‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 17 sur 132 · FAI · texte numérisé non relu

FAI

GE

les rigueurs de l'hiver, pour implorer un pardon qu'il n'obtint même qu'avec peine, et aux conditions les plus flétrissantes (40).

Cet acte d’humiliation avilit la dignité impériale, et cet avilissement laissa de longues traces. La querelle de Grégoire et de Henri donna naissance aux deux grandes factions des Guelfes et des Gibelins, qui pendant trois siècles agitèrent sans relèche l'Allemagne et l'Italie. Les Guelfes soutenaient les prétentions du pape, et les Gibelins défendaient l'autorité de l'empereur, On vit se former, au milieu de ces troubles, un système régulier dont l’objet fut d’humilier les empereurs, et de limiter leur pouvoir. Ce système fut constamment suivi pendant plusieurs siècles : les papes, les états libres d'Italie, la noblesse et le clergé d'Allemagne , étaient tous intéressés à en assurer le succès. L'autorité impépériale, quoique ranimée par intervalles sous l'administration de quelques empereurs habiles, continua de décliner; il n’en resta plus que l’ombre dans l’ararchie du long interrègne qui suila mort de Guillaume de Hollande. Rodolphe de Hapsbourg , qui fonda la maison d’Autricne , et prépara les semences de sa future grandeur, fut enfin élu empereur, non parce qu'on le crut en état de relever et d'étendre la puissance de cette dignité, mais au contraire parce que ses domaines et son crédit ne paraissaient pas assez considérables pour exciter la jalousie des princes d'Allemagne , intéressés à conserver les formes d'une constitution dont ils avaient anéanti la vigueur et le pouvoir. Plusieurs de ses successeurs furent élevés, par le mème motif, au trône de l'empire, et ces faibles princes furent encore dépouillés de presque tous les droits qui leur restaient et qu’ils n'étaient plus en état d'exercer ni de défendre.

Pendant ce période de trouble et de confusion, il se fit une révolution entière dans la constitution du corps germanique. On conserva les anciens noms des tribunaux et des magistrats, ainsi que les formes primitives et extérieures de l'administration; mais la nature du gouvernement était essentiellement changée. Les princes, la grande noblesse, le haut clergé, les villes libres, avaient profité de l'interrègne dont j'ai parlé, pour affermir et étendre leurs usurpations. Ils prétendaient avoir le droit de gouverner dans leurs territoires avec une autorité abso-

lue, et ne voulaient reconnaître de supérieur dans aucune affaire relative à la police de leurs domaines. Ils publiaient des lois, déclaraient la guerre, faisaient la paix, battaient monnaie, imposaient des taxes, et exerçaient enfin tous les actes de souveraineté qui distinguent les états indépendans. Les principes d'ordre et d'union politique, qui avaient formé un seul corps de différentes provinces d'Allemagne, étaient entièrement effacés, et la société se serait dissoute d’elle-mème, si les formes de la subordination féodale n'y avaient conservé une apparence de liaison et de dépendance respective, qui sauva la

‘constitution d'une entière destruction.

Ce principe d'union, qui subsistait encore,

| était extrèmement faible; il n’y avait plus dans

le gouvernement germanique aucune force suffisante pour maintenir l'ordre public, ni même pour défendre la sûreté personnelle. Depuis l’avénement de Rodolphe de Hapsbourg au trône impérial, jusqu’au règne de Maximilien, prédécesseur immédiat de Charles-Quint, l'empire éprouva toutes les calamités auxquelles est exposé tout état , où les ressorts du gouvernement snt perdu leur vigueur et leur activité. Parmi cette multitude de membres dont le corps germanique était composé, mille causes inévitables de troubles'et de divisions s’élevaient sans cesse et allumaient de toutes parts des guerres particulières, soutenues avec toute la violence du ressentiment personnel qui n’est point réprimé par une autorité supérieure. L'oppression, les rapines, les outrages devinrent universels ; le commerce cessa, l’industrie fut suspendue, toutes les provinces de l’Allemagne ressemblèrent bientôt à un pays ravagé et dévasté par l'ennemi t. La multitude des expédiens auxquels on eut recours pour rétablir l’ordre et la tranquillité fait voir combien les maux enfantés par cet état d’anarchie étaient devenus intolérables. On nomma des arbitres pour juger les contestations qui s'étaient élevées entre les états différens. Les villes se réunirent et formèrent une ligue dont l'objet était de réprimer les rapines et les exactions de la noblesse. Les nobles formèrent de leur côté des confédérations pour maintenir entre eux la tranquillité. L'Allemagne fut divisée en différens cercles, dans chacun desquels il s'établit

