‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 117 sur 132 · VI. La dé porterai de Indiens, est opinions et · texte numérisé non relu

VI. La dé porterai de Indiens, est opinions et

1 M. Bernie grande salle des physiciens

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SUR L'INDE ANCIENNE

dence des bramines les plus éclairés, et en mème temps le séjour de la science et de la littérature. Il est très probable qu'on y retrouverait encore tout ce qui reste de l’ancienne science astronomique et des découvertes des brarnines ! ans un siècle et chez une nation éclairée et durant uu règne distingué par une succession d'entreprises les plus éclatantes et les plus heureuses »o:1; étendre la connaissance de la natu- ; c'est nx objet digne de l'attention publique que de prendre des mesures pour obtenir la possession de tout ce que le temps à respecté de la philosophie et des inventions des peuples de lorient le: vius anciennement et les mieux civilisés. C'est avec des avantages particuliers que la Craude-Bretagne peut s'engager dans cette ‘able entreprise. Bénarès est sous sa domina- “on; la confiance des bramines a été obtenue au point de les rendre communicatifs; quelques-

uns de nos concitoyens sont familiers avec cette

langue sacrée, dans laquelle sont écrits les mystères et de la religion et de la science; le mouvement et l’activité ont été donnés à l'esprit de recherche dans tous les établissemens anglais dans l'Inde. Ceux qui ont visité cette contrée avec d’autres vues, quoique engagés dans des occupations d’une espèce très différente, poursuivent maintenant avec ardeur et avec succès les recherches littéraires et scientifiques. L'administration de l'empire anglais n'aurait donc plus qu’à charger de ce travail quelqu'un capable par ses talens et son zèle de rechercher avec soin et d'expliquer les parties les plus abstraites de la philosophie indienne, en dévouant tout &” temps à cet important objet. Ainsi, l'Anglete:.

pourrait se procurer la gloire d'examiner plei- |

institutions religieuses, publiquement établies dans toutes ces vastes contrées qui s'étendent depuis les rives de l’Indus jusqu'au cap Comorin , offrent à la vue un aspect presque semblable. Elles forment unsystème complet et régulier de superstitions ,;fortifié et soutenu de tout ce qui peut exciter le respect et assurer l’attachement du peuple. Les temples consacrés à leurs divinités sont magnifiques et ornés non-seulement de riches offrandes, mais des vuvrages les plus exquis en peinture et en sculpture que les artistes les plus estimés parmi eux soient capables d'exécuter. Les cérémonies de leur culte sont pompeuses et brillantes; et on ue les employe pas seulement dans toutes les transactions dela vie commune, mais elles en constituent encore une partie essentielle. Les bramines qui, comme ministres de la religion, président à tou-

| tes ses fonctions, sont élevés au-dessus de tous

nement ce vaste champ de science inconme,, |

que les académiciens françaisjont eu le mérite d'ouvrir les premiers aux peuples de l'Europe ?

VI. La dernière preuve é'idente que je rapporterai de l’ancienne et grande civilisation des Indiens , est déduite de la considération de leurs opinions et de leurs pratiques religieuses. Les

1 M. Bernier, dans l’année 1668, vit à Bénarès une grande salle remplie de livres des philosophes dnèèens, des physiciens et des poëtes.

3 Dans les édifices publics de l'Inde nous trou oNs des

preuves et des monumens du progrès des bralines dans | les sciences, particulièrement de leur application à l’as- | tronomie. Leur religion enjoint que les quaire coôlés |

d'une pagode regardent les quatre points cardinaux [R

les autres ordres de citoyens par une origine ,

Pour le faire avec exactitude ils emploient une méthode décrite par M. Le Gentil, et qui annonce un degré considérable de science. 11 examina soigneusement la position d'une de leurs pagodes, et il la trouva parfaitement exacte, (Foy. tom. 1, pag. 133. \ Comme plusieurs de leurs pagodes sont fort anciennes; ils doivent. avoir atteint de bonne heure la portion de connaissance nécessaire pour les disposer convenablement. Les douze signes du zodaïque sont souventdessinés sur les plafonds des choultries.et des autres édifices anciens , et il est très probable, par la ressemblance de ses dessins avec ceux que l’on emploie généralement aujourd’hui, que la connaissance de ces symboles arbitraires venait de l’orient. Le colonel Call a publié un dessin des signes du zodiaque, trouvé sur le plafond d'une choultrie à Verdapettah, dans la contrée de Madura. (Phil. transact,, ol. LXN , p. 353 ). J'ai en ma possession un dessin différent du sien en quelques-unes des figures, mais je ne puis dire en quel heu patticulier on l’a trouvé. M. Robert Barker dé: où un abwèrvatoire à Bénarès qu'il visita en 1272, Ni y trouva des instrumens astronomiques de dimensions très atandes et construits avec beaucoup d'industrie et d'ha-

| bileté. Hi en a publié tous les dessins ( Phil. transeæt. ,

vol EX VII, pag. 598.) Selon la tradition, cet observatoire fut bâti par l'empereur Akber examen de M. Robert fut fait à la hâte. Cet obseuvatoire mérite une inspection plus attentive pour déteñiiner s'il fut construit par Akber, ou élevé dans quelque période plus éloijheé. M. Robert insinue que les brainines seuls, qui entendaient le sanskrit, et qui pouvaient consulter les tables astronomiques écrites dans cette langue, étaient capables de calculer les éclipses. Le père Tiessenthaler décrit (ès légèrement deux observatoires munis d'instiiiéns d'une prandeur extraordinaire. à Jepour et à Ougein, dans la contrée de Malva (Bernoulli, tom. }, pag. 316, 317), mais ce sont des édifices modernes.

estimée non-seulement la plus noble, mais reconnue comme sacrée. Ils ont établi parmi eux une hiérarchie régulière et une gradation de rangs qui, en assurant la prééminence à leur ordre, ajoute du poids à leur autorité , et leur donne un empire absolu sur l'esprit du peuple. Cet empire, ils le soutiennent par l'admiuistration des immenses revenus dont la [libéralité des princes et le zèle des pèlerins et des dévots ont enrichi leurs pagodes !.

