‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 116 sur 132 · Ayeen Akbery, vol. ll, p. 95, etc · texte numérisé non relu

Ayeen Akbery, vol. ll, p. 95, etc

8 Dissertalion, p. 39, eu.

d'après plusieurs passages dans le Baghvat- Geeta, il parait que les mêmes spéculations qui occupèrent les philosophes de la Grèce avaient fixé l’attention des bramines indiens, et que les théories des premiers, concernant les qualités des objets extérieurs ou la nature de nc: propres idées, n'étaient pas plus ingénieuses que celles des derniers. Les uns et les autres se distinguent par l’exactitude des définitions, la sagacité des distinctions et la subtilité du raisonnement ; et dans tous, le même excès de raffinement qui fit entreprendre d'analyser ces opérations de l’esprit au-dessus des forces de l'intelligence humaine, conduisit quelquefois à des conclusions fausses et dangereuses. Cette philosophie sceptique qui nie l'existence du monde matériel, et affirme qu'il n’y a de réel que nos propres idées, paraît avoir été connue dans l'Inde comme en Europe 3; et les sages de lorient, en même temps qu'ils furent redevables à la philosophie de la connaissance de plusieurs vérités importantes , ne furent pas plus exempts que ceux de l'occident de ses illusions et de ses erreurs.

2° Morale, Cette science, qui a pour objet d'établir ce qui distingue la vertu du vice, de découvrir quels motifs portent l'homme à agir, et de prescrire des règles pour la conduite de la vie, étant de toutes les sciences la plus intéressante, paraît avoir profondément occupé l'attention des bramines. Leurs sentimens étaient très divers sur les différentes questions, et, comme les philosophes de la Grèce, les bramines furent divisés en sectes distinguées par des maximes et des opinions souvent diamétralement opposées. La secte, dont heureusement nous connaissons mieux les opinions, à établi un système de morale fondé sur des principes les plus généreux , et élevé à tout ce que la raison toute seule est capable de découvrir. Ils enseignèrent que l'homme n’était pas formé pour la spéculation ou l'indolence, mais pour l’action. 1! n’est pas né pour lui seul, mais pour ses semblables. Le bonheur de la société dont il est membre, et l'avantage du genre humain sont ses plus importans objets. Choisir ce qu’il faut préférer ou rejeter, la justesse et la convenance de son choix sont les seules considérations auxquelles il devrait faire attention. Les événemens qui peuvent résulter de ses actions ne sont pas en son pouvoir,

" Ayeen Akbery, vol. III, p. 128.

APPENDICE DES RECHERCHES

et soit qu’ils soient heureux ou malheureux, dès qu'il est satisfait de la pureté des motifs qui déterminèrent à agir, il peut jouir de cette approbation de son âme, qui constitue le vrai bonheur, indépendant du pouvoir de la fortune ou des opinions. « L'homme, dit l’auteur du Maza- «barat, ne jouit pasde la liberté d'action. Tout «homme est involontairement pressé d'agir par «des principes qui sont inhérens à sa nature, «Celui qui restreint ses facultés actives, et fixe «l'attention de son âme aux objets de ses sens, «peut être appelé une âme qui se détourne du «vrai chemin. L'homme louable est celui qui, «ayant subjugué teutes ses passions, remplit «avec ses facultés actives toutes les fonctions de «la vie sans s'embarrasser de l'événement !, Que «le motif soit dans l'acte et non dans l’événe- «ment. Que ton action n'ait point pour motif « l'espoir de la récompense. Que ta vie ne se passe «pas dans l’inaction. Sois appliqué, remplis ton «devoir, abandonne toute pensée des suites, et «ne t’embarrasse pas de l'événement, soit qu'il «se termine en bien ou en mal; car une telle «égalité est appelée og, c'est-à-dire attention à «ce qui est spirituel. Cherche donc un asile dans «la sagesse seule ; car le misérable et le malheu- «reux dépendent des événemens des choses.

