aussi connue des anciens et sous le même nom qu'elle porte aujourd’hui. (Salmas., Exerc., p. 810.) Cette substance précieuse d’une utilité si étendue pour la peinture, la teinture, le vernis du Japon, pour les vernis et dans la manufacture de cire à cacheter, est te produit d’un très petit insecte. Ces insectes se fixent aux extrémités succulentes des branches de certains arbres, et sont aussitôt collés à la place où ils s’attachent, par une liqueur épaisse et transparente, qui transsude de leurs corps ; l'accumulation graduelle de cette liqueur forme pour chaque insecte une cellule complète qui sert de tombeau à la mère et de berceau à sa postérité. Cette substance glutineuse, dont les branches d’arbres sont entièrement couvertes, est la gomme laque. On a donné d'une manière concise, exacte el satisfaisante, le détail de sa formation, de sa nature et de son usage dans les Transactions philosophiques (v. LAX!, part. 11, p. 374.) Ctésiag paraît avoir reçu une description ascz claire de l'insecte qui produit la gomme laque, et il célèbre la beauté de la couleur que sa teinture fournit. (Excerpta ex Indic. ad calc. Herodot., édit. Wesseling, p. 840.) Teinturiers indiens était l'ancien nom de ceux qui teigaaient soit en beau bleu, soit en beau rouge; ce qui indique la contrée d’où les matières qu'ils emrloyaient étaient apportées (Salmas., Zb., p. 810.) Leurs étoffes de coton, teintes de différentes couleurs, prouvent que les anciens Indiens doivent avoir fait des progrès considérables dans la science de la chimie. Pline (lib. xxxv, ce. 11, $ xzu), donne une relation de cet art tei qu’il était connu anciennement. C'est précisément le même que celui que l’on emploie m: "tenant pour les toiles peintes. 1 Salm., Exerc. sur Solin., 180, etc, 810.
APPENDICE DES RECHERCHES
et en ivoire, mais sans donner aucune description particulière de leur nature !, Il y a mainienant en Europe quelques modèles des anciens ouvrages des artistes indiens , d’après lesquels il paraît qu'ils avaient connaissance de la méthode de graver sur les substances les plus dures, et que, par l'élégance de leurs dessins et la finesse de l'exécution, ils étaient arrivés à un degré "emarquable de perfection. Un auteur ingénieux soutient que l'art de graver sur les pierres précieuses était probablement une invention indienne, qu'elle y fut certainement cultivée de bonne heure , et il soutient cette opinion par plusieurs argumens plausibles 2, Les pierres gravées indiennes dont il a publié les descriptions, paraissent l'ouvrage d’un période de temps très éloigné, puisque leurs légendes sont en sanskrit 3.
Ce n’est pas seulement des progrès des arts mécaniques dans l'Inde que nous concluons que ses habitans ont été très civilisés ; nous en avons encore une preuve plus convaincante dans des ouvrages anciens , fruit de leur génie dans
les beaux-arts. Cette preuve devient plus intéressante , parce qu'elle émane d'une source de connaissance que la louable curiosité de nos concitoyens a ouverte aux peuples de l'Europe depuis quelques années. C’est un fait connu depuis long-temps, que toute la science et la littérature desbramines étaitrenfermée dansdeslivres écrits en une langue entendue par un petit nombre | des plus savans d'entre eux , et tous les Européens, établis dans l'Inde durant troiscents ans, se sont plaints que les bramines refusassent d'instruire qui que ce soit dans cette langue. Mais à la fin, par adresse , par de bons traitemens et par la persuasion que l'ardeur ave laquelle on sollicitait l'instruction ne procédait d'aucune intention de tourner leur religion en ridicule, mais du désir d'acquérir une connais sance parfaite de leurs sciences et de leur littérature , leurs scrupules ont été levés. Quelques gentilshommes anglais possèdent maintenant le
sanckrit parfaitement. Le voile mystérieux, au trefois impénétrable, est levé, et dans le cour de cinq ans , la curiosité du public a été satis
? Strab., lib. xv, p.1044, B, Dyon. Periegetes, vers {UIf * Introduction de Raspe à la descript. de Tassit | Gatal. des pierres gravées , etc., p. 12, etc. 5 Jbid., vol. 1, p.74, vol, 1, pl. xiu.
