‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 132 · VIE DE WILLIAM ROBERTSON · texte numérisé non relu

VIE DE WILLIAM ROBERTSON

NÉ À BORTWICK, EN ÉCOSSE, EN 1721. — MORT A GRANGE-HOUSE , LE 11 auIN 1793.

Vita sine litteris mors est : telle fut la devise que prit dès l’âge de quinze ans, au sortir des premières écoles, le jeune William Robertson , et la culture des lettres, dans leur sens le plus noble, continua à étre l'affection de toute sa vie. La profession de ministre presbytérien, qu’il avait embrassée après avoir terminé ses études à l’université de Glasgow, lui faisait un devoir de continuer , dans le silence du cabinet, ces graves études qui pouvaient donner plus d'autorité à l’enseignement moral dù à ce petit cercle religieux confié à ses conseils. Robertson fut toujours dévoué au sentiment du devoir, et ici ses goûts venaient plus activement féconder ses travaux. On le vist occupé tantôt d’une traduction de Marc-Aurèle, dont les principes stoïques furent toujours si conformes à ceux sur lesquels il régla sa propre conduite, tantôt cherchant à se perfectionner dans des réunions d'hommes choisis à l'exercice d’une improvisation élégante et solide. Ce ne fut toutefois qu’assez tard, à l’âge de trente-huit ans, qu’il compta assez sur ses propres forces pour se présenter sur un plus vaste théâtre que celui sur lequel s'était déià fait sentir son influence éclairée. Ce n'était plus une congrégation religieuse assez restreinte, ce n’était plus un petit cercle d'amis lettrés qu'il allait admettre dans la confidence de ses travaux, et le public européen tout entier était appelé à en recueillir les fruits et à les apprécier. Le 1°° février 1759, il publia à Londres sa première édition de l'Histoire d'Écosse, dont il avait conçu le plan quinze ans auparavant, dès son établissement dans le presbytère de Gladsmuir , en 1743; et un mois s'était à peine écoulé que son libraire lui en demanda une seconde édition.

Dès ce moment, sa réputation fut assurée, et avec sa réputation, sa fortune et l'avenir d'une famille qui s'était plus rapidement augmentée que son revenu. Avec une ambition vulgaire il eût pu aspirer aux honneurs du monde. On lui offrait en perspective l'épiscopat anglais s’il eût voulu passer du presbytérianisme dans l’anglicanisme; mais Robertson était un homme de conscience, et il resta fidèle à ses principes religieux comme à ses goûts littéraires, qui n'étaient pas pour lui un marchepicd,

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mais un but. De son obscure retraite de Gladsmuir il passa à une des églises d'Édimbourg, et fut successivement nommé principal de l’université de cette ville et historiographe du roi pour l'Écosse. Il ne suffira, pour faire connaître l'opinion du public éclairé sur la première production de Robertson , de citer celle de deux des hommes les plus distingués de l’Angleterre, Walpole, connu en France par sa spirituelle correspondance avec madame du Deffand, et le célèbre historien Hume, qui venait de publier le volume de sonHistoire relatif au règne de la reine Marie et du roi Jacques son fils.

Fragment d'une lettre de Walpole à W. Robertson.

«J'ai terminé le premier volume de votre Histoire d'Écosse et je suis assez avancé dans la lecture du second; mais je ne veux pas attendre plus long-temps pour vous dire combien j'admire votre ouvrage. Votre modestie vous fera probablement supposer que c’est là un compliment de forme; mais comme je puis vous donner de bonnes raisons pour justifier mon approbation , vous devez croire que je ne veux pas plus vous flatter que je n'ai voulu vous lire superficiellemer:t, à la hâte ou sans soin. Votre style est pur, convenable, égal ; il est toujours naturel et facile, excepté cà et à, dans les morceaux où vous vous trouvez comme forcé de traduire de mauvais écrivains. Vous conviendrez sans doute avec moi qu’un historien qui compose d’après des témoignages écrits ne saurait jamais avoir un style aussi coulant que celui dont le récit s'appuie sur ses informations personnelles. Vous êtes aussi clair qu’ingénieux , et votre narration intéresse vivement sans jamais languir. Vous avez réuni selon moi deux mérites bien difficiles à faire marcher d'accord : je veux dire que, bien que vous ayez composé votre Histoire de morceaux dont chacun pourrait faire un mémoire séparé, vous avez su cependant les fondre si habilement qu'ils forment un corps d'histoire assez compacte... Vous avez su être grave sans raideur, et vous avez évité le défaut dans lequel je tombe maintenant, l'antithèse et l'affectation, etc. »

Fragment d’une lettre de Hume à H/. Robertson.