1 Voyez plus haut, p. 19, et la note 21. Datt., De pace publica imper., p. 25, n° 53, p. 28, n° 26, p. 35, n° ff.

une j tint lic le peu qu'à f corps cepent l'empi tribun par l’e et aut procès Quelqu nouvel taient !

partier pereur, vigueu Mai ces not l'empir j'entref pèce si cune fo anciens comple:

états, c domain pendan ce gran C'était et les 1 d’un int les faire voir mo ‘par l'in les états nistratic la diète tendit si une rés chaque | sister à voier. L les lois de les ra En co:

titution tion rég

1 Datt.,

> supérieur ice de leurs claraient la onnaie, imfin tous les nt les états et d'union ul corps de étaient enrait dissoute bordination pparence de qui sauva la )n.

tait encore, ait plus dans ne force suflic, ni mème , Depuis l’aurg au trône ilien , prédéint, l'empire uelles est exouvernement tivité. Parmi le corps geres inévitables ent sans cesse puerres partiolence du rest réprimé par sion, les rabrsels ; le com- Que, toutes les érent bientôt ’ennemi !. La n eut recours illité fait voir tat d’anarchie omma des arqui s'étaient Les villes se dont l'objet s exactions de de leur côté entre eux là isée en difféels il s'établit

Datt., De pace D6, p. 35, n° 11.

tn de PA SRE

1e Er ER ER 2 in EN

me Re sais

une juridiction provinciale et particulière qui tint lieu d’un tribunal public et commun !. Mais le peu de succès de tous ces moyens ne servit qu’à faire juger de la violence du mal dont le corps de l’état était attaqué. Maximilien parvint cependant à rétablir enfin l'ordre publie dans l'empire en instituant la chambre impériale, tribunal composé de juges nommés en partie par l’empereur, en partie par les différensétats, et autorisé à juger en dernier ressort tous les procès entre les membres du corps germanique. Quelques années après, Maximilien donna une nouvelle forme au conseil aulique, où se portaient toutes les causes féodeles et celles qui appartiennent à la juridiction immédiate de l’empereur, et par-là il rendit quelque degré de vigueur à l'autorité de sa couronne.

Maigré les effets salutaires qui résultérent de ces nouveaux établissemens, la constitution de l'empire, au commencement du période dont j'entreprends d'écrire l’histoire, était d’une espèce si particulière qu’elle ne ressemblait à aucune forme de gouvernement connu, ni chez les anciens ni chez les modernes. C'était un corps complexe, formé par l'association de différens états, qui exerçaient, chacun dans son propre domaine, une juridiction souveraine et indépendante. Tous lesmembres qui composaient ce grand corps avaient l’empereur pour chef.

C'était en son nom qu'on publiait tous les édits et les règlemens qui concernaient des objets d'un intérêt commun, et il avait le pouvoir de les faire exécuter. Mais cette apparence de pouvoir monarchique était plus que contre-balancée

" par l'influence et l'autorité que les princes et

les états exerçaient dans tous les actes d’administration. On ne pouvait sans l'approbation de la diète de l'empire ni passer une loi qui s’étendit sur tout le corps germanique, ni prendre une résolution qui affectât l'intérêt général; chaque prince et état souverain avait droit d’assister à cette assemblée, d'y délibérer et d'y voier. Les décrets où recès dela diéte formaient les lois de l'empire, et l’empereur était obligé de les ratifier et de les faire exécuter.