faite | qu'ina par M.
poème selon | Veias, trois e L'autre tique, 6 J.-C, donner de ces « en état Le" cinq cen d'un tie qu'ici ur Geeta, jugemen une fami de la m troupes ( de batail tation pa du dieu k
et qu'il e fut saisi et exprima «na, à la dl'attenii:
«de force, «sur mon «reur ! ma (j'aurai dé ‘Jong-te 11 «la victoire (puissance «qu'est-ce “vie, ou la (On enviait cheur, mér «sur le che ‘Tuteurs,, f ‘fils, oncles
SUR L'INDE ANCIENNE. 607
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J.-C. ,et traduit par M. Jones. J'essai . Jones. J'essaierai d i
donner | e | considérer en partie * qe . ps e. sujet et de la composition | de cette erapé gd mob pis en état d'app = relaie mes lecteurs | dialogue entre Kreeshna et son sn lle dc de ce one os “à e mérite de chacun. une haute idée du génie du ob # AD Re
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qu'ici pr one 7e a seulement publié jus- | par sa beauté et Ni ve réa a 8 court, intitulé Baghvat- | dars la suite de ces on | px sd , et par cet essai nous pouvons porter un | description sublime de lEtre ete rs me et du
progrès des arts MS jugement sur le tout. Le suj . Le sujet du poè nous concluons tv poème est | respect avec | i . dnrn/hpscriqe esta civile entre deux branches | que ces ans à pét adoré. Mais tandis onvaincante dans troupes de ep sons. eng . nous confirment dans l'id Ash caps et ngées en ordre | devait être très perfecti rene onnée dans un pays qui
> leur génie dans Levient plus intéd'une source de curiosité de nos ples de l'Europe nfaitconnu depuis e et la littérature ansdeslivres écrits un petit nombre et tous les Euroant trois cents als, mines refusassent dans cette langue.
de bataille, prêtes à décider l’objet de la contes- | avait l roduit ie pl 4 pr , le favori et le pupille por de po à Hi : set ve Ge D Géepon en e | mr 2 in Dei chariot en i menti . de ee — ennemies. Il les | empressées de pee id NS ul er “ vit de chaque | instituteur sont représentés debout à ee ne h era via) tuteurs, | chariot de guerre au milieu d'elles; pe ms es MN pes = sn et quand sûrement pas là le moment de lui <br s rl np quelque tenips, | principes de la philosophie, et de lui pe: iq k pr hr tp on combat , il dix-huit leçons de métaphysique et dethéologie, FO ahnerne men> <omponcbn, Quant à la poésie, soit dramatique, soit é dk den res: «O Kreesh- | des Indiens, nous sommes obli és d “nai di s enfans ainsi agités dans | former une opinion d'après un ‘ähble Ho Fs rceau
par de bons traite- M «l'attenii: du combat. mes 4 ue l'ardeur ave «de fore bat, mes membres n'ont plus | de l'un et de l'autre;
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er leur religion en Luérir une connais ces et de leur littésté levés. Quelques dent inaintenant le ile mystérieux, al é, et dans le cours public a été sat
«reur ! ma-pea e
j'aurai ar Digi Le sine Lorsque | ment d'un grand poème. Cependant , si «long-temps le bonheur ke n' . lrai-je pas | pouvons hasarder quelque décision ' si La dévittoire, cicroçaina :: jeté ambitionne pas faibles débris, c'est que des par pra e si “puissance, je n'ai pas ut ut parte drame paraît avoir été conduit hole noté PA qu'est-ce que l'empire et les j e plaisir; car | plus épuré; on en jugera par les obs go t le wie, ou la vie elle-même, di se . + Los je ps propose de faire sur proto «on enviait Ja pui “tr e n'est que pour les nati FER cheur, ess. meet ne re et le bon- | dans la civilisation que le pp . ne «ur le champ de bataille de An sont ici | ment public. Les Grecs, depuis lon à De ‘Tateurs, fils et pères, ie en ? | étaient um peuple policé; Alcée et Sevir ave ‘ile; oncles; neveus, cousins, abri re se: es; Thalès et Anaximandre
-Geccla.