«Vous devez avoir toute raison d’être satisfait du succès de votre Histoire. Je n’ai entendu personne qui n’en parlât avec une approbation chaleureuse; et ma lettre serait remplie d’une liste de noms propres si je voulais vous citer tous ceux dont les suffrages vous sont favorables..…., cte. »

i VIE DE WILLIAM ROBERTSON.

Fragment d'une autre lettre de Hume.

«Le grand succès de votre livre, indépendamment de son mérite réel, est encore augmenté par votre déférence pour les opinions établies. Comme c’est votre premier ouvrage, et qu'il a surpris un public qui n’était point sur ses gardes, on n’en a été aussi que plus disposé à rendre justice à son mérite; et ce mérite est tel que je ne connais aucun autre premier ouvrage qui ait autant approché de la perfection. »

«Cet ouvrage, dit Dugald-Stewart dans l'éloge de son ami prononcé devant la société royale d'Édimbourg, cet ouvrage, reçu d’une manière si flatteuse dès sa première apparition , n'eut pas moins de quatorze éditions pendant la vie de l’auteur; et malgré les attaques répétées qu'il eut à soutenir de la part de divers écrivains célèbres par la subtilité de leur esprit de controverse, et secondés par tous les préjugés qui agissent communément sur l'opinion des masses, Robertson eut la satisfaction de voir le succès de son livre aller toujours en croissant. Le caractère de Marie y a été retracé d’une manière nouvelle; et l’histoire de ses malheursa été redite avec une grande puissance d'expression et de pathétique par un historien plus indulgent pour ses erreurs, et plus enclin à la loucr en toutes choses ; mais après tout , c'est dans l’histoire de Robertson que tout le monde voudra lire les événemens de son règne. Et tel est l'habile contraste des jours et des ombres, tel est l'irrésistible charme de sa narration, que son récit des aventures de cette si belle et si infortunée reine excite un plus profond intérêt dans ses diverses chances , éveille une plus profonde sympathie sur sa triste fin, que n'ont pu le faire tous les es ais répétés pour canoniser sa mémoire, soit à l'inspiration du zèle sympathique de l'église romaine, soit à celle de l'enthousiasme chevaleresque des Écossais. »

A peine ce grand ouvrage historique était-il terminé que Robertson résolut de consacrer ses forces et ses connaissances à un autre. Divers sujets importans se présentèrent à son esprit, et avant de se décider, il consulta ses amis. Le docteur Blair l'engageait à écrire une histoire générale d’Angleterre, sans redouter la concurrence de Hume ; mais , bien qu'un tel sujet fût conforme à ses goûts et à ses études, et qu'on lui offrit de lui faire donner par la chamore des pairs un encouragement publie à son exécution, il déclina tout espoir de réputation ou de fortune qui eût pu nuire à son ami. Quatre autres époques s'offraient à son investigation : la première était une histoire de la Grèce antique; les conseils de Walpole et de Hume l'en détournèrent; la seconde, une histoire de la littérature; la troisième, une histoire du monde

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et les deux Antonins. Walpole lui conseillait surtout le choix de cette époque qui offrait, selon lui, une véritable histoire de l'humanité.

«Je ne suis pas, lui écrivait-il, grand admirateur des monarchies électives ; et cependant je ne puis m’empécher de remarquer que, lorsqu’au lieu de passer à l'héritier le plus vertueux, le diadème de Marc-Aurèle passa à l'héritier de son sang , cette série de bienfaiteurs de l’humanité fut brisée ; car héréditaire et mauvais sont, j'ai regret de le dire, deux mots à peu près synonymes.»

