‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 47 sur 132 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

et ce seul événement mit fin à la guerre !, Mais comme la Navarre était alors pleine de villes et de châteaux qui, mal fortifiés et défendus par de faibles garnisons, n'étaient pas en état de résister à une attaque en règle, et ne servaient qu'à procurer à un ennemi des places de retraite, Ximenès, toujours hardi et décidé dans toutes ses mesures, fit démanteler toutes ces places , excepté Pampelune, qu'il se proposa de fortifier avec soin. C’est à cette précaution extraordipaire que l'Espagne doit la conservation de la Navarre, Les Français y sont souvent entrés depuis cette époque, et ont aisément parcouru ce pays tout ouvert; mais tandis qu'ils étaient exposés à tous les inconvéniens qu'éprouve une armée dans une terre ennemie, les Espagnols avaient le temps de tirer des troupes des provinces voisines; et les Français, ne trouvant aucune place forte où ils pussent se retirer, étaient obligés d'abandonner leur conquête aussi promptement qu'ils l'avaient faite.

Ximenès ne fut pas si heureux en Afrique , dans la guerre qu'il fit au fameux aventurier Horuc Barberousse, qui de simple corsaire parvint, par sa valeur et son habileté, à se faire roi d'Alger et de Tunis. La mauvaise conduite du général espagnol et la bravoure téméraire des officiers procurèrent à Barberousse une victoire aisée. Un grand nombre d'Espagnols perdirent la vie dans le combat; un plus grand nombre encore périrent dans la retraite; le reste retourna en Espagne couvert d'ignominie. La hauteur, la tranquillité avec laquelle le cardinal soulint cette disgrâce, la seule qu'il eût encore éprouvée dans le cours de son administration, ajouta un nouvel éclat à son caractère 2. On ne s'attendait pas à trouver cette vertu dans un homme qui avait toujours montré une impatience et une activité si singulière dans l'exécution de tous ses projets.

Ce désastre fut pomptement oublié; mais la conduite de là cour flamande donna bientôt des inquiétudes plus vives non-seulement au cardinal, rnais même à toute la nation espagnole. Les grandes qualités de Chièvres, premier ministre et favori du jeune roi, étaient flétries par une basse et sordide avarice. L'avénement de son maître au trône d'Espagne of-

1 P. Mart., Ep., p. 570.

* Gometius, lib, vr, p. 179.

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frait à sa passion des moyens faciles de la satis- | faire, Pendant que Charles résida en Flandre, | tous ceux qui prétendaient aux emplois ou à la | faveur s'y rendirent en foule : ils s'aperçurent | que sans la protection de Chièvres , on faisait de vains efforts pour obtenir des grâces. et ils découvrirent bientôt le moyen le plus sûr de l'intéresser à leurs prétentions. Les trésors d'Espagne passèrent dans les Pays-Bas : tout Fut vénal à la cour de Charles; tout fut livré au plus offrant. A l'exemple du premier ministre, tous ceux qui avaient de l'influence dans l'administration firent de leur crédit un trafie qui devint bientôt aussi publie et aussi général qu'il était infâme'. Les Espagnols ne purent voir sans indignation les places les plus importantes publiquement exposées en vente par des étrangers, qui n'étaient intéressés ni au bonheur, ni à la gloire de l'Espagne. Ximents, qui dans toute son administration avait montré le désintéressement le plus pur, et qui «vait l'âme trop haute pour connaître le vil sentinent de l'avarice, s'éleva avec la plus grande liberté contre la corruption des Flamands. I représenta vivement au roi les murmures et l'indignation que leur conduite excitait parmi un peuple libre et fier, et le supplia en mème temps de partir sans délai pour l'Espagne, afin de dissiper par sa présence l'orage qui se formait sur le royaume,

Charles sentait bien qu'il avait différé trop long-temps d'aller prendre possession de ses états en Espagne; mais de puissans obstacles l'arrêtaient «et le retenaient encore dans les Pays-Bas. La guerre, que la ligue de Cambrai avait allumée en Italie, n'était pas terminée, quoique les armées de toutes les parties bellixérantes eussent pris pendant le cours de cette guerre des directions différentes. La France ctait alors liée avec les Vénitiens, contre lesquels elle s'était liguée d'abord : Maximilien et Ferdinand avaient depuis quelques années commencé des hostilités contre la France, leur première alliée, quoique ee fût à la valeur des troupes françaises que la confédération eût été redevable de tous ses succès. Ferdinand avait laissé à son petit-fils, avec tous ses royaumes , cette guerre à soutenir; et la passion de Maximilien pour toute entreprise nouvelle, donnait

! Miniana, Continual. Mar, lib. à, cap. un.