Periegetes, vers lUIf a descript. de Tassit ., p. 12, etc.
À. XAUL.
avaient ouvert leurs écoles avant que la tragédie eût fait ses premiers et grossiers essais sur le chariot de Thespis ; et un long espace de temps s’écoula avant qu'elle parvint à quelque degré de perfection. Ainsi, d'après le drame de $Sacontala , nous devons nous former une idée avantageuse des progrès d'une société de laquelle un pareil ouvrage était assorti. Néanmoins, en apnréciant son mérite, nous ne devons pas lui appliquer les règles de la critique tirée de la littérature et du goût des nations , inconnues à son auteur ; nous ne devons pas y chercher le principe des unités du théâtre grec; nous ne devons pas le juger d’après nos modèles et nos convenances. Il faut avoir égard aux coutumes locales et aux mœurs particulières, fruits d’un état de société domestique, d’un ordre de politique civile et d’un système d'opinions religieuses , très différens de ceux qui sont établis en Europe. Sacontala n'est pas un drame régulier ; mais, comme quelques-unes des pièces représentées autrefois sur les théâtres espagnols et anglais, c'est une histoire en dialogue où se trouvent racontés des événemens arrivés en différens endroits, et qui occupent plusieurs années ; sous ce point de vue, la fable’, en général, est bien arrangée; les incidens sont heureusement choisis, et les révolutions dans la situation des principaux personnages sont touchantes et inattendues. Le dénodment de la pièce cependant, quoique quelques-unes des circonstances préparatoires soient introduites avec adresse, est à la fin amené par l'intervention d'êtres supérieurs, qui a toujours un mauvais effet et décèle le défaut d'art. Mais, comme Sacontala était née d’une nymphe du ciel, et sous la protection d'un saint ermite, cette entremise céleste peut paraître moins merveilleuse; elle est d'ailleurs parfaitement conforme au goût oriental. Dans plusieurs endroits ce drame est d’un ton simple et sensible ; dans quelques-uns il est pathétique, dans d’autres c'est un mélange de comique avec ce qu’il y a de plus sérieux. On peut donner des exemples de l'un et de l’autre genre. Je citerai quelques traits du premier, et parce que la simplicité et la tendresse sont les beautés caractéristiques de la pièce, et parce qu'ils ont peu du style figuré et enflé de la poésie orientale. Sacontala, l'héroïne du drame , princesse de grande naissance, avait été élevée par un saint
APPENDICE DES RECHERCHES
ermite dans un petit bois consacré, et avait passé la première partie de sa vie dans les occupations rurales et l'innocence pastorale, Quand elle fut sur le point de quitter cette retraite chérie, et d'aller à la cour d'un grand monarque avec qui elle avait été mariée, Cana, son père nourricier, ei 5cs jeunes compagnes déplorent ainsi leur perte et expriment leurs vœux pourson bonheur avec une énergie de sentiment et dansun langage parfaitement analogue à leur caractère pastoral,
« Écoutez, d vous arbres de cette sainte forêt, «écoutez et annoncez que Sacontala va au palais «de son époux, elle qui ne voulait pas boire, «quoique altérée, avant que vous fussiez ar- «rosés; élle qui ne voulait point cueillir, par af- «fection pour vous, une seule de vos feuilles «nouvelles, quoiqu'elle eût aimé à en orner ses «beaux cheveux ; elle, dont le plus grand plai- «sir était de voir la saison où vos branches sont «parées de fleurs ! »
Le chœur des nymphes du bois. «Puisse le «bonheur l'accompagner dans sa route! puis- «sent les zéphirs propices parfumer les airs sur «son passage de la poussière odoriférante des «fleurs ! puissent les réservoirs d'une eau lim- «pide, verdoyant des feuilles du lotos, la ra- «fraîchir dans sa marche; et puissent les bran- «ches des arbres, par leur ombrage , la défendre « des rayons brûlans du soleil!»