«Les hommes qui sont doués de la vraie sagesse «sont indifférens au bien ou au mal dans ce «monde. Étudie-toi donc à obtenir cette appli- «cation de ton intelligence, car une telle applica- «tion en affaire est un art précieux. Les hommes

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«tilité produite par leurs actions, sont libres des «chaînes de la vie, et vont aux régions du bon- «heur éternel 2. »

Par ces passages, et d'autres que j'aurais pu citer, nous savons que les doctrines particulières de l'école stoïcienne étaient enseignées dans l'Inde plusieurs siècles avant la naissance de Zénon, et inculquées avec un soin persuasif presque semblable à celle d'Épictète, et ce n’est pas sans élonnement que nous voyons les opinions de cette philosophie mâle et active qui parait être formée seulement pour des hommes de l’espritle plus fort prescritecomme règle de conduite une race de peuple plus distinguée par la douceur de son caractère que par l'élévation de son âme.

8° Physique. Dans toutes les sciences qui con-

! Baghvat-Geeta, p. 44. — * Zbid., p. 40.

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tribuent à étendre notre connaissance de la nature, dans les mathématiques, dans la mécanique et l'astronomie, l’arithmétique est d’un usage élémentaire, Dans quelque contrée donc que ce soit, si nous trouvons que l'on a donné aux progrès de l'arithmétique une attention assez grande pour rendre ses opérations plus aisées et plus correctes, nous pouvons présumer que les sciences qui en dépendent ont atteint un degré supérieur de perfection. Nous voyons dans l'Inde les progrès de cette science, lorsque , chez les Grecs et les Romains, le seul moyen employé pour la notation des nombres était les lettres de l'alphabet, ce qui nécessairement rendait le calcul arithmétique extrêmement

temps immémorial employé dans la mème vue les dix chiffres, ou figures , aujourd’hui connus universellement, et, par leur moyen, formaient chaque opération d’arithmétique avec la plus

Par l’heureuse invention de donner une différente valeur à chaque figure, selon leur changement de place, on n'a besoin que de dix figures dans les calculs les plus compliqués et de la plus grande étendue, et l’arithmétique est la plus parfaite de toutes les sciences. Les Arabes, peu de temps après leur établissement en Espagne, introduisirent cette mode de notation en Europe, et eurent la franchise d’avouer qu'ils en avaient tiré la connaissance des Indiens. Quoique les avantages de cette forme de notation soient grands et frappans, cependant le genre humain adopte si lentement les inventions nouvelles, que l'usage en fut pour quelque temps réservé aux savans ; par degrés, cependant, les hommes d'affaires abandonnèrent la première méthode embarrassante de calculer par lettres, et l’ar:chmétique indienne devint d'un usage général dans toute l'Europe !. Elle est maintenant si fanilière et si simple, que l’industrie du peuple, À qui nous devons cette invention, est moins considérée et moins célébrée qu’elle ne le mérite. L'astronomie des Indiensest une autrepreuve de leurs progrès extraordinaires dans la science. L'attention et le succès avec lesquels ils étudièrent les mouvemens des corps cétestes furent si peu connus des Grecs et des Romains, qu'ils en font mention qu'à peine, et très légtre-

* Montucla, Histoire des Mathém. t. 1, p. 360, ete.

grande facilité et la plus grande promptitude. |

ennuyeux et laborieux. Les Indiens avaient de |

APPENDICE DES RECHERCHES

ment ?. Mais aussitôt que les mahométans établirent un commerce avec les naturels de l'Inde, ils observèrent et célébrèrent leur supérivrité dans la science astronomique. Parmi les Européens qui visitèrent l'Inde, après que la communication avec elle par le cap de Bonne-Espérance fut découverte, M. Bernier, voyageur philosophe et curieux, fut un des premiers qui enseigna que les Indiens s'étaient long-temps appliqués à l'étude de l'astronomie, et y avaient fait des proprès considérables 3. Cette instruction, cependant , paraît avoir été très générale et très imparfaite. Nous sommes redevables des premières preuves scientifiques du grand progrès des Indiens, dans la science astronomique, à M. de La Loubère, qui, à son retour de son ambassade à Siam , apporta avéc lui un extrait d'un manuscrit siamois, qui renférmait dés tables et des règles pour calculer les placés du suleil et de la lune. La maniëré dont ces tables étaient construites rendaient les principes sur lesquels elles étaient fondées extrèmement obscurs, et il fallait un commentateur aussi versé dans le calcul astronomique que le célébré Cassini pour expliquer le sens de ce fragment curieux. L'époque des tables siamoises correspond au 21 de mars, l'an de Notre-Seigneur 638. Une autre collection des tables fut apportée de Chrisnabouram , dans le Carnatique, ét l'époque répond au 10 dé mars, l'an de’ Jésus-Christ 1491. Un troisième manascrit des tables vint de Narsapour, et son époque ne s'étendait pas âudelà de l'an de Notre-Seigneur 1569. Le quatrième et le plus complet à été publié par M. Le