Le dernier sujet était l'histoire de Charles V; c'était celui qui plaisait surtout à Robertson, et que Hume lui conseillait d'adopter, à moins qu’il ne se décidàt pour une histoire de la réformation, et ce fut aussi celui pour lequel il se décida.

L'histoire de Charles V, précédée de son admirable Introduction, parut enfin en 1769, dix ans après l'histoire d'Écosse. Robertson avait senti que toute composition historique devait être un tout complet , et que les divers événemens qni s'y trouvaient retracés devaient trouver leur explication dans l’œuvre même , sans autre recours à une œuvre étrangère. Les suffrages universels du monde savant furent la récompense de tant d’études consciencieuses.

«Votre Histoire, lui écrivait Hume, est écrite avec une noblesse , une dignité, une élégance , une solidité de jugement avec lesquelles peu d’autres peuvent entrer en comparaison. Elle surpasse de beaucoup, suivant moi, votre Histoire d'Écosse.»

«Il y a quatre jours, lui écrivait Voltaire, de Ferney, le 26 février 1770, que j'ai recu le beau présent dont vous m'avez honoré. Jele lis malgré les fluxions terribles qui me font craindre de perdre entièrement les yeux. Il me fait oublier tous mes maux. C’est à vous et à M. Hume qu'il appartient d'écrire l’histoire. Vous êtes éloquent , savant et impartial. Je me joins à l’Europe pour vous estimer. »

Pendant que la réputation de Robertson se répandait en Angleterre, il eut la bonne fortune de trouver dans Suard un traducteur habile, qui la répandit dans l'Europe entière , en reproduisant l’histoire de Charles V dans une langue plus universelle. Suard avait été désigné à Robertson par le baron d'Holbach , et jamais, il faut le dire, aucun traducteur n’a mieux reproduit les qualités de son modèle. Cette traduction fut pour Suard un titre qui lui ouvrit les portes de l'Académie française.

En composant son Histoire de Charles V, Robertson s'était aperçu que les événemens d'Amérique, dont il voulait faire un épisode de sa vaste narration , s’étendaient de manière à exiger une nar-

ration à part. De même que dans son Introduction il avait présenté un vaste tableau de l'avant-scène de cegrand drame, il voulait faire des affaires d’Amérique un complément nécessaire de l’ensemble,

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Mais à mesure que ses recherches s’étendaient, il s'apercevait qu'une histoire d'Amérique qui se bornerait à ce qui avait été entrepris dans le Nouveau-Monde per :* Espagnols seuls serait nécessairement iaiy. ate et tronquée. Il résolut donc d'agrandir son . -an et d’en faire un ouvrage toutà-fait distinct du premier, et dans lequel il comprendrait tout ce qui avait été fait dans le Nouveau-Monde par toutes les nations de l'Europe. Cet ouvrage employa huit années de son temps, et parut en 17717.

Hume était mort en 1776, une année avant la publication de l'Histoire d'Amérique; mais si le témoignage de son approbation manque à Robertson, un nouvel et puissant suffrage vient le remplacer. Le premier volume de Gibbon venait de paraître quelques mois avant la mort de Hume, et une liaison épistolaire s'était formée dès l’année suivante entre les deux grands historiens du Bas-Empire et de Charles V. Voici les six lettres de cette correspondance qui nous ont été conservées.

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Lettre du docteur Robertson à Gibbon.

«Au collége d'Édimbourg , le 5 juin 1777.

«Monsieur,

«J'ai désiré que M. Strahan prit la liberté de vous envoyer, en mon nom, un exemplaire de l'Histoire d’Amérique, que je souhaite que vous me fassiez l'honneur d'accepter, comme un témoignage non-seulement de mon respect, mais de ma reconnaissance, tant pour l'instruction que j'ai retirée de vos écrits, que pour la considération que vous avez fait réfléchir sur mon nom, par la manière si obligeante dont vous m'avez publiquement traité. Je souhaite que ce nouvel ouvrage n’altère point des sentimens si flacteurs pour moi. Je n'ai pas épargné ma peine, dans la vue d'obtenir l'approbation de ceux dont j'avais tant à cœur de m'assurer la bonne opinion; et je me flatte qu'on applaudira du moins à l'application que j'ai mise à la mériter.