Sacontala, à peine sortie du bocage, se tourne vers Cana : «Permets-moi, à père vénérable, «de consacrer ce mad-havi, dont les fleurs «rouges semblent embrasser ce bocage. »
Cana. « Mon enfant, je connais tan affec- «tion pour cet arbrisseau. »
$Sacontala. «O la plus radieuse des plantes, «reçois mes embrassemens, et rends-les-moi «avec tes bras flexibles! Quoique éloignée de «toi, je te serai toujours dévouée. — O père «chéri! considèrecette plante comme moi-même!» A mesure qu'elle s’evance, elle s'adresse encore à Cana : « O mon père! lorsque cette gazelle, «qui maintenant marche lentement , à cause du «poids des petits dont elle est pleine , aura mis «bas, envoie-moi, je t'en supplie, un doux mes- «sage avec des nouvelles de sa santé. — Ne l'ou- «blie pas.» — Cana. «Ma bien-aimée! je ne «l'oublierai pas.» Sacontala (s'arrètant). « Ah! «qu'est-ce qui s'attache aux pans de ma robe «et me retient?» — Cana. «C'est ton enfant
«adopt «en br «si sou «d'Ingt «poigni «nant } «protec Saco «faon, «comm «perdu unaissar «même «nous 86 «tit, ret en larm «fant, 8 «du cou «suis-la, «sous de dution r «gager, | «sentiers «vrai sen «detes pi «le dirige Tout 1 semble, :
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s'adresse encore e cette gazelle, ent, à cause du pleine , aura mis ie, un doux messanté. — Ne l'oubn-aimée! je ne arrétant). « Ah!
ans de ma robe C'est ton enfant
SUR L'INDE
«adoptif, le petit faon, dont la bouche blessée «en broutant les pointes aiguës du cusa, a été «si souvent frottée par toi de l'huile salutaire «d'Ingudi ; que ‘u as nourri tant de fois d'une «poignée de graines de Sumac, et qui mainte- «nant ne veut pas abandonner les traces de sa «protectrice, »
Sacontala. — « Pourquoi gémis tu, tendre «faon, à cause de moi qui dois quitter notre «commune demeure ? Je t'élevai, lorsque tu eus «perdu ta mère, qui mourut aussitôt après ta «naissance; mon père nourricier te servira de «même et avec des soins aussi tendres , quand «nous serons séparés, — Retourne , pauvre pe- «tit, retourne. — Nous allons partir. » (Elle fond en larmes). — Cana. «Tes larmes, mon en- «fant, sont déplacées dans cette occasion. Aies «du courage ; vois la route droite devant toi, et «suis-la, Quand la grosse larme se cache au-des- «sous de tes beaux yeux abattus, que ta réso- «lution réprime ses premiers efforts pour se dé- «gager. Dans ton passage sur cette terre, où les «sentiers sout tantôt hauts, tantôt bas, et où le «vrai sentier est rarement distingué, les traces «detes pieds doivent être inégales, mais la vertu «le dirigera dans le vrai chemin !,»
Tout lecteur. de bon goût doit être, ce me semble, satisfait de cet échantillon du drame indien. Ce ne peut être que chez un peuple qui a des mœurs policées et des sentimens délicats qu'une composition si simple et si correcte a pu être produite et goûtée. J'observe dans ce drame une preuve de l'absurde extravagance si fréquente dans la poésie orientale. Le monarque, en replaçant un bracelet qui était tombé du bras de Sacontala , lui parla ainsi : «Regarde, ma bien- «aimée , c’est la nouvelle lune qui a quitté le fir- «mament pour honorer une beauté supérieure ; «elle est descendue sur son bras enchanteur, et «a réuni des croissans alentour pour former un «bracelet 2, » Voilà le discours d’un jeune homme
«transporté pour sa maîtresse , et à tout âge, et chez toutes les nations, on doit attendre un tloge exagéré de la bouche de tous les amans. Les représentations dramatiques paraissent avoir été l’amusement favori des Indiens, aussi bien que des autres nations civilisées. «Les tra- «gédies , les comédies, les farces et les pièces de «musique du théâtre indien rempliraient tout
VAct. av, p. 47, etc. — ? Act. ni, p. 36.
