VIE DE WILLIAM ROBERTSON
gnez me rappeler à lui. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, elc. »
Lettre du docteur Robertson à Gibbon. «Au collége d'Édimbourg, le 12 mai 1781.
«Mon cher monsieur,
«Je suis honteux d'avoir si long-temps différé de vous remercier de l’agréable présent de vos deux nouveaux volumes. Mais au moment même où j'en achevais la première lecture, je suis tombé malade, et je n'ai pas cessé pendant deux ou trois semaines d’être ébranlé, lourd et languissant. Je suis à présent assez bien rétabli pour vous dire avec quelle parfaite satisfaction j'ai non-seulement lu, mais étudié cette partie de votre ouvrage. Vos talens et voire application m'étaient assez connus pour me faire concevoir une grande attente : mais vous l'avez de beaucoup surpassée, Je né me souviens pas d'avoir lu aucun ouvrage historique dont j'aie jamais retiré autant d'instruction ; et quand je considère dans quel champ stérile il vous a fallu glaner et chercher vos matériaux, je suis véritablement étonné que vous en ayez formé une histoire aussi intéressante et aussi liée. Je préfère le style de ces deux volumes à celui du premier. C'est ici la même beauté, la même richesse, la même clarté de langare, avec moins de cette recherche à laquelle la séduction de votre amour pour Tacite vous avait quelquefois entraîné. Le règne de Julien m'a fait infiniment de plaisir, Je craignais un peu que vous n’inclinassiez à quelque partialité envers lui; mais les bigots eux-mêmes avoueront, je le crois, que vous avez tracé s0n caractère si singnlier d’une main supérieure à toutes celles qui jusqu’à vous se sont exercées sur ce sujet. Votre ouvrage m'a ramené aux siens, dont je n'avais qu'une légère idée, et j'ai été frappé du bonheur avec lequel vous avez représenté ce mélange de fanatisme païen et de fanfaronnade philosophique, associés en lui aux qualités de héros et d'esprit supérieur. Votre chapitre concernant les peuples pasteurs est admirable, et quoique je me croie un passablement bon historien en général, il a été nouveau pour moi en grande partie. Aussitôt que j'en aurai le loisir, je me propose de vous suivre dans les sources où vous avez puisé vos informations; et je ne doute pas de vous trouver aussi exact ici que dans les passages sur lesquels mon examen s’est déjà exercé. Mon sentiment fut toujours qu'un historien doit se considérer comme un témoin qui dépose sous serment, J'aime à juger, d’après votre scrupuleuse exactitude, que vous pensez de méme, Le dernier chapitre est le seul de votre ouvrage dont je ne suis pas parfaitement satisfait. Je trouve que votre description de la jurisprudence et des institutions des Francs est anticipée, et il me semble que le compte de leurs guerres particulieres, de leurs épreuves, de leur chevalerie , etc., aurait été mieux à sa place au siècle de Charlemagne , ou même plus tard. Mais sur cela , et sur quelques autres légères critiques, j'aurai occasion de vous parler plus amplement, me proposant de me mettre en route pour Londres lundi prochain. J'ai véritablement beaucoup de choses à vous dire, et mon séjour devant être fort court, j'espère que votre porte, à laquelle je me présenterai souvent, sera toujours ouverte pour moi. Je ne saurais terininer sans vous dire combien j'approuve la
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réserve avec laquelle sont écrits ces nouveaux volumes. J'espère qu'elle vous melira à l'abri de l'abus malhonnête qu'on a fait contre vous de la liberté du premier. Je suis toujours votre fidèle et affectionné. »
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
«Édimbourg , le 27 février 1788.
«Mon cher monsieur,
das Depuis votre voyage sur le continent, je n'ai pastravaillé autant que je l'aurais voulu. Ma santé n’a pas été bonne, et en avançant en âge (j'ai à présent soixantesix ans), quoique mes facultés, je le crois du moins, soient encore dans leur entier, je trouve que mon esprit a moins d'activité et d’ardeur, J'ai pourtant terminé une très exacte revue de tous mes ouvrages, et je leur ai donné tout le poli qu'ils peuvent recevoir de ma main. J'ai ajouté quelque chose à tous, et les additions à l’Histoire d'Écosse sont assez considérables. J'ai chargé M. Strahan de vous les envoyer uniformément reliés, et je souhaite que vous les receviez comme un témoignage de mon estime et de mon affection, Vous verrez que j'ai trouvé dans M. Whitaker un adversaire tellement bigot et zélé, que quoique Je n’aie récusé aucun article de foi, et que je sois pour le moins aussi orthodoxe que lui, il me poursuit cependant avec toute l’âpreté de la haine théologique. Notre ami, M. Smith, que nous avons été en grand danger de perdre, est à présent presque entièrement rétabli. J'ai l'honneur d’être, etc., etc. »
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
«Édimbourg , le 30 juillet 1787.
«...... La lecture de votre ouvrage a fait, pendant la durée de ma solitude, mon amusement principal et ma consolation. Je l'ai lu une première fois ‘avec beaucoup d'attention, et j'en suis actuellement à ma seconde lecture , et assez avancé dans le dernier volume. Je n’ai pas craint d'annoncer [a très grande supériorité de cette suite que vous venez de faire paraître, et n’ai pas été faux prophète. Véritablement, quand je considère l'étendue de votre entreprise, et le travail des recherches, tant historiques et philosophiques , que l'exécution de chacune de ses parties a exigé, je suis étonné qu’un seul homme ait pu y suffire. Il n’y a point d'exemple qui me soit connu, dans aucun siècle, ni chez aucune nation, d’un aussi vaste dépôt de connaissances importantes et traitées avec élépance, formé et achevé par qui que ce soit. Mon étonnement, cependant, ne va pas sans un peu de mortification. Avant votre entrée dans la carrière historique, je m'étais accoutumé à me regarder avec vanité comme l'historien du moins le plus soigneux de son style ; mais, hélas ! aujourd’hui je ne puis méme plus prétendre à cet éloge, et je dois dire, comme Pline de son oncle : Si comparier illi sum desidiosissimus. Votre style, dans ces nouveaux volumes, me paraît perfectionné encore. Vous avez acquis, par l’habitude d'écrire, l'avantage d'écrire avec plus d’aisance. Je suis fâché de voir que nos idées sur les effets des croisades ne se rencontrent pas.