«Une malheureuse indisposition a empêché l'exécution du dessein que j'avais formé de passer deux mois à Londres le printemps dernier. L'honneur de faire connaissance avec vous était un des plaisirs dont je m'étais flatté. Mais j'espère être plus heureux l’année prochaine ; je vousprie de croire que jesuisavec beaucoupde r.spect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,»

Lettre de Gibbon au docteur Robertson.

«Paris, 1777.

«Monsieur,

«Quand j'osai prétendre au titre d'historien, le premier, le plus naturel, mais en même temps le plus ambitieux des désirs que je formai, fut d'obtenir l'approbation du docteur Robertson et de M Hume : deux noms que l'amilié a unis, et que la postérité ne séparera jamais. Je n'entreprendrai donc pas de dissimuler, quoique je ne puisse aisément l'exprimer, le plaisir que m'a fait votre obligeante lettre, ainsi que la nouvelle du présent si

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précieux qu’elle m’annonce. La satisfaction que, dans tous les cas, j'aurais partagée avec le public, sera actuellement relevée par un sentiment d’une nature plus personnelle et plus flatteuse , et il m’arrivera souvent de me dire tout bas à moi-méine que j'ai, à quelques égards, mérité l'estime de l'écrivain que j’admire.

«Une excursion de peu de durée que j'ai faite ici, et pour laquelle j'ai choisi les mois d'été, a été cause d’un peu de retard qu’a éprouvé l'arrivée de votre lettre , et m'empéchera d’être en possession jusqu'à mon retour de l’exemplaire de votre Histoire que vous avez si poliment désiré qui me fût envoyé par M. Strahan. Mais j'ai déjà satisfait l’avidité de mon impatience ; et quoique j'aie été obligé de renvoyer le livre beaucoup plus tô! que je n'aurais souhaité, j'en ai assez lu pour me convaincre que cette nouvelle publication soutiendra, et, s'il est possible, augmentera la réputation de l’auteur; que les matériaux ont été rassemblés avec soin et disposés avec habileté; que le premier livre renferme un compte savant et satisfaisant des progrès de la découverte; que les exploits, les dangers et les crimes des aventuriers espagnols, sont rapportés avec une chaleur tempérée ; et que la plus originale, peut-être la plus curieuse portion de l’histoire des mœurs et des coutumes humaines, est enfin mise à l'abri des incursions des sophistes et des déclamateurs. Lord Stormont et le petit nombre de personnes de cette capitale qui ont eu l'occasion de lire l'Histoire d'Amérique, se réunissent unanimement à cette opinion. Votre ouvrage est déjà devenu le sujet favori des conversations, et M. Suard est incessamment pressé, comme je l'ai entendu dire plusieurs fois, de fixer le temps où paraitra sa traduction.

«Je meflatte que vous ne renoncerez pas à votre projet de faire une visite à Londres l'hiver prochain, ayant déjà joui par anticipation dans mon esprit des avantages que je tirerai d’une relation si intéressante et si honorable. Cependant je m’estimerai heureux s’il est quelque commission liltéraire pour laquelle vous croyiez que je puisse vous être utile à Paris, où je me propose de demeurer à peu près jusqu'aux approches du temps où le parlement se réunira. Permettez, par exemple, que je vous indique une recherche qui ne saurait vous être inditférente, et qui est peut-être à ma portée. Je dinai,'il y a peu de jours, avec Bagniouski, ce fameux aventurier qui s’est échappé de son exil au Kamtschatka, et est revenu en Europe par le Japon et la Chine. Son récit est amusant, quoique j'ignore jusqu'où lon peut avec sûreté se fier à sa véracité, quant aux circonstancts. Son premier dessein avait été de pénétrer à travers le passage nord-est ; et il a suivi la côte d'Asie. en s'élevant jusqu’au 700 35° de latitude, où il a été arrêté dans ses progrès par la glace, dans un détroit entre les deux continens, qui n'a que sept lieues de largeur. De là il est descendu le long de la côte d'Amérique jusqu’au cap Mendocin: mais, repoussé par les vents contraires, il n’a pu gagner, comme il se le pro-