«autant de volumes que celles d'aucun peuple de «l'Europe ancienne ou moderne. Elles sont tou- «tes en vers lorsque le dialogue est élevé, et en «prose quand il est familier; les grands et les «savans sont représentés parlant le plus pur «sanskrit, et les femmes le pracrit, qui n'est «guère que le langage des bramines adouci par «une articulation délicate jusqu'à la douceur de
«l'italien; les personnages inférieurs du drame
«emploient lesdialectes vulgaires des différentes « provinces qu'ils sont supposés habiter !, »
! La littérature sanakrite est une acquisition toute récente en Europe, le Zaghvai-Geeta, qui est la première traduction dans cette langue, n'ayant (té publié qu'en 1285 : après avoir revu dans le texte avi un plus grand degré d'attention critique les deux ouvrages du sanskrit les plus dignes d'être connus, il appartient essentiellement au sujet de mes recherches, et quelques-uns de mes lecteurs m'en saurout gré, de donner ici w: extrait su: cinct d'autres compositions dans cette langue, qu'on nous a fait connattre, L'usage étendu du sanskrit est une circonstance qui mérite une attention particulière. « La grande source de la littérature indienne, dit M, Halhed (le premier Anglais qui ait acquis la connaissanc:: x cette langue ), la mère de presque tous les dialectes, depuis ie golfe Persique jusqu'aux mers de la Chine, C'est le sanskrit, langage de la plus haute et de la plus respectable antiquité, qui, à présent, quoique renfermé dans la bibliothèque des bramines, et approprié seulement aux actes de leur religion, paraît avoir été répandu sur la plus grande partie du monde oriental, et l’on peut découvrir encore les traces de son étendue primitive dans presque tous les districts de l'Asie. J'ai souvent été étonné de la similitude des mots sanskrita avec ceux des langues perse et arabe, et même ceux du grec et du latin, et cela non seulement dans les termes techniques et métaphoriques, que le changement des aris raffinés et des mœurs cultivées peut avoir accidentellment introduits, mais méme dans le langage de l’agriculture, dans les monoayllables, dans les noms des nomk: ::, et les dénominations de certains objets qui ont dû êtr: &'::ingués d'abord
à l'aurore de la civilisation. La resxéiablance que l’on peut observer dans les caractères des lettres, sur les médailles et les cachets de différens districts de l'Asie, la lumière qu'ils réfléchissent réciproquement les uns sur les autres, et l’analogie générale qu’ils ont tous avec le méme grand prototype, offre un autre champ à la curiosité. Les monnaies d’Assam, de Napaul, de Cachemire, et de plusieurs autres royaumes, sont toutes frappées avec des caractères sanskrits, et le plus souvent renferment des allusions à l’ancienne mytholagie sanskrite. J'ai observé la même conformité dans la gravure des sceaux de Boutan et du Thibet. On peut aussi tirer uue conclusion parallèle de l'arrangement particulier de l'alphabet sauskrit, très différent de ceux des autres parties du monde. Ce mode extraordinaire de combinaison existe encore dans la plus grande partie de l'orient, de l’Indus jusqu’au Pégu, dans des dialectes sans liaison apparente et entiè-
V. Les progrès des Indiens dans les sciences, fournissent de nouvelles preuves de leur antique civilisation. Tous ceux qui ont visité l'Inde dans les temps anciens et modernes, pensent que ses habitans, soit dans les affaires domestiques, soit dans la conduite des affaires politiques, n'ont été inférieurs à aucun.autre peuple en sagacité, en pénétration d'esprit, ou en industrie. De