Je suis loin de vouloir entrer dans tous les détails de ce système compliqué de superstition. Pour dénombrer la multitude des ditidités qui sont des ohjets d'adoration dans l'Inde; pour décrire la splendeur du culte dans les pagodes et l'immense variété dés rites et des cérémonies ; pour raconter les attributs divers et les fonctions que l'adresse des prêtres, ou la crédulité du peuple, ont donnés à leurs divinités, surtout s’il fallait accompagner tout cela de l'examen des spéculations nombreuses et souvent fantastiques et des théories des lettrés sur ce sujet, il faudrait un ouvrage d'une grande étendue. Je me bornerai donc sur ceci, comine sur quelques-uns des premiers chapitres, au point précis que j'ai eu constamment en vue ; et en considérant l'état de la religion dans l'Inde, je n'entreprendrai pas seulement de jeter un nouveau jour sur l'état de civilisation où était ce pays; mais je me flatte qu'en même temps je serai en état de donner ce que l'on peut considérer comme une esquisse et un précis de l'histoire et des progrès de la superstition et de la fausse religion dans chaque région de la terre.

1. Nous pouvons observer que, dans chaque contrée, la mythologie reçue, ou le système de croyance superstitieuse, avec tous les rites et les cérémonies qu’elle prescrit, est toujonrs formée dans l'enfance des sociétés, dans des temps grossiers et barbares. La religion diffère de la superstition autant par son origine que par sa nature. La première est le produit de la raison perfectionnée par la science; c'est dans les siècles de lumières qu'elle atteint à la perfection. L'ignorance et la crainte donnent naissance à la seconde ; et c’est toujours dans les temps d'igrurance qu'elle acquiert sa plus grande vigueur. Cette nombreuse portion de l'espèce humaine

1 Roger, Porte ouverte, p. 39, 209, etc.

APPENDICE DES RECHERCHES

dont le travail est le partage, dont la principale et presque la seule occupation est de se procurer sa subsistance, n’a ni le loisir ni les moyens d'entrer dans ces routes de spéculations abstraites et subtiles qui conduisent à la connaissance de la religion rationnelle. Quand les pouvoirs intellectuels commencent seulement à se développer, et que leurs premiers et faibles efforts Sont dirigés vers un petit nombre d'objets de première nécessité , quand les facultés de l'esprit sont encore trop limitées pour pouvoir former des idées générales ct abstraites ; quand le langage est encore si pauvre qu'il matique de termes pour désigner tout ce qui ne tombe pas sous les sens, il serait étrange d'attendre dés hommes qu'ils fussent en élat de démèler les relations entre les effets et leurs causes, où de supposer qu'ils pourraient s'élever de la contemplation des effets à la découverte des causes, et se former de justes conceptions d'un être suprême , comme créateur et gouverneur de l'univers. L'idée de Créateur est devenue si familière, partout où l'esprit s'est étendu par la science et éclairé par la révélation, que nous concevons difficilement combien cette idée est profonde et abstraite, et que nous considérons peu quels progrès l'homme doit avoir faits dans l’observation, avant d'arriver à une connaissance distincte de ce principe élémentaire de la religion, Mais mème dans ce premier état d’ignorance, l'esprit humain, formé pour la religion, est disposé à recevoir des idées qui, lorsqu'elles sont ensuite réformées et raffinées, deviennent une grande source de consolation dans les calamités de la vie, Ces notions cependant sont d’abord veu distinotes et embarrassées, et semblent pluôt suggérées par la crainte du mal qu'on redoute que par la reconnaissance des biens qu'on a reçus. ‘Fandis que la nature suit son cours avec une constante et uniforme régularité, les hommes jouissent des bienfaits qui en résultent, sans s’'embarrasser d'en rechercher la cause; mais la moindre déviation de cet ordre régulier excite leur attention et leur étonnement. Lorsqu'il survient des événemens auxquels ils ne sont point accoutumés, ils en cherchent les causes avec une active curiosité. Leur esprit est souvent incapable de les découvrir; mais l'imagination, qui est une faculté plus ardente et plus présomptueuse, décide alors sans hésiter. Elle attri-

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bue à l'influence d'êtres invisibles les phénomènes extraordinaires de la nature, et suppose que le tonnerre, les ouragans, les tremblemens deterre, sont l'effet immédiat de cette influence. Alarmés de ces fléaux, exposés en même temps à des malheurs et à des dangers inévitables dans un état de société non encore civilisé, les hommes vont chercher une protection dans un pouvoir au-dessus de l'humain. Il est certain que les premières pratiques ou cérémonies qui ont quelque rapport avec des actes de religion ont eu pour objet de détourner des maux qu'ils souffraient ou qu'ils redoutaient {.

1. Comme, dans tous lés pays, la superstition et la fausse religion ont leur source à peu prés dans les mêmes sentimens et les mêmes craintes, ces êtres invisibles, qui sont les premiers objets de la vénération des hommes, oht partout une grande ressemblance, La conception d’une intalligence supérieure , capablé de disposer et de diriger les diverses opérations de la natüre, semble être fort au-dessus des facultés de l'homme dans les premiers degrés de ses progrès. Ses théories, plus conformes à la sphère bornée de son observation, ne sout pas si raffinées. Il suppose que chaque effet remarquable d une cause distincte, et il attribue à une puissance séparée chaque événement qui attiré son attention où exoite sa terreur. Il imagine qu'il y à une d:vinité dont l'emploi est de diriger le tonnerre , et de faire tomber avec un bruit effrayant la foudre irrésistible sur la tète du coupable; qu'une autre divinité, portée sur un tourblion, élève où calme à son gré les tempêtes; qu'une troisième règne sur l'Océan; qu'une quatrième préside aux batailles; que, tandis que des esprits malfaisans répandent la semence de la discorde et de l’animosité, et allument dans le sein des hommes ces passions violentes qui donnent naissance à la guerre et se terminent par la destruction , d’autres, d’une nature plus bénigne, inspirent au genre humain la bienveillance et l'amour, resserrent les nœuds de l'union sociale, en augmentent le bonheur, et multiplient le nombre des hommes.