Gentil, à qui elles furent communiquées par un

bramine éclairé de Tirvalour, petite ville sur la

côte de Coromandel, deux milles environ à

l'ouest de Négapatam. L'époque de ces tables est

de la plus haute antiquité, et coïncide avec le commencement de l'ère célèbre de Caliougham ou Colly-Jogue, qui commença, selon le calcul

indien, 3102 avant la naissance de Jésus-Christ 3.

Ces quatre recueils de tables ont été examinés et comparés par M. Bailly, qui, par un bonheur singulier de génie, sait unir à un degré d’éloquence peu commun les recherches patientes de

* Strabon, lib. xv, p. 10, 47. A. Dyon. Perieg., v. 1173.

? Voyages tom It, p. 145, etc.

5Comme plusieurs de mes lecteurs peuvent ne pas con-

naître la longueur extravagante des quatre ères ou périodes de la chronologie indienne, il convient d’en donner

l'astronome et les profondes idées d'un géomètre. Ses calculs ont été vérifiés, et ses raisonsonnemens ont été éclaircis et développés par M. Playfair dans une dissertation très savante, publiée dans le second volume des 7ransactions de la société royale d'Édimbourg.

Au lieu d'entreprendre de les suivre dans des raisonnemens et des calculs qui, de leur nature, sont souvent abstraits et difficiles, je me contenterai d'en donner un aperçu général, tel qu’il convient à un ouvrage populaire. Ceci, j'espère, peut douner une idée suffisante de ce qui a été

un extrait tiré de M. Halhed, préface du Code des lois des Gentoux, p. XxxvI.

1. Le Sutty-Jogue ( où l’âge de pureté) a, dit-on, duré trois millions deux cent mille ans; ils soutiennent que la vie de l’homme, dans cet âge, s'étendait à cent inille ans, et que sa taille était de vingt et une ‘oudées.

2. Le Tirtah-Jogue (dans lequel un tiers du genre humain était corrompu); ils supposent que cet âge a été de deux millions quatre cent mille ans et que les hommes vivaient alors dix mille ans.

3. Le Diwapaar-Jogue (où la moitié de la race huimsine se dépravait ) dura un million six cent mille ans, et la vie de l’homme était alors réduite à mille ans.

4. Le Colly-Jogus (dans lequel tout 1: genre humain est corrompu, ou plutôt diminué, car telle est la vraie signification de colly ), c’est l’époque actuelle qu’ils supposent devoir subsister quatre cent inille ans, dont presque cinq mille sont déjà écoulés ; la vie de l’homme dans cette période est limitée à une centaine d'années.

Si nous supposons que le calcul du temps dans la chronologie indienne soit fait par années solaires, ou iméme lunaires, rien ne peut être plus extravagant en soi, ou plus répugnant à notre manière de calculer la durée du monde, fondée sur une autorité sacrée et infaillible. Des savans se sont efforcés, et M. Bailly particulièrement dans une dissertation très ingénieuse, de mettre d'accord la chronologie indienne avec celle de l’Æ#ncien- Testament; mais comme je ne pourrais développer les principes sur lesquels il fonde ses conclusions, sans entrer dans des discussions longues, épineuses et étrangères au sujet de cette dissertation, et comme je ne puis approuver quelques-unes de ses opinions, je me contenterai de renvoyer à son astronomie indienne (Disc. prélim. p. 67 5. et de laisser mes lecteurs juger par euxmêmes. J'observe avec plaisir que l’on pr’ liera dans le second volume des Transactions de la société du Bengale, uu mémoire sur la chrouologie des Indiens, et j'espère que quelque membre savant de ce corps sera, par 80n savoir dans les langues et l'histoire du pays, en état de répandre la lumière sur un sujet que sa liaison avec la religion et les sciences rend extrêmement intéressant. Cependant nous pouvons conclure d'une circonstance

digne d'attention, que ce que nous savons jusqu’à présent de la chronologie des Indiens est très incorrect. Nous n'avons, autant que j'en puis juger, que cinq calculs originaux des différens jogues ou ères des Indiens. Le

SUR L'INDE ANCIENNE

| (Histoire de l'Indostan, vol. 1, p. 2). Le quatricme |

publié concernant l'astronomie de l'Inde, sujet trop curieux et trop important pour être omis dans un exposé de l’état des sciences dans ce pays; et, sans prononcer aucun jugement, je laisserai chacun de mes lecteurs former sa propre opinion.