rement différens par les lettres; c’est un puissant argument qu'ils sont tous dérivés de la même source. Un autre obiet de spéculation se présente dans les noms des personnes, des lieux, des titres et des dignités, et dans lesquels, jusqu'aux limites les plus reculées de l’Asie, on trouve des traces manifestes du sanskrit ( Préface à la grammaire de la langue du Bcngale, p. 3). Après ce curieux tableau de la langue sanskrite, je continue de Faire l'énumération des ouvrages qui ont été traduits de cet idiome, outre les deux mentionnés dans le texte. — 1° Nous sommes redevables à M. Wilkins de l’Zit0- Pade , ou instruction amicale, en une suite de fables, entremélées de maximes morales, civiles et politiques. Cet ouvrage est dans une si haute estime dans tout lorient, qu'il à été traduit dans toutes les langues que l'on y parle. {l n'échappa pas aux soins de l'empereur Akber, attentif à tout ce qui pouvait contribuer à étendre la science utile. 11 ordonna à son visir Aboul-Fazel de mettre cet ouvrage à la portée de tout le monde; ce qu’il fit, et il Ini donna le titre d'Épreuve de la sagesse. Enfin ces fables se répandirent en Europe et y ont circulé avec des additions et des chançgemens sous les noms de Pilpay et d’Ésope. Plusieurs apologues du sanskrit sont ingénieux et beaux, et ont été copiés ou imités par les fabulistes des autres nations. Mais dans quelques-uns les caractères des animaux sur la scène sont très mal soutenus. La description d’un tigre extrémement dévot et pratiquant ha charité et les autres devoirs religieux, p. 16; et une vieille souris qui a beaucoup lu dans le Veete Satras, ou système de moral: et de politique, p. 24; un chat qui lit les livres religieux, p.35, découvre un grand défaut de goût et de convenance. Plusieurs des sentences morales, si on les considère comme maximes détachées, sont fondées sur une connaissance parfaite de la vie et des mœurs et offrent l'instruction avec une élégante simplicité. Mais les efforts de l’auteur pour faire de son ouvrage une suite de fables liées, et sa manière de les entreméler d'un nombre égal de réflexions morales en prose et en vers, rend la composition totale si recherchée que la lecture en devient souvent désagréable. Akber y fut si sensible que, parmi d’autres instructions, il avertit son visir d’abréger les longues digressions de cet ouvrage. Je suis loin de vouloir ici déprimer le moins du monde le mérite de M. Wilkins. Son pays lui est très redevable de ce qu'il a ouvert une source nouvelle de science et de goût. La célébrité de l’Zito-Pade et son propre mérite, malgré les défauts dont j'ai parlé, justifie le choix qu'il en a fait comme d’un ouvrage digne d’être connu en Europe dans sa forme originale. En lisant cette traduction et les autres du même auteur, personne ne lui refusera l'éloge auquel il borne modestement ses prétentions, «d’avoir dessiné un portrait que nou‘ supposons
APPENDICE DES RECHERCGCHES
l'application de ces talens à la culturc des sciences, on pouvait attendre un degré extraordinaire d'avancement. Aussi, les Indiens ont-ils été autrefois célèbres par leurs connaissances ; et quelques-uns des plus éminens phliosophes de la Grèce, qui avaient voyagé dans l'Inde, y avaient puisé une partie des lumières qui ont fait leur réputation !. Les détails, cependant , que les