Sans entrer dans de plus grands détails, sans essayer de rappeler la multitude infinie de ces divinités auxquelles l'imagination ou la crainte

‘ Dans mon Zistoire de l’ Amérique, j'ai exposé à peu près les mêmes idées sur l'origine des ‘fausses religions:

SUR L'INDE ANCIENNE

ont assigné la direction des divers départemens de la nature, il est aisé de reconnaître une frappante conformité de traits dans les systèmes de superstition , établis sur toutes les jarties de la terre. Moins les hommes se sont éloignés de l’état sauvage, moins ils ont eu de connaissance des opérations de la nature, moins la liste de leurs divinités a été nombreuse, et plus leur symbole théologique a été resserré. Mais leur esprit s'étant ouvert par degrés, et leurs connaissances continuant à s'étendre , les obiets de leur vénération se sont multipliés , et les articles de leur foi sont devenus plus nombreux. Ce progrès a été remarquable parmi les Grecs en Europe et les Indiens en Asie, ces deux peuples qui, dans ces grandes divisions du globe, ont été le plus anciennement civilisés, et sur lesquels, pour ce motif, je bornerai mes observations. Ils croyaient qu'une divinité particulière présidait à tous les mouvemens du monde physique et à toutes les fonctions de la vie domestique et civile des hommes, même aux plus indifférentes et aux plus triviales. La manière dont ils distribuaient les départemens de ces puissances surveillantes et les fonctions qu'ils assignaient à chacune étaient, à beaucoup d'égards, lesmèmes chez ces deux peuples. Ce qui était supposé, dans la mythologie occidentale , exécuté par le ponvoir de Jupiter, de Neptune, d'Éole, de Mars, de Vénus, est attribué dans lorient à l'influence d’Agnée, le dieu du feu ; de Varoun , le dieu des mers; de Vayou, le dieu du vent t; de Cama, le dieu de l’amour, et de plusieurs autres divinités.

L'ignorance et la crédulité humaine ayant ainsi peuplé les cieux d'êtres imaginaires, on leur attribua les qualités et les actions qui paraissent conformes à leur caractère et à leurs fonctions. C'est un des bienfaits de la vraie religion, qu’en présentant aux hommes un modèle d'excellence parfaite, qu'ils devaient avoir continuellement sous les yeux et s’efforcer d’imiter , on peut dire qu'elle a fait descendre du ciel la vertu sur la terre, pour former l'âme humaine sur un modèle divin. Dans la composition des systèmes de fausse religion, le procédé a été précisément le contraire. L'homme attribue à ces êtres qu’il a déifiés les actions qu'il admire et loue luimême. Les qualités de ces dieux , qui sont l'ob-

! Baghval-Gceta, p.91.

jet du culte, sont copiées sur celles de leurs adorateurs ; ainsi l'on a introduit dans le ciel les imperfections particulières à l'espèce humaine. En connaissant les attributs et les aventures d'une fausse divinité, on peut prononcer avec quelque certitude quel était l'état des mœurs et de la civilisation des hommes qui l'ont élevée à cette dignité, La mythologie des Grecs indique clairement le caractère du siécle où elle s'est formée. Ce n'a pu être que dans des temps de licence, d'anarchie , de férocité, qu'on a pu supposer des divinités de la plus haute classe capables de se livrer à des passions, ou de se permettre des actions, qui, dans des temps plus éclairés , auraien’ été regardées comme déshonorantes pour la nature humaine ; lorsque la terre était encore infestée de monstres destructeurs, lorsque les sociétés, sous des formes de gouvernement trop faibles pour leur accorder protection, étaient exposées aux déprédations des brigands, c’est alors seulement que les célèbres exploits d'Hercule , qui l'ont fait élever de la terre au ciel, ont pu être nécessaires, et obtenir un si haut degré de gloire. La mème observation s'applique à l'ancienne mythologie de l'Inde. Plusieurs des aventures et des exploits des divinités indiennes ne conviennent qu'à des temps grossiers de violence et de rapine. Ce fut pour réprimer le désordre, pour redresser les torts, pour délivrer la terre d’oppresseurs puissans, que Vishnou, divinité du premier rang, s'est, dit-on, incarné plusieurs fois, et a paru sur la terre sous différentes formes !.

III. Le caractère et les fonctions de ces divinités que la superstition se créa pour en faire les objets de sa vénération ayant partout beaucou: de conformité, les rites du culte se ressemblèrent aussi partout. Selon que ces divinités s'étaient distisguées ou par la férocité de leur caractère ou la licence de teurs mœurs, on juge de la nature des services qui doivent leur être le plus agréables. Pour se concilier la faveur ou apaiser la colère des premières, on imagina les jeûnes, les mortifications , les pénitences les plus rigoureuses ; leurs autels étaient toujours baignés de sang; les victimes les plus précieuses étaient immolées ; les sacrifices humains ne furent pas inconnus , ils étaient même regardés comme les plus puissantes expiations.

‘ J'oyage de Sonnerat, t. V, p. 158, etc.

APPENDICE DES RECHERCHES

Pour obtenir la bienveillance des divinités de la seconde classe , on eut recours à des institutions d’un autre genre, à des cérémonies pompeuses , à des fêtes brillantes et gaies, relevées par tous les charmes de la poésie, de la musique ct de la danse, mais terminées souvent par des scènes d’une licence trop indécente pour en permettre la description. Les rites des religions grecque et romaine, offrent une multitude d’exemples'de ces diverses pratiques, que je n'ai pas besoin de rappeler aux lecteurs instruits !.