On peut considérer comme un résultat général de toutes les recherches , les raisonnemens et !*4 calculs sur l'astronomie indienne, qui aient été publiés jusqu'ici, que le mouvement des corns célestes, et plus particulièrement leur situation au commencement des différentes épo-

premier est de M. Roger qui le recut des Bramines sur la côte de Coromandel. D'après ce calcul le Sutty-Jogue est une période d’un million sept cent vingt-huit mille années; le Tirtah - Jngue est d'un million deux cent quatre-vingt -seize mille ans; le Dwapaar-Jogue est de huit cent soixante-quatre mille ans. 11 ne spécifie pas la durée du Colly-Jogue. (Porte ouverte, p. 179.) Le suivant est de M. Bernier, qui le reçut des bramines de Bénarès. Selon lui la durée du Sutty-Jogue fut de deux millions cinq cent mille ans, celle du Tirtah-Jogue d’un million deux cent mille, et celle de Dwapaar-Jogue de huit cent soixante-quatre mille ans. Quant à la période du Colliy-Jogue il garde aussi le silence (Voyages, tom. 11, p. 160). Le troisième calcul est du colonel Dow ; selon lequel le Sutty-Jogue est une période de quatorze millious d'années, le Tirtah-Jogue d’un million quatre-vingt rille ans; le Dwapaar-Jogue soixante-douze mille fans, et le Colly-Jogue de trente-six mille ans.

calcul est celui de M. Le Gentil, qui le reçut des bramines de la côte de Coromandel, et comme il a acquis ses connaissances dans la même partie de l'Inde, et à la mème source d'où M Roger a tiré les siennes, leurs calculs s’accordent en bien des points. (Mém. de l’Académ. des Sciences pour 1772, tom. 1}, part. 1, p. 176.) Le cinquième est le calcul de M. Haïlhed, que j'ai déjà donné. De cette contrariété non-seulement dans tous les nombres, mais même dans plusieurs détails des différens calculs, il résulte que ce que nous connaissons de la chronologie indienne est jusqu’à présent aussi incertain que tout le système en est absurde et fabuleux. Quant à moi, il me paraît très probable que si nous entendioug mieux les principes sur lesquels les ères factices au les jogues des Indiens ont été formées, nous serions plus en état de réconcilier leur chronologie avec le vrai mode de calculer le temps, fondé sur l’autorité de l’Æ#ncien-Testament; et nous aurions aussi lieu de conclure que l'exposé , donné par les astronomes , de la situation des corps célestes au commencement du Colly-Jogue, n'est pas établi sur une observation présente, mais qu’il est le résultat d’un calcul antérieur, Quiconque voudra approfondir davantage la chronologie des Indiens, tirera un grand secours d'un mémoire de M. Marsden sur cette matière, où il a expliqué la nature de leur année et les différentes ères employées parmi eux avec heaucaup d'esprit et de précision. (Philos. transact., vol. LXXX , part. 11, p. 560).

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ques auxquelles les quatre recueils de tables se rapportent, «sont établis avec une grande exac- «titude, et que plusieurs des élémens de leurs «calculs, particulièrement pour les siècles très «éloignés, sunt vérifiés par une étonnante con- «formité avec les tables de l'astronomie mo- «derne de l'Europe, perfectionnées par les plus «récentes et les plus délicates déductions de la «gravitation.» Ces conclusions deviennent surtout intéressantes par la preuve qu’elles fournissent d’un progrès dans la science, sans exemple dans l’histoire des nations ignorantes.

