‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 46 sur 132 · RE ET · texte numérisé non relu

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dignités de l'Église. Il renonça tout à coup à ces avantages ; et après avoir subi les épreuves d’un noviciat très sévère, il s'engagea dans un monastère de frères observantins de Saint-François, l’un des ordres les plus rigides de l'église romaine. Il s'y distingua bientôt par une austérité de mœurs extraordinaire et par ces rafinemens de dévotion superstitieuse qui caractérisaient alors la vie monastique. Au milieu de ces pieux excès, où ne tombent ordinairement que des âmes faibles et enthousiastes, son esprit, naturellement ferme et pénétrant, avait conservé toute sa vigueur ; les religieux de son ordre sentant sa supériorité, l'avaient fait provincial. Sa réputation de sainteté lui procura bientôt la place de confesseur de la reine Isabelle, place qu'il n’accepta qu'avec la plus grande répugnance. Il conserva à la cour l’austérité des mœurs par laquelle il s'était distingué dans le cloître : il continuait de faire tous ses voyages à pied; il ne vivait que d'aumône; il s’imposait des mortifications pénibles et des pénitences aussi rigoureuses qu'auparavant. Isabelle fut si contente du choix qu’elle avait fait, qu’elle ne tarda pas à conférer à Ximenès l'archevèché de Tolède, qui, après la papauté, était la plus riche dignité qu'il y eût dans l’église romaine. Il refusa d’abord cet honneur avec une fermeté modeste, et ne céda qu’à l'ordre exprès qu'il reçut du pape de l’accepter : mais son élévation ne changea rien à ses mœurs ; obligé d'étaler en public la magnificence qui convenait à son rang, il ne se relâcha jamais de la sévérité monastique. On le vit porter constamment sous ses habits pontificaux le froc grossier de Saint-François, qu'il raccommodait de ses propres mains lorsqu* ‘ ‘it déchiré, Jamais il ne porta de linge; il se « uchait toujours avec son habit, souvent sur la tevre où sur des planches , rarement dans un lt. H &e godtait aucun de ces riets délicats qu'on servait ue sa table, et se contentait de là noueriture simple et Nugale que prescrivait la règle de son ordre !. Malgré ces singularités, il avait une profonde connaissance des affaires; et dès qu'il fat appelé à l'administration par sa place et par l'opinion que Ferdinand et Isabelle avaient conçue de lui, il déploya des twiens qui rendirent la réputation de son génie égale à celle de sa piété. Toutes ses vues

! Histoire de l'administration du cardinal Ximetés, par Michel Baudier, tn 4°, 1635, p. 13.

étaient neuves et hardies : sa conduite politique participait aux vertus et aux défauts de son caractère; son génie étendu enfantait des plans vastes et magnifiques, et le sentiment de ses bonnes intentions lui faisait poursuivre l'exécution de ses projets avec une confiance inflexible et infatigable. Accoutumé dès l'enfance à dompter ses passions, il avait peu d’indulgence pour celles des autres; et comme il avait appris de sa religion à réprimer les désirs même les plus innocens, il était ennemi de tout ce qui avait un air de recherche et de plaisir. Sans être accusé de cruauté , il porta constamment dans le monde une rudesse et une inflexibilité de caractère qui appartenaient à l'état monastique et qu'on à peine à concevoir dans les pays où ce genre de vie est inconnu.

Tei était l’homme à qui Ferdinand confia la régence de Castille. Quoique le cardinal eût alors près de quatre-vingts ans et qu'il connût parfaitement les difficultés et le travail inséparables de cette place , son intrépidité naturelle et son zèle pour le bien public, la lui firent accepter sans hésiter. Cependant Adrien d'Utrecth, qui avait été envoyé en Espagne peu de mois avant la mort de Ferdinand, produisit des pleins pouvoirs de l’archiduc pour prendre le nom et l’autorité de régent après la mort du roi; mais les Espagnols avaient une telle aversion pour le gouvernement d’un étranger, et il y avait tant d'inégalité entre les talens des deux compétiteurs, que les prétentions d’Adrien auraièm été rejetées sur-le-champ, si Ximenès, par déférence pour son souverain, n'avait consenti à le reconnaître pour régent et à paitager avec lui l'administration; mais Adrien n'eut qu'un vain titre, et Ximenès , en traitant son collègue avec beaucoup d'égards, et même de respect , se réserva toute l'autorité !.