Le cérémonial de la superstition fut à peu près le même dans l'orient, Les mœurs des Indiens, quoiqu'elles fussent, depuis le tems où elles furent connues des peuples de l'occident , distinguées pour leur douceur, semblent avoir été , dans des temps plus reculés, semblables à celles des autres natiors. Plusieurs de leurs divinités étaient supposées d’un naturel sévère et farouche , et étaient représentées dans leurs temples sous des formes redoutables. Si nous ne connaissions pas l'empire de la superstition sur l'esprit humain, nous aurions de la peine à croire qu'un culte approprié au caractère de semblables divinités eût jamais pu s'établir chez un peuple de mœurs douces. Tous les actes de religion par lesquels ils honoraient leurs dieux semblent avoirété prescrits par la crainte: ils s'imposèrent des pénitences multipliées , si rigoureuses, si cruelles et si prolongées, qu'on n’en peut lire les détails sans étonnement et sans horreur. Quelque répugnance que montrassent les Indiens à répandre le sang d'aucune créature vivante , plusieurs animaux, même les plus utiles, tels que lecheval et la vache, étaient offerts en sacrifice sur les autels de quelquesunes de leurs divinités ! ; et ce qui est encore plus étrange, les pagodes de lorient furent souillées de sacrifices humains ?, comme les temples de l'occident. Cependant des institutions religieuses et des cérémonies d’un genre moius sévère étaient mieux adaptées au génie d'un peuple que son extrême sensibilité, et physique et morale, disposait à un amour immodéré @u plaisir. Dans aucune partie de la terre, il n'y a eu une connexion entre la satis-

* Strabo, lib. var, p. 681. A., lib. x1r, p. 837, C.

* Ayeen Akbery, vol. I, p. 241. — Roger, Poric ouverte , p. 251.

5 Hilo-Padés, p.125, 322.- Recherches asiatiques, p. 265. - Sonnerat, vol. 1, p. 207. — Roger, p. 251.

faction religion décemm dans ch femmes l'idole q jeunes a les y pré à leurs el que ler revenu € exécutée:

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! Voyage Préface du GC ? Roger, P4 15, Sketches

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multipliées , si ongées, qu'on étonnement et ance que moue san; d'aucune aux, mème les h vache, étaient s de quelques qui est encore lorient furent 2, comme les nt des instituies d’un genre aptées au génie sensibilité, et à un amour ne partie de la entre la satis-

— Roger, Porc

‘hes asialiques, Roger, p. 251.

faction des appétits sensuels et les rites de la religion publique plus ouvertement et plus indécemment établie que dans l'Inde, On voyait dans chaque pagode un certain nombre de femmes consacrées spécialement au service de l'idole qu'on y adorait, et vouées dès leurs plus jeunes années à une vie de plaisir. Les bramines les y préparaient par une éducation qui ajoutait à leurs charmes naturels tant d’agrémens acquis, que le produit de leur prostitution formait un revenu considérable. Dans toutes les cérémonies exécutées dans les pagodes, ainsi que dans toutes les processions , l'office de ces femmes était de danser devant l'idole et de chanter des hymnes à sa louange; et il est difficile de dire si elles outrageaient plus la décence par leurs gestes ou par les vers qu’elles récitaient. Les murs des pagodes étaient couverts de peintures ! non moins licencieuses ; et dans l'intérieur du temple , qu'il y aurait de la profanation à appeler le sanctuaire , était placé le léngam , emblème de la puissance productive, trop grossier pour être susceptible d'explication 2.

IV. Quelque absurdes que pussent être les dogmes établis par la superstition, quelque indécens que fussent les rites qu'elle prescrivait, les premiers furent adoptés sans objection dans tous les âges et dans tous les pays, par les peuples en masse; etles seconds furent observés avec la plus scrupuleuse exactitude.

En raisonnant sur des opinions et des pratiques religieuses qui diffèrent beaucoup des nôtres, nous sommes exposés à tomber dans de grandes erreurs. Élevés, comme nous le sommes , dans les principes d'une religion digne en tout de la divine sagesse dont elle est l’ouvrage, nous nous étonnons de l’aveuglement des nations livrées à une croyance qui répugne à la saine raison , et nous les soupçonnons quelquefois de ne pas révérer en secret les objets de leur culte extravagant. Cependant l'expérience doit nous prouver que notre étonnement ni nos soupçons ne sont fondés. Les anciens habitans de l'Europe que l'histoire nous a fait le mieux connaître n’ont jamais élevé le moindre doute sur la religion, ni n'ont condamné les pratiques que cette religion prescrivait. De même,

! Voyage de Le Gentil, vol. 1, p. 244, 260. — Vréface du Code des lois des Gentous , p. 57

? Roger, Porte ouv., p. 157. — Sonnerat, v. 1,p 41, 175, Sketches, p. 168. Voyage d'Hamilton, v.1\,p. 379.

SUR L'INDE ANCIENNE

chez les Grecs et chez les Romains, toute opinion qui tendait à diminuer le respect pour les dieux du pays ,ou à écarter de leur culte ,excitait une indignation qui montrait combien ces peuples étaient sincèrement attachés à leur religion. Le zèle des Indiens, anciens et modernes , pour les rites et les préceptes qu'ils tiennent de leurs pères, est peut-être encore plus grand. Il u'y a point de pays où l'on ait pris plus de précautions pour empêcher le peuple de se livrer au doute et à l'incrédulité. Non-seulement la foule, dont la vie est très laborieuse, n'a pas le temps, là plus qu'ailleurs, de s'occuper de recherches spéculatives; mais il lui est même expressément défendu d'étendre ses connaissances. Si un Indien de la caste de Souder, la plus nombreuse, sans contredit, des quatre grandes castes qui forment la nation, est soupçonné de lire quelque partie des livres sacrés, où toute la science de l'Inde se trouve renfermée , on l'en punit sévèrement; et s’il en retient quelque chose de mémoire, on lui donne la mort !. Le désir d’en apprendre plus que les bramines ne jugent à propos d'enseigner, est taxé d’orgueil, même d'impiété. Les castes les plus relevées n'ont pas à cet égard des priviléges plus étendus : il faut qu’elles se bornent à l'instruction que les bramines daignent leur communiquer.

Aussi une vénération profonde est universellement accordée par les Indiens à des institutions qu'ils regardent comme sacrées ; et quoique les mahométans ? qui les ont conquis aient souvent essayé de leur faire abandonner leur anti-

que religion, ils n'ont jamais pu y réussir.