Les bramines indiens, qui distribuent annuellement une espèce d’almanach, contenant les prédictions astronomiques de quelques-uns des phénomènes les plus remarquables dans les cieux, tels que les lunes pleines et. nouvelles, les éclipses du soleil et de la lune, sont en possession de certaines méthodes de calcul qui, d'après l'examen, présentent un système très étendu de science astronomique. M. Le Gentil, astronome français, a eu l’occasion d'observer dans l'Inde deux éclipses de lune qui avaient été calculées par un bramine, et il trouva que l'erreur dans chacune é:ait très peu considérable.

L’exar’itude de ces résultats est moins surprenante que la justesse et la précision philosophique des principes sur lesquels sont construites les tables dont ils se servent dans leurs calculs ; car la méthode de prédire les éclipses, suivie par les bramines, est d’une nature tout-à-fait différentes de celles que les nations ignorantes ont employées dans l'enfance de l'astronomie. En Chaldée , et même en Grèce, dans les premiers âges , la méthode de calculer les cclipses était fondée sur l'observation d’une certaine période ou d'un cycle, après lequel les éclipses du soleil et de Ja lune reviennent presque dans le même ordre; mais on n'avait pas entrepris d'analyser les différentes circonstances dont l’éclipse dépend, ou de déduire lies phénomènes d’une connaissance précise des mouvemens du soleil et de la lune. Cette äernière connaissance était réservée à une période plus reculée, lorsque la géométrie, aussi bien que l'arithmétique, furent appelé®s au secours ce l'astronomie; et si on l’a essayée, il paraît qu’elle ne l’a pas été avec succès avant l’âge d'Hipparque. C'est une méthode de ce genre supérieur, fondée sur les principes et sur une analyse des mouvemens du

SUR L'INDE ANCIENNE

soleil et de la lune , qui guide les calculs des bramines, et jamais ils n'emploient aucune de ces estimations grossières qui furent cependant la gloire des premiers astronomes en Égypte et dans la Chaldée.

Les bramines actuels sont guidés dans leurs calculs par ces principes, quoiqu'ils ne les entendent plus aujourd'hui ; ils connaissent seulement l'usage des tables qui sont en leur possession, mais ils ignorent la méthode de leur construction. Le bramine, qui visita M. Le Gentil à Pondichéry, etqui l’instruisit dans l'usage des tables indiennes, n'avait pas la connaissance des principes de son art, ci ne montra aucune curiosité sur la nature des observations que faisait M. Le Gentil, ou des instrumens qu'il employait. IL était également ignorant sur les auteurs de ces tables ; et il faut tirer des tables elles-mêmes tout ce qu'on doit apprendre du temps et du lieu de leur construction. Le recueil qu’on a de ces tables, comme on l'a observé d’abord, annonce qu’il est aussi ancien que le commencement du Caliougham , on qu'il remonte à l’année 3102 avant l'ère chrétienne; mais comme rien; on peut du moins le supposer, n’est plus aisé pour un astronome que de donner à ces tables la date qu'il lui plait, et par des calculs rétrogrades d'établir une époque fixe d’antiquité, les prétentions de l'astronomie indienne à une origine si reculée ne doivent pas être admises sans examen.

M. BaiHy a donc fait cet examen , et il résulte de ses recherches que l'astronomie de l'Inde est fondée sur des observations qui ne remontent pas au-delà de la période dont je viens de parler. Car les tables indiennes représentent l’état des cieux à cette période avec une étonnante exactitude ; et entre elles et les calculs de notre astronomie moderne, il y a une telle conformité , par rapport à ces âges, que l’on ne pourrait en rien conclure, sinon que les auteurs de ces tables ont exactement copié d’après nature, et qu'ils ont tracé véritablement la figure des cieux au siècle où ils vivaient. Afin de donner quelque idée du singulier degré d’exactitude des tables indiennes, j'en choisirai quelques exemples parmi un grand nombre que je pourrais rapporter. Le lieu du soleil pour l’époque astronomique au commencement du Caliougham, tel qu’il est marqué dans les tables de Tirvalour, n’est que de 47 minutes plus grand que d'après les tables

de M. de La Caille, corrigées par les calculs de M. de La Grange. Le lieu de la lune, dans les mêmes tables, pour la même époque, diffère sculement de 37 minutes des tables de Mayer.