posait, le port d’Acapulco. Le journal de son voyage, avec sa carte originale, sont à présent à Versailles, au dépôt des affaires étrangères, et si vous jugiez qu'ils pussent vous être de quelque utilité pour une seconde édition, je verrais ce qu’on peut faire, quoique je n'ignore pas ce qu'on doit craindre de la basse jalousie que vous avez éprouvée vous-même , et que vous avez si justement repoussée. Je suis, ec. »

Lettre du docteur Robertson à Gibbon.

«Monsieur,

«J'ai reçu Ja lettre obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et certes il faudrait que je fusse bien orgueilleux si je n'étais pas vain de l'approbation que vous daignez m'accorder. Vous devez à présent avoir eu occasion de lire plus attentivement l'ouvrage que vous n'aviez pu que parcourir quand vous m'écrivites; et j'aime à me flatter que l'opinion favorable que vous en aviez conçue n’est pas diminuée. La manière dont vous parlez de mon amitié avec M. Hume m'a été extrêmement agréable. Je l'ai toujours considérée comme une des plus heureuses et des pius honorables circonstances de ma vie. C’est un bonheur du siècle et du pays où nous vivons, que les hommes de lettres puissent entrer dans la même carrière de sciences et la parcourir avec succès, saus éprouver le moindre sentiment d'envie ou de rivalité. Dans les rapports entre M. Hume et moi, nous avons toujours trouvé quelque chose à blâämer, aussi bien que quelque chose à louer. J'ai reçu fréquemment de lui d'excellentes critiques sur mes ouvrages, et j'ai hasardé quelquefois de lui faire mes observations sur les siens. Permeitez-moi de compter sur la même indulgence de votre part. Si, en lisant l'Histoire d'Amérique, quelque chose, soit dans le sujet, soit dans le style, vous a paru repréhensible, je regarderai comme la faveur la plus signalée que vous veuilliez bien m'en faire part avec franchise. Je suis bien sûr de gagner à cette communication.

«Recevez mes remercimens pour votre offre loyale de vous charger de mes commissions littéraires. Je l’accepte sans cérémonie, et je suis flatté de l’idée de vous devoir des secours. Je ne sais des aventures de Bagniouski que ce qui en a été débité dans quelques papiers publics. Si l'on peut se fier à sa véracité, ce qu'il rapporte ne peut qu'être très intéressant pour moi. Si vous aviez écrit l’histoire de l’Amérique, la question concernant la manière de la peupler n'aurait peut-être pas occupé beaucoup votre attention. Mais il me convenait davantage de la considérer avec étendue. Bagniouski (si on peut avoir confiance en lui) a vu ce qu'il me serait très utile de savoir. Je ne vois point de motif à la réserve que mettrait la cour de France à la communication de son journal et des cartes qui l’éclaircissent. Mon nom peut-être pourra aider à obtenir une copie des deux objets. Votre intervention , je n’en doute pas, y pourra beaucoup. Le refus d'une telle communication serait vraiment peu loyale. Lord Stormont ! de qui j'ai reçu les marques d'attention les plus honorables) ne refuserait pas son appui s’il était nécessaire. Mais si votre cour ressemble à celle d’Espagne, je crains que toute proposition venant de la part d'un ambassadeur n’excite la jalousie. Je crois que vos soins particuliers seront plus efficaces. Comme il est probable qu’une seconde édition sera mise de bonne heure sous presse cet hiver, ce sera une faveur de plus, si vous voulez ne pas tarder à m’informer du succès de votre négociation. Comme tout ceci est un peu du style diplomatique, permettez-moi de vous recommander un de ses membres. M. Fullarton, le nouveau secrétaire d'ambassade, est mon ami particulier. C’est un jeune bomme qui réunit les qualités du cœur et de l'esprit, qui le rendent digne de votre estime et de votre amitié, Dai-

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