‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 27 sur 132 · ROBE · texte numérisé non relu

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PREUVES ET ÉCLAIRCISSEMENS

wx9 des Grecs de son siècle, Ce Père de l'église décrit, 4" ses sermons, les mœurs et les usages de 868 con- :æaporains, avec des détails qui paraissent étranges dans les discours destinés pour la chaire. Le P. de Montfaucon a recueilli ces descriptions , et les a rangées sous différens titres. La cour des premiers empereurs grecs paralt avoir eu beaucoup de rapport avec celle des monarques de l'Orient, soit pour la magnificence, soit pour la corruption des mœurs ; et les empereurs du onzième siècle, quoique inférieurs en puissance, ne leur cédaient en rien pour le faste et la richesse, ( Mém. de l'Acad. des Inscript., t. XX, in-8°, p. 197.) Mais nous pouvons nous décider sur la comparaison des mœurs de l'empire d'Orient avec celles des nations occidentales de l’Europe, en prenant une autre méthode qui, si elle n’est pas plus sûre, est du moins plus sensible, Comme Constantinople était le lieu du rendez - vous de toutes les armées des croisés, il s’y fit, pour ainsi dire, une entrevue des peuples de l’orirxi avec ceux de l'occident, Il existe encore plusieurs auteurs contemporains grecs et latins, qui furent témoins de ce concours singulier de peuples, auparavant inconnus en grande partie les uns des autres. Ces auteurs racontent avec beaucoup de candeur et de simplicité l'impression que ce nouveau spectacle fit sur leurs esprits; et l’on peut regarder leurs descriptions comme la peinture la plus fidèle et la plus vive du caractère et des mœurs de chacune des nations dont ils parlent.

Quand les Grecs parlent des Francs, ils les représentent comme des hommes barbares, féroces, ignorans, impétueux et sauvages. Îls prennent le ton de supériorité qui appartient à un peuple plus poli, versé dans les arts du gouvernement et du goût, inconnus à ces peuples du nord.

C’est ainsi qu’Anne Comnène décrit les mœurs des Latins. (Alexias, p. 224, 231, 237, ap. Bysant. scrip., vol. XI.) Elle n’en parle jamais qu'avec mépris, et comme d’un peuple grossier ‘dont le nom seul suffirait pour souiller la beauté et l'élégance de l'histoire. ( Zbid., p.229. ) Nicétas Choniate s’emporte contre ce peuple avec encore plus de violence, et décrit leurs déprédations et leur férocité dans des termes peu différens de ceux qu’avaient employés les historiens précédens pour décrire les incursions des Goths et des Vandales. ( Nicet. Chon. ap. Bysant. script. vol. Il, p. 302, etc.)

D'un autre côté, les historiens latins sont frappés d’étonnement à la vue de la magnificence, des richesses et de l'élégance dont l'empire d'Orient leur offrait le spectacle. « O que Constantinople est une belle cité ! » s'écrie Foulque de Chartres, en la voyant pour la première fois. «Combien de couvens elle renferme, et combien de palais bâtis avec un art admirable! Combien de manufactures merveilleuses à y observer! On ne croirait jamais combien elle abonde en toutes sortes de bonnes

choses, en or, en argent, en étoffes de différentes espèces ; à chaque heure il arrive dans son port des vaisseaux chargés de toutes les choses nécessaires à l'usage de l’homme. » (Fulcher. ap. Bongars., vol. 1, p.386. ) Guillaume, archevéque de Tyr, l'historien le plus éclairé de tous ceux qui ont écrit sur les croisades , prend souvent occasion de peindre l'élégance et la splendeur de la cour de Constantinople ; et il ajoute que ce que les occidentaux y voyaient, était au-dessus de toutes les idées qu’ils auraient pu s’en former : Nostrarum enim |

rerum modum et dignitatem excedunt, (Willerm., Tyr. ap. Boungars., vol. Il,p. 657, 664.) Gonthier, moine français, qui a écrit une histoire de la conquête de Constantinople par les croisés, dans le treizième siècle, parle de la magnificence de cette ville avec la même admiration : Structuram autem ædificiorum in corpore civitatis, in ecclesiis videlicet, et turribus, et in domibus magnatorum, vix ullus vel describere potest vel credere describenti, nisi qui ea oculaté fide cognoverit. (Hist. Const. ap. Canisii lect, antiq. f. Antverp. 1725, vol. 1V , p. 14.) Geoffroi de Willehardouin, gentilhomme d’un rang distingué, et accoutumé à toute la magnificence que l’on connaissait en occident , peint avec les mêmes couleurs l'étonnement et l'admiration dont furent frappés ceux de ses soldats qui voyaient pour la première fois Constantinople : «ils avaient peine à croire, dit-il, qu'il y eût une ville si belle et si riche dans le monde entier, Quand ils virent ses grandes murailles, ses hautes tours, ses riches palais et ses superbes églises, tont cela leur parut si grand, qu'ils n'auraient jamais pu se former une idée de cette ville impériale s'ils ne l’eussent vue de leurs propres yeux.» ( Æist. de la Cong. de Constant., p.49.)