Les tables de Ptolémée, pour cette époque , ne s'écartent pas de moins de dix degrés par rapport au lieu du soleil, et de ouze degrés par rapport à celui de la lune, L'accélération du

APPENPICE DES RFCHERCHES

mouvement de la lune, en comptant du com- |

mencement du Caliougham jusqu'an temps présent, s'accorde, dans les tables indiennes, avec celles de Mayer à une minute près. L’inégalité du mouvement du soleil et l'obliquité de l'écliptique, qui étaient l’une et l’autre plus grandes dans les premiers siècles qu'aujourd'hui, telles qu'elles «nt représentées dans les tables de Tirvalour , sont j;resque de la quantité précise que la théorie de ja jrravitation leur assigne : savoir, de trois mille ans avant l'ère chrétienne. C'est donc pour ces siècle irès reculés, à cinq mille ans de distance environ du nôtre, que leur astronomie est très exaci:; plus nous approchons de nos temps, plus la sur formité de leurs résuitats avec les nôtres diminue. li paraît raisonnable de supposer que le temps où leurs règles sont le plus exactes, est le temps uù furent faites les observations sur lesquelles ces règles sont fondées.

A l'appui de sette conclusion, M. Bailly soutient qu'aucun de tous les systèmes astronomiques de la Grèce, de la Perse et de la Tartarie, de quelques-"#s desquels on pourrait soupçonner que les tabies indiennes ont été copiées, ne peut s’accorder avec elles, particulièrement lorsque nous portons nos calculs dans des siècles très éloignés. La grande perfection des tables indiennes devient toujours plus frappante à mesure que nous remontons dans l’antiquité. Ceci montre aussi combien il est difficile de construire des tables astronomiques qui s'accordent avec l'état des cieux pour une période si éloignée du temps où ces tables furent construites, comme de quatre ou cinq mille ans.

C'est seulement de l'astronomie dans son état plus perfectionné, tel qu’on y est parvenu dans l'Europe moderne, que l’on doit attendre une telle exactitude.

Quand on essaie d'apprécier l'habileté géométrique nécessaire à la construction des tables ct des règles indiennes, on voit qu'elle est très

consiltrable; outre la connaissance de la géométric élémentaire, on a été obligé de recourir à la trigonométrie sphérique et rectiligne, ou à quelque chose d'équivalent , avec certaines méthodes d'approximation pour les quantités des grandeurs géométriques , qui paraissent s'élever bien au-delà des élémens de chacune de cv; sciences, Quelques-unes de ces dernières mét}: des marquent aussi très clairement ( obscrvati:

| qui a échappé à M. Baïlly) que les lieux ans-

quels ces tables sont adaptées doivent être situés entre les tropiques, parce qu'elles sont absolument inapplicables à une piux grande distance de l'égrateur,

La conclusion qui semble résulter d'abord üe cette longue induction , est que l'astronumie indienne est fondée sur les obserations qui ont été faites dans un temps très ancien, et quand nous considérons l’exacte conformité des lieux qu'ils assignent ausoleil et à la lune et aux autres corps célestes, à cette époque, avec celles qui résultent des tables de MM. de La Caille et Mayer, elle confirme d'une manière frappante la vérité de la thèse que j'ai entrepris d'établir, concernant l'antiquité et la perfection de la civilisation dans l'Inde.

Avant que je quitte ce sujet, il y a une circonstance qui mérite une attention particulière. Toute la connaissance que nous avons acquise jusqu'à ce jour des principes et des résultats de l'astronomie indienne, vient de la partie méridionale du Carnatique, et les tables sont adaptées aux lieux situés entre le méridien du cap Comorin , et celui qui traverse la partie orientale du Ceylan !, Les bramines, dans le Carnatique, reconnaissent que leur gfcience de l'astronomie venait du nord, et que leur méthode de calcul est appelée /akiam , ou nouvelle , pour la distinguer du siddantam, ou de l'ancienne méthode établie à Bénarès, qu'ils avouent être beaucoup pius parfaite; et nous apprenons d'Aboul Fazel, que tous les astronomes de l’Indostan sereposent entièrement sur les préceptes renfermés dans un livre appelé Soorei Sudhant, composé à une époque très reculée ?

C'est manifestement de ce livre qu’est prise la méthode à laquelle les bramines du sud ont donné le nom de siddantam. Bénarès a été de temps immémorial l'Athènes de l'Inde, la rési-

* Bailly, Disc. prélim., p. 17.—* Ayeen Akbery, p. 8.

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