En considérant sous ce point de vue la constitution de l'empire, on y voit une confédération régulière, semblable à la ligue achéenne

* Datt., Passim. Struv., Corp. hist., 1, p. 510, etc.

dans l’ancienne Grèce , ou à celles des Provinces- Unies et des cantons suisses, dans les temps modernes; mais si on l’envisage sous un autre aspect, on y observe des particularités qui la distinguent. Le corps germanique n’était pas formé par l'union de membres absolument distincts et indépendans. Tous les princes et états, réunis dans cette association, étaient anciennement sujets de l’empereur et le reconnaissaient pour leur souverain. D'ailleurs ils tenaient originairement leurs terres comme fiefs impériaux, et devaient en conséquence aux empereurs tous les services que des vassaux feudataires doivent à leur seigneur suzerain. Cette dépendance politique était, il est vrai, anéantie, et l'influence des relations féodales était très affaiblie; mais on avait conservé les formes et les institutions anciennes qui s'étaient introduites lorsque les empereurs gouvernaient l'Allemagne avec une autorité aussi étendue que celle des autres souverains de l’Europe. Il se trouvait ainsi, dans l'empire germanique, une opposition sensible entre l'esprit du gouvernement et les formes de l'administration. Suivant le premier , l'empereur n'était que le chef d’une association dont les membres l'avaient volontairement et librement élevé à cette dignité; mais si l’on considérait les formes extérieures du gouvernement , l’empereur paraissait être revêtu du pouvoir souverain. Le corps germanique avait donc dans son organisation même des principes de division qui affectaient chacun de ses membres, en rendant imparfaite leur union intérieure, et en les empêchant de mettre dans leurs opérations politiques de la vigueur et de la régularité. Les effets de ce vice, inhérent à la constitution de l'empire, ont été si importans, qu’il serait impossible, en les ignorant , de bien comprendre plusieurs événemens du règne de Charles-Quint, et de se former de justes idées de la nature du gouvernement germanique.

Les empereurs d'Allemagne, au commencement du seizième siècle, étaient distingués par les titres les plus pompeux, et par des marques extérieures de dignité, qui semblaient annoncer une autorité supérieure à celle des autres monarques. Les plus grands princes de l'empire les accompagnaient et les servaient en certaines occasions, avec le titre d'officiers de leur maison.

Ils jouissaient de prérogatives qu'aucun autre souverain n'osait s'arroger, et conservaient des prétentions sur tous les droits que leurs prédécesseurs avaient exercés dans les temps les plus reculés; mais en même temps, au lieu de posséder ces vastes domaines qui avaient anciennement appartenu aux empereurs d'Allemagne, ct qui s'étendaient le long des deux rives du Rhin !, depuis Bâle jusqu’à Cologne, ils avaient été dépouillés de toute espèce de possession territoriale, et n'avaient pas une seule ville, un seul château, un seul arpent de terre, qu'ils possédassent comme chefs de l'empire. Leurs domaines étaient aliénés, les revenus attachés à leur dignité étaient presque réduits à rien; et les subsides extraordinaires qu'ils obtinrent en quelques occasions furent accordés avec beaucoup d'économie, et payés avec répugnance. Les princes et les états de l'empire n'étaient sujets que de nom, quoiqu'ils parussent connaître l'autorité impériale; car chacun d'eux exerçait dans les limites de son territoire une juridiction municipale presque absolue.

Une forme de gouvernement si mal combinée avait produit des inconvéniens inévitables. Les empereurs, éblouis de l'éclat de leurs titres et des marques extérieures d'une grande autorité, devaient être aisément portés à se regarder comme les véritables souverains de l’Allemagne, et à s'occuper sans cesse des moyens de recouvrer l'exercice des droits et des prérogatives que les formes de la constitution semblaient leur accorder, et dont leurs prédécesseurs Charlemagne et Othon avaient réellement joui. Les princes et les états qui ne pouvaient ignorer la nature et l'étendue de ces prétentions étaient continuellement sur leurs gardes pour observer tous les mouvemens de la cour impériale et circonscrire sa puissance dans des bornes encore plus étroites. Les empereurs appelèrent au secours de leurs prétentions les formes et les institutions anciennes, que les états de leur côté regardaient comme tombées en désuétude; et ceux-ci fondaient leurs droits sur une pratique récente et des priviléges modernes, que les empereurs traitaient d'usurpetions.