D'après des expressions si naïves des sentimens qu'éprouvaient les Latins, il est évident que les Grecs durent les regarder comme une race de Barbares grossiers et peu civilisés; et que les Latins, quelque mépris d’ailleurs qu'ils pussent avoir pour les inclinations peu guerrières des Grecs, ne pouvaient se dissimuler que ces peuples leur étaient de beaucoup supérieurs dans les arts de goût et d'agrément.

On ne peut douter que le gouvernement et les mœurs n’eussent acquis plus de perfection en ltalie que dans les autres contrées de l’Europe; cela est non-seulement démontré par les faits rapportés dans l’histoire , il parait même que les chefs les plus éclairés de l’armée des croisés furent frappés de cette différence. Jacques de Vitri, auteur français, qui a écrit une histoire de la guerre sainte, fait un éloge très recherché du caractère et des mœurs des lialiens. Il les regarde comme un peuple plus poli, et les loue surtout de leur amour pour la liberté, et de leur habileté dans le gouvernement : Z2 consiliis circumspecti, in re su4 public4 procurandé diligenles et sludiosi; sibi in posterum providentes; aliis subjici renuentes, anté omnia libertatem sibi defendentes; sub uno quem eligunt capitaneo, communilatis suæ jura et inslituta dictantes, et similiter observantes.(Hist. Hierosol.up. Gesta Dei per Franc. vol. Il, p. 1085.)

NOTE 15, SEGT. 1, p. 14.

Il est à propos de remarquer les différens moyens qu’employèrent les villes d'Italie pour étendre leur domination et leur puissance. Dès qu’elles eurent assuré leur liberté, et qu’elles commencèrent à sentir leur propre importance, elles s’occupèrent à se mettre en possession du territoire qui environnait leurs murs. Sous les Romains, lorsque les villes jouissaient de la juridiction et des priviléges municipaux, les terres adjacentes appartenaient à chaque cité, et formaient la propriété de la communauté. Mais l'esprit de la politique féodale ne tendait pas à favoriser les villes et à respecter leurs im-

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munités et leurs possessions ; ces terres avaient été dans la suite saisies et partagées entre les conquérans. Les barons, à qui on les avait accordées, firent construire leurs châteaux presque aux portes des villes, dans lesquelles ils exercèrent leur juridiction. Plusieurs villes d'Italie, sous prétexte de recouvrer leur ancienne propriété, attaquèrent ces voisins importuns, les chassèrent de leurs possessions dont elles/firent des biens communaux, et par-là augmentérent considérablement leur puissance, On trouve dansleonziémeetau commencement du douzième siècle, plusieurs exemples de cette usurpation des villes. (Murat., #ntig. tal., v. IV, p.159, etc.) Leur ambition prenant de nouvelles forces avec leur puissance, les villes attaquèrent ensuite des barons établis à une plus grande distance , et les obligèrent à donner parole qu'ils deviendraient membres de leur communauté; qu'ils préteraient serment de fidélité à leurs magistrats ; qu’ils assujettiraient leurs terres à toutes les taxes et impositions établies par la communauté ; qu'ils la défendraient contre tous ses ennemis; et qu'ils résideraient chaque année dans la ville pendant un certain temps déterminé. (Murat., Zbid., p. 163.)

Cet assujettissement des nobles au gouvernement municipal des cités devint presque universel, et ne pouvait manquer d’être souvent très incommode à des hommes accoutumés à se regarder comme indépendans. Othon de Freisingen représente ainsi l'état de l'Italie sous Frédérie Ke : « Les villes ont tant d'amour pour la liberté, et sont si jalouses de se dérober à l’insolence du pouvoir, qu'elles ont secoué toute autre autorité que celle des ma- Sistrats par qui elles sont gouvernées ; de sorte que toute l'Italie est actuellement remplie de villes libres qui ont chacune obligé leur évêque à résider dans l'enceinte de leurs murs; à peine y a-t-il un noble, quelque étendu que puisse être son pouvoir, qui ne soit pas soumis aux lois et au gouvernement d'une cité.»(Degest. Frider. Z, imp., Liv. I, chap. xt, p. 453.) Dans un autre endroit, il dit que le marquis de Montferrat était le seul baron de l'Italie qui eût su conserver son indépendance, et qui ne se fût pas laissé assujettir aux lois de quelque cité. ( Voyez aussi Murat. Antichità Estensi, vol. |,