Le premier soin du cardinal, fut d'observer

| les mouvemens de l'infant don Ferdinand, qui,

| Ayant été si près de jouir de la suprême puis-

sance, ne put se voir frustré d'un si doux espoir sans laisser éclater une impatience plus vive qu'on n'avait lieu d'attendre d’un prince encore si jeune. Sous prétexte de veiller plus efficacement à sa sûreté, Ximenès le fit venir de Guadaloupe, où il avait été élevé, à Madrid , qui devint

1 Gomelits, de Rob. gest. Ximenii, p. 150, fol compl. 1509.

la résidence de la cour, L'infant resta dès lors sous les yeux du cardinal, qui fit épier avec la plus grande attention sa conduite et celle de ses domestiques !,

La première nouvelle que Ximenès reçut des Pays-Bas Ini donna beaucoup d'inquiétude, et lui fit sentir toute la difficulté de la tâche qu'il s'était imposée en voulant diriger les affaires d'un jeune prince, sous l'influence de conseillers qui ne connaissaient ni les lois ni les mœurs de l'Espagne. La nouvelle de la mort de Ferdinand ne fut pas plutôt arrivée à Bruxelles, que Charles, guidé par ses conseillers amande, voulut prendre le titre de vol, Suivant les lois d'Espagne, les couronnes de Castille et d'Arragoh appartenaient à Jeanne seule ; et quoique ses infirmités l'eussént Hilse hors d'état de gouverner elesnême, son incapacité n'avait été déclarée par aucuti acte public des états de l'un ou de l'autre royaume ; de sorte que les Espagnols regardèrent la résulution de Charles non seulement comme une infraction directe à leurs priviléges, mais encore comme une démarche dénaturée de la part d'un fils qui voulait usurper les droits de sa mère, et

qui marquait moins d'égards et de respect pour |

elle que cette malheureuse princesse n'en avait éprouvé dé la part de ses sujets ?.

La cour de Bruxelles engagea cependant le pape et l'empereur à écrire à Charles, en lui donnant le titre de roi de Castille, titre qu'on prétendait qu'ils avaient le droit de conférer ; le premier en qualité dechef de l'Église, et le second comme chef de l'empire. Ximenès reçut en mème temps des instructions pour faire reconnaître aux Espagnols l'avénement de Charles #. Quoique le cardinal eût fait de vives représentations contre uue telle démarche, qu'il regardait comme également inutile au prince et désagréable à la nation, il prit cependant le parti de mettre en œuvre toute son autorité et tout son crédit pour en assurer le succès : en conséquence il fit assembler sur-le-champ ceux des nobles qui se trouvaient alors à la cour, On leur exposa la requisition de Charles; mais au lieu d'accéder à cette proposition, ils commencèrent à murmurer

1 Miniana, Continuat. Mar'anæ, ib.1, vi, u. Baudicr, Hist. de Ximenés , p. 115.

2 P. Mart., Ep., à. fs.

5 Gometius, p. 152, elec. Baudier, Æist. de Nünenés, pag. 121.

contre cette violation inouïe de leurs priviléges, et insistèrent avec vivacité sur les droits de Jeanne, et sur le serment de fidélité qui les attachait à cette princesse : alors Ximenès interrompit brusquement la délibération, et du ton ferme et imposant qui lui était naturel, leur dit qu'ils étaient assemblés non pour délibérer, mais pour obéir, et que leur souverain leur demandait de la soumission et non des conseils, Ce jour même , ajouta-t-il, Charles sera proclamé à Madrid roi de Castille , et les autres villes suivront cet exemple. Le cardinal donna sur-le-champ des ordres pour cet objet ; ét malgré la nouveauté de cet usage el le mécontentement secret de plusieurs grands du royaume, le titre de Charles fut uni versellement reconnu. Ce prince ne trouva pas en Arragon la même soumission à ses volontés : les peuples ÿ jouissaient encore de priviléges plus étendus qu'en Castille; et d'ailleurs, larchevèque de Saragosse, à qui Ferdinand avait laissé la régence, n'avait ni les talens ni le crédit de Ximenès. Charles ne fut reconnu dans ce royaume jusqu'à son arrivée en Espagne, que sous le titre de prince !.