Cette jalousie qu'inspirait l'autorité impé-

: Pfeffel, Abrégé de L'Histoire d'Allemagne, p. 241.

riale, et l'opposition qui subsistait entre elle et les droits des états, s’accrurent encore d’une manière bien sensible lorsque les empereurs furent élus non par le corps entier de la noblesse d'Allemagne, mais par un petit nombre de princes distingués par leur dignité. Pendant très long-temps tous les membres du corps germanique s'étaient assemblés pour choisir leur chef, lorsque le trône impérial était vacant; mais au milieu des troubles et de l'anarchie où l'Europe fut en proie pendant plusieurs siècles, sept princes, possesseurs de vastes territoires, obtinrent un droit héréditaire aux grandes charges de l'état, et s’arrogèrent le privilége exclusif d'élire l'empereur. Ce privilége leur fut confirmé par la bulle d'or, qui détermina la manière de l'exercer, cet ils furent distingués par le titre d’électeurs. La noblesse et les villes libres se voyant dépouillées du privilége qu’elles avaient possédé long-temps, furent moins attachées à un prince dont l'élévation n’était plus leur ouvrage ; elles commenctrent même à craindre davantage les progrès de son autorité. La grande puissance et les priviléges importans dont jouissaient les électeurs les rendirent redoutables aux empereurs, dont ils se trouvaient presque les égaux dans l'exercice de plusieurs actes de juridiction. Ainsi l'introduction du collége électoral dans l'empire, et l'autorité qu'il acquit, loin d’affaiblir les principes de division inhérens à la constitution germanique, ne firent qu'y donner plus de vigueur et d'activité.

Ces semences Ae discorde étaient encore fortifiées parles f. diverses et même opposées, établies dans ‘avernement civil des états différens qui composaient le corps germanique. IL n’est pas aisé d'assurer une union eütière et parfaite entre des états indépendans, lors même uue le caractère et les formes de leurs gouvernemens respectifs se trouvent semblables; mais dans l'empire germanique, qui était une confédération de princes, d’ecclésiastiques et de villes libres, il était impossible de former de ces différentes parties un tout bien uni. Les villes libres étaient de petites républiques, où régnaient les maximes et l'esprit de liberté, propres de cette forme de gouvernement. Les princes et les nobles, à qui appartenait la juridiction suprème, exerçaient dans leurs domaines une espèce de pouvoir monarchique, et les formes de l'admi-

ÿ $ À QE # F2 | î N:

NA A au AP a A

PE as ne RS

nis cel got rêt:

éta être rêt:

des sias don imp fuss sur [e bres qu’e ann évêc tiqu succ mièr nobl l'état vus ç et ce princ leurs les e place prit Rome et d meml vaien de jal servé consti L'ir riches donna sensio dévelo mier !

gnaier où ils plusiet droits étaient n'avait miers.

ntre elle et core d’une empereurs de la notit nombre é. Pendant | Corps fer hoisir leur ait vacant; narchie où urs siècles , territoires, ux grandes le privilége ége leur fut mina la matingués par les villes lilége qu'elles | moins attan'était plus nt mème à son autorité.

es importans rendirent rese trouvaient de plusieurs ction du colautorité qu’il S de division ue, ne firent tivité.

t encore forme opposées, il des états germanique.

on eïütière et s, lors mème curs gouverlables; mais it une conféset de villes er de ces difes villes libres régnaient les pres de cette ces et les noon suprême, ne espèce de es de l’admi-

es oem ann

< fl

ÿ pl À Es À À ï ne ; î

at dite ES DE AT RTE

nistration intérieure ressemblaient beaucoup à celles qu'on trouvait dans les grands royaumes gouvernés suivant le système féodal. Les intérêts, les principes, les vues qui animaient des états si diversement constitués, ne pouvaient être les mêmes. L'amour de la liberté et les intérêts du commerce étant les principes dominans des villes, l'ambition du pouvoir et l’enthousiasme de la gloire militaire étant les passions dominantes des princes et des nobles, il était impossible que leurs délibérations respectives fussent dictées par le mème esprit, et dirigées sur le mème plan.