Quelques nobles embrassèrent par choix cet état de dépendance : en considérant le haut degré de sûreté, de crédit et de considération que les richesses et la domination naissante de ces grandes communautés procuraient à tous les membres dont elles étaient composées, ils eurent envie de participer à ces avantages, et résolurent de se mettre sous la protection de ces corps puissans. C’est pour cet objet qu'ils se firent volontairement citoyens des villes les plus voisines de leurs possessions, qu'ils renoncèrent à leurs anciens châteaux, et fixèrent leur résidence dans les villes, du moins pendant une partie de l’année. Il existe plusieurs actes par lesquels certaines maisons des plus illustres de l'Italie forment une association comimne citoyens de différentes villes.(Murat., Ibid. , p. 165, etc.) On a encore la charte par laquelle on reçoit Atto de Macerata comme citoyen d'Osimo, dans la Marche d'Ancône. I y stipule qu’il se reconnaitra bourgeois de cette communauté; qu'il fera tout ce qui dépendra de lui pour en accroître la gloire et la prospé rité; qu'il obéira à ses magistrats; qu'il ne se liguera avec aucun de ses ennemis; et qu'il résidera dans la ville

pendant deux mois de l'année, et même plus longtemps s'il en est requis par les magistrats. D'un autre côté, la communauté le prend sous sa protection , ainsi que sa famille et ses amis, et s'engage à les défendre contre tous leurs ennemis, ( Francis, Ant. Zacharias, anecd, med. ævi, Aug. Taur., 1765, f. p. 66.)

On attachait à ce privilége tant d'importance, que non-seulement les laïques, mais même les ecclésiastiques les plus distingués consentirent à se faire recevoir membres des grandes communautés, dans l'espérance de jouir

| de la sûreté et de la dignité attachées à cette association,

(Murat., /bid., p. 179.) Avant l'institution des communautés, les nobles ne résidaient que dans leurs châteaux, C'était 1à qu'ils tenaient leur petite cour, tandis que les villes étaient désertes, et ne comptaient presque pour habitans que des esclaves et d'autres personnes d’une basse condition. Mais par un effet de l'usage dont nous avons parlé, les villes devinrent non-seulement plus peuplées, elles furent encore remplies d’habitans d'un rang distingué; et l'on vit alors s'introduire une coutume qui règne encore en ltalie, où les grandes familles résident plus constamment dans les grandes villes, qu’elles ne le font dans les autres pays de l'Europe. L'acquisition de semblables habitaus donnant aux villes plus d'éclat et de considération, elles devinrent plus jalouses de maintenir leur liberté et leur indépendance. Les empereurs, comme souverains, avaient anciennement dans presque toutes les grandes villes d'Italie, des palais, où ils habitaient lorsqu'ils venaient visiter cette contrée. Les troupes dont ils étaient accompagnés étaient réparties dans les maisons des bourgeois , qui regardaient cette charge comme humiliante et dangereuse pour eux ; car ilsne pouvaient s'empêcher de croire qu'ils recevaient dans leurs murs des maîtres et des ennemis, Ils travaillérent donc à s'affranchir de cette dépendance. Quelques cités obtinrent des empereurs qu'ils s'engageassent à ne plus entrer dans leur enceinte, et même à établir leur demeure hors des murailles. ( Chart. Henric. . Murat. Zbid., p.24.) HN fut permis à d’autres villes, du consentement de l'empereur, de démolir le palais construit dans leur enceinte, à condition d'en rebâtir un autre dans les faubourgs , pour y recevoir l'empereur. (Chart. Henric. IF. Murat., Zbid, p. 25.)

Ces différentes usurpations de la part des villes d'ltalie alarmèrent les empereurs et leur firent prendre la résolution de rétablir la juridiction impériale, et de remettre les choses dans l'ancien état. Frédéric Barbe. rousse s’engagea dans cette entreprise avec beaucoup d'ardeur. Les villes libres d'Italie firent entre elles une ligue générale, et se tinrent sur la défensive. Enfin, après de longs débats où les deux partis eurent successivement l'avantage, on conclut solennellement à Constance, l’an 1183, un traité de paix , par lequel tous les priviléges et toutes les immunités accordés aux prinipales villes d’ltalie par les empereurs précédens, furent confirmés et ratifiés. (Murat. Dissert., p.48.) On regarda ensuite ce traité de Constance comme un article si important de la jurisprudence du moyen-âge, qu’on avait coutume dele joindre aux livres des fiefs, à la fin du corps du droit civil. Ce traité garantissait aux villes confédérées leurs priviléges les plus importans ; et quoiqu'il assurt à l'empire un degré considérable d'autorité et de juri-

diction, les communautés cependant persévérèrent avec

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