Quoique Ximents n’eût qu'une puissance précaire dont son grand âge ne devait pas lui faire espérer de jouir long-temps, il prit avec le titre de régent toutes les idées naturelles à ti m0 narque et adopta des projets pour étendre Fi torité royale, dont I pourauivit Fexécution ave: autant de courage et d'ardeur que #il efñt dû Ini même en recueillir les fruits, Les priviléges des notables castillans resserraient la prérogative du prince dans des limites très étroites : le cardinal regarda ces privilges comme des ustrpiitions sur la couronne, ét prit la résolution d'en supprimer une partie. Quelque dangei euse que füt cette entreprise , il avait par sa situation des avantages qui lui donna‘ent plus d'espérance du succès que n'aurait pu s en promettre aucun roi de Castille. Sa rigoureuse et sage économie, dans l'emploi de ses revenus, mettait à sa disposition plus d'argent comptant que le prince n'en pouvait lever en aucun temps : la pureté de ses mœurs, sa charité et sa magnificence le rendaient l'idole du peuple : les nobles eux mêmes, ne croyant avoir rien à redouter de lui, n'observaient pas ses mouvemens avec la même

UP, Mart,, Æp., p 972

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attention qu'ils auraient portée sur les démarches d’un de leurs rois.

A peine le cardinal était-il parvenu à la régence que plusieurs nobles, imaginant que le youvernement allait perdre un peu de sa vigueur, commencèrent à rassembler leurs vassaux et se disposèrent à soutenir, par la voie des armes, des prétentions que la fermeté de Ferdinand les avait forcès de dissimuler ou d’abandonner ; mais Ximenès , qui avait pris à sa solde un corps considérable de troupes, arrèta leurs entreprises avec une vigueur et une facilité inattendue ; et sans punir avec trop de sévérité les auteurs de ces désordres, il exigea d'eux des actes de soumission très mortifians pour l'esprit süperbe des nobles castillans,

Tant que les entreprises de Ximenès ne tombèrent que sur des individus, et que ses actes de rigueur furent justifiés pur une apparence de nücessité, revètus des formes de la justice et Lempérés par un mélange de douceur, il excita peu de plaintes et d'inquiétude ; mais il frappa bientôt un coup plus hardi, qui, en attaquant un privilége essentiel aux nobles, donna une alarme générale à cet ordre puissant. Suivant le système féodal, tout le pouvoir militaire était dans la main de la noblesse : tout homme d’une condition inférieure ne prenait les armes que vomie vassal d'un baron et pour suivre sa banüière. Un roi qui n'avait que de très modiques revenus , et une nrérogative limitée, dépendait absolument des nobles dans toutes ses opérations ; c'était avec leurs secours qu'il attaquait ses ennemis et défendait ses propres royaumes. Tant qu'il ne commandait qu'à des troupes attachées uniquement à leurs chefs et accoutumées à n'obéir qu'à leurs ordres, son autorité était faible et sa puissance précaire. Ximenès résolut d'affranchir la couronne de cette espèce de servitude., Comme des armées sur pied, composées de troupes mercenaires, étaient une chose inconnue sous le gouvernement féodal, et qui aurait été odieuse à un peuple fier et guerrier, il fit publier une ordonnance par laquelle il fut enjoint à chaque ville de Castille d'enrôler un certain nombre de bourgeois qui seraient exercés à la discipline militaire les jours de fête. Il obtint que les officiers de cette nouvelle milice seraient payés sur les fonds publics ; et pour encourager les simples soldats, il leur promit

l'exemption de toute espèce d'impôts. La nécessité d’avoir des troupes toujours prêtes pour repousser les fréquentes incursions des Maures d'Afrique, lui fournit un prétexte plausible pour justifier cette innovation ; mais l’objet qu'il avait réellement en vue était d'assurer au roi un corps de troupes indépendant des barons, et qui pôt servir à contre-balancer leur pouvoir !. Les nobles ne se méprirent point sur ses véritables intentions , et virent combien la route qu'il prenait était sûre pour arriver à son but, mais ils sentiren! en même temps qu'une opération, dont le moti: apparent était d'arrêter les progrès des infidèles, ne pouvait manquer d’être agréable à un peuple superstitieux, et qu'on attribuerait à des vues d'intérêt particulier une opposition qui ne viendrait que d’eux seuls. Is mirent tout en œuvre pour engager les villes à refuser ellesmêmes d'obéir et à protester contre la nouvelle ordonnance, comme contraire à leurs chartres et à leurs priviléges. Cette manœuvre réussit :