On ne voyait pas pius d'union entre les membres ecclésiastiques et séculiers de l'empire, qu'entre les villes libres et la noblesse. On avait annexé des domaines considérables à plusieurs évêchés et abbayes d'Allemagne, et les ecclésiastiques en dignité possédaient, par un droit de succession héréditaire, quelques-unes des premitre charges de l'empire. Les fils cadets des nobles du second ordre qui se destinaient à l'état ecclésiastique étaient ordinairement pourvus de ces charges importantes et distinguées; et ce n’était pas sans beaucoup de peine que les princes et les nobles du premier ordre voyaient leurs inférieurs s'élever ainsi jusqu’à eux, et les effacer même par les distinctions de leurs places. L'éducation de ces ecclésiastiques , l’esprit de leur état et leurs liaisons avec la cour de Rome concouraient à leur donner un caractère et des intérèts différens de ceux des autres membres du corps germanique, avec qui ils devaient agir de concert. Ce fut une autre source de jalousie et de discorde qui mérite d’être observée lorsqu'on veut connaître la nature de la constitution germanique.

L'inégale distribution du pouvoir et de la richesse parmi les différens états de l'empire donna naissance à un nouveau principe de dissension, qui se joignit à ceux que je viens de développer. Les électeurs et les nobles du premier rang étaient des princes puissans qui régnaient sur des pays vastes, riches et peuplés, où ils exerçaient une juridiction souveraine ; plusieurs des autres états jouissaient aussi des droits de la souveraineté, mais leurs domaines étaient peu considérables, et leur pouvoir réel n'avait aucune proportion avec celui des premiers. Il était impossible de composer , avec des

parties si dissemblables, une confédération vigoureuse et bien unie. Les plus faibles étaient jaloux, timirles, incapables de faire valoir et de défendre leurs droits légitimes; les plus puissans étaient disposés à usurper et à opprimer. Les électeurs et les empereurs s’occupaient réciproquement à étendre leur propre autorité en empiétant sur les droits des membres les plus faibles du corps germanique; et ceux-ci, intimidés ou corrompus, abandonnaient lâchement leurs justes priviléges, ou plus lâchement encore secondaient les entreprises formées contre eux-mêmes (41).

Lorsqu'on fait attention à ces principes divers de discorde et d'opposition qui se trouvaient dans la constitution politique de l'empire d'Allemagne, il est aisé de trouver la cause du défaut d'accord et d’uniformité qu’on remarque dans toutes ses résolutions et ses démarches. Cet esprit de lenteur, de défiance et d'irrésolution, qui caractérise toutes ses délibérations, paraît naturel à un corps dont les différentes parties unies par des liens si faibles, se heurtent sans cesse avec tant de violence. Cependant l'empire germanique embrassait des pays d'une si grande étendue, et habités par des peuples si guerriers et si robustes, que rien ne pouvait résister au choc de cette masse énorme , lorsque les talens d’un empereur ou lezèle pour la cause commune la mettaient en mouvement et lui faisaient déployer toutes ses forces. On verra dans l'histoire suivante, que si les projets dont Charles-Quint poursuivit l’exécution avec le plus de chaleur furent souvent traversés, ct quelquefois même échouèrent entièrement par l'esprit de jalousie et de division inhérent à la constitution germanique, ce fut aussi en acquérant de l'autorité sur les princes de l'empire, et en les engageant à joindre leurs forces aux siennes, qu’il se mit en état d’exécuter quelquesunes des plus grandes entreprises qui ont distingué son règne.