V. Nous devons remarquer que dans tous les pays où les sciences et la philosophie font des progrès , la superstition est bientôt attaquée, et perd insensiblement de son influence. Un examen libre est toujours favorable à la vérité et funeste à l'erreur. Ce qui avait été adopté avec respect dans des temps d’ignorance excite le mépris et l’indignation , quand les esprits sont éclairés, Cette vérité nous est confirmée par ce | qu’a éprouvé l’ancienne religion de la Grèce et de l'Italie, les seules contrées de l'Europe où les

| sciences aient jadis été cultivées.

Dès que les progrès de ces sciences rendirent

les Grecs capables de connaître qu’une sagesse

| ! Code des Gentous, chap. XXE, $ vi.

2 Fragmens d'Orme, p.102. — Sounerat, v. 1, p.194.

bienfaisante et toute puissante avait créé le monde , le ronservait et le gouvernait , ils durent sentir que le caractère immoral des divinités offertes à leur vénération dans les temples ne permettait pas de regarder ces divinités comme les puissances qui régissaient la nature. Un poète pouvait chanter Jupiter comme le père des dieux et des hommes ; mais un philosophe devait avoir en horreur le fils de Saturne, dont l'histoire n'offrait qu'un tissu d'actions licencieuses et criminelles, capables de déshonorer le dernier des mortels. Le culte célébré dans les temples était aussi révoltant pour les Grecs éclairés que les vices des dieux auxquels ce culte était reudu. Au lieu de pratiques respectables pour fortifier l'ame dans l'amour de la vertu et lui faire sentir toute sa dignité, on n'occupait le peuple que de cérémonies superstitieuses , de vœux frivoles, de rites licencieux, propres à enflammer les passions et à corrompre le cœur.

Ce n'est, cependant, qu'avec précaution, avec crainte mème , que les hommes se hasardent à attaquer la religion de leur pays et des opinions consacrées par le temps. D'abord les philosophes essayèrent de démontrerque la mythologie vulgaire n'était qu'un emblème des puissances de la nature et des révolutions opérées dans le système du monde matériel ; et par-là ils excusaient un peu l’absurdité de cette mythologie. Ensuite une théorie plus hardie pénétra dans les écoles. Des sages , dont les idées étaient grandes et élevées , s'indignèrent de l’impiété des superstitions populaires , et se montrèrent pénétrés de la perfection del'Étresuprème quia créé l'univers, autant qu’il soit possible à l'esprit humain de sentir par lui-même cette perfection.

Si nous passons d'Europe en Asie, nous verrons que tout ce que j'ai remarqué sur l'histoire de la religion d’une de ces contrées peut s'appliquer à l'autre. Dans l'Inde, comme dans la Grèce , l'étude des sciences a nui à la superstition ; et quand nous considérons l'extrème différence qui se trouve entre la constitution ecclésiastique, si j'ose me servir de cette expression, de l’une de ces contrées et celle de l’autre, nous sommes portés à croire que la dernière a offert un plus vaste champ à l'examen que la première.

Les Grecs n'avaient pas pour ministres de

APPENDICE DES RECHERCHES

leur religion , gardiens de leurs rites sacrés, une |

seule race d'hommes, une caste particul!";: : mais parmi les Indiens, les bramines ont s::' le droit de présider au culte des dieux et de rendre le ciel propice, ou de détourner sa colère. Ce privilége leur donne un ascendant prodigieux sur le peuple : aussi leur intérêt , leur honneur, l'ambition de maintenir le pouvoir de leur ordre, tout ce qui peut enfin émouvoir le cœur humain, leur fait un devoir de conserver leurs institutions.

Cependant les principaux brames , ayant consacré leur vie à l'étude, firent , ainsi que je l'ai déjà rapporté, d'assez grands progrès dans les sciences pour se former une juste idée du vrai système du monde et de la saggesse toute-puissante qui le gouverne. Élevés dès lors au-dessus des superstitions vulgaires, ils reconnurent et adorèrent un Être suprème, qu'ils appelèrent «le Créateur de toutes choses, et dont toutes «choses dépendent !, »

Telle est, au moins, l'idée ‘que nous donne desbramines Aboul-Fazel, qui a long-temps étudié leur théologie. «Tous les bramines, dit-il, «croient à un seul Dieu; et s'ils révèrent des «images dans leurs temples, ce n’est que parce «que ces images représentent des êtres célestes, «et qu'elles sont propres à captiver leurs idées2, » Les Européens les plus sages qui ont voyagé dans l'Inde, sont d'accordavec Aboul-Fazel. C'est à cela seulement que se borne ce que Bernier apprit des bramines du collége de Bénarts?.

M. Wilkins, plus capable peut-être de porter un jugement sur cela que les autres observateurs, représente les principaux bramines de nos jours comme des théistes , c'est-à-dire des adorateurs d’un seul Dieu; et enfin M. Sonnerat, qui a passé sept ans dans l'Inde pour étudier les mœurs, les sciences et la religion des Indiens, nous dit 5 : «Que les bramines qui ont traduit le «code des Gentous déclarent qu'un Être su- «prème a, par sa seule puissance, formé tous «les êtres du monde matériel, soit animaux, soit «végétaux, et les a tirés des quatre élémens, le «feu , l'eau, l'air et la terre, pour servir d'orne- «ment au grand magasin de la création ; qu'en

1 Baghvaat-Geeta, p. 8'.

# Ayeen-Akberry. vol. Il, p. 3.

s Voyage, tom. Il, p. 159.

4 Préface du Bagvat-Geela, p. 24.

ÿ Voyage, tom. À, p. 198.

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être de porter autres observax bramines de c'est-à-dire des fin M. Sonnerat, pour étudier les on des Indiens, i ont traduit le qu'un Être suce, formé tous pit animaux, soit atre élémens, le r servir d'ornecréation ; qu'en

«même temps son extrème bienfaisance a fait «de l'homme le centre de toutes connaissances , «et lui donné l'autorité sur les créatures, et un «empire absolu sur toute l'étendue de la terre! »

Qu'on ne croie point que ces idées sont un raffinement de nos temps modernes. Les bramines sont trop loin de pouvoir faire aujourd'hui quelques pas dans les sciences. Les vainqueurs inahométans qui les ont soumis, les regardant comme les seuls dépositaires de la religion indienne , se sont attachés à les opprimer. Cette caste infortunée n'a pas moins perdu en talens qu'en pouvoir, Tout ce qu'elle sait à présent , elle le puise dans les écrits de ses ancètres ; et la sagesse, qui la rend encore célèbre, lui est transmise de la plus haute antiquité.