Burgos, Valladolid et plusieurs autres villes se soulevèrent ouverte: aent, et quelques-uns des rands s'en déclarèrent les protecteurs. On adressa au roi les remontrances les plus fortes : les conseillers flamands prirent l'alarme; Ximenès seul resta ferme et inébranlable ; et en employant à propos, tantôt la menace, tantôt la prière, ici la force, là de la complaisance ; il vint à bout de vaincre la résistance des villes rebelles ?. L'exécution de ce projet fut suivie avec beaucoup de vigueur pendant l'administration du cardinal, mais elle fut abandonnée à sa mort.

Ximenès ayant réussi à diminuer le pouvoir exorbitant des nobles, entreprit de diminuer aussi leurs possessions, qui s'étaient agrandies jusqu’à un excès non moins dangereux. Pendant les troubles et les contestations inséparables du gouvernement féodal, les nobles, toujours attentifs à leur propre intérêt, avaient su tirer avantage de la faiblesse et des besoins de leurs rois, pour s'emparer, par force ou par adresse, des terres de la couronne, de sorte qu'ils avaient successivement dépouillé le prince de tous ses domaines ct les avaient réunis à leurs propres fiefs. Des usurpations heureuses, auxquelles la

1 Miniana, Continuatio Marian, fol. Hag.1733,p.3. 2P. Mart., Zp., p. 566, ete. Gometius, p. 160, etc.

couronne n'avait pas eu la force de s'opposer, et des concessions surprises ou forcées, étaient donc les seuls titres que la plupart des grands avaient à la propriété des biens dont ils jouissaient. Il n'était pas possible de remonter à l'origine de ces usurpations, qui avaient commencé avec le système féodal mème ; et comme cette recherche aurait dépouillé chacun des nobles d'une partie de ses terres, elle aurait excité un soulèvement général. Une semblable démarche était trop hardie, même pour le génie audacieux de Ximenès : il borna ses recherches au règne de Ferdinand, et commença par supprimer les pensions que ce prince avait données, comme ayant dà être éteintes à sa mort. Il attaqua ensuite ceux qui avaient acquis sous ce même règne des domaines de la couronne, et retira, par un seul acte, toutes les terres que Ferdinand avait aliénées. Plusieurs personnes du premier rang furent dépouillées par cette opération; car quoique Ferdinand fût peu généreux, cependant comme ce prince et Isabelle étaient montés au trône de Castille par le secours d’une faction puissante, ils avaient été obligés de récompenser avec libéralité les nobles de leur parti; et les domaines royaux étaient le seul fonds dont ils avaient pu disposer pour de pareils services.

L'augmentation des revenus de la couronne, jointe à la grande économie de Ximenès, le mit en état non-seulement d'acquitter toutes les dettes que Ferdinand avait laissées, et de faire passer en Flandre des sommes considérables, mais encore de payer les officiers de sa nouvelle milice, et d'établir des magasins plus nombreux et mieux fournis d'artillerie, d'armes et de munitions de gucrre, que l'Espagne n'en avait jamais eu. La prudence et le désintéressement du cardinal dans l'emploi de ces nouveaux fonds, justifia suffisimment aux yeux de la nation la rigueur avec lagvelle il les avait acquis.

La noblesse, alarmée de ces entreprises répétées, sentit la nécessité de prendre des précautions pour sa propre sûreté. On vit plesieurs cabales se former ; des plaintes se firent entendre de toutes parts; quelques nobles prirent les résolutions les plus violentes: mais avant que d'en venir aux dernières extrémités, ils nommèrent

quelques-uns d'entre eux pour examiner les pou- !