L'histoire de l'empire Ottoman eut pendant le règne de Charles-Quint tant de liaison avec celle des grandes nations de l'Europe ; la Porte se mêla si souvent et avec une influence si dominante dans les guerres et les négociations des princes chrétiens, qu'une connaissance préliminaire de l’état politique de ce vaste empire n'est pas moins nécessaire pour l'instruction de mes

lecteurs, que celle des autres gouvernemens dont j'ai parlé.

Le destin des parties les plus méridionales et les plus fertiles de l'Asie a été d'être conquises plusieurs fois par les peuples braves et robustes qui habitaient cette vaste contrée, nommée Scythie par les anciens, et ‘Tartarie par les modernes. Une tribu particulière de ces peuples, distinguée par le nom de Turcs ou Turcomans, et conduite successivement par différens chefs, étendit ses conquêtes depuis les bords de la mer Caspienne jusqu'au détroit des Dardanelles. Vers le milieu du quinzième siècle, ces redoutables conquérans prirent Constantinople d'assaut , et y établirent le siège de leur gouvernement. Ils soumirent à leur domination la Grève, la Moldavie, la Valachie et les autres provinces des anciens royaumes de Thrace et de Macédoine, ainsi qu’une partie de la Hongrie.

Quoique le siége de l'empire turc fût établi en Europe, et que les sultans fussent possesseurs de vastes territoires dans cette partie du monde, l'esprit de leur gouvernement était entièrement asiatique ; on peut lui donner le nom de despotisme, pour le distinguer des formes de gouvernement monarchiques et républicaines, que nous avons examinées plus haut. La puissance suprême résidait dans la personne des sultans de la race ottomane, dont le sang était sacré aux yeux des Turcs, et leur paraissait seul digne du trône. Ces princes voyaient leurs sujets également abaissés devant eux. Les maximes de la police turque n’admettaient aucune de ces institutions qui, dans les autres états, limitent l'exercice ou tempèrent la rigueur du pouvoir monarchique; on n'y voyait ni ces tribunaux qui exercent une juridiction légale et permanente et jouissent du droit de participer à la promulgation et à l'exécution des lois; ni un corps de noblesse héréditaire, qui, jaloux de ses priviléges et de sa dignité, circonscrive l’autorité du prince, et non-seulement sert de barrière contre les excès de sa volonté arbitraire, mais encore forme un ordre intermédiaire entre lui et le peuple. Sous le gouvernement turc, la condition civile de chaque sujet est égale; la seule distinction est d'être employé au service du sultan , et cette distinction même est si intimement unie à l'emploi qu'un homme exerce, qu’elle s'étend à peine sur sa personne. La plus

haute dignité de l'empire ne donne ni rang ni prééminence à la famille de celui qui en est revêtu. Chaque individu, avant que de parvenir à une grande place, doit passer par un long noviciat d'obéissance servile ! ; et au moment où il est destitué de son autorité, lui et les siens retombent dans leur première obscurité, et rentrent dans la condition commune à tous les autres sujets. Tel est le caractère odieux et distinctif du despotisme oriental, qu'afin d'élever le prince, il anéantit toutes les autres classes d'hommes ; qu’il ôte tout à ceux-ci pour donner tout au despote; qu’enfin il tend à effacer de l'esprit des peuples toute autre idée de relation entre les hommes que celle d’un maître avec des esclaves; le premier, destiné à commander et à punir, ceux-ci, nés pour trembler et pour obéir (42).

Mais comme il y a des circonstances qui suspendent souvent ou détruisent les effets salutaires des meilleurs gouvernemens, il s’en rencontre aussi qui préviennent ou tempérent les effets funestes des formes de gouvernement les plus vicieuses. Quoique sous le despotisme la constitution n'ait établi aucune barrière contre la volonté du prince , des circonstances accidentelles y mettent souvent un frein. Quelque absolu que soit un sultan, il sent qu'il est contenu par la religion, d'où dérive le principe même de son autorité, et par l'armée, qui est l'instrument dont il se sert pour maintenir son pouvoir. Dans tous les cas où la religion parle, le souverain doit se soumettre à ses décrets. Si le Koran a fixé une cérémonie religieuse, prescrit un devoir moral, ou confirmé par sa sanction une maxime politique, le sultan est obligé de s'y conformer ; ses ordres ne peuvent détruire ce qui est établi par une autorité supérieure. Mais c'est la puissance militaire qui met le frein le plus puissant aux volontés des sultans. Tout despote a besoin, pour soutenir son autorité et faire exécuter ses commandemens d'une force armée qui sans cesse environne son trône.