«être très ressemblant, quoique nous ne connaissions pas «l'original. » (Préface, p. 4.) — 2° Dans le premier numéro des Nouveaux mélanges asiatiques, nous avons une traduction d'un ouvrase fameux dans l'orient, connu sous le titre des Cinq pierres précieuses. || est composé de stances faites par cinq poètes qui suivaient la cour d’Abissure, roi de Bengale. Plusieurs de ces stances sont simples et élégantes. — 3° Une ode traduite de Wulli, où n’abonde que trop cette extravagance d'imagination, ces pensées recherchées et affectées qui dégoûtent si souvent les Européens des compositions poétiques de l'orient. L'éditeur ne nous a pas appris à quelle personne, versée dans la connaissance du sanskrit, nous devons ces deux traductions. — 4° Quelques baux de terre originaux, de dates très anciennes, traduits par M. Wilkins. 11 doit paraître singulier qu’une charte de cession légale de propriété soit rangée parmi les compositions littéraires d’une nation. Mais les mœurs des Indiens différent si fort de celles de l’Europe, que comme nos avocats mulliplient les mots et les clauses afin de compléter un acte et de prévenir tout ce qui pourrait l’annuler, les pundits paraissent expédier avec briè velé la partie légale d’un acte; mais dans un long préambule et à la conclusion, ils font un étalage extraordinaire de leur savoir, de leur éloquence et des ressources de la composition soit en vers, soit en prose. Le préambule d’un de ces contrats est un éloge du monarque qui accorde la terre, écrit avec toute l’exagération orientale : «Quand son armËe innombrable marchait, les cieux «étaient si remplis de la poussière de leurs pieds, que les «oiseaux de l'air pouvaient s’y fixer. » «Ses éléphans s'a- «vançaient comme des montagnes, et la terre, oppressée «de leur pesanteur, se brisait en poudre. » L'auteur termine ce préambule, en vouant à la vengeance ceux qui se hasarderaient à rompre ce contrat : « Les richesses st la «vie de l’homme sont aussi passagères que les gouttes «d'eau sur la feuille du lotus alizier, Apprends cette vé- «rité, à homme! de ne point entreprendre de priver «autrui de sa propriété, » (Recherches asiatiques, vol, p. 125, etc. ) L'autre acte de cession, qui paraît encore plus ancien, n’est pas moins remarquable. Îls étaient gravés l’un et l’autre sur des planches de cuivre ( /bid, P. 367, etc ). — 5° La traduction d’une partie du Schaster, publiée par le colonel Dow en 1768, devrait peutêtre avoir été citée la première. Mais comme il ne l'a pas faite du sanskrit, mais reçue de la bouche d’un bramine qui expliquait le $chaster en persan, ou dans la langue vulgaire du Bengale, il sera plus convenable d’en faire mention, lorsque nous en viendrons à rechercher l'état des sciences chez les Indiens, qu'ici où nous essayons de donner quelque idée de leur goût dans la composition. ? Brucker, Æistoire philosophique, vol. 1, p. 19.
Grecs et sciences ( des philo y avaient mes red et plus & nombre.
l'Inde du Mais , ati bramines aux étran les Euro puisque , gion , ell dans une ne s'acqu culté. Cef faite sur 1 beaux-art de leurs} siècle est | fisantes p l'état de l * La phil parée de ] sidérer ail les opérati de nos fa qualités de est appelé tième phys pour juger
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connaissions pas 8 le premier nuues , nous avons dans l'orient, Jrécieuses. M est 8 qui suivaient la irs de ces stances ode traduite de ravagance d'imaaffectées qui déompositions poéas appris à quelle du sanskrit, nous uelques baux de nes, traduits par qu'une charte de parmi les compoes mœurs des Inhope, que comme es clauses afin de it ce qui pourrait er avec brièvelé la ong préambule et extraordinaire de s ressources de la se. Le préambule monarque qui acration orientale :
hrchait, les cieux eurs pieds, que les «Ses éléphans s'ala terre, oppressée re.» L'auteur lergeance ceux qui se Les richesses et la es que les gouttes pprends cette véprendre de priver asiatiques, vol.|, qui paraît encore quable. Îls étaient de cuivre (/bid, e partie du Schas- 68, devrait peutomme il ne l'a pas uche d’un bramine ou dans la langue venable d'en faire à rechercher l'état nous essayons de la composition.
, vol. 1, p. 190.