voirs en vertu desquels Ximenès exerçait de semblables actes d'autorité. L'amiral de Castille, le duc d'Infantado et le comte de Bévévent, furent chargés de cette commission : ils se rendirent auprès du cardinal, qui les reçut avec une politesse froide, et ne répondit à leur demande qu'en produisant le testament de Ferdinand, qui le déclarait régent , et la ratification de ce testament par Charles lui-même. Ils attaquèrent la validité de ces deux actes, et le cardinal la défendit. Comme la conversation s'échauffait, il les conduisit insensiblement vers un balcon d'où l'on découvrait un corps considérable de troupes sous les armes, avec un train formidable d'artillerie : Ximenès les montrant aux députés, leur dit alors en élevant la voix : « Voilà les pouvoirs que j'ai reçus; avec ce sccours je gouverne la Castille, et la gouvernerai jusqu'à ce que le roi, votre maître et le mien, vienne prendre possession de son royaume !, » Une déclaration si fière et si hardie imposa silence aux députés et étonna leur parti. Prendre les armes contre un homme qui avait prévu le danger et s'était préparé à la défense, était une résolution désespérée ; une confédération générale contre l'administration du cardinal n'était pas praticable : ainsi, à l'exception de quelques légers mouvemens, excités par le ressentiment particulier de certains nobles, la tranquillité de la Castille ne souffrit aucune atteinte.

Ce ne fut pas seulement dans l'opposition de la noblesse espagnole que Ximenès trouva des obstacles à l'exécution de ses projets ; il eut encore à lutter contre les conseillers Aamands de Charles, qui, se prévalant de l'influence qu'ils avaient sur l'esprit du jeune roi, voulaient diriger les affaires d'Espagne comme celles des Pays-Bas. Jaloux des grands talens du cardinal, et blessés par l'indépendance de son caracttre, ils le regardèrent plutôt comme un rival qui pourrait géner leur autorité que comme un ministre occupé d'accroître la grandeur et la puissance de leur maitre. Toutes les plaintes qui s'élevaient contre son administration étaient reçues avec complaisance à la cour de Bruxelles, et c'était là que naissaient mille difficultés inutiles dont on embarrassait toutes ses démarches. Les ministres

1 Flécheer, vol, H, p. 551. Ferreras, #ise,, vol. VHT,

pag. 433.

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, Hist., vol. VI

flamands ne pouvant ni avec sûreté, ni avec décence, le dépouiller de la place de régemt , cherchèrent du moins à affaiblir son autorie en la divisaut, Ils virent bientôt qu'Adrien d'Utrecht n'avait ni assez de génie, ni assez de courage pour contre-balancer le pouvoir de Ximenès avec qui il partageait le titre de régent : ils engagèrent Charles à nommer encore pour adjoints à la régence la Chau, gentilhomme flamand d’un esprit adroit et délié, et Amerstof, noble hollandais, connu par sa fermeté, L'objet de cet arrangement ne pouvait pas échapper au cardinal ; cependant il reçut ses nouveaux collègues avec tous les témoignages extérieurs de distinction qui convenaient à l'autorité dont ils étaient revêtus; mais, lorsqu'ils voulurent entrer dans le détail de l'administration , il prit avec eux l'air de supériorité dont il avait traité Adrien, et continua de diriger seul les affaires. Les Espagnols qui, de tous les peuples du monde ont peut-être le plus d'aversion pour être gouvernés par des étrangers, approuvèrent les efforts qu'il faisait pour conserver son autorité : les nobles mêmes, dominés par cet orgueil national, oubliérent leur jalousie et leur premier mécontentement, et aimèrent mieux voir la puissance suprème dans les mains d'un compatriote qu’ils redoutaient, que dans celles de ministres étrangers qu'ils haïssaient.

Ximenès, engagé dans ces vastes projets de politique intérieure, et troublé dans leur exécution par les artifices et les intrigues des ministres flamands, eut encore à svutenir le fardeau de deux guerres étrangères: l’une se fit dans la Navarre, qui venait d’être envahie par Jean d’Albret. La mort de Ferdinand, l'éloignement de Charles, la division et le mécontentement qui régnaient parmi les nobles espagnols, tout paraissait offrir àce malheureux prince une occasion favorable de recouvrer ses états ; mais la vigilance du cardinal fit avorter un projet bien concerté. Il prévit le danger dont ce royaume était menacé, et le premier acte de son administration fut d'y faire passer un Corps considérable de troupes. Tandis que Jean d’Albret était occupé avec une partie deson armée au siége de Saint-Jean-Pied-de-Port, Villalva, officier d’un grand courage et d’une expérience consommée, attaqua l’autre partie de cette armée, la surprit et la tailla en pièces. Le roi se retira aussitôt avec la plus grande précipitation,

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