Nous pouvons affirmer tout ce que nous venons de dire sur les mystères de la théologie indienne. Ces mystères, dérobés avec soin aux yeux du peuple, ont enfin été dévoilés quand onles a traduits de la languesanskrite et qu'on en a publié récemment la traduction. Le Bahgvat- Geetan'est qu'un épisodeduMa/abarat poème très ancien et très respecté dans l'Inde ; et ce Baglwat-Geeta semble avoir été composé dans le seul dessein d'établir la doctrine de l'unité de Dieu, d'étudier sa nature, et de donner une idée du culte qui convient à cet être parfait. Parmi des discussions d’une métaphysique obscure, on trouve, dans cet ouvrage, quelques traits d'imagination étrangers à notre goût , et quelques pensées d’une sublimité bien au-dessus de tout ce que nous sommes dans l'habitude de concevoir 2, Nous y voyons des descriptions de l'Être suprême aussi belles, aussi pompeuses que celles des philosophes grecs les plus vantés. Je vais en transcrire une dont j'ai déjà fait mention, et je prie mes lecteurs de voir les autres dans l'ouvrage mème. « Être éternel et tout-puis- «sant, dit Arjoon, tu es le créateur de tout, le «dieu des dieux, le conservateur du monde.

«Ton ètre est incorruptible et distinct de toutes «es choses passagères. Tu es avant tous les au- «tres dieux; tu es l’ancien Pourousk3, et le «sublime appui de l'univers. Tu connais tout , «et tu es digne d’être connu. Tu es la source

‘ Discours préliminaire , du même, p. 73.

? Lettre de M. Hastings, imprimée dans la Préface du Baghval-Geeta, p.7.

* C'est-à-dire, l'âme qui donne la vie.

SUR L'INDE ANCIENNE

«suprême , et c'est par toi, Être infini, que le «monde est sorti du néant. Qu'un s'incline de- «vant toi, qu'on s'incline derrière toi, qu'on te arévère de toutes parts, Ôà toi, qui es tout en «tout, Ta puissance et ta gloire sont infinies, — «Tu es le père de tous les êtres qui ont vie, «ainsi que des choses inanimées. Sage instruc- «teur du monde , tu es digne de nos adorations. «ll n'est aucun être semblable à toi, Y en a-t-il «dans les trois mondes un seul au-dessus de toi? «Je te salue donc et m'humilie à tes pieds; j'im- «plore ta miséricorde, à Dieu! Dieu, digne «d'être adoré; car tu me supporteras comme un «père supporte son fils, un ami san ami, un «amant l’objet de son affection !, »

On trouve dans les livres sacrés des Indiens une autre description de l'Être suprème, d'après laquelle on voit également quels sont à cet égard les sentimens de tous les savans bramines., — « Comme Dieu est immatériel , disent-ils, il est «au-dessus de toute conception; comme il est «invisible , il ne peut avoir de forme; mais ses «ouvrages nous prouvent qu'il est éternel , tout- «puissant, connaissant toutes choses et présent «à tout 2,»

Des hommes capables de se former de si belles idées de la Divinité n'ont pu regarder que comme une infâme idolâtrie le culte des pagodes et toutes les superstitions immorales qu'on y a attachées. Ils ont dû voir en même temps qu’un cœur droit et des mœurs pures étaient seuls dignes de plaire à l'Être suprême, dont ils reconnaissent l'existence et la perfection. Veias a essayé de faire sentir ces vérités dans le Mahabarat, en s'y prenant toutefois avec toute la réserve et les précautions nécessaires à! un brame qui ne veut ni offenser ses compatriotes , ni diminuer le crédit et la considération de sa caste. Ses idées sur la manière d’adorer la Divinité sont développées dans plusieurs passages frappans du poème; mais ne voulant pas multiplier les citations, je me contente d'y renvoyer mes lecteurs 3.

Quand nons réfléchissons avec quelle lenteur l'esprit de l’homme s'ouvre aux idées abstraites, et combien il est difficile à des êtres corporels de saisir, suivant une observation du Mahaba-

Baghvat- Geeta, p.94 et 95.

»: Dissertation de Dow, p. 40.

5 Baghvat-Geela, p. 55,67,75, 97,

ral, un sentier invisible , il est évident que les Indiens devaient avoir fait de grands progrès dans la culture de l'esprit avant que leurs idées s’élevassent si fort au-dessus des superstitions populaires de leurs contrées. Les états diver {e la Grèce subsistaient dès long-temps, et étaient parvenus à un grand degré de civilisation, avant que les erreursde leurs superstitions eussent commencé à être reconnues. Ce ne fut que dans le siècle de Socrate et dans les écoles de philosophie établies par ses disciples, que l'on vit naître et se propager les principes contraires aux dogmes de la religion populaire.

Il s’écoula même un plus long espace de temps avant que les Romains, nation de guerriers et de politiques , reçussent les lumières de la philosophie , et fussent en état de se livrer à de libres discussions sur les objets et les cérémonies du culte établi par leurs ancêtres. Mais dans la suite les salutaires effets du progrès des lumières se font remarquer d'une manière encore plus frappante. Sans adopter les calculs extravagans de la chronologie indienne, selon lesquels le Mahabarat fut composé il y a plus de 4000 ans, il faut convenir que c’est un ouvrage d’une haute antiquité, et que l’auteur y montre une connaissance des principes de la théologie, de la morale et de la physique, plus juste et plus approfondie qu'on ne pourrait la trouver, à ce qu'il semble, dans ce même période, chez aucune nation connue dans l’histoire.