Comme les Turcs ont étendu leur domination sur des peuples qu'ils ont mieux aimé soumettre que d’exterminer, ils ont senti la nécessité de rendre nombreux et formidable leur état militaire. Amurat, leur troisième sultan, ayant voulu

1 Étal de l'empire Turc , par Ricaut, p. 25.

MP TT A ee

éd er dE Se RCE

forme ment ordon ans la guerr Ces pi maho l'obéis

à ous

"in co ou noù le fan:

distind

prince pour al litaire,

de sa rent b nissaire réputat accomy Com prême dans | troupe trumen fermir « même | Les jani des pré tirent b eux à ré le mêm sonne d moins c corps. L formaier qu’un su art du g politique rent doi chement talens et verner ul ciles, qui rendaien faibles où

? Histoi Cantenier,

> ni rang ni ui en est ree parvenir à n long novijoment où il les siens rerité, et ren- » à tous les dieux et disafin d'élever utres classes pour donner à effacer de e de relation itre avec des ymmander et bler et pour

nces qui suss cffets salu- , il s’en renempérent les ernement les despotisme la rrière contre nces acciden- Quelque ab- L'est contenu ipe même de est l'instruson pouvoir.

rle, le souves, Si le Koran escrit un desanction une bbligé de s’y t détruire ce érieure. Mais et le frein le Itans. Tout n autorité et s d’une force son trône.

domination mé soumettre nécessité de eur état mili- , ayant voulu

fera a Gi al EE SR SE

PE CR RSEn EN

nie + Er NE STE a dc en SPA

en hnvr

former un corps de troupes attaché immédiatement à sa personne pour lui servir de garde, ordonna à ses officiers de se faire livrer tous les ans la cinquième partie des jeunes gens pris à la guerre, comme un bien appartenant à l'empire. Ces prisonniers furent instruits dans la religion mahométane. Accoutumés de bonne heure à l'obéisesace par une discipline sévère, et formés à cous les exercices militaires, on en fit ensuite un corps à qui l'on donna le nom de janissaires ou nouveaux soldats. Tous les sentimens que le fanatisme peut inspirer, toutesles marques de distinction que peut accorder la faveur du prince, furent autant de moyens dont on seservit pour animer cette troupe de l’enthousiasme militaire, de l'amour de la gloire et du sentiment de sa supériorité !. Les armées ottomanes durent bientôt leur force et leurs succès aux janissaires qui, par leur nombre et par leur réputation, effacèrent tous les corps destinés à accompagner la personne du sultan (43).

Comme dans toute société la puissance suprème appartient réellement à ceux qui ont dans leurs mains la force des armes, cette troupe formidable, qui ne fut d’abord que l'instrument dont se servaient les sultans pour affermir et étendre leur autorité, acquit par-là même les moyens d'en imposer à ses maîtres.

Les janissaires à Constantinople, comme les gardes prétoriennes dans l’ancienne Rome, sentirent bientôt tout l'avantage qu'il y avait pour eux à résider dans la capitale , à être unis sous le même drapeau et à être maîtres de la personne du prince. Les sultans ne sentirent pas moins combien il était important de ménager ce corps. Les capicouly ou les soldats de la Porte, formaient la seule puissance dans l'empire, qu'un sultan ou un visir eût à redouter. Le grand art du gouvernement et le principal objet de la politique des empereurs ottomans se réduisirent donc à s'assurer de la fidélité et de l’attachement des janissaires. Sous un prince, que ses talens et son courage rendaient digne de gouverner un empire, ils étaient des instrumens dociles, qui exécutaient ce qu’il avait ordonné et rendaient son pouvoir absolu. Sous des sultans faibles ou malheureux , on a vu ces mêmes ja-