lieu de croire qu'il persuu’lerait au jeune monar. que de la poursuivre avec srdeur : mais quand les Flamands, dont le cusuerce tonlours croissant s'était élevé, pen: 1 le cours de cette guerre, sur les débris de celui de Venise, craiguaient une rupture avec les Français; et Chié. vres, habile à démèler les véritables intéréts de son pays, et n'en étant pas détourné en cette occasion par son avarice, se déclara vivement pour la paix. François 1°", qui se trouvait sans alliés et qui cherchait à s'assurer par un traité ses dernières conquêtes en ftalie, reçut avec joie les premières ouvertures d'un accommodement : Chièvres entama lui-même la négociation au nom de Charles, avec Boisy, plénipotentiaire de François 1°", Chacun de ces ministres avait pré. sidé à l'éducation du prince qu'il représentait : ils avaient tous deux les mêmes dispositions à là paix et étaient également persuadés que l'union de leurs maitres était l'événement le plus heureux et pour les deux monarques et pour leurs peuples. Une négociation conduite par deux hommes de ce caractère ne pouvait pas traîner en longueur, Quelques jours après l'ouverture des conférences, qui se tinrent à Noyon, les plénipotentiaires conclurent un traité d'alliance et de défense réciproque entre les deux souverains, Un des principaux articles fut le mariage de Charles avec madame Louise, fille unique de Francois, et âgée seulement d'un an; pour son

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ses prétentions sur le royaume de Navarre ; mais comme ce royaume était déjà entre les mains du roi d'Espagne, il fut convenu que ce prince paierait au roi de France cent mille écus par an jusqu'à la conclusion de son mariage, et cinquante mille écus après le mariage, tant que h princesse n'aurait point d'enfans. On convint aussi que lorsque Charles serait arrivé en Espagne, les hériteirs de Jean d’Albret lui exposeraient leurs droits sur la Navarre; et que sil ne leur donnait pas satisfaction , François serait autorisé à les secourir de toutes ses forces! L'union de Charles et de François ne fut pas le seul fruit de cette alliance; Maximilien, qui ne se sentait pas en état de résister aux forces réunies de la France et de Venise, fut obligé par-là de conclure avec ces puissances un trai'é

1 Léonard, Recueil des Trailés, tom. W, p. 69

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qui termina enfin cette longue et sanglante guerre que la ligue de Cambrai avait allumée. L'Europe jouit pendant quelques années d'une tranquillité générale, et dut ce bienfait à deux princes dont la rivalité et l'ambition la troublèrent ensuite et la divisèrent pendant tout le reste de leur règne.

Charles s'assurait, par le traité de Noyon, un passage libre pour aller en Espagne; mais il n'était pas de l'intérêt des Flamands qu'il entreprit si promptement ce voyage. Pendant qu'il résidait en Flandre, il y dépensait les revenus de la couronne, et ses favoris attiraient sur eux, sans avoir de concurrens, tous les effets de sa libéralité, Leur pays était le siége du gouvernement, et toutes les grâces étaient dispensées par leurs mains; mais ils sentaient que le moment où Charles mettrait le pied en Espagne les dépouillerait vraisemblablement de tous ces avantages. IL était naturel que les Espagnols prissent la direction de leurs propres affaires ; les Flamands prévoyaient que les Pays-Bas ne seraient plus regardés que comme une province de l'Espagne, et que ceux qui disposaient auparavant de toutes les faveurs seraient obligés de les obtenir alors de la main des Espagnols. Ce que Chièvres craignait encore davantage , c'était une entrevue entre le roi et Ximenès : d'un côté l'intégrité et la grandeur d'âme de ce prélat lui donnaient un ascendant presque irrésistible sur les esprits : il était très probable que ses grandes qualités, soutenues par la vénération que méritaient son rang et sa vieillesse, inspireraient une sorte de respect à un jeune prince susceptible de sentimens nobles et généreux ; et l'admiration de Charles pour les vertus du cardinal ne pouvait manquer d’affaiblir en lui la confiance qu'il avait eue jusqu'alors pour des hommes d'un caractère bien différent. D'un autre côté, si Charles laissait à ses ministres flamands l'influence qu'ils avaient toujours eue dans ses conseils, il était aisé de prévoir que Ximenès ne souffrirait pas tranquillement qu'on fit un si sanglaut affront à la nation espagnole, et qu'il défendrait les droits de son pays avec la mème intrépidité qu'il avait soutenu les prérogatives d2 la couronne. Ces considérations engagérent les ministres flamands à unir leurs efforts pour retarder le départ de Charles, et ce prince facil , pet méfiant et sans expérience,

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