Mais les facultés bornées de l'esprit humain sont si loin de pouvoir atteindre à une idée complète des perfections et des opérations de l'Être suprème , que dans toutes les théories formées sur ce sujet par les plus grands philosophes des nations les plus éclairées, nous trouvons encore un déplorable mélange d'ignorance et d'erreur ; et les bramines de l'Inde n’en ont pas été plus exempts que les sages des autres contrées. Comme ils soutenaient que le système de la nature avait été non-seulement arrangé dèsle commencement des êtres par le pouvoir et la sagesse de Dieu , mais même que chaque événement de ce monde ctait amené par son intervention immédiate ; et comme ils ne pouvaient pas concevoir comment un être pouvait agir dans un lieu sans y être présent, ils regardaient la divinité comme un principe vivifiant répandu dans tout le système des êtres, conme une âme

APPENDICE DES RECHERCHES

universelle qui animait toutes les parties de la création !. Toutes les natures intelligentes, particulièrement les âmes humaines, leur parais. saient des portions séparées de ce grand esprit ?, auquel, après avoir rempli leur destinée sur la terre et atteint un certain degré de pureté, elles devaient se réunir. Pour eïfacer les taches dont une âme, pendant sa résidence sur la terre, s'était souillée en se livrant aux appétits sensuels et corrompus, ils croyaient que, par une

longue succession de transmigrations, cette âme devait passer dans le corps de différens ani-

maux, jusqu’à ce que, par ses souffrances et par les lumières qu'elle aurait acquises dans les divers modes de son existence, elle fût assez purgée de toute corruption pour être digne d’être absorbée dans l'essence divine, commeune goutte d'au qui rentre au sein de l'océan immens:

dont elle a été primitivement détachée !.

Cette äcctrine des brames, par laquelle la Divinité est représentée comme une âme qui pénètre toute la nature, et qui donne à toutes ses parties la force et l’activité, et comme le centre de réunion de tous les êtres intelligens à leur source première, se rapporte parfaitement aux dogmes de la philosophie stoïcienne; et il est à remarquer qu'après avoir trouvé la plus grande analogie dans leurs principes avec la morale sublime de cette secte, nous retrouvons aussi les mêmes erreurs dansleursrèveries théologiques?

L'esprit humain , partout où il est privé d’un appui supérieur, est porté à une suite d'erreurs pratiques , en matière de religion, d’une nature encore plus dangereuse.

Quand les philosophes, par leurs progrès dans les sciences, commencèrent à acquérir quelques idées justes de la nature et des perfections de l’Étre suprême, et se convainquirent que tout le système des superstitions populaires était à la fois absurde et impie , ils furent cffrayés en mème temps du danger de faire part de leurs découvertes à la multitude , incapable de s'élever à la hauteur des raisonnemens qui les avaient frappés, et remplie pour ses vieux

préjugés d’un zèle scrupuleux , qui l'eût révoltée À

contre tous les efforts faits pour la détromper.

1 Baghva-Geeta, p. 65, 78, 85.— Bernier, tom. ll, p. 163. — * Dissertation de Dow, p. 43.

5poyage de Sonnerat, v. \, p.192 — Bagvat-Geelc, p.115 — Dissertation de Dow, p. 43.

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02 — Bagvat-Geele,

Au lieu donc de faire briller au dehors quélques rayons de cette lumière qui avait éclairé leurs esprits, ils formèrent une théorie pour justifier leur conduite et pour épaissir le fuagé dont ils voulaient s'enveloppér. Le vulgairé ignorant n'avait, selon eux, aucun droit à la vérité. Con: damné par la destination où là natüré l'a placé, à rester dans l'ignorance , il ne peut être main: tenu dans l'ordre que par des illusions, porté au bien ét détourné du mal que par l'espérance de ces récornpenses imaginaires que promet la religion et par la crainte dés châtimens dont ellé menace. Je pourrais citer, à l'appui de ce què j'avance, la doctrine de la plupart des sectes philosophiques ; et rapporter lès paroles mèmes dé presque tous les écrivains célèbres , grecs où romains; mais ä suffira de mettre sous les yeux dé mes lecteurs un passage remarquable de Strabon, dont j'ai tiré tant de secours dans le cours de mes recherches, et qui n'était pas moins habile à pénétrer les opinions politiques de ses contémporains qu’à décrire les contrées qu'ils habitaient. «Tout ce qu'il y a de merveilleux dans la fable ést employé (ce sont sesexpressidns)quelquefois pour plaire, quelquefois pour inspirer de là terreur aux persômmes dé l’âge mûr, aussi bien qu'aux enfans, On propose aux enfans d’agréables fic-

tions, afin de les encourager à bien faire; on

leur en raconte d’effrayantes , afin de les dé-

tourner du imal. Quand les hommes sont unis |

en société, ils sont portés vers les actions louables, soit en entendant les poètes célèbres, les exploits merveilleux de la fable, tels que les travaux qui leur ont acquis les honneurs des dieux, soit en voyant tous ces faits glorieux , représentés par l'art du peintre et du sculpteur, D'un autre côté, on les détourne du vice en leur racontant les chûtimens réservés par les dieux aux coupables, On a soin d’ajouter à l'horreur de ces menaces, en les exprimant dans les termes les plus sinistres, ou én des peignant sous des emblèmes effrayans qui leur montrent ces chàtimens déjà exécutés sur d'illusires coupables ;

car il est impossible de conduire les femmes et |

la grossière multitude , et de leur inspirer un

respect religieux pour les principes de la justice,

pour les préceptes de la raison et de la philoso-

phie, si on n'appelle à son aide la superstition

et la crainte des dieux, ei tous les prodiges dont

elles sont la source féconde. Ainsi le tonnerre de

SUR I'INDE ANCIENNE

Jupiter , l'égide de Minerve, le trident dé Neptüné, és torchés et les serpens des furiés, là lance ornée dé lierre dont s'arment les dieux , et toute cette ancienne théologie, sont des fables qué tes prémiers tégislateurs des empires ont employées comine des épouvantails faits pour en imposer aux hommes simples et crédules !. »