! Histoire de l'empire Ottoman, par le prince Cantenier, p. 87.

nissaires insolens et séditieux prendre le tou de maîtres, ôter et donner à leur gré la couronne, et faire trembler ces despotes terribles, qui , eu d'autres temps, disposaient d’un mot ou d'un regard de la vie de leurs sujets,

Depuis Mahomet Il, qui prit Constantinople, jusqu'à Soliman, qui commença son règne quelques mois après que Charles-Quint eut été appelé au trône impérial, on vit l'empire turc gouverné successivement par des princes habiles et illustres, qui surent, par leurs grands talens, assujettir à leur autorité leurs sujets de toutes les classes, et disposer avec un pouvoir absolu de toutes les forces de leurs vastes états. Soliman en particulier, qui n’est connu chez les chrétiens que comme un conquérant, mais qui est célébré par les historiens turcs comme un grand législateur qui a établi l’ordre et la police dans son empire, gouverna pendant le cours d’un long règne avec beaucoup de sagesse, mais avec une autorité sans limites. Il divisa ses états en différens districts, qui furent obligés de fournir un certain nombre de soldats , selon la proportion qu'il fixa lui-même; il assigna une certaine portion des terres de chaque province, dont le revenu fut appliqué à l’entretien de ces troupes ; et il régla avec le plus grand détail tout ce qui concernait leur discipline, leurs armes, la nature de leur service. IL établit un système régulier d'administration pour les finances de l'empire; et quoique les impôts, sous le gouvernement turc , ainsi que dans toutes les monarchies despctiques de l'Orient , fussent très modiques, il y suppléa par une économie sévère et attentive.

Ce ne fut pas seulement sous des princes tels que Soliman , dont les talens étaient également propres à perfectionner l'administration intérieure et à diriger des onérations militaires, que les Turcs soutinrent avec avantage les guerres dans lesquelles ils se trouvèrent engagés avec les puissances chrétiennes. Cette longue succession de princes habiles, dont je viens de parler, avait donné tant de vigueur et de supériorité au gouvernement turc, qu'il semble être parvenu, pendant le seizième siècle , au plus haut degré de perfection dont sa constitution soit susceptible ; au lieu que les grandes monarchies de la chrétienté étaient alors encore bien loin de cet état de puissance où elles pouvaient dé-

ployer toutes leurs forces. D'ailleurs, les troupes ottomanes jouissaient, dans ce même siècle, de tous les avantages que peut donner la supériorité Ge la discipline militaire. Lorsque Soliman monta sur le trône, il y avait près d'un siècle et demi que les janissaires avaient été incorporés, et pendant ce long période de temps la sévérité de la discipline ne s'était point relachée parmi eux. Les soldats qu'on tirait des provinces de l'empire furent continuellement sous les armes, et occupés dans les guerres successives que les sultans eurent à soutenir, presque sans aucun intervalle de paix. Des troupes ainsi exercées et accoutumées à la guerre combattaient avec de grands avantages contre les ar-

mées chrétiennes. Ceux des auteurs du seizième siècle, en qui l'on reconnaît le plus de lumières et d'impartialite , reconnaissent et déplorent la grande supériorité des Turcs dans l'art mili taire (44) ; et les succès qui couronnèrent constamment leurs armes dans toutes leurs guerres, attestent la vérité de cette observation. Les armées chrétiennes n’ont obtenu sur les Turcs la supériorité qu’elles ont aujourd'hui, qu'aprts que le tardif établissement des troupes réglées eut introduit et perfectionné parmi elles la discipline militaire , et lorsque différentes causes et

plusieurs événemens, qu'il n'est pas de mon objet È 1 de développer ici, eurent corrompu et aboli } 4 4 adresstre

les anciennes institutions guerrières des Turcs.

Page 1