Grecs et les Romains nous ont laissés sur les sciences qui fixaient particulièrement l'attention des philosophes indiens et des découvertes qu'ils y avaient faites, sont très imparfaits. Nous sommes redevables d’une connaissance plus ample et plus authentique aux recherches d’un petit nombre de personnes éclairées , qui ont visité l'Inde durant le cours des trois derniers siècles. Mais , attendu la répugnance avec laquelle les bramines communiquent leurs connaissances aux étrangers , et le peu de moyens qu’avaient les Européens pour s’en instruire plus à fond, puisque , semblables aux mystères de leur religion , elles sont cachées aux yeux du vulgaire, dans une langue inconnue , cette connaissance ne s'acquit que lentement et avec grande difficulté. Cependant la même observation que j'ai faite sur nos lumières, relativement à l’état des beaux-arts chez les Indiens, est applicable à celle de leurs progrès dans la philosophie; et notre siècle est le premier qui ait eu des lumières suffisantes pour établir un jugement décisif sur l'état de l’un et l’autre objet.
* La philosophie, en l’envisageant comme sé parée de la religion , que je me réserve de considérer ailleurs, est employée à contempler soit les opérations de l’entendement , soit l'exercice de nos facultés morales, soit la nature et les qualités des objets extérieurs. La première classe est appelée logique , la seconde morale , la troitième physique ou connaissance de la nature : pour juger des plus anciens progrès des Indiens dans la culture de chacune de ces sciences, nous possédons des faits qui sont dignes d'attention. Mais avant de les considérer, il convient d'examiner les idées des bramines par rapport à l’esprit en lui-même ; car si celles-ci n'étaient pas justes, toutes leurs théories concernant ses opérations seraient erronées et illusoires. La distinction entre la matière et l'esprit paraît avoir été anciennement connue des philosophes de l'Inde; ils attribuaient à l'esprit plusieurs facultés dont ils jugeaient que la matière était incapable ; et lorsque nous nous rappelons combien sur chaque objet qui ne tombe pas sous nos sens, nos conceptions sont imparfaites , nous pouvons affirmer , en ayant égard à une notion particulière des Indiens, que nous expliquerons par la suite, qu'aucune description de l'âme humaine n’est plus conforme à la dignité
SUR L'INDE ANCIENNE
de la nature que celle qu'en a donnée l'auteur du Mahabarat. Quelques-uns, dit-il, regardent l'âme comme une merveille, d’autres en entendent parler avec étonnement ; mais personne ne la connaît. L'épée ne la divise pas, le feu ne la brûle pas, l’eau ne la corrompt pas, le vent ne la dessèche pas ; car elle est indivisible , indestructible, incorruptible , éternelle , universelle, permanente, immuable , {invisible:, inconcevable et inaltérable ‘. Après cet examen des sentimens des bramines touchant l'âme elle-même, nous pouvons passer à la considération de leurs idées , par rapport à chacune des sciences dont j'ai fait mention , selon cette triple division. 1°: Logique et métaphysique. Il n’y a point de sujet qui ait plus exercé l'intelligence humaine que l'analyse de ses opérations. Les différentes facultés de l'esprit ont été examinées el définies. L'on a suivi l'origine et les progrès de nos idées , et l’on a prescrit des règles convenables pour procéder de l'observation des faits à l'établissement des principes, ou de la connaissance des principes aux moyens de former des systèmes de science. Les philosophes de l’ancienne Grèce furent très célèbres par leurs progrès dans ees spéculations abstraites ; et dans leurs discussions et leurs systèmes , ils découvrirent une si grande profondeur de pensée, tant de sagacité et de pénétration, que leurs systèmes de logique, surtout celui de l’école péripatéticienne ont été regardés comme les efforts lesplusfrappansde la raison humaine. Depuis que nous sommes instruits, à quelques égards, de la littérature et de la science-des Indiens , nous savons qu’aussitôt que les hommes
arrivent à ce période de la vie sociale où ils peuvent tourner leur attention vers les recher-
ches spéculatives, l'esprit humain dans chaque région de la terre déploie à peu près lés mêmes facultés , et procède dans:ses recherches et ses découvertes presque par la même marche. D'après l'abrégé de la philosophie ? des Indiens qu’Aboul Fazel composa comme ilnous l’apprend, en s'assoeiant intimement avec les plus savans. hommes de la nation ; d’après l'essai de discussion logiques ,renfermé dans cette portion du Shaster, publié par le colonel Dow! , et
* Baghvat-Geeta, p. 37.