Ces principes des philosophes d'Europe sont précisément céux que les bramines avaient

| adoptés dans l'Inde, et qui réglaient leur con-

duité aux yeux du Vulgaire. Comme léür caste avait lé privilège exclusif de lireles livres sacrés, de cultiver et d'enseigner les sciences, îls pouvaieñt aisémérit ermmpécher tous ceux qui n'en étaient pas membres d'acquérir aucune portion de connaissance, qu'il ne leur eût pas plu d'enseigner. Chaque fois que la libre circulation des sciénées n’est point arrêtée par de telles réserves, toute la société entre én partage dans les nouvélles acquisitions qu’elles font tous les jours ; et leur influencé, appuyée sur le sentiment et la pratique, s'étend insensiblement d'un petit noibré à un plus considérable, des hommes instrüits aux ignorans. Mais partout où l'empire

| des fausses religions est complétement établi,

le corps du peuple ne gagne rien aux plus grands progrès des sciences. Leurs philosophes leur dérobent , avec le plus grand soin, les vérités qu'ils ont découvertes, et s’exercent à étayer les monumens de superstition qu'il serait de lér devoir de renverser. Non-seülement ils exhortent les autres à observer les rites religieux prescrits par lés lois du pays, mais eux-mêmes s’y souméttent dans léur conduite, et n’abordent les autels des dieux, objéts de leur mépris interne, qu'avec des siznés éïtérieurs de respect et de zèle. Au lieu de ressembler aux apôtres dé la vraie religion, dans l'ardeur bienveillante avec laquelle ils ont sâns eessè communiqué les vérités importantes qui avaient éclairé leurs èsprits et touché léurs Ames, les sages de la Grèce et les bramines de l'Inde suivaient , avec un àrtifice concerté, ce système d'illusions et d’erreb:s,et suivant l'expression énergique d’un écrivain sacré, ils enfermaient la vérité dans l'injustice ; ils connaissaient et approuvaient ce qui est vrai; mais pour tout le reste des hommes, ils s’attachaient à conserver et à perpétuer l'erreur,

Je viens de parcourir tous les détails que je

* Strabo, lib. 1, p.36, b.

626 APPENDICE DES RECHERCHES, ETC

me proposais d'examiner, et j'ai tâché de découvrir l'état des Indiens dans leurs rapports les uns avec les autres. Si je n’avais eu pour objet que de décrire le gouvernement civil, les arts, les sciences et les institutions religieuses d'une des races humaines les plus nombreuses et les plus anciennes du globe, cela seul m'aurait conduit à des recherches utiles et curieuses. J'avoue cependant que j'ai eu toujours devant les yeux un objet plus intéressant et d’une plus grande importance; j'ai conçu l'espérance que si le tableau que je présente de l'ancienne civilisation de l'Inde et des progrès merveilleux de !ses habitans dans les arts agréables et dans les sciences utiles paraissait fidèle et conforme à la vérité, il pourrait avoir quelque influence sur la conduite des Européens à l'égard de ces peuples. Malheureusement pour l'espèce humaine, dans toutes les parties du globe où les peuples d'Europe ont acquis de la puissance, ils en ont trouvé les habitans non-seulement dans un état de société bien inférieur au leur, mais encore différens d'eux pour la couleur de la peau et les habitudes de la vie. Les hommes, dans tous les degrés de leur carrière sociale, sont si satisfaits des progrès qu'a faits la société dont ils sont membres, que le point où ils sont arrivés leur paraît le modèle de la perfection, et qu'ils sont disposés à concevoir du mépris et mème de l'aversion pour tous les peuples dont la condition n'est pas semblable à la leur. En Afrique et en Amérique, la différence à cet égard est si frappante , que dans l’orgueil de leur supériorité, les Européens se sont crus autorisés à réduire en esclavage les naturels de l'Afrique et à exterminer ceux de l'Amérique. Dans l'Inde même , quoique fort supérieure en civilisation à ces deux parties du monde, la couleur des habitans , leur air efféminé, leur peu d'aptitude à la guerre , l'extravagance bizarre de leurs opinions et de leurs pratiques religieuses , tout cela joint à d’autres cirronstances, confirma tellement les Éuropéens dans le sentiment de leur prééminence, qu'ils traitèrent toujours les Indiens

comme une race d'hommes inférieure à la leur. Il serait à désirer que des quatre nations européennes qui ont successivement acquis de vastes territoires et une grande puissance dans l'Inde, quelqu’une pât justifier la manière dont elle à exercé cet empire. Cependant, si quelque chose peut avoir une tendance directe et puissante à inspirer aux Européens trop vains de leur supériorité dans la police, les sciences et les arts, des sentimens justes à l'égard des peuples de l'Inde , et le respect qui est dû à leurs droits naturels, en leur qualité d'hommes, c’est l'habitude qu'ils doivent avoir prise non-seulement de regarder les Indiens modernes comme une race industrieuse et intelligente, mais encore de les considérer comme les descendans d'un peuple ancien qui était parvenu à un degré surprenant de lumières et de sagesse, plusieurs siècles avant que la civilisation eût fait un seul pas dans aucune partie de l’Europe. Ce fut par l'effet d'une étude impartiale et sincère de leurs mœurs que l’empereur Akber fut conduit à regarder les Indiens comme ayant avec ses autres sujets un droit égal à sa protection et à ses faveurs, et qu’il les gouverna avec une disposition d'équité et de douceur qui lui a mérité de la reconnaissance de ces peuples l'honorable dénomination de protecteur de l'humanité. Ce fut aussi par une connaissance approfondie de leurs qualités morales et acquises qu’Aboul-Fazel, vizir d'Akber, par une générosité d'âme peu commune chez les mahométans, prononça un éloge public des vertus des Indiens, et comme individus et comme membres de la société, et qu'il célébra ieurs progrès dans les arts et les sciences de tout genre. Si je pouvais espérer que la description qu'on vient de lire des mœurs et des institutions des peuples de l'Inde contribuât le moins du monde, et par l'influence la plus éloignée, à rendre leur caractère plus respectable et leur condition plus heureuse, je terminerais ma carrière littéraire avec la satisfaction de penser que je n'aurais ni vécu, ni écrit, sans avoir fait quelque bien.

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